Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic sont l'entière propriété de JK Rowling

Notes : post tome 6 - Léger slash Harry/Severus - Sujet principal déjà traité par d'autres auteurs mais que j'aime beaucoup même si je m'en tire sûrement avec beaucoup moins de dextérité...

Me revoici : )
Face à de nombreux avis (et pour garder une part de "mystère" dans cette fic) je resterai pour l'instant en POV de Harry (j'en viendrais au point de vue de Rogue si cela devient absolument nécessaire).

Une fois encore un énorme merci à tous pour vos reviews ; ) Ce chapitre ne devait pas être posté avant la semaine prochaine mais ayant atteint 21 reviews pour le dernier chapitre (WoW je n'en avais jamais eu autant), je me suis pliée en quatre pour pouvoir le poster en cette fin de semaine : )

Et maintenant, place à la fic !

« Sacrifices et sacrifiés »

Chapitre 9 : Rogue

Il n'arrivait pas à se décider. Depuis dix bonnes minutes, il voyageait entre deux couloirs, avançant puis revenant sur ses pas.

ça n'allait pas du tout.

Depuis la veille, il se faisait la même réflexion. Harry avait beau retourner la situation dans tous les sens, il revenait toujours à la même conclusion.

Rogue se trompait.

Rester éloigné ? Et qu'est-ce que ça lui apportait ? Deux jours. Deux misérables jours loin de cet homme et il n'avait fait que penser à lui. Mais quoi de plus normal s'il l'aimait vraiment ? Il ne voulait pourtant pas l'aimer. C'était un homme, sec et sarcastique ; il ne s'était jamais gêné pour lui répondre et lui tenir tête.

Jusqu'à aujourd'hui du moins. Le survivant remarquait, avec un certain dégoût de lui-même, qu'il devenait docile en sa présence et recherchait même sa domination. La pensée le fit rougir et une nouvelle fois il fit demi-tour à quelques mètres de ses quartiers.

Le jeune sorcier, lorsqu'il avait croisé la directrice, s'était dit qu'il avait une certaine chance que McGonagall ait demandé à Rogue de rester au château quelques jours histoire de régler quelques affaires. Il allait ainsi pouvoir lui dire en face, et non par un simple hibou, que cette décision ne lui convenait pas.

Il lui était d'autant plus étrange de s'imaginer à quel point cela lui avait paru simple alors, tandis que son ancien professeur lui rappelait qu'il devrait faire face aux journalistes dans moins d'une semaine, et de réaliser à présent que tout un tas de détails l'empêchaient de se décider. Des peurs plus ou moins légitimes, telles que de voir la scène de la veille se reproduire ou encore de perdre tout aplomb en se retrouvant en face du maître des potions, et quelques doutes quant au bien fondés de sa démarche.

Cherchait-il vraiment à briser ce lien ou au contraire à l'approfondir ?

Harry avait décidé de classer ce sentiment, apparu bien trop rapidement à son goût, dans la même catégorie que ceux éprouvés pour Cho – bien qu'ils n'avaient rien de comparables – ce qui signifiait qu'il s'agissait tout simplement d'une erreur. D'une incroyable et incompréhensible erreur. Du moins, le survivant avait besoin de s'en persuader à cette heure pour oser l'approcher à nouveau.

- Allez ! J'y vais, dit-il pour s'encourager.

Il fit quelques mètres puis retourna sur ses pas.

- Non, non, ce n'est pas une bonne idée… Je devrais peut-être en parler à Ron et à Hermione avant, marmonna-t-il. Mais dans ce cas je devrais tout leur dire. Mauvaise idée.

Le jeune homme refit quelques pas puis revint en arrière.

Comment avait-il prévu d'entamer la conversation ? Il était certain qu'il le savait encore parfaitement quelques minutes plus tôt.

- Si au moins…

La porte s'ouvrit violemment et heurta le mur de pierre.

Harry sursauta de surprise.

Lorsqu'il osa jeter un œil par-dessus son épaule, il aperçut Rogue furibond l'observant de toute sa hauteur.

- Potter, commença-t-il d'un ton méprisant, je vous serez gré de choisir un autre couloir pour méditer – si tant est que ce mot ait le moindre sens pour vous – et y répandre votre odeur. Vous êtes bruyant. Poudlard est, me semble-t-il, assez vaste pour que je ne sois pas forcé de subir votre proximité constante !

