Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic sont l'entière propriété de JK Rowling

Notes : post tome 6 - Léger slash Harry/Severus - Sujet principal déjà traité par d'autres auteurs mais que j'aime beaucoup même si je m'en tire sûrement avec beaucoup moins de dextérité...

Merci pour toutes vos reviews : )
Elles me font extrêmement plaisir et je suis toujours ravie d'y répondre (n'hésitez pas à me laisser votre mail lorsque vous n'êtes pas inscrit sur ffnet ! )

Voici le 8ème chapitre (excessivement long face à mes habitudes..) j'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture !

« Sacrifices et sacrifiés »

Chapitre 8 : Rencontres

- Harry. Eh, Harry, tu m'écoutes ?

- Mmh ?

- Vraiment, que d'attention pour celui qui a remué ciel et terre pour retrouver ta trace !

- Ah, je croyais que c'était Hermione qui s'était chargée de cette partie, dit-il d'un ton détaché.

Le roux ne manqua de rougir à la remarque affirmant que même si ses déductions s'étaient révélées fausses lors de leurs recherches il y avait mis toute sa réflexion. Le survivant quant à lui leva légèrement les yeux de son tome illustré de « Sorts mineurs et effets divers » le temps d'aviser le sourire amusé de la jeune sorcière devant la gêne de son petit ami.

- Allons, Ron, ne fais pas cette tête, tu sais parfaitement qu'il se moque de toi.

Ce dernier se tourna vers le désormais sauveur du monde sorcier et se renfrogna un peu en le voyant retenir un rire.

- Très drôle. Bon, sinon, tu peux me rappeler ce que, l'on fait dans la bibliothèque de Poudlard alors que tout le monde fête la victoire et que nous n'y sommes même plus élèves ?

- Pour cette année seulement, lui répéta pour une énième fois l'ancienne préfète en se replongeant dans son volume de « Sorts impardonnables et dérivés ».

- La même chose qu'il y a une heure lorsque tu me l'as demandé. Nous cherchons à comprendre comment j'ai… Enfin, comment j'y suis arrivé.

- Dois-je te rappeler, mon cher Ron, reprit la sorcière à sa place, qu'il s'agit d'un fait unique en son genre et que nos recherches seraient susceptibles de nous permettre d'en comprendre la raison les premiers dans l'histoire du monde sorcier ?

Ce dernier lui répondit avec tout le tact que ses amis lui connaissait, pas tellement en somme, qu'ils seraient encore mille fois mieux à l'extérieur, à profiter des récentes chutes de neiges, qu'au milieu de vieux livres poussiéreux.

Harry les observa, un léger sourire aux lèvres.

Les voir se taquiner gentiment, s'aimer simplement, lui rappelait pourquoi il avait affronté toutes ces épreuves et les avaient surmontées. Dans ses moments-là, les sacrifices qu'avait engendrés la guerre devenaient défendables et il considérait presque ce que lui avait affirmé Hermione comme une réalité : il n'avait fait que se défendre contre Voldemort et ce n'était que sa folie qui avait entraîné sa mort.

Ron, de façon un peu maladroite mais digne de son amitié, avait également défendu ce point de vue.

Remus ou Madame Weasley en aurait sans doute fait tout autant s'il leur avait donné l'occasion de le faire. Ce matin même ils étaient venus prendre de ses nouvelles, avec le reste de la famille Weasley, Percy en moins. Molly et Arthur s'étaient montrés tout aussi prévenant que la veille ; les jumeaux lui avaient offert une ovation de leur style. Quant à Charlie, Billy, qui ne serait plus jamais le même mais qui ne paraissait pas moins en forme pour autant, et Fleur, ils s'étaient contentés d'un simple sourire et d'un regard affectueux.

Et il avait retrouvé Ginny.

Ils s'étaient observés un moment, la jeune fille ne semblant pas savoir quelle réaction avoir et Harry heureux mais étrangement mal à l'aise face à ces retrouvailles qu'il avait souvent imaginé impossibles. La rousse avait décidé la première, elle s'était jetée dans ses bras, ses yeux brillants de larmes qu'elle contenait avec peine.

Son malaise s'était effaçait sous l'étreinte familière.

Loin des angoisses de son sommeil, leur présence à tous en cette matinée avait amorcé sa prise de conscience. Enfin, sa vie, entouré d'une famille, d'amis, et surtout d'une certaine normalité, était à sa portée.

