Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic sont l'entière propriété de JK Rowling

Note : post tome 6 - Slash Severus /Harry - Sujet principal déjà traité par d'autres auteurs mais que j'aime beaucoup même si je m'en tire sûrement avec beaucoup moins de dextérité...

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'suis désolée :x

Je sais que ça fait presque huit mois... mais quand l'inspiration vous quitte, c'est pas évident... En plus, je ne prends pas le temps de répondre aux reviews cette fois-ci :'(
Gomeeeeen...
Mais sachez que je les ai souvent relues et qu'elles m'ont donnés beaucoup de motivations pour écrire ce chapitre :'D

J'espère que vous prendrez plaisir à lire cette suite :)

Pour ceux qui aurait totalement oublié cette fic, voici un résumé des chapitres précédents :

Harry se fait capturé par Bellatrix au cours d'un long affrontement avant de se retrouver prisonnier de Voldemort en compagnie de Rogue, finalement resté l'espion qu'il était censé être.

Mais après avoir découvert que le mage noir avait fait de lui un vampire, et avoir servi de plat de résistance plus où moins contre sa volonté, notre survivant se retrouve manipulé par le maître des potions pour qu'il puisse achever sa mission. Voldemort est vaincu par un simple expelliarmus (et rappelez-vous que cette partie a été écrite des mois avant la sortie du tome 7 é.è). McGonagall offre, suite à cela, et en présence des autres membres de l'Ordre, la possibilité au trio de reprendre les cours pour les cinq mois restant. Durant la même réunion, l'ex-mangemort est déclaré innocent après avoir prouvé sa loyauté par quelques souvenirs dans une pensine.

Dans un même temps, après cet emprisonnement qui lui a permis d'en connaître un peu plus sur l'homme, notre gryffondor se découvre bien vite des sentiments pour le vampire et choisi de tenter sa chance.

Après quelques discussions houleuses et de violentes colères, la découverte d'une dépendance plus ou moins partagée à la morsure pour l'un et au sang pour l'autre, nos deux héros parviennent à un accord : à condition que notre survivant boive une potion qui lui redonne une vue réelle sur sa nature, Rogue accepte de rester aux alentours de Poudlard pendant un mois et de tolérer sa présence dans sa nouvelle demeure.

Remus apparait alors à son tour une journée à peine après leur arrangement. Il demande à Harry de donner une chance à Severus car il connaît sa nouvelle nature et semble croire que le jeune sorcier serait capable de lui apporter l'aide qui lui fait actuellement défaut. Il lui confie également une pensine et les souvenirs de Rogue ; leur rencontre permet à l'ancien attrapeur d'en connaître un peu plus sur les raisons de l'humeur profondément lunatique de l'homme, dont la principale serait une difficulté d'adaptation à son être vampirique.

Harry se décide à avouer ses sentiments au maître des potions et à lui demande par la même occasion une autre potion : un breuvage capable de lui faire supporter les morsures. Malgré les protestations de l'aîné – découvrant par la même occasion de nouvelles informations sur les sentiments de l'homme, le gryffondor atteint son but. Le lendemain matin, un réveil marquant dans ses bras le convainc que sa place est aux côtés de Rogue quoiqu'il doive donner pour y rester.

Après s'être décidé à rompre avec Ginny – sur les conseils d'un Ron encore irrité de son nouvel amour pour le « bâtard graisseux » - et avoir profité d'un opulent dîner de victoire au Terrier, il revient enfin dans la demeure du vampire. Mais, après une soirée s'étant déroulée de manière pas aussi agréable que l'avait espéré Harry, Rogue lui rappelle durement qu'à la fin de leur accord il compte, plus que jamais, se sortir de cette situation précaire et partir loin de lui…

Et maintenant, la suite ! Bonne lecture :)

« Sacrifices et sacrifiés »

Chapitre 16 : Doutes

Il se pencha sur lui d'une façon qui lui était maintenant familière et, dans l'instant qui suivit, le vampire se nourrissait de son sang, calmement, effaçant la douleur première de la morsure par le doux contentement qui l'enveloppait à chaque fois. Lorsqu'il se laissait emporter par cet état, il finissait par espérer que la créature choisisse de ne jamais le relâcher. Il lui semblait qu'aucune autre sensation ne pourrait égaler celle-ci. Il en oubliait presque qu'après chaque morsure, cet acte lui paraissait de plus en plus dérangeant.

La main logée sur sa nuque le relâcha en même temps que Rogue cessa de boire et, sans que le survivant ne puisse profiter plus longtemps de la proximité de son corps maintenant réchauffé, l'homme s'éloigna de lui sans un regard.

Le maître des potions lui laissait quelques minutes pour se remettre avant d'entamer la suite de ses révisions – ce soir, ils s'attaquaient à la métamorphose.

Et, comme depuis près d'une semaine maintenant, Harry observa quelques instant la forme mouvante de son aîné avec un peu d'amertume et un certain nombre de doutes mais, une fois de plus, il ne parvint pas à trouver les mots qu'il voulait réellement lui adresser.

Le gryffondor se contenta de le rejoindre à la table où s'étalaient déjà de nombreux livres et préféra porter son attention au cours que l'ancien professeur s'était engagé à lui donner.

Au moins, à défaut de trouver des solutions à certains de ses propres problèmes, il serait au moins prêt pour la rentrée imminente.

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Il aurait dû se sentir heureux, là, sortant de son premier cours de sortilèges de l'année, entouré de ses deux meilleurs amis, tandis que Ron se plaignait déjà de la longueur du cours et que la brune lui lançait des paroles réprobatrices.

Et c'était le cas.

Dans une certaine mesure.

Tout allait vraiment bien, plus aucune menace ne pesait sur sa vie, il était à l'abri de la presse entre les murs du château et il pouvait voir les gens autour de lui évoluer dans un certain bonheur. Alors, non, il n'aurait pas dû avoir de raison de se plaindre.

Sauf lorsqu'il songeait à tout ce qui le liait à Rogue.

Ils avaient dû transformer la réalité pour que la directrice accepte leur arrangement et il ne se sentait vraiment pas à l'aise avec l'idée d'en dire plus à ses amis, pas plus qu'avec celle de leur mentir.

Mais l'homme tenait sa promesse, durant toute la semaine qui avait précédé, il l'avait accueilli chez lui tous les deux jours – c'était finalement le rythme qu'ils avaient choisi pour les morsures. Et, chaque fois, le vampire commençait par se rassasier de son sang, sans que ne reparaisse plus la brutalité du premier soir, avant qu'il ne l'aide pour ses cours, et cela se passait assez calmement. Il fallait aussi préciser que le survivant était parvenu à repousser la remise à niveau en potions jusqu'à la rentrée et que, dans les matières qu'il lui avait enseignées jusque-là, Harry avait su se montrer assez compétent.

D'un point de vue relationnel, les choses n'allaient pas si mal non plus.