Le sorcier le fixa incrédule avant de réagir.

Le bâtard graisseux était de retour ! Et apparemment ses sens de vampire étaient pour le moins développés…

L'homme fronça légèrement les sourcils devant son immobilité et posa sa main sur la porte pour la refermer sans plus de cérémonie. Le survivant se précipita sur elle. Il l'empêcha de la lui claquer au nez.

- Attendez. Nous avons encore quelque chose à régler.

Rogue le dévisagea avec froideur.

- Tout a été dit, Monsieur Potter, alors cessez de m'importuner.

Il essaya de refermer sa porte mais Harry résista. S'il voulait vraiment lui fermer ses quartiers, il serait forcé de se montrer plus brusque que cela.

- Qu'avez-vous donc à me dire ? céda-t-il sans pour autant lui ouvrir ses appartements.

- Simplement que vous vous trompez.

L'ancien professeur leva un sourcil perplexe avant d'afficher un air moqueur.

- Et vous pensez réellement que m'affirmer une telle chose vous permettra d'obtenir mon attention ?

A dire vrai, c'était exactement ce qu'il avait recherché en prononçant cette phrase. Elle n'avait visiblement pas eu l'effet escompté.

- Très bien, décida-t-il avec l'ébauche d'un sourire mauvais, nous parlerons donc dans ce couloir de la raison de ma venue qui est simple : votre lâche fuite de mon salon hier soir.

- Sale gryffondor impertinent, siffla-t-il en lui lançant un regard noir.

Il relâcha la porte et pénétra dans son propre salon. Le survivant faillit s'écrouler lorsqu'il emporta avec lui la porte qu'il n'avait pas eu conscience de tirer avec tant de force. Il se retint de justesse et suivit la créature dans la pièce.

Les bras croisés et l'air mauvais, Rogue attendait déjà qu'il se décide à parler. Il ne cachait pas son agacement et cela irrita quelque peu son cadet, si bien que ce dernier oublia ses hésitations, et perdit en tact.

- Votre idée est stupide, lâcha-t-il tout de go.

- Je ne vous permets pas de juger mes décisions alors que vous ne possédez pas la moindre expérience dans ce domaine ! s'emporta-t-il immédiatement.

- L'expérience que j'en ai – et si vous ne m'avez pas menti, la vôtre ne dépasse pas les six mois – est plus que suffisante pour savoir que m'éloigner de vous ne vous effacera pas de ma tête !

- Alors lancez-vous un sort d'oubliette ou utilisez tout autre méthode qui me permettra de me DEBARRASSE DE VOUS !

Le ton était cinglant ; le survivant écuma de rage.

- Pour oublier que vous m'avez manipulé et que vous tentez de faire pareil avec tous ? Que vous avez choisi de trahir Voldemort uniquement par égoïsme ? Que vous ne vous souciez pas le moins du monde de moi ou des autres ? Et que tout ce qui vous a décidé à une fois de plus retourner votre veste est MON SANG ? JAMAIS ! JAMAIS, VOUS M'ENTENDEZ ? JE NE VOUS LAISSERAI PAS VOUS EN SORTIR AUSSI FACILEMENT !

Harry respira pour tenter de se calmer.

Il n'avait fait que dévoiler ses angoisses mais c'était à peine s'il pensait un mot de cette tirade. Il s'était sentit blessé, beaucoup plus que de raison, et n'avait plus mesuré ses paroles. Le survivant ne quittait pas des yeux le maître des potions. Ce dernier semblait avoir encore pâli et ses yeux noirs étaient comme recouverts d'un voile.

Il ne put empêcher une pointe de culpabilité de naître en lui.

- Harry ?

Il se tourna brusquement vers la voix féminine.

- Ginny ?

Il avait complètement oublié qu'il devait la voir.

- Votre petite amie semble requérir votre présence, Monsieur Potter, vous ne devriez pas la faire attendre, déclara le vampire d'un ton neutre.

Le survivant reposa les yeux sur son aîné, étonné par le ton dénué de moquerie – ou de tout autre émotion d'ailleurs, et ne croisa pas son regard car Rogue lui faisait déjà dos. Mal à l'aise, il accepta la main que lui tendait Ginny et quitta l'appartement sans un mot. La jeune fille hésita mais salua malgré tout son ancien professeur.