Ils avaient parlé, ri, plaisanté, évitant néanmoins les moments difficiles de ces derniers mois, et le jeune sorcier en avait éprouvé une joie toute simple mais ô combien recherchée.

Cependant, dès lors, quelque chose l'avait empêchait de se sentir satisfait. Et il n'y avait pas vraiment prêté attention, bien que les minutes passant avaient augmenté cette insatisfaction, avant que Ginny ne pose sa tête contre son épaule puis ne lui vole un léger baiser.

Le premier depuis qu'il avait quitté Poudlard. Doux, sucré, aimant.

Harry aurait dû le savourer, l'attendre depuis longtemps et avec impatience, pourtant il n'avait su songer qu'à une personne. Celle qui devait se trouver parmi eux mais qui n'y avait pas de place. Celle qu'il voulait fuir parce qu'il n'était pas normal de désirer sa présence.

Sa logique lui criait que Rogue était dangereux pour lui – dans tous les sens du terme – néanmoins, son corps et, plus grave encore, son cœur le poussait à souhaiter de pouvoir ne serait-ce que contempler son visage.

Un vampire était donc capable d'une telle séduction ?

Le jeune homme espérait que ce fut le cas. Il craignait toutefois qu'il ne s'agisse là que d'un début de réponse.

Ce geste anodin de la dernière des Weasley avait écourté cette réunion familiale.

Le sorcier avait prétendu – il y avait vraiment songé mais n'avait prit à ce moment-là ce prétexte que comme une échappatoire – qu'il désirait comprendre de quelle manière il était parvenu à vaincre Jedusor. Il n'avait pas été facile de convaincre Madame Weasley de les laisser s'enfermer dans la bibliothèque de Poudlard, pour le temps qui les séparait de la prochaine réunion de l'Ordre, mais le plaidoyer de sa meilleure amie (dont la perspective de pouvoir expliquer un tel miracle décuplait l'enthousiasme) été parvenu à faire pencher la balance.

Ron avait à peine protesté, à ce moment-là ; il avait été clair que le roux approuvait pour qu'ils puissent partager un de ces moments particuliers qu'ils ne vivaient qu'à trois.

Ils s'étaient donc quittés ainsi. Enfin, Ginny lui avait quand même arraché la promesse qu'ils se retrouveraient tous les deux le lendemain de la réunion.

Maintenant, et depuis des heures, ils recherchaient des réponses, accordant sans doute plus d'importance au fait de pouvoir se retrouver ensemble, dans une situation banale, qu'à celui de réellement en trouver. Ils avaient tous compris – même si Ron aurait sans doute eu du mal à avouer que la bibliothèque de Poudlard pouvait avoir sur lui autre chose qu'un effet soporifique – qu'il s'agissait là d'une manière de se détendre ; les conséquences de leurs actes allaient bientôt les rattraper.

- … avec Rogue !

Harry sortit de sa rêverie et observa son meilleur ami avec étonnement. Ce dernier lui fit la grâce d'éviter de lui faire remarquer qu'une fois de plus il ne l'avait pas écouté et lui répéta ses propos.

- Je disais que je n'arrivais pas à croire que tu t'en sois sorti en un seul morceau en restant enfermé plusieurs jours avec cette chauve-souris !

Le roux fit une grimace de dégoût tandis que la jeune femme, tournant une page de son livre, fronçait légèrement les sourcils.

- Je suis certain qu'il a du se montrer odieux et imbuvable, comme à son habitude…

- En fait, commença le jeune héros du monde sorcier, il s'est montré…

Il hésita. Ron l'observa avec appréhension et Hermione visiblement intriguée.

Devait-il leur révéler maintenant que leur ancien professeur de potions était un vampire ? Qu'il était parvenu à gagner sa confiance et peut-être même son affection ? Ou encore, qu'il lui avait servi de réserve de sang personnelle durant leur emprisonnement ? Et même, qu'il le soupçonnait de lui avoir menti depuis le début et d'avoir réellement choisi son camp à la dernière seconde ? Pour son sang ?

- Il s'est montré fidèle à lui-même, lâcha-t-il finalement dans un soupir parlant. Rogue a cependant grandement contribué à ma victoire.

Son regard se fit plus vague, plus triste également.

La brune s'imagina sûrement que ces instants n'avaient rien eu d'agréable car, d'une phrase, elle détourna la conversation vers leurs projets d'avenir. Ce fut d'ailleurs un sujet qu'elle approfondit avec passion ; bien qu'ils n'étaient pas pour tout de suite, l'angoisse des ASPICs la rattrapait déjà.