Bien que le serpentard ne parlait pas beaucoup en dehors de leurs heures de révisions, il n'était guère plus désagréable que dans ses récentes habitudes, assez froid lorsque ses amis traversaient un sujet, sarcastique lorsque venait le tour de la presse. Et, même, parfois, amusé lorsque le jeune sorcier laissait échapper des paroles qui exprimaient, de manières assez naïves, ses pensées et qu'il tentait désespérément de se rattraper, souvent sans résultats très probants. Beaucoup trop souvent, également, ces mots dévoilant la façon dont il percevait le vampire… et, dans ces cas-là, les silences pesants refaisaient leur apparition.

Enfin, s'il fallait parler des gestes que Rogue avait envers lui… on pouvait dire qu'ils étaient toujours assez limités. Il y avait la morsure, bien évidemment, mais le maître des potions évitait dorénavant de le garder plus que nécessaire dans ses bras – ce qui, à chaque fois, le laissait un peu triste et contrarié – et, malgré que le plus vieux acceptait lorsqu'il le lui demandait, ses nuits endormi à ses côtés ne lui avaient plus jamais semblé aussi paisibles que celle où il s'était réveillé dans ses bras. D'ailleurs, le survivant n'avait plus jamais eu l'occasion de retrouver son corps serré contre le sien au réveil, à sa plus grande déception.

Finalement, depuis ce soir où il lui avait réaffirmé qu'il partirait dès son engagement arrivé à son terme, l'homme semblait s'être intimé de ne plus suivre ses instincts de créature de la nuit, plus de brusquerie ou de douceur exagérée dans ses gestes, plus de longs regards teintés d'une certaine avidité, plus rien qui ne pouvait laisser deviner qu'une quelconque relation spéciale s'était établie entre eux – si ce n'était l'éternelle morsure. Il se montrait civil et patient – dans les limites de son tempérament, cela allait sans dire.

Et Harry ne parvenait plus à faire le premier pas. C'était là l'origine de son malaise, qui l'empêchait de profiter de ces instants avec ses amis, alors qu'ils se dirigeaient tous trois vers la grande salle pour le souper.

Le soir où avait eu lieu leur fameuse mise au point, il n'avait pas été capable de trouver les mots qui convenaient à la situation. Après tout, c'était lui-même qui avait proposé au plus âgé cette limite à leur arrangement. Alors, il n'avait pas protesté. Il avait fixé le vampire quelques instants puis il s'était enfoncé dans ses pensées sans plus tenir compte du lieu où il se trouvait.

Le gryffondor avait vraiment eu le sentiment, à ce moment-là, d'être le gamin que le plus vieux décrivait, naïf, frivole, trop sûr de lui et même un peu égoïste. Et il s'était laissé porter par sa réflexion durant de longues minutes pour finalement voir le maître des potions le quitter pour s'enfermer dans son laboratoire. Il avait vraiment voulu le retenir, mais il s'était abstenu.

Et depuis lors, ce léger malaise persistait en lui. Ils n'avaient pas reparlé de ce qu'il adviendrait de Rogue si leur situation était découverte, mais force était qu'il devait admettre qu'il ne serait effectivement pas évident d'y faire face si cela se produisait. Ces affirmations qu'avait faites le maître des potions à propos de son influence sur son comportement après ses morsures n'avaient plus jamais traversé leurs conversations non plus, et il préférait lui-même ne plus trop y penser. S'il trouvait l'homme étrangement fascinant, à certains moments, et qu'il était peut-être plus enclin à lui céder qu'auparavant, Harry était persuadé qu'il n'en avait pas pour autant perdu son libre-arbitre.

D'ailleurs, il avait bien l'intention de réagir face à cette situation – même s'il ne savait pas encore comment.

Il soupira. La potion avait peut-être permis de réduire une part de l'accoutumance qu'il prenait aux morsures, tout en lui permettant de les supporter, mais ses sentiments ne lui permettait pas d'oublier l'ancien professeur un seul instant… et il doutait fort que la réciproque soit vraie. Quoique, il pouvait peut-être se conforter avec l'idée que le vampire continuait d'être dépendant de son sang. Mais non, cette idée là était particulièrement égoïste, en vérité le gryffondor ne souhaitait pas que Rogue soit enchainé à lui de force – même si c'était la réalité présente.

- Pourquoi a-t-il donc fallu que tout devienne si compliqué ? marmonna-t-il en s'installant à la grande table des rouge et or.

- Tu as dit quelque chose, Harry ? interrogea la brune qui venait de s'installer en face de lui tandis que Ron s'attaquait déjà à son repas.

- Hn. Ce n'est rien. Je pensais juste à… à lui.

La jeune femme acquiesça d'un air entendu ; il vit que Ron, à sa droite, s'immobilisa un instant mais ce dernier ne dit finalement rien et continua son repas.

- Tu vas le voir ce soir, n'est-ce pas ? reprit pourtant Hermione.

- Oui, et nous devons commencer la révision du programme de potions, répondit-il avec une grimace. Si mes connaissances s'avèrent assez correctes dans les autres matières qu'il m'enseigne, je doute vraiment qu'il accepte mieux qu'avant mon niveau médiocre en potions.

- Si tu n'avais pas choisi d'aller réviser ça avec lui, tu n'aurais pas à t'en inquiéter, marmonna le roux après avoir vidé son verre de jus de citrouille.

La préfète fronça légèrement les sourcils mais préféra ne pas relever sa remarque.

- Allons, Harry, souviens-toi qu'avec Slughorn tu avais…

- J'avais son cahier, Hermione. C'était différent.

- Eh bien, peut-être, continua-t-elle un peu moins sûre d'elle, mais ne nous as-tu pas dit toi-même qu'il se montrait plus patient avec toi ces derniers jours ? Tu l'as bien rejoint dimanche soir pour étudier sortilèges, non ? Et tu nous as toi-même dit que tout c'était bien passé ! Je suis certaine qu'en deux jours à peine il ne peut pas être…

- …redevenu le bâtard graisseux qu'il a toujours été ? proposa le roux sans les regarder.

- Ron ! s'irrita la jeune femme.

Quelques têtes se tournèrent vers eux, dont celle de Ginny – elle se détourna dès qu'elle croisa le regard du survivant.

- Quoi ? s'énerva à son tour son petit ami. Même s'il est depuis longtemps dans notre camp – ça au moins je veux bien le lui reconnaitre, il nous a toujours traités comme des moins que rien ! Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas dire ce que je pense de lui !

Il y eut un long silence pour une partie de la tablée des gryffondors puis Ron se leva sans plus de cérémonie et quitta la grande salle. Ses deux amis en firent immédiatement de même et partirent à sa suite.

- Ron, attends, appela la brune alors qu'il se dirigeait rapidement vers leur dortoir.

