Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic son l'entière propriété de JK Rowling

Notes : post tome 6 - Slash Harry/Severus - Sujet principal déjà traité par d'autres auteurs mais que j'aime beaucoup même si je m'en tire sûrement avec beaucoup moins de dextérité...

De retour sur cette fic :')
J'ai passé pas mal de temps pour arriver au résultat que je voulais alors j'espère que ce chapitre vous plaira !
Et encore une fois, MERCI pour vos reviews :°)

Bonne lecture !

« Sacrifices et sacrifiés »

Chapitre 13 : Vérités

- Vous vous doutez que je ne vais pas accepter cela éternellement, n'est-ce pas ?

- Notre « héros » se sentirait-il blessé dans son orgueil ? dit-il sarcastique.

- Absolument pas, grogna le jeune sorcier, je sais que vous considérez tous que cela est pour ma sécurité mais j'aimerais aussi vous rappeler que j'ai déjà fait mes preuves. Je sais me défendre.

- N'en déplaise à votre fierté de gryffondor, ai-je besoin de vous rappeler à mon tour que Lestrange est parvenue à vous amener devant votre pire ennemi avec beaucoup de facilité ?

- Ce ne sera pas nécessaire, merci, dit-il un peu sèchement en avançant dans la neige. Mais pourquoi faut-il que vous vous montriez toujours aussi désagréable ? Si c'est pour que je lâche prise, je crois avoir dit que c'était inutile.

- Vous vous méprenez, Harry. Et pour que vous ne profitiez pas de cela pour encore gonfler votre ego, sachez que la personne que vous voyez devant vous est et a toujours été Severus Rogue. Il n'y a aucun être caché sous un prétendu masque et qui n'attend qu'à être découvert, et ce malgré la naïveté avec laquelle vous vous obstinez à le croire.

- C'est encore à prouver, murmura-t-il face à cette tirade qui ne le décourageait pas le moins du monde.

- Vous savez que je vous ai entendu ?

- Parfaitement. Mais comme vous le dîtes si bien « je m'obstine à y croire » alors vos discours n'y changeront rien.

Le survivant lui sourit effrontément et le maître des potions se contenta de lui lancer un regard dédaigneux et fatigué.

Ils ne firent plus que quelques pas puis se retrouvèrent devant l'entrée du château.

- Bien, je vous informerai sur les progrès de mes recherches sur ces potions, jusque là vous ne touchez plus à la potion de sommeil, commença à récapituler l'ancien professeur. Si vous vous voulez venir me voir, comme nous en avons convenu, vous m'envoyez un hibou avant le début de la soirée pour que je vienne vous chercher et ce jusqu'à la reprise des cours. Est-ce clair ?

Harry se retint de lever les yeux au ciel.

- Bien entendu, je ne suis pas stupide.

- Ca, ça reste encore à prouver, termina le serpentard avec sarcasme avant de s'en aller dans un mouvement de robe vif.

- Soyez sûr que vous n'êtes pas encore débarrassé de moi, lui rappela-t-il dans son dos, en élevant la voix bien qu'il savait que cela était inutile.

Le gryffondor l'observa s'éloigner et, lorsqu'il ne fut plus à portée de sa vue, pénétra dans l'école, un léger sourire aux lèvres.

Il commençait à prendre le pli.

Il n'avait pas encore tous les éléments pour comprendre les comportements lunatiques de cet homme mais il se faisait plus facilement à ses changements d'humeur. Le malaise de la veille avait disparu et le jeune sorcier pensait en connaître en partie la raison. Peut-être n'était-ce qu'un trop grand optimisme de sa part qui le poussait à le croire ou peut-être cela n'avait-il été qu'un rêve néanmoins, autrement, il aurait été totalement incapable de s'expliquer l'attitude de Rogue.

Il sourit un peu plus.

Harry. Le maître des potions employait son prénom depuis son réveil, il avait fini par se demander si cela était conscient de la part du vampire ou si ça lui était venu naturellement.

Le survivant entra dans les cuisines par le chemin où se trouvait le tableau de la coupe de fruits et il n'eut besoin de chatouiller qu'un instant la poire pour la voir se transformer en poignée. Il ne dût pas attendre plus de quelques secondes avant que Dobby ne se présente devant lui.

- Dobby peut-il faire quelque chose pour Harry Potter, s'enquit-il avec cette expression enthousiaste qu'il lui connaissait.

Harry lui sourit et lui demanda s'il ne leur restait pas de quoi faire un petit déjeuner raisonnable.

- Oh ! Mais bien sûr ! Il y a toujours suffisamment de nourriture pour faire un déjeuner mémorable pour Harry Potter !

- Raisonnable, tenta vainement d'insister le dit Harry Potter mais il ne fut pas certain que l'elfe l'entendit.

- Harry Potter veut-il que Dobby le lui apporte dans ses appartements ?

- Oui, merci Dobby, capitula-t-il devant l'air ravi du petit elfe.

Il quitta les cuisines et se dirigea vers ses quartiers.

Il espérait vraiment que Dobby n'en ferait pas trop… Au moins, il n'aurait jamais de problème sur ce point avec Rogue.

Il grimaça à son étrange transition.