L'après-midi se termina rapidement et ils ne se séparèrent que tard dans la soirée – cette nuit chacun d'eux s'était vu octroyer une chambre dans le château – et, en une journée à peine passée à leurs côtés, Harry avait retrouvé une grande part de ses repères.

De retour dans sa chambre, il ne se priva néanmoins pas de choisir une potion de sommeil dans le – petit – stock que lui avait fourni Madame Pomfresh.

Le jeune homme profita d'une longue douche, en ressentant plus de bien que la veille, ou encore le matin même, avant de rejoindre ses draps.

Ils devaient tous trois se retrouver à midi dans la grande salle et ne plus se quitter jusqu'à la réunion de l'Ordre du Phénix. La tension, l'incertitude, qui les avait occupés en ce début de journée s'était peu à peu dissipée. A présent, ils se sentaient bien en droit de se reposer – du moins jusqu'au moment où ils devraient se confronter aux sorciers et sorcières du reste du monde – et ils avaient bien l'intention d'en profiter.

Harry ne prit pourtant pas sa potion immédiatement.

Durant cette journée, il avait de plus en plus songé à Rogue, car plus il tentait de l'oublier plus ses pensées le menaient vers lui. De temps à autre, le jeune homme avait simplement désiré sa présence, et ses yeux. D'autres fois, il était certain que le vampire s'était joué de tous, qu'il avait manipulé, qu'il l'avait manipulé, et qu'il tromperait à nouveau. Et à d'autres moments encore, comme à cet instant, il ne rêvait que de retrouver ses bras, son odeur, sa peau, d'éprouver à nouveau ce sentiment de protection intense, cette certitude d'être indispensable à l'autre et d'être devenu son univers.

De toutes, cette pensée lui semblait presque la plus effrayante.

Le « sauveur » s'accorda néanmoins un temps de réflexion sur des fait plus concrets, la réunion de l'Ordre entre autres. Il n'avait pas envie de s'appesantir sur le passé mais bien de continuer son chemin. L'Ordre n'était pas le ministère, il le laisserait avancer. La Directrice devait sans doute se trouver à sa tête. C'était à elle qu'il devrait en parler. A moins qu'il ne l'ait déjà fait.

Lui aussi serait là.

Machinalement, il porta la main à sa gorge, libérée de toute marque et ce bien avant que l'infirmière n'ait le temps de vérifier son état, et se mordit la lèvre.

Harry devait vraiment trouver une solution.

Lui parler d'abord, trouver un moyen de faire disparaître ce désir de devenir sa proie ensuite et ce même si la logique était la seule à lui ordonner une telle action.

Son être entier réclamait le contraire, il n'en avait que trop conscience.

Mais n'était-ce pas simplement dû au pouvoir de la créature ?

----

- Excusez-moi. Madame ?

La directrice se tourna vers lui tandis que les membres de l'Ordre remplissaient peu à peu le bureau. La plupart des Weasley, à l'exception de Percy et de Ginny, que leur mère considérait comme trop jeune pour être là, accompagnés de Remus, Tonks et Hermione, occupaient une part de la pièce alors que certains professeurs, des aurors ou des personnes qui lui étaient totalement inconnues se dispersaient dans le bureau.

Rogue n'était pas là.

- Oui, Monsieur Potter ?

Il se lança sans préambule.

- C'est à propos de Rogue.

McGonagall ne le reprit pas sur la forme peu respectueuse qu'il avait employée mais hocha la tête d'un air entendu.

- Severus m'a déjà fait part de son nouvel état et d'une partie des … conséquences que cela a eu sur votre détention. Cependant, il me semblerait judicieux de ne pas mentionner cet épisode aujourd'hui. Ne croyez-vous pas, Monsieur Potter ?

- Euh, oui, Madame, répondit-il un peu pris de court.

Que lui avait-il raconté exactement ?

- Je verrai d'ailleurs Severus dans les jours à venir à ce sujet. Allez vous installer à présent.

Harry obéit à son ancien professeur, se sentant un peu bête d'avoir imaginé que le maître des potions ne l'avait même pas informée. Il eut aussi un léger sourire, la Directrice, malgré son air sévère, s'était adressée à lui avec une grande douceur.

Si ce soir il avait été de mauvaise foi, il aurait pu penser que tout le monde allait avoir cette tendance – à le considérer comme un petit garçon sur le point de se briser ou autres bizarreries du genre – après les évènements qu'il avait vécus.