Il ne s'arrêta pas mais Harry posa une main sur le bras de la plus petite pour qu'ils se contentent de le suivre en silence.

Finalement, ils passèrent tous trois le portrait de la Grosse Dame et s'installèrent dans l'un des canapés de la salle vide où le jeune homme avait décidé de se murer dans le silence.

- Je ne te demande pas de l'apprécier, déclara finalement le survivant.

- 'manquerait plus que ça, grogna l'autre garçon.

- Mais j'aimerais que tu me fasses confiance lorsque je vous dis qu'il n'est pas aussi mauvais qu'il semble l'être.

- Je te signale que c'est TOI qui étais en train de te plaindre à l'idée d'avoir un cours de potion avec lui ! répliqua-t-il du tac au tac.

- Je ne me… Non, en fait, je parlais un peu du même genre de peur que tu peux avoir quand tu dois avouer à Hermione que tu as échoué à un test après que vous ayez bossé sur la matière toute la nuit, finit-il d'un air légèrement moqueur.

« - Enfin, avec la notion 'Rogue' et 'vampire' en plus », continua-t-il néanmoins pour lui-même.

- Hé ! Je n'ai jamais eu peur de…

Le regard du roux se tourna un instant vers sa petite amie et il n'acheva pas sa phrase.

- Très bien, Harry. Mais ne compte pas sur moi pour aimer un jour ce type, bougonna encore son meilleur ami.

- Ne t'inquiète pas, je ne t'en demande pas tant, lui sourit-il.

Il y eut un silence un peu plus confortable, même Hermione avait un sourire satisfait, avant que Ron ne prenne à nouveau la parole.

- Dis… Tu comptes vraiment passer une soirée sur deux chez lui ?

Harry fronça les sourcils puis se tourna vers la brune qui fixait le plus jeune fils des Weasley d'un air attendri. Il revint à son meilleur ami dont les oreilles avaient considérablement rougies.

Alors, c'était en partie à cause de cela ? Il était, en quelque sorte,… jaloux du temps qu'il passait avec Rogue ? Il était vrai qu'il les avait vus moins souvent qu'il n'aurait été normal durant les deux semaines qui avaient précédé cette rentrée mais… C'était vraiment ça ? Bon, il ne devait pas oublier non plus que Ron n'appréciait pas du tout le maître des potions mais il était prêt à tolérer sa relation avec lui, n'est-ce pas ?

Une expression un peu plus réjouie se peignit sur les traits du brun tandis qu'il lui semblait que le sentiment d'amitié qu'il lui portait à cet instant n'avait que rarement été aussi fort.

- Ne t'inquiète pas, j'ai bien l'intention de coaché l'équipe de quidditch avec toi aussi souvent que possible, lui offrit-il simplement comme réponse. C'est notre dernière année et, même si nous ne pouvons pas réintégrer l'équipe, je compte bien profiter de ces derniers mois !

Ron lui offrit un sourire soulagé bien qu'encore un peu voilé, leur heurt précédent pas totalement oublié.

- J'y compte bien, dit-il avec un peu plus de son enthousiasme habituel. Avec des entraineurs tels que nous Gryffondor ne pourra que remporter la coupe cette année encore… bien loin devant ces satanés serpentards !

- N'oubliez pas que nous devons avant tout rattraper notre retard dans les cours du premier semestre, les remit bien vite à l'ordre leur préfète.

Et c'est d'une même voix, la même grimace plaquée sur le visage, s'échangeant juste un regard familier – et lourd de sens, qu'ils protestèrent.

- Hermione !

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Il avançait calmement dans les couloirs silencieux, un sac sur l'épaule, l'esprit tourné vers celui qu'il allait retrouver dans peu de temps. Et il ne savait pas si sa nervosité l'emportait sur son impatience de le revoir ou non. Hermione avait bien essayé de le rassurer – lorsqu'ils s'étaient retrouvés à l'écart de Ron pendant quelques instants - mais ça ne l'avait pas beaucoup aidé.

Harry prononça le mot de passe lorsqu'il arriva à la porte qu'il devait emprunter et elle s'ouvrit sur les anciens appartements de Rogue, ceux de l'époque où il enseignait encore dans cette école ; il la verrouilla derrière lui. Les lieux avaient été méticuleusement vidés mais la particularité de l'endroit n'était plus due – aujourd'hui - qu'à sa cheminée reliée à celle de la maison actuelle du maître des potions. C'était assez discret comme stratagème et la directrice l'avait elle-même reconnu – et Harry ne pouvait pas se plaindre du fait que son aîné ait enfin décidé de relier sa demeure au réseau de la poudre de cheminette de Poudlard.

Le jeune homme s'arrêta finalement devant la cheminée, poudre en main, et soupira.

Rogue ne s'était pas trompé sur un point en particulier. Mais, contrairement à ce qu'il avait lui-même pensé avant d'accepter la potion de l'ex-mangemort, le plus âgé n'avait un réel pouvoir – vampirique, si l'on pouvait dire - sur lui que durant les quelques heures qui suivaient la morsure, puis celui-ci s'estompait. D'ailleurs, à cet instant, il avait parfaitement conscience qu'il s'apprêtait à rejoindre un homme un peu trop pâle pour être humain, pas des plus chaleureux et vraisemblablement dangereux. Et qui ne manquerait pas de perdre son sang froid lorsque le gryffondor allait commencer à détruire « ses précieux ingrédients » par sa « totale incompétence ».

Harry inspira longuement puis expira - toujours dans le but de rester calme.

Il avait beau se répéter que l'homme avait un peu changé depuis ses jeunes années d'adolescence, ça ne l'aidait pas. Surtout que, comme il avait eu l'occasion de le remarquer depuis cette semaine écoulée à consommer sa potion, il commençait à ressentir une très légère sensation de manque ; à l'opposé, c'était aussi sur la fin du second jour qu'il reprenait conscience si clairement du fait qu'il aimait vraiment le vampire, qu'il se mettait à espérer voir son regard s'adoucir pour lui, qu'il désirait réellement le revoir pour son côté humain – et non pas pour sa forme surnaturelle.

L'ancien attrapeur se passa finalement une main dans les cheveux avant d'exécuter les gestes connus et d'avancer d'un pas résolu dans l'âtre.

- Demeure de Severus Rogue !

Un instant plus tard, il se retenait aux pierres de la cheminée pour ne pas trébucher maladroitement. Décidément, c'était pratique mais il ne s'était toujours pas habitué à ce genre de déplacement.

- … traverser vos conversations ! Donne autant de conseils que tu le souhaites, mais n'ose pas prétendre me connaître, Lupin ! Et, à l'avenir, je te serai gré d'oublier jusqu'à mon existence lorsque tu décides de t'épancher sur l'épaule de cet imbécile de Potter !