Il parvenait vraiment à revenir au serpentard dans toutes les situations. Ce dernier était même présent dans ses rêves – cauchemars. La veille encore, lorsque le survivant s'était endormi, Voldemort était venu le hanter, le tirant vers les ténèbres alors qu'il voyait ses amis, et le maître des potions, l'accuser de la mort de Dumbledore et de toutes les personnes sacrifiés à sa cause. Puis, ils lui avaient tourné le dos, l'abandonnant aux griffes du mage noir dont les yeux rouges l'avaient terrifié. Et il avait crié, crié à s'en arracher les cordes vocales jusqu'à ce que…

En fait, jusqu'au moment où il avait senti une présence à ses côtés, alors qu'il ne savait pas vraiment s'il s'était réveillé à cause de ses hurlements ou bien s'il rêvait encore. Harry avait cru sentir une main s'égarer dans ses cheveux et sur sa peau. Une caresse douce et chaude, bienveillante, protectrice. Il avait cherché à prolonger le contact et, lorsqu'un corps s'était approché du sien, il s'était senti si bien qu'il avait passé le reste de la nuit dans une sérénité totale.

Au moment de retourner à Poudlard, c'était la voix rauque de Rogue qui l'avait réveillé ; il avait pensé qu'il se trouvait près de lui, parce qu'il lui avait semblé qu'il l'avait appelé au creux de l'oreille. Le survivant avait alors ouvert les yeux mais le maître des potions l'attendait seulement sur le pas de la porte, le visage fermé. Il s'était alors mentalement traité d'idiot pour avoir imaginé que le vampire avait pu s'approcher de lui, alors qu'il ne cessait presque de vouloir de le fuir.

Le jeune sorcier lui avait répondu machinalement, et un peu déçu, qu'il le rejoindrait dans quelques minutes ; il avait quitté la pièce. Seulement, quand Harry s'était levé pour se préparer à partir, il avait pu remarquer quelques petites flaques d'eau – en partie évaporée – disséminées entre le lit et la porte.

Il était resté un instant sans comprendre. Puis il avait sourit.

Ce simple petit détail l'avait persuadé qu'il n'avait pas rêvé. C'était sans aucun doute de la neige fondue. Rogue était donc revenu durant la nuit et il était resté à ses côtés jusqu'à son réveil. Et grâce à lui, il avait pu se rendormir en paix.

Le survivant n'en avait pas touché mot à son aîné lorsqu'il l'avait rejoint à l'extérieur – au passage, il avait remarqué que le mur ne portait plus trace de ce qu'il avait vu la veille. Mais sa déduction ne lui en avait semblé que plus exacte lorsqu'il avait pu observer quelques changements dans son attitude. Plus particulièrement encore, lorsqu'il avait remarqué que le maître des potions était moins sur la défensive et paraissait presque apaisé. N'était-ce que parce qu'il s'était décidé à employer son prénom. Parce qu'il semblait plus à l'aise aussi : ses regards n'étaient plus fuyant, bien que loin d'être doux pour autant, et il lui répondait avec sa verve habituelle.

La possibilité que ce changement ait pu avoir un lien avec le simple fait qu'il avait dormi à ses côtés était particulièrement agréable à croire.

Le gryffondor avait alors choisi de s'adapter à son humeur et, part cette simple décision, il était parvenu à retrouver une grande part de son naturel.

Le contraste avec la veille en avait était frappant. Plus vraiment de malaise ou de lourds silences mais seulement une conversation et des réactions qui leur avaient toujours été propres. Harry avait vraiment apprécié.

C'était de cette manière qu'il espérait voir se développer leur relation. Et il aurait voulu pouvoir comprendre les raisons de ses changements d'humeur, sans doute l'obstacle le plus obscur à franchir.

Peut-être cela était-il dû à lui, le gryffondor un peu trop impétueux ?

Pourtant, il ne se souvenait pas que, durant son adolescence, l'homme ait pu être si inconstant dans ses comportements. Severus Rogue, professeur de Poudlard, n'avait jamais caché sa haine pour le survivant, pas plus que son antipathie pour la maison des rouges et ors, il s'était même souvent montré dur et injuste ; ses actes avaient reflété ses dires mais également son allégeance à Dumbledore. Il n'y avait pas – pas vraiment, et en y pensant à présent – d'ambiguïté ou d'incompréhension.

Puisque la guerre était terminée, le maître des potions, fidèle à lui-même, aurait dû choisir une voie et la suivre. Peut-être avait-il, et aurait-il, fait des choix inappropriés mais le terme « instable » ne collait pas vraiment avec l'ancien Rogue.

- Evidemment, l'ancien Rogue était humain et aujourd'hui c'est un vampire, se murmura-t-il à lui-même en pénétrant dans ses quartiers.

Harry resta encore quelques minutes à réfléchir sur les actes du serpentard avant que Dobby ne vienne lui apporter son déjeuner. Il remercia l'elfe sans mentionner le fait qu'il n'avait pas besoin d'autant de nourriture.

Le jeune sorcier passa une part de la matinée plongé dans ses pensées, songeant le plus souvent à Rogue mais aussi à son retour en classe – qui était pour dans moins de deux semaines à présent – et à l'invitation de Molly Weasley. Il avait relu pour la deuxième fois le livre sur les vampires qu'il avait emprunté à la bibliothèque. Et il n'était guère plus avancé puisque ce dernier se penchait plus sur l'aspect « technique » du vampirisme et sur certaines habitudes de ces créatures : vivent à l'abri du soleil, boivent du sang, ont parfois des calices, engendrent d'autres vampires, vivent beaucoup plus longtemps que les sorciers et les moldus, … Pas vraiment ce qu'il cherchait donc. Mais les autres livres de la bibliothèque étaient plus axés sur la défense contre ces êtres qu'autre chose.

Le gryffondor se décida finalement à envoyé un hibou à Ron.