Le jeune sorcier n'y songea même pas.

A peine s'était-il réinstallé entre Ron et Hermione, que le vampire fit son apparition. Rogue ne jeta même pas un œil vers lui ; il se sentit inexplicablement blessé.

Les regards méfiants qui lui étaient adressés ne lui échappèrent pas également. Oui, en fait c'était cela, à l'exception de la directrice, il ignorait tout et tout le monde.

Tandis que Ron lui soufflait que ce sale type avait toujours la même tête et en devenait effrayant avec ses éternelles robes noires, Harry détaillait le profil de l'homme se rappelant de la sensation des cheveux effleurant son épiderme ou de la main diaphane contre sa nuque.

Il frissonna à ce simple souvenir.

Le regard inquiet que lui lança Hermione le décida à le quitter des yeux.

La réunion commença. Plusieurs sujets furent abordés tels que la poursuite des mangemorts qui n'étaient pas dans la demeure de leur maître l'avant-veille et dont ils connaissaient à présent les noms. Ou encore ce qui serait exactement dit à la presse et au ministère.

Le survivant ne parvenait pas à se concentrer suffisamment pour prêter attention à toutes les décisions. On ne lui demandait d'ailleurs pas vraiment son avis. Ce n'est que lorsqu'il fut mentionné l'avenir proche de Poudlard qu'il détourna les yeux de la créature qui ne lui avait même pas accordé un regard.

La Directrice venait de leur proposer de prendre en cours leur septième année pour pouvoir passer les ASPICs dans six mois à peine. Sa meilleure amie avait bondi de joie.

- Qu'en pensez-vous, Monsieur Weasley, Monsieur Potter, vous en sentez-vous capables ? Je pense que nous avons tous compris la décision de Miss Granger, ajouta la Directrice dans un sourire.

Elle se rassit, le rouge aux joues, sous les sourires indulgents d'un certain nombre de personnes.

Ron fit mine de refuser gentiment mais sa mère lui lança un regard tel qu'il n'amorça même pas une tentative. Quant à Harry, après avoir entendu que les professeurs les aideraient à rattraper leur retard et qu'ils pourraient ainsi achever leur dernière année avec Neville, Seamus, Dean et les autres, il se dit qu'il allait d'une certaine façon vraiment retrouver la normalité. Il se dit aussi vaguement que le ministère risquait peut-être d'intervenir mais il voyait vraiment difficilement le ministre Scrimgeour convaincre le monde sorcier que leur « sauveur » ne pouvait terminer ses études.

- Nous ne l'espérions même pas mais nous en serions très heureux, dit-il en se faisant digne porte-parole de ses amis – même si le jeune Weasley secouait la tête de dépit. Merci.

Elle leur sourit simplement et les discussions reprirent leur cours.

Les trois amis se chuchotèrent quelques mots mais leurs échanges furent interrompus par une remarque impatiente de Maugrey Fol Œil.

- Madame la Directrice, loin de moi l'idée de nous empêcher d'arriver au bout de cette réunion, mais pourriez-vous enfin nous donner la preuve que nous ne dévoilons pas nos plans devant un mangemort ?

Harry remarque le regard haineux que porta le vampire concerné sur l'homme.

- Allons, Alastor, tempéra la directrice, ne vous emportez pas, j'allais y venir. Mais si c'est ce que tout le monde souhaite, nous pouvons résoudre ce point maintenant.

Suffisamment de membres acquiescèrent pour que Rogue soit mis au centre de leur discussion. Suite à cette décision des murmures s'élevèrent, peu se voulant favorable à l' « accusé », jusqu'à ce que McGonagall ne présente ce qui serait indispensable pour faire jour sur les véritables motivations de ce dernier. Le silence s'installa.

- Severus possède toutes les preuves nécessaires dans son esprit, commença-t-elle en posant une pensine sur le bureau. Je vous en prie Severus.

Elle lui céda la place devant l'objet connu et Rogue s'efforça d'extraire ce qu'on lui avait demandé de son esprit. Lorsque ce fût fait, la directrice s'adressa à tous.

- Ceux qui désirent voir de leurs propres yeux ce qu'il en est – moi-même je ne sais de quoi il s'agit – peuvent se plonger aujourd'hui dans cette pensine. Evidemment, rien ne vous oblige à le faire immédiatement. Après tout, ces preuves seront aussi celles présentées au ministère.