- Je suis désolé que tu le prennes ainsi Severus. Et je peux t'assurer que je n'ai rien prétendu savoir à ton sujet qu'il n'avait pas déjà deviné, ou ne tarderait pas à le faire. J'ai pensé qu'il…

- Pensé ? entendit-il Rogue ricaner. C'est bien ça votre problème, à vous les gryffondors, vous pensez que vous avez le devoir de vous mêler des affaires des autres… Eh bien, je vais te faciliter la tâche : garde tes soi-disant bonnes intentions pour ceux qui te les demandent et laisse-moi en paix.

Il y eut un plus long silence durant lequel Harry ne sut pas s'il devait se manifester ou non. Il était clairement mal à l'aise mais en même temps curieux d'en comprendre un peu plus sur cette bribe de conversation. Lui était toujours dans le salon et les deux autres étaient apparemment dans le laboratoire de potions, la porte très légèrement entrouverte.

- Très bien, Severus. Merci pour la potion, et je te remercie également pour avoir accepté d'aider Harry pour ses cours. Je sais qu'avec toi il s'investira pour-

- Lupin.

La voix était clairement menaçante cette fois et un plus long silence encore s'étala entre les deux hommes.

Harry s'imaginait tout autant le regard de suie de Rogue que la pointe d'incompréhension certainement marquée en cet instant sur les traits de Remus malgré son léger sourire d'excuse.

Le loup-garou se détourna comme pour prendre congé et son regard croisa celui du jeune homme par l'embrasure de la porte ; il lui accorda un petit clin d'œil avant de se tourner à nouveau vers son hôte. Le survivant était presque certain d'avoir vu un petit éclat de malice passer dans ses yeux après la surprise qui s'était un instant marquée sur ses traits.

- Tu sais, Severus, en parlant avec Harry, j'ai clairement vu qu'il avait à présent beaucoup d'estime pour toi et il est…

- Stop. Je ne sais pas ce que tu tentes de faire, ni de quels nobles… sentiments à mon égard tu cherches à affubler Potter mais, au risque de te décevoir, il n'est très certainement pas un gryffondor aussi… pur que tu le penses. Et, à mon humble avis – il pouvait clairement entendre le rictus dans sa voix, sachant que je n'ai passé « que » six années à lui enseigner et plus encore à le protéger malgré moi, je suis mieux placé que toi pour me faire une opinion sur ce gosse.

Le gosse en question, bien qu'il ne voyait qu'une partie du dos de Remus, était presque certain que le lycan s'était raidi durant son discours ; Harry quant à lui s'était clairement tendu face à la façon dont le vampire parlait de lui, et peut-être même était-il un peu en colère.

- Concernant la potion Tue-Loup, je transférerai dorénavant les quantités adéquates à Pompom. Je te serai maintenant gré de quitter ma demeure, Lupin.

Le survivant le vit simplement hocher la tête avant qu'il n'ouvre la porte du laboratoire et ne prenne poliment congé de son hôte.

- Bonsoir, Harry, le salua-t-il d'un petit sourire contrit en le dépassant.

Le loup-garou avait apparemment essayé, d'après ce qu'il en avait compris, d'intercéder en sa faveur auprès du serpentard mais ça n'avait visiblement pas été très concluant…

- A bientôt, Remus, répondit-il simplement d'un air légèrement désolé pour lui.

Lorsqu'il se retourna vers le laboratoire, juste après que l'ancien maraudeur ait quitté la demeure, Harry n'eut que l'occasion de voir le dos de son hôte avant que sa voix grave ne s'élève.

- Puisque vous êtes là, préparez vos affaires de sortilèges, que je vérifie si ces révisions ont été suffisantes. Nous pourrons ensuite… tenter cette remise à niveau en potions.

Le gryffondor grimaça légèrement. La soirée commençait d'une façon parfaite. Non seulement l'homme était de mauvaise humeur mais, en plus, à son ton sarcastique, il était parfaitement clair qu'il n'accordait toujours que peu de crédit à ses capacités en potions. Pour couronner le tout, Harry était un peu vexé par le fait que Rogue n'avait guère semblait lui reconnaître de qualité durant sa conversation avec Remus. Il avait vraiment crû qu'il avait pour lui plus de respect que cela ! Et le dernier maraudeur était un de ceux qui s'inquiétait le plus pour le maître des potions et il ne cherchait même pas à remarquer ses efforts ! Non, vraiment, il était en colère et…

Le survivant fit volte-face, déposa son sac sur une chaise pour sortir ses livres et ouvrit son cours de sortilèges.

Il n'allait pas craquer maintenant, pas comme ça. Pas alors qu'il n'était pas celui qui devait réellement comprendre et arbitrer les conflits entre le loup-garou et le vampire.

Sans vraiment s'en rendre compte, il eut un rictus amusé à cette idée.

Il revint cependant bien vite à sa réflexion, décidant une fois pour toute que Rogue était le seul à pouvoir faire le premier pas envers son ancien condisciple et qu'il n'était définitivement pas de son devoir de l'y forcer. Et Harry devait aussi essayer de ne pas céder à la colère pour des choses aussi futiles – oui, bon, il relativisait un peu les choses mais il en avait besoin pour s'en convaincre – que la manière dont le serpentard choisissait de le dépeindre devant les autres…

- Quel sortilège était au programme aujourd'hui ?

La voix froide derrière le fit presque lever les yeux au ciel. Avait-il vraiment besoin d'être si peu agréable ?

- Le sortilège de désillusion, répondit-il un peu plus durement qu'il ne l'aurait voulu.

- Bien. Montrez-moi ce que vous pouvez faire.

Harry retint un soupir et s'écarta légèrement pour laisser approcher son aîné et lui permettre une meilleure vue sur le sort qu'il s'apprêtait à lancer, baguette déjà à la main, sur les quelques livres qu'il avait sortis. Il agita sa baguette exactement comme Flitwick leur avait enseigné quelques heures plus tôt et incanta. Dans l'instant, la table sembla libérée de toute charge et rien ne pouvait plus laisser deviner que ses cours y étaient encore ; il l'avait mieux réussi encore que dans la classe de sortilèges.

- Passable, marmonna Rogue en s'approchant de la table.

Passable ? Son sort était parfait !

Il ferma les yeux et respira profondément avant de les rouvrir sur Rogue qui examinait toujours son travail. Bien, il allait prendre en compte que le sorcier avait plus d'expérience que lui et qu'il avait une vision de vampire – ce qui devait certainement aider à voir les 'éventuels' défauts de cette incantation. C'était la première fois depuis longtemps aussi que le survivant avait vraiment envie de lui jeter un regard noir… sauf qu'à le voir de si près, cette idée se battait avec celle de se rapprocher encore un peu pour sentir son corps solide contre le sien.

Le maître des potions, visiblement inconscient de ses pensées, s'écarta et lui jeta un vague coup d'œil avant de se diriger à nouveau vers son laboratoire.