Il avait envie de voir ses amis néanmoins il ne savait pas encore s'il se rendrait au Terrier – au risque d'y voir Ginny – ou bien ailleurs. Peut-être essayer de trouver un « adulte » pour les accompagner à Pré-au-lard ou au Chemin de Traverse. Toutefois suffisamment incognito pour ne pas se faire assaillir par des hordes de sorciers reconnaissants.

Cependant, même accompagné d'un membre de l'Ordre, la victoire ne datait que de quelques jours et il doutait que cette demande soit bien accueillie.

C'était frustrant et révoltant lorsqu'il y pensait. N'avaient-ils pas passé près de six mois seuls à rechercher les horcruxes ? Oui, bon, il avait fini par se faire capturer mais il s'agissait alors de l'armée de Voldemort et pas de quelques mangemorts désorganisés qui cherchaient plus à fuir qu'à se venger !

En y réfléchissant plus posément, il devait malgré tout avouer qu'il pouvait, un peu, comprendre l'Ordre. Il s n'avaient pas su empêcher les trois sorciers, à peine adultes, de les quitter pour combattre à leur manière. Ils s'étaient sans doute sentis coupables et impuissants. Ils essayaient donc à présent de veiller sur eux. Et Harry se sentait un peu en devoir de les laisser faire – un temps du moins.

Donc ce serait, une fois encore, Poudlard ou le Terrier.

Il appela à lui, d'un mouvement de baguette, plume, encre et parchemin. Le survivant commença à écrire mais s'arrêta lorsqu'il arriva au lieu où ils devaient se retrouver. Alors, la famille Weasley ou la facilité ?

Il n'eut pas à répondre à sa propre question puisque l'on frappa à la porte de ses appartements. Ses amis l'avaient apparemment pris de vitesse.

- Vous pouvez entrer, c'est ouvert !

Le gryffondor remit son matériel en place avant de revenir à ses deux amis.

Il ne put cacher sa surprise lorsqu'il s'aperçut qu'il s'agissait en fait de Remus.

- Bonjour Harry, j'ai l'impression que ce n'est pas moi que tu attendais, déclara-t-il avec un léger sourire.

- Euh …

Effectivement, ce n'était pas la personne qu'il s'attendait à voir, ce matin, dans ses appartements.

- Je peux m'asseoir ? demanda le loup-garou visiblement amusé par son manque de réaction.

- Oui, bien sûr, excusez-moi, se reprit-il enfin, je croyais que ce serait Hermione et Ron, termina-t-il en reprenant sa place sur son canapé, face à son invité.

Le survivant était pratiquement sûr que cette visite était en rapport ave Rogue et il s'en sentait déjà mal à l'aise. Heureusement que, cette fois, il avait enfin pensé à soigner sa gorge parce qu'il se doutait que le lycan se serait montré plus dur à convaincre que Hermione.

- Eh bien, Harry, commença son aîné, nous n'avons pas encore eu l'occasion de vraiment parler ensemble depuis que tu es revenu, comment te sens-tu ?

Remus lui adressait son sourire bienveillant habituel même s'il paraissait plus fatigué que dans son souvenir, finalement, il lui aurait presque semblé plus logique qu'il lui pose lui-même cette question.

- Bien, je crois. Je suis heureux de pouvoir revenir à Poudlard, répondit-il en préférant choisir cette approche plutôt que de mentionner des sujets plus difficiles. Vous savez, j'aurais voulu pouvoir vous expliquer les choses avant de partir…

- Allons, ne t'inquiète pas pour cela, vous avez fait ce que vous aviez à faire, nous le savons tous. Et le plus important est que vous vous en soyez sortis sains et saufs.

Par ces simples mots, il lui faisait comprendre que les excuses étaient inutiles - même si ça ne parvenait pas totalement à le déculpabiliser. Ils les avaient réellement abandonnés dans un moment des plus critiques, d'une certaine façon. Même s'ils les avaient peut-être encore considérés comme des enfants, leur disparition avait dû soulever pas mal de conflits au sein de l'Ordre, il ne pouvait pas l'oublier même si, à cette époque, ils n'avaient pas vraiment eu le choix.

- Mais à vrai dire, Harry, je dois t'avouer que ma visite n'est pas totalement désintéressée, reprit-il.

Apparemment le jeune sorcier avait donc vu juste.

- Minerva m'a fait part de la façon peu orthodoxe dont Severus et toi êtes réellement parvenus à tromper Voldemort et j'aurais aimé que nous en discutions.

Le lycan lui souriait toujours bien que son ton était devenu un peu plus hésitant.

- Que… que vous a-t-elle dit exactement ? ne put-il s'empêcher de demander, se laissant entraîner par sa curiosité, et une certaine appréhension, avant de devoir à son tour répondre à ses questions.

- L'essentiel, j'imagine. Que Severus avait trahi ce serpent, en ne suivant pas ses plans, sans t'informer de la ruse qu'il allait utiliser. Mais aussi que tout effet secondaire lié aux morsures avait été endigué par une potion de son invention.

Alors, il avait bien présenté les choses de cette manière à la directrice.

Le survivant s'empêcha de repenser à tous les doutes qu'il avait eus et revint au regard scrutateur de Remus.

- J'ai pourtant d'abord pensé qu'il n'était pas nécessaire que nous en parlions mais une remarque de la petite Ginny Weasley m'a fait changer d'avis.

- Ginny ? s'étonna-t-il sans comprendre.

Quel rapport y avait-il avec la jeune femme ?