Personne ne choisit de porter cette découverte au lendemain à l'exception du survivant. Face aux regards étonnés de ses amis, il se justifia simplement en leur soufflant qu'il ne se sentait pas encore « prêt ». L'argument ne sembla pas les convaincre mais ils ne lui en demandèrent pas plus.

La vérité était que la partie encore méfiante de son esprit lui assurait que, comme certains pouvaient contourner les effets du veritaserum, Rogue, avec ses capacités d'occlumens et de vampire, avait sûrement la possibilité de modifier certains de ses souvenirs – à l'image de ce que lui avait révélé l'année dernière Dumbledore au sujet de Slughorn. Ces « preuves » ne l'aideraient en rien dans ses choix ; tant que lui ne serait pas convaincu de son innocence, il ne pourrait jamais avoir de certitudes.

Ce n'était bien sûr pas pour autant qu'il allait discréditer l'ancien directeur de serpentard, surtout sans justifications convaincantes.

Alors que tous se plongeaient au cœur de la pensine, il ne resta plus qu'eux conscient du bureau dans lequel ils se trouvaient.

Debout, les bras croisés et légèrement adossé au mur, loin des tableaux des anciens directeurs – le portrait de Dumbledore n'avait apparemment pas encore trouvé sa place parmi eux, Rogue semblait inébranlable.

Enfin, il posa ses yeux noirs sur lui.

Ce fut comme une décharge électrique. Harry se sentit rougir immédiatement pourtant il ne se détacha pas de ces orbes noires. Il en récolta un léger sourire amusé. Le jeune homme s'en voulut aussitôt d'aimer cette expression autant qu'il détestait son impassibilité. Derrière elle se cachait bien trop de danger – un peu comme l'immobilité du saule cogneur masquait ses déchaînements imprévisibles. Cette comparaison involontaire fût suffisante pour lui rappeler qu'il devait se détacher de cet homme.

Rogue perçut très certainement cette distance qu'il souhaitait imposer car son visage se ferma aussitôt.

Ils continuèrent pourtant à se fixer en silence.

Si l'étrangeté et le non-sens – car un survivant attiré par l'un de ses pires ennemis ne pouvait être que cela – de la situation ne le frappait pas avec tant de violence, il aurait sans doute cédé à son envie de se lever pour le rejoindre. Et le regard ébène déviant sensiblement vers sa gorge laissait imaginer que le vampire n'aurait rien eu contre cette idée.

ça n'allait pas être facile pour lui de se sortir de cette histoire.

Le retour à la réalité de l'ensemble des membres de l'Ordre brisa la pesante atmosphère.

Les yeux du maître des potions ne s'attardèrent d'ailleurs plus qu'un instant sur lui avant de le quitter.

- C'était bizarre, lui murmura Ron en réintégrant sa place aux côtés de son meilleur ami, je n'imaginais pas que Dumbledore puisse un jour paraître si faible… et Rogue… si humain ? Je ne sais même pas si c'est le mot approprié…

Lorsqu'il observa Hermione, il la vit tout aussi, si ce n'était plus, bouleversée que son petit ami. La jeune femme s'était d'elle-même assise aux côtés du roux et ce dernier avait passé un bras réconfortant autour de ses épaules.

En les voyant ainsi, il s'avoua que s'il n'avait pas voulu voir ce souvenir cela était peut-être aussi dû au fait qu'il ne se sentait pas encore le courage de l'affronter. Il se dit qu'il faisait un piètre gryffondor mais il ne se sentit pas moins coupable de ne pas en avoir la force.

- Il me semble…, commença McGonagall coupant court à ses réflexions, il me semble que cela soit clair. Severus Rogue n'est désormais plus à considérer comme un traître mais bien comme un membre efficient de l'Ordre du Phénix.

Personne ne contesta cette déclaration. Son souvenir était apparemment éloquent.

- Bien, se reprit-elle effaçant les émotions confuses de sa voix, en ce qui concerne Poudlard, les cours reprendront dans deux semaines. Espérons seulement que notre association au ministère nous permette d'arrêter les mangemorts pouvant encore représenter un risque pour les enfants. A présent, s'il y a encore des points à régler, j'attends vos suggestions.

Quelques idées furent émises – Remus abordant le sujet de Greyback dont ils avaient perdus la trace ou encore un auror proposant d'envoyer des hiboux à certaines de ses connaissances pour appuyer leurs idées devant Scrimgeour. Certaines furent retenues et d'autres mises à l'étude.