- Prenez vos livres de potions. Je doute que deux soirées soient suffisantes à faire entrer dans votre crâne ce qu'on attend d'un élève de septième année mais j'aimerais au moins éviter que vous vous retrouviez à l'infirmerie pour « un stupide incident » dès votre première semaine de reprise à Poudlard.

- Trop aimable de votre part, grogna-t-il en levant le sort de désillusion et en ramassant les livres dont il avait besoin avant de le rejoindre dans son laboratoire.

Le vampire ne lui avait pas jeté plus de regards que nécessaire jusque-là mais, lorsqu'il entra dans la pièce, sa voix se fit plus sérieuse qu'ennuyée et ses yeux se fixèrent sur les siens.

- La potion que nous allons étudier aujourd'hui est une de celles parfois demandées aux ASPICS. Elle demande concentration et rigueur – plus encore que beaucoup de ses consœurs. Elle regroupe également nombre d'ingrédients régulièrement utilisés au cours de la septième année. Il s'agit de la potion de régénération sanguine.

Harry acquiesça malgré l'appréhension qu'il commençait à ressentir, il avait le pressentiment que ce 'cours' serait particulièrement difficile pour lui. Cela faisait après tout presque un an qu'il n'avait plus touché à ce domaine si ce n'était qu'à travers de récentes lectures. Il commençait presque à regretter d'avoir laissé toute cette partie du travail à Hermione pendant leur quête des horcruxes…

- Eh bien ? Qu'attendez-vous ? Tous les ingrédients sont là et la marche à suivre est ici, continua-t-il en lui désignant un parchemin. D'éventuelles explications complémentaires peuvent également être trouvées au chapitre deux de ce livre, dit-il encore en désignant celui à la couverture noire qui se trouvait au-dessus de sa pile, et au cinquième de celui-ci, finit-il en indiquant le plus lourd de ceux qu'il avait posés sur la table.

- B…Bien, je vais commencer alors.

Le gryffondor se déplaça pour se retrouver face au chaudron et exécuta les premiers gestes rudimentaires de toutes potions : remplissage correct du chaudron, réglage adéquat de la température et quelques autres encore.

L'homme observait en silence, à un mètre de lui tout au plus et il ne savait pas s'il se sentait plus soulagé qu'il ne lui adresse aucun commentaire que mal à l'aise d'être scruté avec autant d'attention, alors qu'il sentait bien que ses gestes manquaient d'assurance dans ce genre de situation – et plus particulièrement face à une potion qu'il n'avait jamais faite. Mais, lorsqu'il commença à travailler les premières plantes, Rogue revint bien vite à ses vieilles habitudes sans pourtant bouger de sa place.

- Il me semblait avoir indiqué clairement que la potion nécessitait de fines tranches de cette plante et non d'effroyables lambeaux. Recommencez.

Sans un mot, Harry mit son premier travail de côté et recommença.

Une bonne demi-heure plus tard – après une dizaine d'autres remarques plus ou moins justifiées, le serpentard intervenait à nouveau.

- Versez cette essence en une fois ! Ce n'est pourtant pas si compliqué de lire un simple parchemin !

Les muscles des bras du jeune homme se contractèrent un instant avant qu'il n'agisse comme le vieux bâtard lui demandait. Il allait la verser en une fois – et pour une fois qu'une chose était indiquée clairement sur ce foutu parchemin, il avait au moins crû qu'il ne récolterait par une nouvelle de ces remarques qui l'irritaient de plus en plus fortement – mais il n'avait tout simplement pas été assez rapide au goût du plus âgé.

- Je ne vous ai pas non plus demandé de littéralement jeter cette précieuse essence dans ce chaudron, Potter ! tempêta-t-il avant même que la dernière goutte ne quitte le fond de la fiole.

Le verre claqua violement contre la surface de travail alors que le survivant abandonnait définitivement sa potion des yeux pour lancer un regard noir à la chauve-souris qui lui faisait face.

- Arrêtez ça ! Si vous avez une réelle raison de me faire des reproches, alors dîtes-le simplement. Mais si vous vous contentez de reporter sur moi une colère destinée à quelqu'un d'autre alors… alors mieux vaut que je quitte cet endroit immédiatement !

La dernière phrase avait franchi ses lèvres avant même qu'il ne s'en rende compte ; il n'était qu'à moitié sûr de la regretter.

Cependant, quoiqu'ait pu vouloir répliquer Rogue, il semblait évident qu'il n'avait pas l'intention de lui répondre dans l'immédiat, en attestaient ses lèvres durement pincées et son regard furieux.

- Très bien, alors je m'en vais.

Harry referma ses livres et les prit sous son bras. Il passa à côté de l'ex-mangemort en lui jetant un regard irrité – il n'en récolta rien d'autre qu'une expression un peu plus agressive - avant de récupérer son sac dans la pièce principale.

Il aimait le maître des potions, sur cela il n'avait aucun doute, mais ses sauts d'humeur – justifiés ou non – commençaient sérieusement à lui taper sur le système. Et, avant qu'il ne fasse ou dise lui-même quelque chose de stupide, il préférait laisser le plus vieux se calmer.

Le jeune homme était déjà face à la cheminée, poudre en main, lorsqu'il sentit un frôlement de robe derrière lui. Instinctivement, il fit volte-face rapidement et s'éloigna de quelques pas. Et ce n'est qu'après s'être rendu compte de son action qu'il comprit que le vampire (il savait pourtant que c'était Rogue, son allié) lui avait fait ressentir un violent frisson de peur.

L'expression de l'ancien professeur ne laissait toutefois pas deviner qu'il avait une moindre idée du cheminement de ses pensées, pas plus qu'elle ne permettait de savoir s'il avait été d'une quelconque manière blessé par sa réaction : il ne montrait toujours que ce visage plein de colère.

Ses yeux étaient noirs et menaçants mais il s'était malgré tout contenté de lui faire face, les bras croisés et une grimace de dégoût plaqué sur son visage. Vraiment, il haïssait cette expression.

- Ma 'colère', Potter, commença-t-il d'un ton doucereux, résulte de votre si profonde incompétence. Vous ne faîtes aucun effort. Et vous vous reposez toujours sur les autres parce que vous n'êtes qu'un incapable et que vous avez si pitoyablement besoin d'attirer l'attention sur vous, termina l'homme en noir les dents serrées.

C'était une blague. Encore un peu et il se serait cru à un de ces exécrables cours de potions de ses premières années à Poudlard.

Harry ferma les yeux un instant pour les rouvrir et fixer le plus âgé d'un air froid.

- Une telle… mauvaise foi, cracha-t-il. Ce que vous dîtes est tellement ridicule. Et comme il semble que vous ne soyez plus capable ce soir de me parler sans m'insulter, je vais partir avant d'entrer dans votre jeu, grogna-t-il en se tournant à nouveau pour lancer la poudre dans le feu.

