Je connais enfin le paradis.

Saki est levée depuis plusieurs minutes et est déjà dans la cuisine, affairée à préparer un copieux petit déjeuner pour toutes les personnes se trouvant sous son toit. Debout devant sa table de travail, la maman de Kurando n'entend pas les pas qui s'approchent d'elle, dans son dos.

« Bonjour Saki. »

La femme ne sursaute pas au son de cette voix et se contente de se retourner pour faire face à la personne qui vient tout juste d'entrer dans la pièce.

« Bonjour Karin, comment allez-vous ce matin ?

- Bien. Cette nuit a été reposante.

- Tant mieux. »

N'assistant guère davantage, la tante du Yuri se replace correctement devant sa table et poursuit la préparation du premier repas de la journée.

« Puis-je vous aider ? Demande l'épéiste.

- C'est gentil de votre part mais j'ai bientôt terminé. »

D'ailleurs, Saki se retourne en présentant un plateau dans ses mains. Là, elle s'adresse à la nouvelle amie de son fils tout en souriant.

« Allons dans la salle à manger si vous le voulez bien.

- Entendu. »

Et c'est ensemble que les deux femmes sortent de la pièce pour se rendre dans la seconde. Il leur faut que quelques secondes pour prendre place autour de la grande table ovale de la salle, se posant chacune sur deux chaises. Le plateau posé sous leurs yeux, Saki effectue le service.

« Je suis très étonnée de voir une femme œuvrer pour le bien et se battre aux côtés de mon neveu.

- Vraiment ?

- Oui. Notre monde ne comprend pas beaucoup de femmes dans votre genre et dans un sens, c'est une bonne chose. Ainsi, les hommes réalisent qu'ils ne sont pas les seuls à avoir le monopole des actions et des décisions concernant la guerre. Dans un sens, je vous envie beaucoup.

- Vous savez, ce n'est pas facile tous les jours de se battre. En agissant ainsi, je tourne le dos à mes inspirations premières. »

Tout en versant du café dans la tasse de porcelaine destinée à son invitée, Saki poursuit.

« Etre une femme comme les autres et vivre une vie paisible ? Demande-t-elle.

- Exactement. »

Saki termine le service et pose ses mains sur chaque côté de sa propre tasse. Bizarrement, elle laisse apparaître un doux sourire sur ses lèvres, ce qui interpelle la jeune combattante.

« J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? S'inquiète-t-elle.

- Du tout. C'est juste que je n'arrête pas de penser depuis quelques jours.

- Depuis notre arrivée ?

- Oui. Qui aurait pu croire que mon fils fasse la connaissance de son cousin alors qu'ils vivaient à des centaines de kilomètres l'un de l'autre ? Dans ce grand malheur qui secoue notre monde actuellement, des miracles se réalisent et laissent envisager du meilleur pour la suite. Cette sensation est agréable, croyez-moi.

- Et c'est ce que je fais. »

Les deux femmes commencent à avaler une première gorgée de leur tasse respective avant de continuer leur conversation.

« Cela doit vous faire du mal de savoir que votre fils souhaite nous accompagner pour la suite de notre voyage, n'est-ce pas ?

- Bien sûr Karin. Il n'est jamais facile pour une mère de voir son petit garçon s'éloigner d'elle, surtout pour une cause aussi dangereuse. Certes, il est apte à se défendre car tout comme Yuri, il peut se transformer mais son niveau reste bien faible par rapport à celui de son cousin. J'aurais tellement voulu qu'il reste à mes côtés, au sein de ce village. D'ailleurs, je nourrissais un avenir pour lui.

- Vraiment ? »

Saki hoche positivement de la tête avant de continuer dans ses confessions.

« Même si ce village n'est pas très grand et que son nombre d'habitants reste plutôt faible, il y a quelques jeunes filles dans les parages que je trouve fort jolie. J'aurais aimé voir mon fils avec l'une d'entre elle et m'offrir un petit fils ou une petite fille.

- Je vois et je comprends tout à fait. Toutefois, je viens de songer à une éventualité.

- Laquelle ?

- C'est simple. Toutes les résidences au sein de ce village sont occupées, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Dans ce cas, pour que votre fils puisse vivre une vie de couple avec l'une de ces charmantes demoiselles, il aurait dû s'éloigner de vous en trouvant une habitation libre dans un autre village. »

Là encore, Saki sourit une seconde fois.

« Pas nécessairement Karin. Les habitants de ce village dans lequel nous vivons depuis des années savent se montrer très solidaires envers les autres. Je sais par avance que si mon fils aurait voulu une maison rien que pour lui afin de vivre tranquillement son amour, certaines personnes de cette bourgade lui auraient prêté main forte sans rien n'attendre au retour.