- Au revoir, Miss Weasley.

La porte se referma derrière eux.

- Tout va bien, Harry ?

Non, ça n'allait pas, c'était même pire que la veille. Il se sentait légèrement moins dépendant de l'homme, peut-être à cause de la morsure récente, et pourtant il regrettait plus que jamais ses paroles. Une fois de plus ça ne s'était pas du tout déroulé comme ça l'aurait dû.

- Harry ?

- Excuse-moi Ginny, dit-il en voyant la mine soucieuse de la jeune fille, ne t'en fais pas, ça va.

Il détestait lui mentir mais il ne s'imaginait même pas tenter de lui expliquer sa situation.

- Comment m'as-tu trouvé ? demanda-t-il en se rappelant soudain qu'il hurlait sur le maître des potions avant son arrivée.

- Hagrid m'a conduit à tes quartiers mais comme tu n'y étais pas j'ai parcouru le château et je t'ai… entendu. Je n'ai pas très bien saisi mais il me semblait que tu avertissais Rogue de quelque chose…

Le sorcier blêmit légèrement et baissa les yeux.

- Ce… ne t'inquiète pas, tu sais comme il peut être imbuvable, justifia-t-il en faisant un geste vague appuyant ses dires.

- Oh, je vois. Apparemment, la fin de la guerre ne signifie pas que vous vous apprécierez plus pour autant, répondit-elle légèrement amusée.

Il songea qu'elle aurait sans doute eu beaucoup de mal à croire qu'il en avait été autrement durant leur détention. Comment aurait-elle réagi si, à cause d'une porte qu'il avait bêtement oublié de refermer, elle avait découvert ce qui s'était tissé entre le maître des potions et lui ? Il ne préférait pas se l'imaginer et il était soulagé que rien de plus parlant ne lui ait échappé dans ce salon.

Ils arpentèrent les couloirs, main dans la main, et Harry fit de son mieux pour lui rendre les sourires qu'elle lui adressait.

Il avait totalement oublié sa venue avant de la voir à l'entrée des appartements de l'homme. Pendant la guerre, pourtant, il ne passait jamais une seule journée sans songer à elle. Ses sentiments envers Ginny avaient définitivement changés, il était forcé de le reconnaître. Le survivant tenait à elle autant qu'à Ron et Hermione ; elle était bien plus qu'une sœur pour lui. Mais inconsciemment, et c'est en marchant aux côtés de la jeune fille qu'il se l'avouait, il avait déjà institué Rogue comme l'un des éléments stables de sa vie.

Le tout était de déterminer à quel point il était devenu important pour lui et si l'amour qu'il avait toujours porté à la jeune Weasley avait bien perdu en intensité à cause de lui.

Ils croisèrent Nick quasi-sans-tête, qui échangea quelques mots avec Ginny tout en renouvelant les félicitations pour sa victoire que le fantôme avait déjà adressées au jeune homme lors de son retour au château.

Ils ne s'attardèrent pas longtemps et, en quelques instants, le couple avait réintégré l'appartement du survivant et s'était installé sur le canapé.

Un silence inconfortable s'installa.

Pourquoi s'étaient-ils donnés rendez-vous ?

Ah oui. Pour profiter d'une journée en « amoureux » à Poudlard.- comme avait eu la bonne idée de préciser George.

On pouvait dire que la situation ne s'y prêtait pas. Pour le sorcier du moins.

- Harry, nous sommes bien à nouveau ensemble, n'est-ce pas ?

Elle serrait un peu plus fortement sa main et sa voix était inquiète. La question inattendue ne le prit pas moins au dépourvu. Et le pire était qu'il ne savait absolument pas quoi lui répondre. Il aurait aimé lui assurer qu'il n'y avait aucun doute sur ce sujet, qu'ils pouvaient déjà prévoir les plus beaux projets, qu'il l'aimait plus que tout…

Il ne dit rien.

Elle le fixa, cherchant ses yeux, mais il ne parvenait pas à la regarder en face.

La jeune fille baissa la tête.

- Tu es… distant depuis ton retour. Je me doute que certaines choses ont dû être très dures pour toi mais j'aimerais tant que tu te confies à moi, l'implora-t-elle presque.