Harry n'y prêta que peu d'attention. Il voyait clairement que tous évitaient de croiser le regard de Rogue. Il n'était peut-être pas un traître à leur yeux mais n'en restait pas moins l'assassin de Dumbledore. Cela ne semblait pas contrarier l'homme ; il suivait simplement les propos échangés et n'intervenait pas.

Au fur et à mesure que la réunion tirait sur sa fin, le jeune sorcier sentait l'appréhension le gagner. Il était de plus en plus convaincu que cette proche confrontation ave Rogue finirait différemment de ce qu'il avait décidé.

----

La réunion s'acheva enfin.

Il quitta la pièce avec ses amis et les Weasley remarquant néanmoins que le vampire s'entretenait avec la nouvelle directrice.

Il assura une nouvelle fois à tous qu'il allait parfaitement bien, demandant même à ses deux meilleurs amis de s'accorder au moins le lendemain pour passer un peu de temps ensemble. Cela ne manqua pas de faire rougir légèrement le roux tandis que sa petite amie esquissait un sourire en rougissant elle aussi. Et lorsqu'ils s'éloignèrent, il perçut les quelques remarques de Fred et de George qui avaient apparemment trouvé une nouvelle opportunité d'asticoter leur cadet.

Puis il attendit.

Quelques aurors et professeurs le saluèrent, certains avec plus d'enthousiasme que d'autres, mais le maître des potions ne sortait toujours pas.

Harry patienta encore un temps, s'impatientant même de devoir attendre si longtemps son ancien professeur devant l'entrée du bureau directorial.

Au moment où l'idée de reporter cette rencontre lui traversa l'esprit, Rogue descendit les escaliers qui se dévoilaient enfin.

- Monsieur Potter, dit simplement l'homme en s'approchant.

Ses yeux. Ne pas regarder ses yeux.

« …une seule chose un tant sois peu fâcheuse, c'est sans doute qu'il ne me sera plus donné l'occasion de goûter au sang si riche de ce gosse insipide… »

Il porta la main à sa baguette dissimulée dans sa robe. Le vampire s'arrêta.

- Monsieur, nous devons parler.

Il se risqua à lui jeter un regard.

Son expression était indéchiffrable ; il se demanda si régler cela en privé était finalement la meilleure solution. Cependant, le survivant ouvrit la marche vers ses appartements et il le suivit. Le regard persistant qu'il percevait sur sa nuque lui faisait imperceptiblement accélérer le pas. La situation lui était vraiment inconfortable.

Ils arrivèrent enfin à ses quartiers.

Sa baguette toujours serrée dans la main, donc toujours sur ses gardes, Harry entra le premier.

Il sentit à peine la main froide contre sa nuque que déjà il était immobilisé. Bloquant son bras à hauteur de sa colonne vertébrale, et l'ayant ainsi privé de sa baguette, son ancien professeur le maintenait dos contre son torse et avait passé une main sous son menton pour l'obliger à incliner la tête de côté.

Dire que le jeune sorcier paniquait était un euphémisme. Il n'arrivait pourtant pas à émettre le moindre son.

- Si vous voulez me tenir éloigné de vous, Potter, demandez-le moi simplement. Vous n'avez définitivement pas des réflexes pouvant rivaliser avec ceux d'un vampire, lui murmura-t-il à l'oreille avec une pointe de mécontentement.

Le cœur battant, le jeune homme se dit confusément que le maître des potions était fort. Suffisamment puissant pour ne pas disparaître, pour rester…

- Ecartez-vous, demanda-t-il avec un léger tremblement dans la voix, refroidi par ses pensées.

Se rendre compte qu'il pouvait se montrer aussi changeant dès que cette créature l'approchait ne l'aidait pas à se montrer aussi ferme qu'il l'aurait voulu.

Il le relâcha ; le survivant ramassa sa baguette.

Ces explications promettaient d'être tendues.

La porte se referma derrière eux. Ils restèrent debout, Harry de plus en plus mal à l'aise, jusqu'à ce qu'il ne se décide à lever les yeux vers lui pour entamer la discussion. La lueur couleur lave brillant dans ses yeux le figea.

- Vous… vous avez bu ce soir ?

Rogue fronça légèrement les sourcils.

- Contrairement à ce que vous pouvez vous imaginer, Potter, je n'ai pas l'intention de vous vider de votre sang ce soir, répondit-il avec une pointe d'agacement. Je me suis effectivement déjà nourri mais les effets secondaires dont je vous ai informé n'en sont pas moins présents…

- Ne me dites pas que vous êtes réellement dépendant de mon sang ? s'emporta-t-il horrifié à cette idée.