- Il existe encore des individus généreux sur cette planète ?

- Oui et c'est ce qui fait la force de ce village. »

Et voilà que Kurando et Yuri arrivent dans le salon, venant tout juste de terminer leur nuit de sommeil. Les deux garçons ont encore la tête dans le cirage et c'est péniblement qu'ils disent bonjour aux femmes présentent dans la pièce.

« Bonjour les garçons, prononce chaleureusement Saki. Installez-vous autour de cette table, je m'en vais vous chercher deux tasses. »

Les cousins se montrent obéissants tandis que la mère de Kurando se lève de son siège pour se rendre dans la cuisine. En attendant, les deux hommes capables de transformations se posent sur les chaises restantes. De suite, Kurando se montre très curieux vis-à-vis de Karin.

« Tu discutais de quoi avec ma mère ?

- De plusieurs choses mais surtout de la joie qu'elle ressent depuis que son fils et son neveu se sont rencontrés. D'ailleurs, c'est mignon de vous voir toujours ensemble. Vous ne serez pas cousins, on pourrait s'imaginer des choses.

- Et quoi donc ? Intervient Yuri.

- Allez savoir. Deux jeunes hommes dans la force de l'âge, très attirant aussi bien l'un que l'autre … »

Et c'est sur cette énigme que Karin se permet de faire douter ses deux amis en poursuivant la dégustation de son petit déjeuner. A ce moment, Yuri et Kurando viennent de saisir le sous-entendu et se regarde. Aussitôt après, les deux garçons se mettent à rougir et baissent leur visage sous cette gêne. Fière de son coup, Karin ne dit rien et attend tranquillement que la mère de Kurando soit de retour dans la salle à manger. Justement, la voici qui revient de la cuisine, portant deux nouvelles tasses dans chacune de ses mains. Une fois prêt de la table, elle pose une première sous le regard de son fils et la seconde, devant son neveu. Ensuite, Saki retrouve sa chaise et se pose dessus tout en remarquant l'état dans lequel se trouvent les garçons.

« Tout va bien vous deux ?

- Oui, répond Yuri. C'est juste que Karin trouve qu'on fait jeune couple.

- Parce que vous êtes aussi mignons l'un que l'autre ?

- Oui.

- Dans un sens, elle n'a pas tort.

- Maman. »

Saki rigole et Karin l'imite très rapidement, ce qui n'arrange en rien l'état dans lequel sont les deux jeunes hommes. Kurando tente de donner le change en s'emparant de la cafetière pour l'approcher de la tasse de son cousin.

« Tu en veux ?

- S'il te plait Kurando. »

Et aussi bizarre que cela puisse paraître, Yuri se montre très poli avec le garçon qui lui fasse, ce qui est très rare dans ses habitudes. En cherchant bien dans le passé qu'elle partage avec celui-ci, Karin se rend compte qu'il ne s'est jamais comporté ainsi envers sa personne. Cela prouve que Yuri est très heureux d'avoir retrouvé sans le vouloir, une partie de sa famille et qu'il cherche à faire une bonne impression. Cette pensée attendrissante provoque une montée de larmes au bord des yeux de la jeune femme. Saki s'en aperçoit et ne se montre pas discrète.

« Tout va bien Karin ?

- Oui. »

L'épéiste fait disparaitre ses larmes du revers de sa main droite et s'efforce de sourire.

« C'est juste que je suis heureuse pour Yuri. Je ne sais pas grand-chose de son passé avant notre rencontre mais je le sentais triste et malheureux car il n'avait plus ses parents auprès de lui. Désormais, il a une tante et un cousin qui font sa joie et son bonheur. Yuri n'est plus seul maintenant, il a une famille comme chacun d'entre nous et c'est ça qui me fait pleurer de joie. »

Visiblement, Karin était soucieuse du bien-être de son ami et celui-ci le remarque que maintenant, malgré les nombreuses aventures qu'ils ont vécu ensemble. De nouvelles larmes coulent le long des joues de la jeune guerrière mais cette fois, elle ne fait rien pour causer leur disparition. Elle se contente juste de baisser son visage pour permettre à sa joie de s'exprimer de cette étrange façon. De son côté, Saki est rassurée. Karin qui se tient en face d'elle et qu'elle connait depuis quelques jours est soucieuse du bien-être des gens qui l'entoure et cela prouve qu'elle est vraiment humaine et donc, une femme bien.