- Vous avez parlé avec Lupin, affirma Rogue d'un ton ferme.

Surpris par le soudain changement de sujet, le gryffondor interrompit son geste mais ne se retourna pas.

- Je vous l'ai dit, le jour même où nous nous sommes parlé.

- Et vous lui avez dit.

A cette seconde affirmation, le rouge et or se décida enfin à le regarder et fronça les sourcils.

- Quoi ?

- Ne faites pas comme-ci vous ne saviez pas de quoi je parle ! claqua à nouveau le maître des potions.

- Mais je ne sais pas de quoi vous parlez !

Rogue semblait à bout de patience mais il se contenta pourtant de le fixer et de lui répondre froidement.

- Vous lui avez confié les absurdes sentiments que vous pensez ressentir à mon égard. Vous lui avez parlé de ma 'dépendance'. Et je ne sais quelle autre stupidité encore pour qu'il choisisse de me prendre en pitié ! A combien d'autres d'imbéciles avez-vous parlé, Potter ? A qui encore vous êtes-vous plaint du 'bâtard irascible' que je suis et à quel point avez-vous décidé de me ridiculiser ?

Le serpentard n'était plus qu'à un pas de lui, bien qu'ils ne se touchaient pas encore, et il fulminait. Et ses yeux étaient toujours noirs, bien qu'il lui semblait que ses iris étaient par moment cerclés de rouge.

Harry avait peur. Non pas cette peur semblable à celle qu'il avait ressenti face à Voldemort, ou même celle lui serrant la gorge au sein de ses plus terribles cauchemars. Juste une peur 'naturelle', en quelque sorte, parce qu'il faisait face à un vampire et que la sensation qui lui nouait l'estomac lui intimait de fuir, loin, d'échapper au danger. Mais il s'empêcha de reculer et se maintint fermement sur ses jambes.

Rogue. C'était Rogue. Pas un prédateur sanguinaire qui en voulait à sa vie. Et il l'aimait. Et il était en colère.

- Je ne lui ai rien dit de tel ! Et je n'ai confié mes sentiments qu'à Hermione et à Ron ! Comment pouvez-vous encore dire des choses pareilles après tout ce que je vous ai avoué ? Je ne suis pas responsable de vos problèmes avec Remus ! Et je n'y peux rien non plus si vous prenez comme une attaque le fait que certaines personnes s'inquiètent pour vous !

- S'inquiètent ? Vous ne me ferez pas croire que vous êtes aussi naïf ! Lupin n'est qu'un sale loup manipulateur qui ne cherche qu'à donner l'impression de compatir aux malheurs d'autrui pour mieux se servir de vous ! Il vous a dit ce qu'il imagine qu'a été ma vie durant ces six derniers mois, n'est-ce pas ? Ah ! Je reconnais bien là votre cher lycanthrope ! Il agit exactement comme lorsqu'il était préfet, regardant de haut ceux qui lui paraissent pitoyables et n'intervenant que lorsqu'il peut en tirer bénéfice ! Et, sur ce point, vous n'auriez pas pu plus lui ressembler, termina-t-il avec écœurement.

- Je me sers de vous ? Non mais, c'est l'hôpital qui se fout de la charité, ma parole ! Qui, malgré les conséquences, affirme auprès de ses amis que vous êtes quelqu'un de bien, de meilleur que ce qu'ils croient ? Qui supporte votre comportement lunatique et ne cherche qu'à trouver des solutions qui pourraient vous convenir ? Et qui est celui qui sert de garde-manger à un vampire, hein ?

Il avait pratiquement hurlé les derniers mots tellement il était blessé par les paroles injustes du plus âgé.

Le survivant en avait marre. Il avait espéré, malgré le cours de potions, passer une soirée agréable avec l'homme, oublier que dans peu de temps il allait malgré tout le laisser et profiter simplement de sa présence. Mais, là, c'était trop. Il ne savait pas vraiment quel genre de conversation il avait pu avoir avec Remus toutefois cette simple visite du loup-garou n'excusait pas tout. Harry était peut-être encore jeune, ne savait pas grand-chose des relations amoureuses mais il se montrait honnête avec le serpentard et il n'en récoltait que la colère… d'un gamin. Oui, c'était ça, Rogue agissait comme un gosse qui se croyait d'office dans son bon droit et qui n'était finalement pas souvent capable de régler les problèmes difficiles calmement.

Et, pour une fois, il allait laisser le gamin bouder dans son coin !

Le maître des potions était furieux, il le voyait bien, mais ça lui était égal, pour lui la conversation était terminée.

Harry jeta la poudre dans la cheminée et rentra à Poudlard sans un regard en arrière.

Il sortit prestement de l'âtre – évitant pour une fois de trébucher – et leva sa baguette pour déverrouiller la porte dès qu'il ne s'en trouva plus qu'à quelques pas.

Avant qu'il n'ait pu lancer le sort, une main blanche arrêta son bras.

Comme il détestait se faire surprendre de cette manière car, bien sûr, il avait tressailli (de peur) au contact.

- Vous êtes d'une telle hypocrisie, Potter, déclara Rogue en le forçant - pas violemment mais fermement – à lui faire face. Je ne vous ai jamais rien demandé, c'est pour vous que vous cherchez des solutions, pour vous seul. Pour satisfaire vos désirs.

Le survivant essaya de se dégager de sa prise mais ce fût en pure perte. Mais cette fois, il était bien décidé à ne pas se laisser troubler par ses affirmations. Certes, il y avait un peu d'égoïsme dans ses demandes mais ça ne se limitait définitivement pas à ça !

- Très bien. Je vais vous dire ce que vous voulez entendre ! Je suis égoïste. Et j'agis de la sorte en espérant voir mes souhaits se réaliser, vous avez raison. Mais, contrairement à ce que vous sous-entendez, je ne considère pas que j'agis de la sorte pour que vous me deviez quelque chose, ni pour vous en donner l'impression. Et vous semblez continuer à ne pas vouloir entendre, ou croire, ce que je vous dis depuis deux semaines. Je n'essaie pas de vous ridiculiser, de vous manipuler, de profiter de votre nature vampirique ou je ne sais quoi d'autre !

Il reprit son souffle et continua plus calmement ; le serpentard se contenta de revenir à une expression plus neutre.

- Vous savez ce que je désire réellement ? Vous le savez, n'est-ce pas ?

Devant son manque de réaction – ou plutôt son mutisme, il se força à continuer, même s'il avait bien conscience du fait qu'il lui donnait une nouvelle fois des armes pour le blesser.