- Oui. J'ai mentionné Severus dans une conversation au Terrier et elle m'a parlé de votre altercation dans ses quartiers. Selon ce qu'elle m'en a dit, il semble que vous ayez encore un certain mal à vous entendre, déclara-t-il avec prudence, considérant certainement ce sujet comme particulièrement épineux.

C'était vrai, d'une certaine façon, mais sûrement pas de celle dont il l'entendait.

- Tu sais, Harry, continua le loup-garou, Severus n'est pas aussi mauvais que tu pourrais le croire. Je sais qu'il a parfois été dur avec toi mais il s'est souvent trouvé face à des choix difficiles et, depuis qu'il a rejoint l'Ordre du Phénix, il a opté pour les solutions les plus aptes à garantir le bien du plus grand nombre.

- Je sais. Vous ne devriez pas vous inquiéter à ce sujet. D'ailleurs, pour arriver au bout de cette guerre, nous avons bien été obligé de… coopérer.

Le survivant pensait avoir pardonné le serpentard pour cet épisode mais, même si Remus présentait les choses sous cette forme, il se rendait compte que le plan de Rogue pour vaincre Voldemort éveillait toujours une certaine colère en lui. Avec le temps, il espérait vraiment passer au-delà.

De son côté, l'ancien professeur de DCFM ne paraissait pas convaincu par sa réponse.

- Je vous assure, vous n'avez aucune inquiétude à avoir là-dessus, insista le jeune gryffondor.

- J'imagine que la façon dont tu réagis devrait, effectivement, me soulager, sourit-il en croisant les mains sur ses genoux.

Il paraissait néanmoins toujours un peu sceptique.

Le lycan changea à nouveau de position et sorti quelques choses de ses poches.

- Tiens, dit-il en les lui tendant. J'avais apporté ceci dans l'espoir que tu donnes sa chance à Severus. Même si cela ne paraît plus très nécessaire, je pense que ça pourrait t'être un jour utile. Minerva est de mon avis. Et tu me rendras celle-ci, finit-il en désignant une petite fiole contenant un liquide argenté, lorsque tu n'en auras plus besoin.

Harry regarda ces cadeaux inattendus avec surprise. Il avait à présent, entre les mains, une pensine miniaturisée et quelques fioles vides. Le jeune sorcier tourna la seule qui contenait un souvenir entre ses doigts, avec précaution.

- C'est…

- Le souvenir que Severus nous a fourni il y a quelques jours pour sa disculpation, intervint l'ancien professeur en souriant toujours.

- Merci, je ne… m'y attendais pas.

Il ne savait pas encore que penser du souvenir mais il était évident qu'il avait déjà une idée de comment se servir de la pensine. Mais il n'avait encore pris aucune décision. Fuir un passé difficile lui semblait un peu trop facile et peut-être même lâche avec ce genre de méthode. Il y réfléchirait plus tard.

- Harry ? l'interpella-t-il encore.

Le survivant lui accorda à nouveau son attention et mit ces présents de côté.

- Il y a un autre sujet que je voudrais aborder avec toi, dit Remus d'un ton soucieux. Pour tout te dire, lorsque j'ai appris que tu lui avais parlé dans ses appartements, je dois avouer que j'en ai été assez surpris. Severus a toujours été quelqu'un de très indépendant, à sa manière, mais, depuis qu'il est revenu, il se montre très distant avec nous tous. Je pense que sa nouvelle nature ne doit pas y être étranger.

Le loup-garou fit une pause comme-ci il cherchait la meilleure façon d'aborder le problème ; le jeune sorcier attendit patiemment.

- Vois-tu, pour un vampire, il est encore extrêmement jeune. Si ces créatures ne sont pas mon domaine de prédilection, je ne peux pas m'empêcher de mettre mon cas en parallèle du sien. La seule différence fondamentale qui existe entre son expérience et la mienne est que je ne dois vivre avec l'incarnation totale de ma forme qu'à chaque pleine lune, lui vit avec en permanence. Vois-tu où je veux en venir ?

Il secoua la tête. Le jeune homme n'était pas certain de comprendre ce que ce qu'il sous-entendait impliquait.

- Pour être plus clair, je n'ai aucun contrôle, comme malheureusement tu en as pu faire l'expérience avec tes amis, sous ma forme de loup-garou. Et…

- Vous voudriez dire qu'il n'a qu'un contrôle partiel de ses actes ? réalisa le gryffondor avec une anxiété grandissante.

- En effet, Harry, mais ses capacités à contrôler ses émotions en tant qu'être humain influence également ses réactions présentes. C'est ce qui, à mon avis, a poussé Minerva à laisser un vampire si jeune sans surveillance. Et je pense que tu seras d'accord avec moi sur ce point : Severus est l'un des premiers à être capable de surmonter cela.

- Je suppose, répondit-il prudemment.

A bien y réfléchir, cette nouvelle le constituait comme le principal élément perturbateur dans l'adaptation de Rogue à son nouvel état.

- Il y a malheureusement un point qui pourrait fausser ce jugement, reprit Remus en fronçant légèrement les sourcils. L'âge. J'ai été mordu étant enfant, mon corps et mon esprit se sont donc habitués, bien que difficilement, avec une certaine rapidité à cette intrusion sans réellement la combattre. Mais Severus a, inversement, un âge plus avancé que la plupart de ceux qui subissent habituellement cette transformation. Le connaissant, je soupçonne son esprit de lutter contre ce corps tant consciemment qu'inconsciemment. Je me demande même s'il parvient à user de toutes les ressources véritables d'un vampire. S'il rejette ce qu'il est alors…

- Alors quoi ? questionna le survivant qui se demandait combien de nouvelles découvertes désagréables il allait encore faire, et qui s'inquiétait de plus en plus pour le serpentard.