Sa voix tremblait légèrement et lui se sentait coupable. Parce qu'il savait qu'il aurait dû lui apporter ne serait-ce qu'un début de réponse, ne pas la laisser dans sa confusion, lui permettre de retrouver cette force qui la caractérisait. Et il était parfaitement conscient que ses hésitations allaient la faire souffrir. Mais que pouvait-il lui dire alors qu'il n'était même pas certain de ce qu'il désirait ?

Devant son manque de réaction, Ginny continua.

- Ron et Hermione en savent beaucoup… J'aimerais que tu me racontes, que tu me dises…

Sa phrase se perdit dans un murmure. Elle se reprit pourtant.

- Il te faut encore un peu de temps, n'est-ce pas ? Oui, c'est seulement le début d'une nouvelle ère, il faut nous laisser du temps.

Elle se leva un peu trop précipitamment pour paraître naturelle et lui offrit un sourire crispé.

- Je vais te laisser un peu plus de temps. Et lorsque les cours reprendront tout redeviendra comme avant, finit-elle semblant finalement plus s'adresser à elle-même qu'au jeune homme.

La sorcière entrouvrit la porte puis posa une dernière fois sur lui un regard qui se voulait assuré.

- A bientôt, Harry.

Dès qu'elle quitta les lieux, le survivant se sentit envahi par un froid désagréable. Il n'arrivait pas accepter de l'avoir vue passer si vite de sa joie de vivre habituelle à son sourire triste de l'instant. Elle l'avait quitté, avec un tel empressement, comme si elle craignait… qu'il rompe avec elle aujourd'hui même ?

Dans sa confusion, il y avait peut-être songé.

Il ne s'imaginait pas être si transparent face à Ginny. Elle avait néanmoins raison. Il s'était montré distant sans vraiment s'en rendre compte. Pour un petit ami, il ne lui avait même prêté pratiquement aucune attention.

Bien sûr. Il n'y avait eu que Rogue.

Il n'avait pourtant aucune envie de faire souffrir la jeune femme ; il ne pouvait décemment pas laisser les choses en état avec le maître des potions. Encore fallait-il que ce dernier accepte de le recevoir à nouveau et, à la vue de la façon dont ils s'étaient séparés, les chances ne semblaient pas être de son côté. Harry s'était montré blessant, son aîné aussi, évidemment, et leur courte conversation n'avait été qu'échanges de mots durs.

Il se reprit.

Depuis quand hésitait-il à réaliser ses objectifs ? Il s'était promis de régler cette affaire aujourd'hui même et il le ferait. Que l'homme le veuille ou non. Et même s'il ne parvenait pas à déterminer ses propres attentes. Après tout il n'était pas gryffondor pour rien. Mais plus concrètement, il avait besoin d'éclaircir les choses avec le maître des potions.

Harry quitta une nouvelle fois ses quartiers.

En peu de temps il refit face à sa porte. Il n'hésita plus et frappa.

Il n'obtint aucune réponse.

Rogue n'était peut-être plus dans ses appartements. Il était pourtant persuadé du contraire.

Il frappa encore, plus fort, mais n'eut pas plus de résultat. N'y tenant plus, il essaya d'ouvrir la porte, qui se révéla bien entendu fermée, puis sortit sa baguette.

- Alohomora !

Banal appartement qu'il était, sans protection magique supplémentaire ou tableau réclamant mot de passa, le sort fit immédiatement effet.

Il ne s'attarda pas sur l'apparence de la pièce – il ne s'agissait là que d'une demeure provisoire et somme toute semblable à ses propres quartiers, exception faite des fenêtres totalement inexistantes – et chercha le vampire du regard.

Visiblement, il n'y avait personne, il s'était trompé.

Le survivant avança dans le salon, songeant encore à celui qu'il avait retrouvé ce matin. En une nuit, Rogue, qui avait pu se montrer si protecteur et si « intéressé » par sa personne, avait regagné son statut de bâtard graisseux.

Avait-il retrouvé cette froideur par ce que c'était là ce qu'il était vraiment ?

Cherchait-il simplement à le protéger ? Dans ces conditions, il était plus que temps qu'il sache qu'il était suffisamment adulte pour faire ses propres choix. Se montrer attentif envers lui était une chose mais la surprotection il y avait goûté assez longtemps pour l'accepter de sa part.