- Puisque vous ne voulez pas prendre la peine de lire entre les lignes, je vais vous le dire une fois pour toute. Ce que je souhaite c'est que vous cessiez de souffrir, que vous acceptiez ce que vous êtes aujourd'hui et que vous vouliez bien faire confiance à certaines personnes même… même si ce n'est pas à moi. Et, oui, je serais heureux si de vous-même vous vouliez passer du temps avec moi. Non, je n'aime pas l'idée de ses morsures, pas plus qu'une part de ce qu'elles provoquent en moi, mais je ne me soustrairai pas à notre arrangement tant que je sais que cela est capable de vous soulager. Parce que… parce que, même si vous ne voulez pas accepter cette idée, c'est de cette façon que je vous aime.

Le maître des potions le relâcha ; une grande part de tension était retombée. Peut-être sa franchise avait-elle cette fois été suffisante. Peut-être Rogue se rendait-il compte – enfin – que ses accusations manquaient gravement d'objectivité. Et finalement allait-il accepter qu'il était sincère dans ses sentiments.

- Et vous ? questionna pourtant encore Harry, sentant une certaine tristesse l'envahir. Qu'avez-vous l'intention de faire ? Avez-vous décidé de tout faire pour que je vous haïsse ? De ne même pas m'accorder le peu de jours qui restent de notre arrangement ? Etes-vous donc trop lâche pour tenir une simple promesse ?

- Je ne suis pas lâche, Potter. Je tiens ma parole. Mais je vais partir comme je l'ai dit. Vos souhaits sont peu susceptibles de s'accomplir un jour.

Harry n'aurait pas su dire s'il l'avait réellement cru mais au moins il semblait avoir accepté de lui donner le bénéfice du doute.

-Et sachez que Remus Lupin n'obtiendra jamais ce rôle de 'personne de confiance' que vous pourriez vouloir lui faire endosser à mon égard. Oubliez tout ce qu'il a pu vous dire à propos de moi et de ma condition, il ne sait absolument rien. Nous allons continuer en essayant de mettre de côté cet épisode malheureux, puisque vous tenez tant que cela à vous 'sacrifier' pour moi, finit-il sur un ton sarcastique bien que peu agressif.

- Je vous ai di que ce n'est pas… !

- Oui, bien sûr, je sais.

Son ton s'était fait plus apaisant un instant, en même temps qu'il avait posé une main sur son épaule pour qu'il ne s'énerve plus.

Rogue sembla cependant faire un grand effort sur lui-même avant de poser une nouvelle question.

- Voulez-vous… revenir à ma demeure à présent ?

- Je ne… je ne crois pas que ce serait une très bonne idée… Mieux vaut que je lise les chapitres que vous m'avez conseillés sur la potion de régénération sanguine pour que je sois un peu plus au point lorsque nous nous reverrons. J'ai… j'ai besoin de lire tout ça au calme.

Il n'y avait pas eu d'excuses de sa part pour son comportement, et Harry comprenait bien qu'il allait simplement devoir pardonner et passer au-delà. Pour l'heure, il n'était toutefois pas prêt à prendre le risque de se battre à nouveau avec lui, certains de ses reproches lui laissaient encore un désagréable goût d'amertume.

- Je vois, fût la réponse brève de l'homme.

Et il était pratiquement certain que le ton sonnait légèrement déçu bien que le regard n'exprimait toujours qu'aussi peu de chose. Mais le gryffondor se contenta de lui adresser un léger sourire.

- Bonne nuit, alors.

Il se retourna et leva à nouveau sa baguette mais s'arrêta une fois de plus lorsqu'il se sentit attirer contre le torse du plus âgé. Etrangement, l'étreinte lui paraissait plus aimante que n'importe quel geste qu'il avait eu envers lui depuis près d'une semaine. Il rougit légèrement malgré lui.

- Vous avez oublié quelque chose, lui murmura Rogue à l'oreille.

Que… ? Ah oui. Bien sûr. La morsure. Cette satanée morsure. A cet instant, il aurait pourtant donné beaucoup pour que cela ne reste qu'une simple étreinte…

Une part de lui lui soufflait également que si Rogue s'était finalement calmé ce n'était que pour cela, et il n'aimait pas ça.

Il soupira.

- Hn. Très bien, allez-y.

Harry ferma les yeux. Il sentit les cheveux fins effleurer doucement son oreille gauche alors que le vampire se penchait pour s'abreuver. Son souffle caressa un instant sa nuque avant que les crocs ne se plantent dans sa gorge. Le survivant s'accrocha fermement aux bras qui l'enlaçaient durant l'instant où il retint son gémissement de douleur. Ca faisait mal. Ca faisait toujours mal.

Il serra un peu plus fort les bras froids ; c'était plus long que d'habitude.

Enfin, la douleur reflua et la douce euphorie l'enveloppa. Le gryffondor sentait sa propre poitrine se soulever au même rythme que Rogue buvait son sang. L'étreinte du vampire se resserrait également sans pour autant être douloureuse. Harry remarqua que les mains blanches se déplaçaient sur son corps, caressantes, enivrantes, mais sans qu'il n'en comprenne vraiment la raison elles se figèrent soudain pour simplement le garder contre le torse ferme.

La morsure le rendait toujours un peu confus pourtant, morsure après morsure, il prenait conscience que son esprit parvenait à rester plus clair pendant l'échange. Et, malgré le fait qu'il aurait parfois préféré qu'elles n'aient pas lieu, il savait parfaitement que c'étaient là pratiquement ses seules occasions de se retrouver si proche du maître des potions. Alors le survivant gardait à l'esprit d'essayer d'en tirer le meilleur souvenir possible. Comme en se concentrant sur son cœur et celui du buveur de sang qui finissaient par s'accorder au même rythme, en remarquant de simples détails comme la hausse de température progressive de la peau du visage niché dans son cou, ou de son souffle, et simplement en se réjouissant du fait d'être enlacé par celui qu'il aimait d'une manière qui aurait pu être qualifiée d'amoureuse… si cela n'avait pas été typiquement propre aux vampires.

Harry leva sa main gauche pour caresser tendrement les longs cheveux noirs. Si Rogue n'éprouvait rien à son égard, rien n'empêchait pourtant le plus jeune de manifester la tendresse qu'il ressentait pour lui par de si simples gestes. Parce que, en dépit de toutes les confrontations difficiles qu'ils avaient eues – et qu'ils auraient malheureusement sans doute encore, ses sentiments étaient toujours aussi présents.

Les canines semblèrent s'enfoncer un peu plus dans sa chair et il gémit de bien être, sentant son corps se réchauffer perceptiblement. Mais à peine s'en rendit-il compte que l'homme s'écarta de sa gorge. S'était-il aperçu que le plaisir qu'il ressentait s'était accru durant les dernières secondes ?

Le maître des potions lui laissa un peu plus de temps que d'habitude pour qu'il puisse récupérer son souffle avant de briser l'étreinte.

Harry ouvrit les yeux et fit un pas en avant mais il vacilla dangereusement et fût retenu par les épaules avant de réellement chuter.

- Allez-y doucement, lui murmura son aîné dans son dos. Vous me paraissez plus faible que… d'habitude.

