Une gamelle particulière.
Yuri et ses amis sont toujours dans le village dans lequel réside son cousin Kurando. Le soleil est en train de se coucher à l'horizon et les membres qui composent la bande sont tous à l'intérieur de la résidence de la mère du japonais. Ils sont tous réunis autour de la grande table de la pièce dont un service commence à être dressé. D'ailleurs, Joachim est dans la cuisine et aide la femme à préparer plusieurs repas afin de satisfaire pleinement les estomacs de chacun. L'homme s'occupe de remplir un plat en faïence de plusieurs rondelles de pommes de terre tandis que la tante de Yuri a le dos tourné, lavant la vaisselle dans l'évier.
Soudain, la porte de la pièce s'ouvre et se referme, laissant passer Blanca, le loup blanc qui accompagne nos héros depuis le début de leur aventure. L'animal s'avance jusqu'à Joachim et pose son postérieur sur le sol de la pièce. Plusieurs secondes défilent et l'homme ne remarque toujours pas la présence canine car ses talents culinaires réservent toute son attention. Tout à coup, le loup ose aboyer mais pas trop fort, afin de ne pas faire peur aux personnes présentes dans la pièce. Tentative récompensée puisque Joachim abandonne son plat pour tourner son visage en direction de l'animal.
« Oui Blanca ? »
Le loup se met à gémir, afin de faire comprendre qu'il serait bien qu'on pense un peu à lui par la même occasion. Que les humains se restaurent est une chose mais l'oublier en serait une autre. Après tout, lui aussi a combattu plusieurs monstres et autres soldats à l'aide de ses pouvoirs. Il serait bien qu'il puisse recharger ses batteries même si ce n'est qu'un minimum. Bien sûr, suite à ce gémissement, Joachim cherche à comprendre ce qui se passe.
« Tu veux quelque chose mon jeune ami ? »
Là, le loup se met sur ses quatre pattes et semble de bonne humeur, remuant rapidement de la queue.
« Visiblement, la réponse est oui. Par contre, comme je ne comprends pas encore le langage des loups, il va être dur pour moi de trouver ce que tu veux.
- Je pense qu'à deux, on pourrait y arriver. »
Dit la mère de Kurando une fois après avoir tourné les boutons du robinet afin de mettre un terme à l'écoulement ondine. Elle se retourne pour faire face au blond et à l'animal, s'avance jusqu'à la table et s'empare d'un carré de tissu plié afin de s'essuyer les mains. Joachim ne voit aucun inconvénient suite à cette aide proposée et reprends sa conversation avec l'animal domestiqué.
« Bon, qu'est-ce que tu veux ? »
Blanca quitte la cuisine pour y revenir aussitôt avec une gamelle violette dans la gueule.
« D'accord. Tu as faim, c'est ça ? »
Le loup pose l'écuelle sur le sol, aboie pour donner sa réponse et continue à remuer sa queue.
« S'il a faim, dit la mère de Kurando, je pense que je peux lui trouver de quoi manger. »
Elle s'éloigne de la table et s'approche d'un frigo de sa table de travail sur lequel repose un second plat mais fait en grès cette fois. Sur celui-ci, un torchon qui semble recouvrir quelque chose de volumineux. Tranquillement, la femme retire le morceau de tissu et dévoile un poulet déjà bien entamé, datant de la veille.
« Joachim, pouvez-vous m'apporter la gamelle de Blanca s'il vous plait ?
- Bien sûr. »
L'homme a la musculature impressionnante abandonne le gratin qu'il était en train de préparer et attrape le chiffon pour s'essuyer les mains à son tour. Peu après, il s'approche de l'animal, se penche légèrement en avant pour attraper la gamelle et se relève pour l'apporter à la propriétaire des lieux. Cette dernière commençait déjà à désosser le restant de poulet pour offrir la carcasse et quelques morceaux de viandes supplémentaires au canidé.
« Voilà, je pense que c'est bon mais s'il a encore faim, je pourrais lui faire autre chose en supplément.
- Désolé de ce petit souci.
- Non, ce n'est pas grave et puis cet animal est le compagnon de mon neveu. Que deviendrait-il si un malheur arrivait à cette pauvre bête ?
- Je l'ignore mais je ne pense pas que cela donnerait quelque chose de positif.
- Donc, nous pensons exactement de la même façon. »
La maman de Kurando termine de bien disposer les morceaux dans la gamelle avant de déposer correctement le torchon sur le plat.
« Dans un sens, c'est bien d'avoir un animal à la maison, cela empêche les restes de pourrir, s'amuse-t-elle.
- On pourrait peut-être demander à Yuri s'il connait quelqu'un qui peut vous trouver de la compagnie si vous le désirez.
- Pourquoi pas. »
A ce moment, le visage de la femme laisse paraître de la tristesse. Evidement, Joachim s'en rend compte.
« J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?
- Non, rassurez-vous. C'est juste que lorsque vous allez partir de cette maison, je vais me sentir seule.
- Surtout parce que Kurando sera avec nous ?
- Oui. Depuis la mort de son père, j'ai veillé à ne jamais me séparer de lui pour qu'il ne souffre d'aucune absence mais bien sûr, je ne suis pas un homme. Kurando est un garçon fort et même s'il passe son temps à me rassurer sur ce sujet, je sais que son cœur pleure. Vous me promettez qu'il ne lui arrivera rien ? »
L'amour que porte cette femme pour son fils est touchant. Toutefois, Joachim préfère être réaliste plutôt que de lui faire miroiter n'importe quoi.
« Je ne pourrais pas vous faire cette promesse car nos ennemis sont plutôt intelligent malgré ce que l'on pourrait croire. Néanmoins, votre fils sait se défendre et je suis prêt à garder un œil sur lui si cela peut vous tranquilliser.
- Vraiment ? »
Avec un sourire sur ses lèvres, Joachim hoche positivement de la tête. A ce moment, Blanca se manifeste en aboyant. Il est vrai qu'avec cette conversation, sa faim fut très vite oubliée. Pour réparer cette erreur, Joachim quitte la mère de Kurando pour déposer la gamelle garnie sous le nez de Blanca. Aussi étrange que cela puisse paraître, le loup n'entame pas son repas.
« Un souci ? » L'interroge le blond.
Le loup remue verticalement sa tête.
« D'accord, tu veux quoi d'autres ? »
Et du bout du museau, Blanca désigne le grand rectangle de gruyère qui dépasse un peu de la table.
« Tu veux du gruyère dans ta gamelle ? »
Pour mieux faire comprendre ses intentions, Blanca se dresse debout sur ses deux pattes arrières et avec l'aide de celles de devant, l'animal imite un comportement. La personne qui comprend le message n'est autre que la maîtresse de maison.
« Tu veux qu'on te râpe du gruyère sur tes morceaux de poulets ? »
Ravi d'avoir su se faire comprendre, le loup se repose sur ses quatre pattes, remue de la queue avant de tourner sur lui-même, trop content d'avoir su se montrer aussi intelligent. Il est clair que cet animal ne partage rien de commun avec ses congénères et c'est peut-être pour cette raison qu'il accompagne Yuri et le marionnettiste depuis le début de leur aventure. En attendant, le loup se voit offrir des morceaux de fromage sur son repas et attend que le service soit terminé pour débuter la dégustation. Là, la femme s'adresse à Joachim.
« Vous ne devez pas vous ennuyez avec un tel animal dans votre équipe, n'est-ce pas ?
- Non, c'est le moindre que l'on puisse dire. »