Ou bien, était-ce pour sa propre sauvegarde qu'il le repoussait soudain avec tant de force ? Par peur ?

Harry se fit la remarque que s'il mettait encore cet argument, sa lâcheté, en avant, il ne parviendrait qu'à retrouver le maître des cachots infecte et perdrait toute chance d'aborder le sujet le plus important avant de se faire jeter de ses appartements à coups de sorts plus ou moins douloureux.

Il jeta un œil curieux à la bouteille trônant sur la table basse – la disposition des meubles était pratiquement identique dans son salon – qui se révéla être du whisky pur feu. Apparemment, même un vampire pouvait rechercher les effets de l'alcool. La bouteille n'était pas encore entamée, aucun verre ne semblait non plus à proximité.

Il soupira.

Mais où Rogue était-il donc passé ?

Harry s'approcha du canapé, bien décidé à l'attendre, en songeant que, finalement, s'il avait encore des doutes sur sa loyauté envers l'Ordre du phénix ce ne devait être qu'un moyen pour lui de lutter contre ses propres désirs.

- Potter ! Que faites-vous encore ICI ?

Il n'eut même pas le temps de s'asseoir que déjà le maître des potions tirait sur son poignet pour lui faire quitter les lieux. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'il se faisait littéralement traîner hors de la pièce.

- Je dois vous parler, protesta-t-il en essayant de se dégager de sa poigne.

Son bras commençait à devenir douloureux.

Sans ralentir, et sans le regarder, il répondit.

- Je ne tiens pas à perdre mon temps en conversations stériles, Potter. Vous n'êtes pas le centre du monde et je ne suis certainement pas à votre service. Allez plutôt divertir vos stupides amis gryffondors et laissez-moi en paix !

L'homme était furieux. Anormalement furieux même. Il n'allait pas abandonner pour autant.

- Lâchez-moi. Vous me faîtes mal.

Il n'était même pas en colère, plus décidé que jamais à mettre les choses au clair et expliquer ses comportements pour le moins lunatiques. Son ton dût sûrement le surprendre car l'homme s'arrêta et le lâcha immédiatement.

Lorsqu'il vit la marque de ses doigts profondément enfoncés dans sa peau, son aîné se détourna. Il s'assit sur le fauteuil en face du canapé et se massa les tempes.

La main sur son poignet douloureux, Harry s'installa face à lui en silence.

- Partez, murmura-t-il les yeux fermés.

- Non.

- N'avez-vous donc rien d'autre à faire que venir me questionner ? La scène d'hier soir n'a-t-elle donc pas été assez parlante pour que vous compreniez ?

Il rougit malgré lui à ces mots et frissonna légèrement lorsque les yeux noirs se posèrent sur lui. Ca recommençait, déjà.

- Ou, en mémoire de votre père, cherchez-vous une quelconque vengeance ? Après tout vous m'avez clairement exposé votre vision des choses, cracha-t-il. Ou encore espérez-vous peut-être dans un futur proche pouvoir vous vanter à qui voudrait l'entendre que vous êtes capable de me manipuler à votre guise ?

Ses dernières paroles le perturbèrent, plus encore que la mention de son père ou son regard haineux. Il se sentait terriblement blessé qu'il puisse s'imaginer de telles choses.

Le survivant baissa les yeux.

- Ainsi j'ai donc parfaitement compris vos projets ? déclara son vis-à-vis d'une voix désabusée. Sortez d'ici ! IMMEDIATEMENT !

Rogue était déjà debout, une fois de plus écumant de rage.

Il avait pris sa réaction pour un aveu. Le jeune sorcier s'empressa de le détromper et leva son regard vers son visage déformé par la rage.

- Non ! Vous ne comprenez pas… Je ne voulais pas dire ça… Je n'en ai parlé à personne. Et je ne veux pas me venger ! Je voulais juste… Je veux…

Il déglutit, ne sachant plus très bien ce qu'il voulait formuler devant ces orbes noires qui l'observaient avec méfiance, tandis que l'homme se rasseyait.

- Je veux que vous m'expliquiez, se reprit-il. Comment peut-on faire disparaître cette dépendance ?

Il se gifla mentalement. Pourquoi avait-il posé cette question alors que mille autres paraissaient plus pertinentes et qu'il n'était même pas certain de vraiment vouloir la perdre ?