- Alors il risque de perdre ses capacités à contrôler ses instincts vampiriques ; il pourrait bien être dangereux pour lui-même et pour les autres, conclut-il d'un air un peu plus sombre.

Le jeune sorcier ne voulait pas croire à ces conclusions, de là de trop nombreux scénarios catastrophes étaient capables de se former dans son esprit. Mais son aîné continua, apparemment décidé à lui exposer le problème dans son ensemble.

- Harry, tu as conscience que ses premiers jours en tant que vampire n'ont pas dû être des plus faciles ?

Il se souvint de ce que le maître des potions lui avait révélé sur sa transformation mais il n'était pas certain que le lycan ait eu connaissance de ces passages. D'ailleurs, le ton sur lequel il posait cette question laissait penser qu'il y avait un point important qu'il avait ignoré.

- J'imagine mal qu'il ait été guidé dans les façons d'agir qu'il aurait pu adopter. Sachant qu'il était en camp ennemi, Voldemort l'a sans doute laissé livré à lui-même - dans le meilleur des cas – ou s'est servi de la partie vampirique brute, quasi animale, qui sommeillait en lui. Avant qu'il n'ait pu se montrer lui-même, un certain nombre de… victimes ont dû passer entre ses mains.

Le survivant pâlit fortement à cette hypothèse.

- Attends, Harry, se rattrapa-t-il, ne fait pas de conclusions hâtives pour autant. Je peux t'assurer que ce genre de choses était totalement indépendant de sa volonté, au même titre que je ne suis plus maître de moi lorsque le loup prend le pas sur ma conscience. Il ne représente plus de véritable danger à l'heure actuelle.

Ca ne le réconfortait en rien, il aurait presque préféré ne pas savoir – et pourtant, s'il avait lui-même réfléchit dans ce sens, il en aurait sûrement tiré des conclusions similaires.

- Mais pourquoi vous me dîtes tout ça ? demanda-t-il enfin la voix tremblante, un peu de colère mais aussi surtout d'incertitude et d'inquiétude pour son – leur avenir.

Le loup-garou soupira.

- J'imagine que je voulais t'avertir mais aussi donner une chance à Severus de ne pas affronter ça tout seul.

Décidément, Harry comprenait de moins en moins.

- Hermione m'a dit que vous vous étiez parlés plusieurs fois, dit-il comme si son incompréhension se lisait sur son visage. A part Minerva, tu es le seul à qui il ait adressé plus que quelques mots depuis son retour parmi nous. Même si tu le détestes, Harry, je crois qu'il a un certain respect pour toi et, c'est bizarre à dire, mais je pense qu'il te fait confiance. En tous cas plus qu'à nous. Et te parler de cela est la seule chose que je peux faire pour lui aujourd'hui.

L'ancien professeur eut un sourire triste qui fit oublier toute colère au plus jeune. Il pouvait lire une certaine peine et peut-être un peu de culpabilité sur ses traits – même s'il avait bien quelques idées, il aurait bien eu du mal à en définir l'origine exacte.

- Je crois que je vais te laisser, dit-il en se levant déjà. Je suis désolé, Harry, je n'aurais pas dû t'ennuyer avec ça. Nous venons juste de gagner cette guerre et…

- Ne vous en faîtes pas, le coupa-t-il, je préfère savoir.

Et maintenant qu'il comprenait pourquoi il l'avait fait, il en était certain.

- Vous ne voulez pas rester encore un peu ? demanda-t-il un rien hésitant. Nous ne sous sommes plus vu depuis longtemps, ajouta-t-il avec un sourire une peu plus assuré.

Remus le regarda d'abord avec étonnement puis acquiesça. Il accepta également la proposition du jeune gryffondor de dîner avec un peu d'avance dans ses appartements. Dobby se fit à nouveau un plaisir de leur apporter ce qu'ils demandaient.

- Vous savez, je ne le déteste plus, confia-t-il, au bout de quelques minutes, à un Remus cette fois nettement surpris. Et puis, je l'aide à s'installer à Pré-au-lard aussi.

Cette fois, il rit légèrement en voyant son aîné écarquiller les yeux.

- Eh bien, je ne savais pas que vous étiez déjà si proche, répondit-il, en fronçant les sourcils, en se demandant apparemment ce qu'il avait manqué.

- Ne croyez pas qu'il se montre beaucoup plus agréable pour autant. Mais, d'une certaine façon, nous sommes en train de sympathiser, déclara le jeune sorcier en atténuant juste un peu les faits.

- Je suppose que c'est une bonne chose, dit-il visiblement assez sincère, sans chercher à savoir les bases de ce nouvel intérêt pour l'homme. Si les personnes qu'il côtoie arrivent à accepter sa nature, il ne pourra que mieux l'admettre lui-même. Mais je t'inviterais malgré tout à rester prudent, finit-il presque comme-ci il regrettait de devoir ajouter cette phrase.

- Je crois qu'avec ce que vous m'avez dit, je serai capable d'éviter les ennuis, sourit-il en retour. Je peux vous poser une question ? Selon vous, pensez-vous qu'il y ait une façon… d'aider Rogue ?

Le sourire bienveillant, et peut-être teinté d'une certaine fierté à son égard, revint sur ses traits.

