La cerise sur le gâteau: Mon préféré, et le plus difficile aussi. Pas très facile d'essayer de deviner ce que Aizen pense. J'ai fait de mon mieux, vous en jugerez.


VII. AIZEN

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Kaname, dans sa nuit, conservait toute sa clarté.

Sa peau d'ébène et ses yeux morts brillaient comme le jour, irradiaient son visage empli de justice et d'idéal. Lui qui était privé de lumière, la lumière le nimbait tout entier.

Mais Gin, lui, avec son sourire sinueux sous sa chevelure d'argent, Gin était la nuit. Il était sombre et secret comme le vent du soir, il rampait tel le serpent sous la lune rieuse, il ondoyait telle une ride déchirant la surface limpide et calme d'un étang.

Du jour on voit tout, mais de la nuit on ne sait rien.

Et moi qu'étais-je, dans tout cela ? Je l'ignore encore.

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Jamais je n'ai éprouvé autre chose que l'ennui, et le désir d'y remédier. On dit que le capitaine Kurotsuchi est froid, sans cœur. C'est faux. Il sait juste mieux que personne comment dissimuler ses émotions. Car il en éprouve, bien qu'il ait tout essayé pour se défaire de ces basses contingences hormonales.

On dit même qu'Hitsugaya-kun est de glace, et c'est encore plus faux. Il est de feu, tout entier, bouillonnant de jeunesse, embrasé d'amour et de colère contenus.

La véritable froideur, c'est de ne rien ressentir. C'est le vide qui dans l'univers annihile même l'oxygène, et par-là, tout feu et toute chaleur.

Moi je suis le vide. L'âme véritable de la science. La recherche qui ne se soucie d'aucune contrainte, d'aucune loi.

Un bon scientifique n'a que faire de la morale, de l'éthique ou de l'honneur. La vérité est son seul but. Il n'est qu'un regard qui observe, une main qui agit, un esprit qui pense. Rien de plus.

Aussi, le vrai scientifique ne peut être humain, car l'humain est le trouble, l'agitation, le subjectif. Moi je possède l'objectivité suprême. J'étais l'agent de la vérité et de la découverte, mais à présent je suis la vérité. La gloire. Le pouvoir.

Et eux, ces ignorants, osent m'enfermer et m'oublier. Ils devraient m'adorer. J'ai atteint l'état d'être supérieur qu'il ne connaîtront jamais. L'humanité, ce cloaque embourbé de lâches et misérables rebuts geignards. Que j'avais raison de m'en méfier, autrefois.

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Ils ne me comprennent pas. Nul ne le peut. Mais je ne peux leur en vouloir de n'être que ce qu'ils sont : des insectes. Qu'est-ce que les insectes connaissent aux étoiles ?

Quand bien même je le voudrais, je ne saurais éprouver la moindre colère. Je suis passé au-delà. Je ne puis revenir aux émotions des hommes.

Comme ils doivent se tordre et se lamenter là-haut, à se demander que faire de moi, comment mettre fin à cette vie qui les dépasse, qui les effraye sans doute, et donc ils ne comprennent pas le sens.

Me voici donc au plus profond, enchaîné, enserré, enchâssé. Ils attendent que je perde la raison, mais ils oublient que mon esprit n'est plus humain. Il se passe des distractions et de la compagnie que les leurs nécessitent.

Pauvre hères. Ma patience est sans limite. Je puis rester ici encore éternellement, jusqu'à ce que l'éternité recommence et que le monde ait changé. Alors mon jour viendra.

Après tout, nul ne commence dans le ciel.

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