Il regretta d'autant plus lorsqu'il vit l'expression méprisante puis le rictus moqueur s'afficher sur le visage du vampire.

- Je vous l'ai déjà dit, seul l'éloignement pourra en diminuer les effets. L'annihiler est impossible. A moins bien sûr que vous ne vouliez devenir l'un des nôtres ou mon calice, termina-t-il d'un ton sarcastique.

Harry pâlit à cette remarque. Il y avait bien songé mais il ne voulait absolument PAS vivre des siècles, devenir un vampire ou être totalement soumis à l'ancien mangemort.

- Etait-ce tous ce que vous aviez à me demander ? interrogea-t-il d'un ton désagréablement condescendant.

Il réprima une grimace irritée.

- A quel rythme auriez-vous besoin de mon sang dans les conditions actuelles ?

La question – déjà posée mais en d'autres circonstances – s'était formée en même temps dans son esprit qu'elle n'était sortie de sa bouche. Inexplicablement, elle lui paraissait la plus censée de toute, à l'image de sa soudaine idée. Ce n'était cependant pas le cas pour l'ancien professeur qui paraissait totalement abasourdi.

- Vous êtes complètement malade, souffla-t-il. Avez-vous la moindre idée des risques ? Vous l'avez déjà vécu pendant notre emprisonnement : une faiblesse extrême après chaque morsure dépassant les quelques gorgées. Et même ici, la nourriture, loin d'avoir le même effet que pour un calice, serait à peine suffisante pour vous maintenir éveillé !

Rogue semblait cette fois parfaitement écoeuré et même… effrayé par cette possibilité ?

Effectivement, Harry n'avait pas beaucoup réfléchi. Il était pourtant sûr d'avoir trouver la solution à son problème.

- Il existe des potions, non ? J'en ai vu une à Sainte Mangouste… la potion de régénération sanguine, il me semble. Et puis, le monde sorcier à sans doute du prévoir de multiples méthodes pour soigner les victimes de morsures de vampire. Il doit sans doute y avoir un moyen de les détourner à cet usage, non ?

L'homme l'observait, un peu plus calme après cette argumentation sommaire mais sceptique, semblant presque sur le point d'utiliser la légimancie pour savoir si tout ça ne se résumait pas à une farce de très mauvais goût. A cet instant, le survivant n'aurait pas résisté.

Il ne le fit pas.

- Une semaine.

- Pardon ?

- Je n'ai pas dit que je cautionnais une pareille absurdité mais, à priori, je crois que votre sang me provoquerait un effet de manque plus prononcé au bout d'une semaine. Quant à vous, selon le peu que vous m'en avez dit, vous ne devriez pas ressentir le « besoin » de cette morsure à un niveau difficilement supportable avant cette période.

- Alors c'est faisable, soupira-t-il dans un léger sourire.

- Vous rendez-vous compte de ce que vous suggérez, Monsieur Potter ?

Il le regardait bizarrement, perplexe et intrigué. Il aurait même pu supposer « intéressé » toutefois il préférait s'épargner de fausses joies.

- Vous n'êtes qu'un gamin, vous ne pouvez pas savoir, décida-t-il en fermant les yeux et en se massant la tempe comme-ci cette discussion l'épuisait. Vous feriez mieux de retourner auprès de vos amis.

Harry ne lui fit pas remarquer que, pour son âge, il avait déjà vécu bien plus que beaucoup d'adultes même si l'envie ne lui en manquait pas.

- Détrompez-vous, je suis parfaitement conscient de ce que je vous propose.

Rogue l'observa à nouveau, les sourcils froncés.

- Pourquoi souhaitez-vous un pareil… accord ?

La suspicion se lisait clairement sur son visage néanmoins Harry ne voyait pas d'arguments solides – à part ses sentiments qu'il n'était pas résolu à dévoiler pour l'heure – à lui fournir.

Le temps d'un battement de paupières, la créature se retrouva sur lui, ses mains, contre le dossier du canapé, encadrant sa tête.

Il écarquilla les yeux sous le coup de la surprise.

Son visage était à quelques centimètres du sien ; ses yeux, tels des quartzs fumés, occupaient déjà entièrement son champ de vision.

- Vous me haïssez depuis des années, Potter, et, depuis que je suis un vampire, vous me craignez. Alors pourquoi ?