- Etre parfois présent pour lui est déjà une chose inestimable. Et puis l'honnêteté est un élément qui pourra sans doute faciliter vos relations. J'ai toujours pensé que l'on avait beaucoup cherché à se servir de lui et qu'il en avait gardé une certaine rancœur et une véritable méfiance envers les autres. Ce n'est bien sûr que mon avis mais cela devrait t'aider à pouvoir communiquer avec lui.

- Merci, Remus.

Il espérait vraiment que toute la reconnaissance qu'il ressentait pour ce qu'il lui avait confié s'entendait dans sa voix.

Harry comprenait enfin, les pièces se mettaient en place, et la situation se révélait aussi encore un peu plus délicate, mais il avait maintenant une idée sur la façon de se comporter avec Rogue.

Le loup-garou passa finalement une bonne partie de sa journée dans les appartements du plus jeune. Ils parlèrent un peu des derniers mois écoulés mais, surtout, de souvenirs un peu plus agréables concernant les années de chacun à Poudlard.

Il reçut aussi une lettre de Ron et Hermione pour lui annoncer que la brune retournait quelques jours chez ses parents mais que, dans trois jours, ils avaient bien l'intention de le revoir au Terrier.

Finalement, le dernier voyage que fit Hedwige fut pour porter, après le départ de Remus et la réponse à ses amis, une lettre à Rogue.

Ce soir, il avait bien l'intention de le revoir.

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- Potter, grogna-t-il.

Se rendait-il compte qu'il passait de l'utilisation de son patronyme à celle de son prénom en fonction de son humeur ? En tous cas, Harry comprenait au moins que, dans le cas présent, il était assez agacé.

Le jeune sorcier leva vers lui un regard interrogateur.

- J'ai accepté le fait que vous restiez dans ce laboratoire pendant que je tente de trouver une solution pour cette potion, concéda-t-il, et je sais parfaitement que le goût pour cet art vous fait cruellement défaut, mais j'apprécierais que vous cessiez de m'observer comme une bête curieuse.

- Ce n'était pas mon intention, dit-il d'un ton distrait, je réfléchissais simplement.

- Parce que vous savez faire ça ? riposta-t-il en ajoutant quelques gouttes d'un liquide, qu'il n'aurait pas su identifier, dans la mixture.

- Vos compliments me vont toujours droit au cœur, répondit le gryffondor avec dérision et cette part nouvelle d'assurance qu'il avait acquis, depuis peu, devant l'homme.

Il se demandait encore, cependant, si Remus avait vraiment vu juste en avançant que le maître des potions avait un peu de respect pour lui. En fait, tout ce que le loup-garou lui avait révélé lui semblait encore un peu difficile à réaliser. Il allait pourtant aussi se baser là-dessus pour oser ce qu'il s'apprêtait à faire.

Il quitta le visage du serpentard des yeux pour observer ses gestes précis. Le domaine des potions ne l'intéressait peut-être pas plus que cela mais il se rendait compte qu'il aimait voir la dextérité, et la confiance, avec laquelle il maniait ingrédients et ustensiles.

Finalement, plus il y pensait et plus il se disait qu'il était heureux d'avoir pu consommer cette potion. D'avoir pu éprouver cette joie toute simple et sans artifice, ce soir encore, lorsque Rogue était venu le chercher à la sortie du château, d'être parvenu à trouver du charme dans cette voix souvent trop froide et ce visage disgracieux, d'avoir eu la certitude que l'esprit et le corps de l'homme l'attirait réellement. D'avoir pu accepter – même si pas tout à fait pardonner – ses actes passés. D'avoir pu être certain qu'il aimait bien cet homme pour ce qu'il était et non pour des illusions.

Ainsi, Harry avait au moins pu prendre sa décision sans regrets.

- Monsieur ? Enfin, euh, …Severus ?

Le vampire arrêta ses geste et l'observa surpris. Puis il lui lança l'un de ses fameux regards noirs.

- Nous en resterons donc à « Monsieur », marmonna le survivant un peu déçu. Remus Lupin est venu me voir aujourd'hui, continua-t-il pourtant.

Le serpentard reprit son travail comme-ci il s'attendait déjà à une situation de ce genre.

- Vous ne voulez pas savoir ce qu'il m'a dit ? interrogea Harry, assis sur sa chaise haute et accoudé au plan de travail.

- J'imagine parfaitement ce que cet hybride a pu vous raconter alors je me passerai des détails, répondit-il en laissant paraître combien il accordait peu de crédit au lycan.

Mais pour une fois, le rouge et or était certain qu'il était bien loin d'avoir vu juste sur le contenu de leur conversation. Toutefois, il était encore un peu tôt pour lui confier tout ce qu'il lui avait dit.

- Il m'a donné un excellent conseil, vous savez ?

Rogue resta silencieux comme-ci cela lui était totalement égal ; le simple fait qu'il ne lui ait pas répondu par un sarcasme de son cru le laissait penser qu'il y accordait, malgré tout, un certain intérêt.

- Il m'a dit d'être honnête avec vous.

Harry sourit légèrement lorsqu'il vit les gestes du plus âgé ralentir.

- Et, à vrai dire, je ne l'ai pas tout à fait été ces derniers jours.

- Et quel affreux secret me cachez-vous donc ? demanda-t-il enfin, sarcastique, mais sans croiser son regard.

Le gryffondor rit un peu devant sa façon de présenter les choses. Décidément, attendre le moment parfait pour le lui dire aurait sans doute équivalut à le taire pour toujours. Et les quatre heures qu'il avait attendu depuis son retour dans sa demeure n'y changeaient rien. Mais il avait enfin réalisé pourquoi les choses évoluaient si vite entre eux – en l'espace de quelques jours à peine. C'était parce que trop d'évènements et de changements avaient eu lieu sans qu'ils ne puissent vraiment les contrôler.

