L'ami de la nature.

Le jour qui suit celui où Karin fit son étrange rêve, là voilà qui sort de la maison alors que l'aube commence à se lever. Malgré le léger brouillard qui recouvre les environs, la combattante s'arrête juste devant la porte d'entrée de la résidence et étire ses bras tout en baillant. Bien sûr, la jeune femme se montre un peu bruyante en se laissant aller de cette façon et elle se doute bien que personne au village n'est encore levé à cette heure. Alors qu'elle s'apprête à baisser ses bras, voilà qu'un bruit en provenance de sa droite l'immobilise. Visiblement, elle n'est pas la seule à être debout et la sonorité provient du côté de la maison.

Curieuse, la jeune femme marche dans cette direction à pas de velours, tout en posant sa main droite sur le pommeau de son épée. Si jamais elle est en présence d'un voleur ou d'un autre criminel, Karin n'hésitera pas une seule seconde. De toute façon, sa force de combat n'est plus à prouver car depuis qu'elle a entamé son voyage, elle n'a cessé d'acquérir en force mais surtout, en pouvoir. Désormais, la jeune femme est capable de répliquer son épée autant de fois qu'elle le souhaite, afin de redoubler l'intensité de son offensive. Alors qu'elle se tient à quelques centimètres de l'auteur du bruit, la combattante sort son épée de son fourreau et se pose des questions.

La personne qui se trouve à quelques centimètres et qui lui tourne le dos est accroupi. L'individu parle à voix basse et on dirait qu'il s'adresse à quelqu'un ou plutôt, à quelque chose. Malgré la natte de cheveux posée le long de son dos, cet indice n'est guère suffisant pour que la partenaire de Yuri puisse le reconnaître du premier coup. Très vite, Karin bondit derrière lui et le pointe du bout de son épée.

- Pas un geste.

Suite à sa demande, la personne prise sur le fait n'ose faire le moindre mouvement de peur de sceller son existence. A ce moment, la jeune femme en profite pour lui donner de nouvelles directives.

- Levez-vous doucement et surtout, pas de gestes brusques. Lorsque vous serez debout, tournez-vous gentiment pour que je puisse voir votre minois.

Sans donner la moindre réponse, l'être surprit s'exécute et lorsque son regard croise celui de Karin, cette dernière baisse sa garde. Le garçon qui se tient à quelques centimètres d'elle n'est autre que le cousin de Yuri : Kurando. Autre chose curieuse, l'adolescent tient un nid d'oiseau dans ses mains et dans celui-ci se trouve plusieurs oisillons.

- Kurando ? Que fais-tu dehors à cette heure ?

- Comme tu peux le voir, je suis en train de m'occuper de ces petits oiseaux.

Maintenant qu'elle est rassurée, Karin glisse son épée dans le fourreau se trouvant attaché à sa ceinture et continue de discuter avec le japonais.

- Où sont leurs parents ?

- Je ne sais pas car cela fait plusieurs jours que je les ai trouvé ici. D'ailleurs, ce nid devait se trouver dans l'arbre qui est dans mon dos.

L'amie de Yuri lève la tête et constate que l'arbre devant lequel se trouve Kurando compte un feuillage des plus denses. Visiblement, le nid devait se situé sur une branche et un coup de vent l'aurait fait tomber. Craignant pour leur propre vie, les parents n'ont pas jugé utile de leur porter secours et de continuer à les élever, surtout que des chats se promènent dans le village. Par contre, voir que Kurando se soucie de leur santé est un détail que la jeune femme trouve charmant. Ce garçon est vraiment différent de Yuri et elle aurait tant aimé que celui-ci soit comme le japonais.

Voulant l'aider, Karin se rapproche de Kurando et se rend compte que les oisillons perdent leur duvet au profit de plumes bleues. En clair, ces volatiles sont appelés à devenir de magnifiques animaux.

- Tu arrives à les nourrir correctement ?

- Je fais de mon mieux mais j'ai peur que mon aide ne leur soit d'aucun secours.

- Ne sois pas défaitiste Kurando. Si ces oiseaux commencent à avoir leurs plumes, c'est qu'ils sont capables de digérer des aliments entiers.

- Comme des insectes ?

- Oui.

Ni une ni deux, Karin commence à longer la maison en cherchant des trous dans les murs. Face à ce comportement, Kurando se pose des questions et ne se privent pas pour en faire part à la jeune femme.

- Que fais-tu ?

- Je cherche des toiles d'araignées abandonnées par leur propriétaire. Avec un peu de chance, on pourra y trouver des insectes collés dans la toile.

- Attends, je vais t'aider.

- Tu le feras lorsque tu auras mis ses oisillons en sécurité mais surtout au chaud.

- D'accord mais surtout, je compte sur toi pour ne rien dire à personne.

Suite à cette confidence, Karin cesse ses recherches et se tourne vers le bretteur.

- Pourquoi tu me dis ça ?

- Parce que ma mère ne sait pas que je m'occupe de ces oisillons et je ne tiens pas à ce qu'elle le sache.

- Je ne vois pas la raison et puis je te rassure, il n'y a aucune honte à venir en aide à des êtres fragiles, même si ces derniers sont des animaux.

- Je le sais bien mais ma mère est tellement occupée en ce moment que je ne tiens pas à l'embêter avec ça. De plus, j'aimerai bien mener cet élevage à terme et sans son aide.

- Mais avec la mienne, si ?

- Oui.

Karin délaisse Kurando pour retourner à ses recherches. Pendant ce temps, le cousin de Yuri se glisse dans la maison afin de mettre les oisillons au chaud en veillant à éviter sa mère du mieux possible. Dehors, la jeune femme trouve enfin une première toile tissée entre plusieurs briques et se montre rapide en ramassant les insectes trouvés. Bien sûr, la guerrière a prit soin de vérifier que la créatrice de cette œuvre naturelle n'est plus dans le secteur. Lorsque les mouches engluées sont dans sa main droite, l'épéiste s'empresse de rejoindre Kurando afin de les donner à manger aux oisillons.