- Je n'ai jamais fait que vous rendre votre haine, commença-t-il avec une assurance qu'il n'aurait pas cru conserver dans cette position. Effectivement, durant notre emprisonnement, j'ai eu peur de vous. Ce n'est plus le cas.

Ils s'observèrent en silence, tandis que le cœur du survivant battait à tout rompre tant sa proximité le troublait et qu'il savait parfaitement qu'un élément crucial était absent de sa réponse, sans qu'aucun d'eux n'esquisse un geste.

Le jeune sorcier sentait le souffle régulier contre sa peau alors qu'il contrôlait le sien avec difficulté. Il devait faire preuve d'un self-contrôle étonnant pour ne pas approcher sa main de son visage pour une simple caresse ou les lèvres de siennes pour un simple effleurement. Loin de la crainte, cette position lui faisait éprouver le sentiment d'être protégé. Il aimait sentir cette force et, aussi étonnant que cela pouvait paraître, cette douceur – car ses gestes étaient vifs mais certainement pas violents – chez le vampire. Cet acharnement à le raisonner prouvait également qu'il avait une certaine considération pour lui.

Harry vit un instant le regard passer sur sa gorge et ne put s'empêcher de s'en réjouir.

- Allez-y.

L'expression quelque peu décontenancée de l'ancien professeur ne le poussa qu'à l'encourager.

- Vous y avez à peine goûté la dernière fois…

Il rougit à ses propres mots mais ne détourna pas le regard.

- Ne faîtes pas…

- Je vous le propose alors n'hésitez pas.

A la suite de cette phrase, il se permit d'écarter de son visage quelques-unes de ses mèches noires se surprenant par son audace.

Ce geste brisa la dernière résistance de l'homme.

Il plongea dans son cou et s'autorisa quelques gorgées.

Tandis que son sang lui échappait, sa respiration accélérait, sa poitrine se soulevant au même rythme. Il perdait pied et adorait cette sensation.

Les canines quittèrent sa chair. Cependant, le visage du maître des potions resta niché dans son cou. Un léger frisson le parcourut n'atteignant pas le corps en équilibre au dessus du sien. Il sentit la langue humide passer sur les marques de la morsure puis il trembla réellement lorsque son nez vint se réfugier dans ses cheveux en désordre pour respirer son odeur.

Le survivant s'empourpra sous cet étrange rituel et bougea légèrement. La créature recula, se leva puis regagna le fauteuil, le visage un peu plus coloré qu'habituellement.

Un silence gêné s'imposa.

C'était ça. Le jeune homme était embarrassé mais heureux. C'était ce qu'il voulait, il en était certain. Et plus encore.

- Vous ne savez pas à quel point ce que vous venez de faire est dangereux, déclara enfin Rogue. Qu'y a-t-il de drôle ?

- Vous allez y réfléchir, n'est-ce pas ?

Harry ne pouvait pas s'empêcher de sourire. Après une réaction aussi… positive à sa provocation, il n'avait plu beaucoup de doutes sur sa réponse.

L'ex-mangemort leva un sourcil comme pour demander : « Ainsi tout cela avait ceci pour but ? »

Il pensa un instant que l'homme risquait de mal le prendre, pourtant – peut-être sa colère était-elle « anesthésiée » par le surréalisme de la situation ? – seul un léger sourire se dessina sur ses traits.

- Vous essayez réellement de me manipuler, releva-t-il d'un ton neutre mais où il aurait juré percevoir un certain amusement.

Il ne se formalisa pas de la remarque qui ne semblait pas être un reproche. De plus, cette expression, qui ne dura qu'un instant, renforça ce sentiment qu'il s'efforçait de dissimuler.

- Je vais y réfléchir, Monsieur Potter, me renseigner sur d'éventuelles… solutions. Mais je n'ai pas dit que j'acceptais, précisa-t-il.

Rogue le quitta des yeux et abandonna son siège. Les robes noires le frôlèrent lorsqu'il passa à quelques millimètres du bras du canapé se dirigeant vers une armoire quelconque.

- Repassez demain, dans l'après-midi, nous en reparlerons.