Le facteur temps, qu'il avait d'abord cru jouer en sa faveur, était contre eux. Chaque jour amenait un nouveau lot de surprises et, à trop attendre, il finirait peut-être par tout perdre, dépassé par les obstacles.

- J'ai des sentiments pour vous, dit-il sans détour. Plus que je n'en ai jamais eus pour Ginny ou n'importe qui d'autre.

Le maître des potions reposa si durement les fioles qu'il avait entre les mains qu'il crut un instant qu'elles se briseraient. Il s'était légèrement détourné et ses cheveux masquaient trop son expression pour qu'il puisse la deviner aisément.

- Vous divaguez, Potter. Comment pensez-vous sérieusement ressentir quelque chose pour un homme, que dis-je, un vampire, deux fois plus âgé que vous ? Vous n'êtes qu'un enfant. La potion que je vous ai donnée ne devait finalement pas être aussi efficace que je me l'imaginais.

Mais le ton n'était pas assez mordant pour croire qu'il essayait de le raisonner ; Rogue tentait plutôt de se convaincre lui-même. Après tout, son cadet ne lui avait-il pas fourni assez de preuve qu'il tenait à lui ? Et puis, sa simple présence en ces lieux était déjà presque suffisante pour attester de la véracité de ses paroles.

Il abandonna là son travail et quitta la pièce ; Harry le suivit. Tout n'était pas encore dit et il avait bien l'intention d'aller au bout de ses résolutions.

- Ce n'est pas tout. Je n'ai plus l'intention de boire la potion que vous m'avez donnée, je prendrai l'autre.

Rogue fit volte-face et l'observa avec une colère à laquelle le plus jeune s'attendait.

- Et pourquoi diable vous la fournirai-je ?

- Parce que c'est le seul moyen qui vous permettra de pouvoir goûter à mon sang, dit-il sans détour.

Le survivant était prêt à renoncer à certaines de ses facultés de jugement – parce que c'était ce qui se produirait si le lien qu'il avait coupé se remettait en place – s'il pouvait permettre au vampire de ne plus souffrir plus que nécessaire de cette dépendance. Parce qu'il était bien décidé à ne plus s'éloigner du buveur de sang.

Seulement le serpentard résistait toujours.

Il agrippa ses bras d'un mouvement brusque et le secoua presque.

- Gamin inconscient, cria-t-il de fureur, avez-vous la moindre idée de ce que vous me demandez ? Combien de fois faudra-t-il que vous le répète : je ne veux PAS d'une telle absurdité !

Harry s'empêcha de grimacer face à la force avec laquelle il enserrait ses bras.

- Vous insinuez donc que je n'ai pas le droit de vous aimer et d'accepter votre nature ? insista-t-il sans se démonter et commençant lentement mais sûrement à ne plus supporter que, malgré les apparences, le plus âgé décide toujours pour lui, à sa place.

- M'aimer ? répéta-t-il avec dégoût. Cela n'a rien d'un jeu, Potter ! Je ne suis pas l'une de ces gamines insouciantes dont vous pourriez vous amouracher ! Je suis un vampire, en comprenez-vous au moins les plus bêtes des implications ? Je suis un tueur de nature et, quelque soit la force avec laquelle je lutte, il me faut du sang pour survivre !

Sa prise commençait lentement à se relâcher sur ses bras.

- Je pense avoir été aux premières loges pour le comprendre ! répondit-il effrontément, parce qu'il voyait bien qu'ils arrivaient au cœur du problème. Et ce n'est pas simplement votre côté humain ou votre côté vampirique qui m'attire mais l'être entier que vous êtes. Vous buvez du sang, et alors ? Cela vous est aussi nécessaire que me nourrir l'est pour moi !

Il aurait aimé en rester là mais Rogue fulminait plus que jamais de rage.

L'une de ses mains le força à pencher la tête un peu en arrière en tirant sur ses cheveux en désordre.

- Stupide gosse ! Pensez-vous vraiment que si cela est nécessaire ce soit forcément ACCEPTABLE ?

- Ce n'est pas parce que vous ne le supportez pas que vous pouvez y changer quelque chose ! insista Harry qui sentait déjà de désagréables picotements à l'arrière de son crâne.

Il se devait de faire entendre raison à cet homme, il en allait de l'avenir de leur relation. Et même, simplement, du chemin que le vampire allait choisir pour son existence. Il fallait qu'il comprenne, même si cela était dur à accepter, qu'il n'avait plus le choix et il lui ferait réaliser quelque soit la façon dont il devrait s'y prendre.

- VOUS NE POUVEZ PAS COMPRENDRE LA DOULEUR QUE CA ENGENDRE ! hurla-t-il si fort qu'il se retint à grande peine de se boucher les oreilles.

Cette fois il était hors de lui, ses yeux rougissaient mais le survivant savait parfaitement que ce n'était pas de soif. A se montrer si instant, il avait peut-être réellement finit par aller trop loin.

Sa prise se resserra bien plus fort sur le bras qu'il emprisonnait toujours ; s'il continuait, il allait lui briser l'os. Le visage blafard était figé dans une expression de rage presque animale. Le gryffondor ne put s'empêcher de laisser échapper un gémissement de douleur lorsque sa main appuya si fort sur ses chairs qu'il eut la certitude qu'il allait lui broyer le bras.