- Hn. Ce n'est rien. Il faut juste… juste que je reste comme ça quelques secondes.

Le gryffondor se sentait effectivement plus mal que d'en temps normal, il avait la tête qui tournait et il n'était même pas certain de pouvoir marcher droit tant l'espace semblait instable autour de lui.

Un petit moment. Il lui fallait juste un petit moment pour qu'il reprenne contenance et fasse bonne figure. Il n'avait pas envie que Rogue ressente la moindre culpabilité à l'avoir mordu… avec un peu plus de passion que durant la semaine écoulée ? Non, il ne voulait vraiment pas qu'il regrette cela.

- Potter, vous retrouver encore dans des situations qui vous rendent aussi vulnérable ne vous touche pas ? N'êtes-vous pas en colère de savoir que votre faiblesse actuelle vous rend impuissant face à n'importe quelle action que je voudrais entreprendre ?

La voix de Rogue était calme, sérieuse et concernée – ce qui n'arrivait pas tous les jours.

- Je vous fais suffisamment confiance pour que cela n'ait pas beaucoup d'importance, vous savez. Et je ne crois pas me tromper en pensant de cette manière. Oh ! Je sais, vous allez encore dire que je suis trop naïf et tout ça. Vous avez peut-être raison mais je n'y peux pas grand-chose je crois. Je ne souhaite d'ailleurs pas penser différemment.

Il y eut un long silence durant lequel le maître des potions ne sembla pas réagir. Le survivant s'apprêtait à se tourner vers lui lorsque la réponse arriva, étonnamment naturelle.

- Le professeur Dumbledore m'a dit des paroles semblables un jour. Décidément, les gryffondors sont vraiment tous des idiots.

Harry discerna sans mal la note affectueuse dans cette phrase ; il avait vraiment dû avoir beaucoup de considération pour le vieil homme, peut-être l'avait-il même aimé comme un fils aime son père.

Le survivant prit soudain conscience que c'était la première fois que le serpentard mentionnait l'ancien directeur depuis leur victoire finale contre Voldemort. Le fait qu'il en ait parlé si librement lui donnait l'impression d'avoir eu droit, à son tour, à une petite marque de confiance toute particulière, inconsciente ou non, qui persuadait Harry d'avoir définitivement obtenu – au moins – une petite place dans la vie de Rogue. Il se sentait aussi légèrement coupable d'avoir pensé que l'homme s'était uniquement calmé pour pouvoir le mordre que par réelle considération pour lui.

- Etes-vous à nouveau capable de tenir sur vos jambes ? questionna finalement le plus âgé souhaitant visiblement ne pas s'attarder sur le sujet. Bien que je sois ici, il ne m'est normalement pas autorisé de pénétrer dans l'école sans l'accord formel de la nouvelle directrice, termina-t-il d'un ton ennuyé.

- Oh. Je comprends. Je vais vous laisser retourner chez vous. Et je vais bien maintenant, je vais pouvoir rentrer à la tour de Gryffondor.

- Dans ce cas, passez une bonne soirée, Monsieur Potter. Nous nous reverrons jeudi.

Il le relâcha et Harry, qui était cette fois plus stable sur ses jambes, se retourna pour lui souhaiter une bonne nuit à son tour avant de le voir disparaître dans la cheminée.

Le jeune homme se retrouva finalement à arpenter les couloirs sombres, cape d'invisibilité sur les épaules. Bien que McGonagall lui ait donné l'autorisation de s'y trouver après le couvre-feu, il ne tenait pas à rencontrer d'éventuels dissidents qui ne manqueraient pas de lui poser des questions sur sa présence à ce si bas niveau du château.

Harry marchait assez lentement, se sentant encore affaibli, et le temps lui parût long avant qu'il n'atteigne enfin le portrait de la Grosse Dame. Elle sortit de son sommeil, assez mécontente d'être dérangée à une heure aussi tardive, avant de finalement accepter de le laisser passer. Arrivé dans le dortoir, et veillant à ne pas réveiller ses camarades, il rangea ses affaires, utilisa la crème maintenant familière sur la morsure puis s'écroula dans son lit, la tête dans l'oreiller.

La soirée avait été tout sauf reposante, et il était toujours aussi perdu quant à connaître les véritables sentiments du serpentard à son égard.

Il avait parfois l'impression que ce dernier le méprisait et qu'il pensait vraiment chaque mot dur qu'il lui adressait. A d'autres moments, comme durant certains de leurs cours, le maître des potions agissait réellement comme-ci il le laissait parfaitement indifférent. Mais, de temps en temps, les barrières du plus âgé paraissaient disparaître d'elles-mêmes comme ce matin où il s'était réveillé dans ses bras – ce souvenir là n'allait certainement jamais le quitter – ou encore, ici-même, lorsqu'il avait mentionné l'ancien directeur sans difficulté devant lui.

Harry enfonça son visage dans l'oreiller.

Y avait-il seulement la moindre chance que Rogue ressente un jour des sentiments semblables aux siens ?

Le vampire aimait son sang. Et l'homme semblait garder envers lui un certain devoir de protection. Peut-être même existait-il réellement une part de ce respect dont Remus avait parlé.

Mais le maître des potions ressentait-il de l'attrait pour lui, un homme également ? Ou n'était-ce pas une façon erronée de considérer les choses alors que les vampires ne faisaient pas de réelle différence entre les genres ?

Et Rogue pouvait changer si vite d'humeur en sa présence… Pourquoi, s'il ne pouvait pas le supporter, avait-il accepté sa compagnie ? Par pitié ? Pour ne pas blessé trop profondément ses sentiments ? Pour son sang ? Ou parce qu'il avait envie de sa présence lui aussi ?

Harry voulait encore trouver tellement de réponses.

Dans quelques heures débuterait le troisième jour de reprise des cours, un mercredi, et le quinzième jour de leur accord. La moitié du temps dont il disposait serait déjà écoulée. Et le départ de Rogue semblait inévitable.

A suivre…

Hmm, oui vous aurez des réponses sur la réaction violente de Severus envers Remus... mais pas tout de suite, et je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans laisser échapper de précieuses informations à ce sujet :3

Hum, hum. Sinon, la bonne nouvelle c'est que le chapitre suivant est déjà écrit (reste plus que la relecture) et est presque aussi long que celui-ci :p
La mauvaise... c'est que la suite de la suite (...) n'est même pas encore entamée... et je me demande s'il ne vaudrait mieux pas que
le chapitre 18 sois déjà bien avancé avant de poster le 17, histoire de ne quand même plus vous faire poiroter aussi longtemps entre deux publications...sachant que mes autres fics Harry Potter sont encore plus en stand-by que celle-ci... Enfin, bref ! J'espère que ce chapitre vous a plu et j'attends vos remarques avec impatience (donnez-moi de l'énergie pour que mes doigts ne quittent plus mon clavier XD).

A la prochaine !