- Si vous dîtes cela dans le sens vital à ma survie, bien sûr que non Potter, dit-il plus durement.

Il préféra ignorer la légère déception qui l'envahissait. Elle n'avait vraiment aucune raison d'être. Il passa directement à ce qui les avaient amenés là. Le survivant ne devait pas prolonger cette rencontre plus que nécessaire et Rogue attendait visiblement ses questions.

- Je voudrais que vous me disiez pourquoi vous avez accepté le plan de Voldemort – et même accompli avec tant de… fidélité – alors que vous en connaissiez les conséquences. Et pourquoi ne m'avoir rien dit ? commença-t-il à s'énerver. Pourquoi avoir été si loin ? Pour… pourquoi m'avoir embrassé ? Pour jouer votre rôle à la perfection ?

Le souffle court, il avait senti sa colère grandir au fur et à mesure de ses paroles. A présent il voulait des réponses. Immédiatement.

Son compagnon ne cilla pas et s'adressa à lui d'une manière professorale.

- Si j'avais refusé, vous vous en doutez, j'aurais sans doute perdu ma place privilégiée si chèrement payée. Et si je vous avais informé de ces plans, m'auriez-vous vraiment laissé utiliser cette méthode, vous, gryffondor de pure souche ?

Son ton était monté d'un cran et une certaine contrariété se lisait sur son visage.

- ça n'explique en rien le… le reste ! contra-t-il ne voulant pas avouer qu'il avait certainement raison.

- J'ai passé mon temps à vous protéger, Monsieur Potter, souvent contre mon gré, alors assimilez cela à une manifestation involontaire de ce devoir ou je ne sais quoi d'autre ! termina-t-il, en se détournant pour prendre congé, alors que son ton était froid et irrité. Si c'est tout ce que vous aviez à me dire, je vous laisse à vos occupations, Monsieur Potter. Bonsoir.

- C'est la plus stupide excuse que je n'ai jamais entendue ! On n'EMBRASSE pas quelqu'un pour le PROTEGER !

Hors de lui, Harry l'avait rejoint et forcé à lui faire à nouveau face. Son aîné l'observa. Il s'attendait à une explosion, connaissant l'homme. Cependant, aucune insulte ne fut proférée et une nouvelle étincelle naquit dans son regard.

- Cela n'a rien d'une excuse, Potter, ce ne sont que les faits.

Les yeux, encore un peu plus clair que précédemment, le vampire dévoila légèrement ses crocs et s'adressa à son cadet d'une voix inhabituellement douce.

- Et vous, Potter, comment pouvez-vous justifier de vous être permis un tel écart ?

- Je… c'est… c'est la morsure qui m'a poussé à avoir un tel geste envers vous, balbutia-t-il.

C'était là une demie-vérité et ils le savaient tous les deux. Mais il n'allait certainement pas lui dire qu'en quelques jours à peine, il était venu à l'apprécier, à voir en lui courage et gentillesse, tendresse même. Cela n'expliquait pas tout. Pouvait-on réellement expliquer le fait de tomber amoureux ?

Harry passa du blanc craie au rouge brique.

Il avait refusé d'envisager cette possibilité depuis la fin de la bataille mais c'était pourtant ce qui était le plus proche de la réalité. Oh ! bien sûr, il y avait ce problème de dépendance, qui d'ailleurs même en ce moment lui donnait l'envie de devenir une nouvelle fois sa victime – une envie malsaine en somme, avait-il déjà tranché – cependant, ses sentiments se situaient à un autre niveau. Néanmoins, nommer la chose n'aidait pas à l'accepter.

- Ainsi donc, Monsieur Potter…

Rogue avait fait quelques pas et le forçait gentiment à s'adosser à la porte.

Il ne savait absolument pas comment réagir.

- … vous affirmez qu'une simple morsure peut entraîner pareille réaction ?

Ses lèvres étaient passées à quelques millimètres des siennes pour ensuite effleurer son oreille ; ses yeux flamboyants ne lui avaient pas échappé.

- Qu'est-ce que vous faîtes ? bredouilla-t-il sans pourtant tenter de résister.

Le rythme de son cœur accéléra encore lorsque ses mains, un instant plaquées contre le bois dur pour lui interdire toute fuite, se placèrent respectivement sur sa nuque et dans son dos.