Il entendit le tintement de verres – ou tout autre contenant de ce matériau – et se décida à prendre congé. Lorsqu'il se leva, il n'eut qu'un faible étourdissement. Le vampire n'avait pas abusé de son offre et c'était à peine s'il en ressentait de la fatigue. En atteignant la porte, assez heureux de la tournure des évènements, il fallait l'avouer, son aîné murmura quelques mots qui le firent sourire. Apparemment il s'interrogeait sur le bien fondé de son envoie dans la maison des gryffondors. Le maître des potions, fouillant encore dans ses fioles – car il avait eu l'occasion de les identifier – et lui faisant dos, lui adressa une dernière fois la parole.

- J'oubliais, Monsieur Potter, la Directrice souhaiterait vous entretenir plus longuement et au plus tôt sur votre futur rencontre avec le ministre – selon elle, lorsqu'elle vous en a parlé ce matin vous ne sembliez pas vraiment y prêter toute l'attention que vous auriez dû. Tâchez de ne pas trop la faire attendre.

Lorsqu'il se retrouva enfin dans les couloirs, Harry se demanda si c'était bien de la compassion qu'il avait perçu sous la réflexion extérieurement moqueuse. Mais il n'y accorda pas beaucoup d'importance devant les constatations qu'il tirait de ce tête-à-tête.

Leur relation était encore nébuleuse mais il croyait fermement que, désormais, ses efforts ne seraient pas vains.

Il avait cédé devant lui. Oh ! Bien sûr, ce n'était pas grand-chose, il aurait toujours pu mettre en avant qu'il s'était laissé guider par ses instincts de vampire. Seulement cet homme ne s'était jamais plié qu'aux règles de Dumbledore ou de Voldemort – l'un par culpabilité et reconnaissance, l'autre par crainte et devoir.

Aucun de ces sentiments n'existaient vraiment entre eux. Il y avait beaucoup – appréhension, colère parfois, animosité, regrets, tristesse, respect même si l'avouer aurait été difficile, désir et bien d'autres choses encore – mais dans son cœur, en cet instant, rien n'était plus puissant que l'espoir. Car, s'ils n'en avaient pas fait mention, il était évident qu'il y avait plus que ces besoins physiques qui conditionnaient leurs réactions et les attiraient l'un vers l'autre.

Du moins, pour Harry, cela était une certitude.

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Le jeune sorcier tournait distraitement les pages de son livre.

La veille, il l'avait emprunté à la bibliothèque, décidé à vérifier ses connaissances sur les vampires. Seulement, après sa conversation avec McGonagall, Harry n'avait plus eu le courage de l'entamer.

Qui n'aurait pas perdu toute énergie en prenant conscience de la complexité que prenait son rôle après être devenu « le sauveur du monde sorcier » ?

Enfin, pour l'heure, il préférait songer à Rogue. D'ailleurs, lui aussi avait joué un rôle – et pas des moindres – dans cette victoire. N'avait-il pas droit à la même reconnaissance ? Et surtout aux mêmes futurs ennuis…

Ce qu'il pouvait lire dans ce bouquin ne l'aidait pas beaucoup, tout cela il l'avait déjà appris en DCFM. Il le referma, agacé.

Il était trop tôt pour se rendre chez le maître des potions et le survivant ne parvenait pas à penser à autre chose ; il ferma les yeux en songeant aux agréables moments passés dans son salon. Il savait qu'il aurait dû porter sa réflexion sur ce qu'il allait dire à Ginny et pourtant il repoussait l'idée de cette prochaine confrontation avec force.

La porte de ses quartiers claqua.

Il ouvrit immédiatement les yeux, se demandant soudain où se trouvait sa baguette ; elle attendait aux côtés du livre. Mais il se détendit en voyant Ron entrer et Hermione le suivre avec hésitation et mécontentement.

Le survivant s'interrogea sur cette arrivée subite. Néanmoins, il était heureux de les voir.

- Harry ! Qu'as-tu fait à MA SŒUR ?

Finalement, en avisant le visage rouge de colère de son – jusqu'à ce jour – meilleur ami, il se dit que cette visite ne serait peut-être pas aussi agréable qu'il se l'était imaginée…

A suivre…

J'ai encore beaucoup d'idées pour la suite mais par contre je manque de temps en ce moment... Le chapitre 2 de"Si longtemps" est presque achevé donc j'updaterai cette fic la prochaine fois pour ne pas vous laisser sans rien trop longtemps : )
A très bientôt !
Et laissez-moi une tite review siouplaît :°)