Ce simple son sembla cependant réveiller Rogue.

- Vous ne pouvez pas savoir, dit-il en semblant se calmer et en le relâchant.

Ses iris reprirent leur couleur d'encre.

- Chaque nuit je dois prélever ce liquide sur des moldus impuissants et m'empêcher de m'en abreuver jusqu'à la dernière goutte ! Retenir… retenir cette bête que je suis devenu pour ne plus… ne plus jamaistuer

Les mains étaient retombées le long de son corps alors qu'il tremblait maintenant légèrement, sa voix s'étant éteinte dans un murmure douloureux, ses yeux le fixant sans paraître le voir.

Le jeune sorcier hésita puis fit un pas et le serra maladroitement contre lui mais avec le plus de tendresse dont il était capable.

Oui, il avait eu peur d'avoir déclenché quelque chose qu'il n'aurait pas pu contrôler. Et son bras le lançait encore mais le voir se sentir soudain si coupable envers lui-même lui faisait bien plus mal. Severus Rogue avait toujours été un homme fort et il ne recherchait certainement pas à le blesser. Seulement, il ne devait pas faire marche arrière, tant pour lui-même que – il en était maintenant convaincu – pour l'ancien espion.

- Vous savez, j'ai bien compris que vous pouviez être dangereux, voir très dangereux, dit-il contre son oreille.

Il le sentit très légèrement se tendre.

- Mais j'ai besoin de vous. Et j'aime penser que vous avez un peu besoin de moi aussi. C'est vrai que je ne peux pas savoir ce que vous endurez mais je peux être là pour vous. Vous n'avez pas affirmé une seule fois, ce soir, que vous ne ressentiez rien pour moi ; peut-être devriez-vous, vous aussi, vous laisser guider par ce que vous éprouvez.

Le survivant priait pour parvenir à le convaincre de la justesse de ses paroles.

Le plus âgé s'écarta lentement. Il le sonda de ses yeux noirs.

- Des sentiments ? dit-il dans un rictus qu'il se forçait visiblement à afficher. Comment voulez-vous que j'en arrive à de telles conclusions alors que votre sang brouille toute réflexion correcte de ma part ? Je ne pourrai tout simplement pas vous déclarer que ce que vous affirmez est exact puisque je ne le sais pas moi-même.

Le gryffondor ne sut s'empêcher de fuir son regard ; cette déclaration le blessait plus profondément qu'il ne voulait l'avouer.

- Ce n'est… pas grave, mentit-il en lui prenant la main. Je serais déjà heureux si vous me laissiez tout simplement vous aimer.

Il fit quelques pas, entraînant le vampire vers la chambre qu'il avait occupé la veille.

- Qu'est-ce que vous faîtes ? finit par demander le maître des potions, lorsqu'ils se retrouvèrent au pas de la porte entrouverte.

- Nous avons parlé plus d'une heure de votre éventuel passage au Terrier – ce qui s'est soldé par un refus catégorique de votre part, vous m'avez forcé à faire l'inventaire de vos potions avec vous puis nous sommes restés deux heures dans votre laboratoire pour que vous avanciez sur cette potion inutile. Je vais dormir, dit-il comme-ci il n'y avait aucune contestation à avoir et que la scène qui venait de se jouer ne s'était jamais produite.

- Et puis-je savoir, si cette question ne vous paraît pas trop incongrue, pourquoi je devrais vous suivre ?

Ton légèrement sarcastique. Bien, il redevenait lui-même.

- Vous savez très bien que je dors mieux lorsque vous êtes là, dit-il comme une évidence.

Il essaya de continuer sa route mais il sentit que la main fraîche voulait quitter la sienne.

Harry se retourna, légèrement contrarié.

- Et ne le niez pas. Je sais parfaitement que vous êtes resté avec moi la nuit précédente. Nous allons dormir.

Ils s'affrontèrent un instant du regard puis Rogue laissa échapper un soupir irrité sans, cependant, ajouter de commentaire. Et il se laissa guider par son cadet.

Le jeune sorcier ôta seulement sa robe de sorcier et ses chaussures puis se glissa sous les draps.

Le serpentard s'installa à ses côtés, à une distance raisonnable.

Le survivant roula des yeux et rejoint de lui-même le giron de son protecteur qui ne le repoussa pas.

Harry attendit quelques minutes dans le silence et les bras qui avaient fini par se placer autour de lui. Dans un dernier acte d'audace, cependant, il se redressa et posa un chaste baiser sur ses lèvres. Il rougit légèrement devant son regard surpris puis reprit rapidement sa place d'origine.

Il l'entendit toutefois soupirer.

- Ne croyez pas que notre conversation est terminée, grommela le vampire.

- Bonne nuit, Severus, souffla simplement le plus jeune, dans un sourire, en se laissant griser par la présence du maître des potions et en s'abandonnant déjà aux bras tentateurs du sommeil.

Cette confrontation avait été intense et difficile mais il pouvait dire qu'il avait fait honneur à sa maison et qu'il n'allait certainement pas le regretter.

- Bonne nuit, …Harry, finit-il par lui répondre de sa voix grave et, il pouvait réellement la définir ainsi à présent, assurément suave.

Non, il n'aurait définitivement aucun regret.

A suivre…

Alors, alors, comment trouvez-vous ce chapitre ? J'ai essayé de recouper les éléments déjà mentionnés précédemment pour arriver à ce que je voulais et je pense que ce n'est pas trop mal, ne ?
Dîtes-moi ce que vous en pensez ! Z'ai besoin de votre avis T.T

A la prochaine !