- J'ai peut-être fait beaucoup d'erreurs dans ma vie, Potter, mais je sais encore parfaitement lorsque quelqu'un me désire ou non, souffla-t-il en réponse d'une voix anormalement rauque.

Le vampire posa d'emblée les lèvres sur sa jugulaire et Harry sentit une chaleur familière l'envahir.

Il lâcha prise, et sa baguette par la même occasion, ressentant une pointe de culpabilité, de peur également. Son désir prit pourtant le dessus. Très vite, il se dit que cette créature pouvait bien faire ce qu'elle souhaitait, il n'avait plus la force de la repousser.

Le jeune sorcier sentit à peine les canines s'enfoncer dans sa gorge – juste au moment où les crocs perçaient sa chair – avant que le cocon protecteur ne se tisse autour de lui. Un tel bien être, il ne le ressentait que dans ses bras.

L'amplification de ses sens, tout en perdant conscience de l'univers qui les entourait, le ravit tant qu'il s'accrocha de lui-même au corps de Rogue.

La sensation de ses cheveux contre sa joue, son torse contre le sien, sa main perdue dans ses cheveux en désordre et son sang envahissant le cœur du maître des potions. Il voulait tout cela. Il le voulait.

Le vampire se détacha après quelques gorgées à peine, regrettant peut-être son geste, mais Harry l'empêcha de s'éloigner de lui. Ils échangèrent un regard, ébène contre émeraude, les yeux voilés d'une même envie, et le survivant réduit lui-même la distance qui les séparait pour embrasser le prédateur.

Contrairement au précédent, ce baiser passa vite de tendresse à quelque chose de plus sauvage. Les mains, celles de Rogue en particulier, se faisaient plus pressées à franchir les robes de sorcier.

Ce n'est que lorsqu'il sentit les doigts tièdes parcourir son ventre puis empoigner sa hanche qu'il détacha ses lèvres des siennes. Il gémit tandis que la main s'aventurait sur son corps mais il la repoussa assez confus. Il n'avait que dix-sept ans, quand bien même il était majeur dans le monde sorcier, Harry était encore sous le choc de la découverte de ses sentiments et n'envisageait même pas de se donner à l'ancien professeur.

L'homme s'écarta un peu trop brusquement pour affirmer qu'il gardait son calme. A son expression, il comprit que cela était allé bien plus loin que lui-même ne l'avait voulu.

Son visage redevint de marbre.

- Ce n'était pas…

Le ton hésitant le surprit ; Rogue s'éclaircit la gorge et reprit.

- Cette… situation ne doit pas se reproduire. Il vaudrait que nous restions éloignés quelques temps. Que nous évitions même tout contact à l'avenir, ajouta-t-il

S'il ne s'agissait pas de celui que ses élèves avaient surnommé « la terreur des cachots », il aurait juré qu'il se contentait de fuir.

L'homme posa sa main sur la porte ; Harry s'écarta.

Le maître des potions ne lui porta pas un regard supplémentaire et il n'eut même pas l'occasion de plonger une dernière fois dans ces captivants yeux noirs avant qu'il ne quitte ses appartements.

Il lui fallut quelques minutes pour quitter son immobilité et s'asseoir sur un canapé, la tête rejetée en arrière.

Etait-il vraiment amoureux d'un homme – réputé pour son sale caractère – qui avait un jour servi l'assassin de ses parents, un vampire aujourd'hui et le meurtrier de Dumbledore, un sorcier en qui il n'était même pas certain d'avoir confiance ?

Décidément, la vie tranquille et normale à laquelle il aspirait encore le matin même, se disant que ce « problème » serait vite résolu, s'éloignait plus que jamais de sa portée.

A suivre…

Qu'en pensez-vous ?
J'avais besoin de bien remettre les personnages en situation (en gardant un certain nombre de détails des livres) et en voilà le résultat... Si vous préférez que mes chapitres garde une longueur à peu près constante (c'est-à-dire environ la moitié de celui-ci) dîtes-le moi : )

Ah ! Une autre chose aussi : le comportement de Rogue peu sembler étrange dans ce chapitre, à la base j'avais décidé de toujours garder le point de vue de Harry mais si vous voulez le prochain chapitre pourrait être exceptionnellement centré sur Rogue (seulement dans ce cas, il ne s'agirait pas réellement d'une suite mais d'un éclaircissement sur des faits précédents) sinon je continue du pov de notre survivant et vous découvrirez les souhaits de Sev en même temps que lui...
J'attends votre avis pour commencer ce nouveau chapitre au plus vite !

A bientôt : )