Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic sont l'entière propriété de JK Rowling
Note : Post tome 6 - Slash Severus /Harry - Sujet principal déjà traité par d'autres auteurs mais que j'aime beaucoup même si je m'en tire sûrement avec beaucoup moins de dextérité...
Rien de mieux qu'un petit pont pour enfin finir un chapitre de fanfiction !
Encore une fois, un grand merci à ceux qui prennent le temps de laisser des reviews (j'y répond d'ailleurs dès que ce chapitre est posté !), ça me fait plaisir que cette histoire ne soit pas complétement oubliée et encore appréciée après tout ce temps :)
Sur ce, bonne lecture !
« Sacrifices et sacrifiés »
Chapitre 24 : Liens
"Vous êtes bien plus que cela."
Rien de bien grandiloquent, de simples mots qui lui étaient venus naturellement aux lèvres. Et, pourtant, ils avaient semblait-il réussi à toucher Rogue. Alors qu'au temps de Poudlard, toutes ses belles déclarations, aussi sincères qu'elles aient pu être, ne paraissaient généralement ne récolter que colère, incrédulité ou dédain.
Etait-ce lui qui avait suffisamment gagné en maturité pour que ses mots puissent avoir un tel impact ou bien était-ce le temps qu'ils avaient passé loin l'un de l'autre qui avait mené le maître des potions à finalement écouter, croire et accepter ses paroles ?
Harry enfila une chemise claire et quitta sa salle de bain, envahi par une certaine anticipation. Le vampire l'attendait patiemment, ses robes abandonnées au profit de ses chemise et pantalon noirs que le gryffondor avait rafraichi et remis à neuf d'un coup de baguette. Il se tenait debout, près de la fenêtre, observant les rues vides, du haut du second étage où se trouvait son appartement, peut-être perdu dans ses pensées.
Il n'avait pas changé du tout, se prit-il à songer. Deux ans, ce n'était finalement rien. Mais Rogue était exactement le même. Pas même une ride de plus au coin des yeux ou de la bouche, un maintien toujours aussi droit, une chevelure d'un profond noir corbeau qui n'avait pas poussé du moindre centimètre. Et c'est à cela qu'il ressemblerait pour l'éternité, il garderait ce teint trop pâle, ce nez un peu trop proéminent, ces dents pas tout à fait blanches et ces yeux qui vacilleraient toujours entre ébène et carmin.
Si son côté vampirique l'avait séduit, tout au début, lorsque les premières morsures lui embrumaient l'esprit, il avait par la suite vite compris qu'il était parfaitement satisfait par sa physionomie. Il n'aurait pas pu s'imaginer le serpentard différemment, aucun autre aspect n'aurait pu mieux convenir à sa personnalité, son intelligence et ses talents. Et il était loin de penser cela pour la première fois.
- Votre vie est... paisible, n'est-ce pas ? interrogea Rogue en tournant lentement la tête dans sa direction.
Il étudia les yeux rouges, qui ne révélaient rien de ses pensées, puis acquiesça en souriant.
- Plutôt, oui. C'est assez agréable de se dire que la guerre est derrière nous et que le quotidien est consacré à préserver la paix.
Il fit une pause et son sourire s'effaça un peu.
- Mes amis sont toujours là, à mes côtés, mais c'est une vie bien solitaire aussi, par moments.
Le maître des potions garda une expression neutre et fixa à nouveau l'obscurité extérieure.
- Ce n'est que parce que vous en avez décidé ainsi. Vous pourriez avoir bien davantage, et vous le savez.
- Mais mes désirs n'ont pas changé, et resteront sans doute toujours les mêmes.
- C'est regrettable.
Le silence les enveloppa et Harry se dirigea finalement vers le canapé.
Tout était entre les mains du vampire, à présent. Depuis son retour, il avait mis en avant tout ce qu'il était prêt à donner, que ce soit par des regards, des sous-entendus, des gestes, des actes ou des paroles.
Il fit un peu jouer les muscles de son épaule et retint une grimace. Il allait devoir s'appliquer davantage durant les leçons de médicomagie. Les marques des ongles qui avaient percé sa chair avaient disparues et la fine cicatrice blanche sur son épaule était à peine visible mais il y gardait une certaine raideur et ressentait une douleur diffuse lorsqu'il faisait un mouvement un peu trop brusque. Si Rogue s'en était chargé, il aurait pu faire un meilleur travail.
S'il avait encore possédé assez de magie pour cela.
Après tout, il avait été celui qui avait dû lui fournir les flammes bleues pour leur signal alors qu'en première année déjà Hermione était capable d'en produire. Flammes que son aîné aurait pu employer contre ce vampire dont il ignorait le nom. Et pourtant, en le voyant combattre, il avait deviné qu'utiliser de tels pouvoirs n'était plus naturel pour lui. Si le recours à la magie était instinctif pour un sorcier, le maître des potions semblait avoir perdu cette habitude au profit de sa foi en sa rapidité de mouvement et l'emploi de la force brute. Il avait utilisé la legimencie, certes, mais cette capacité nécessitait, à son avis, bien davantage de technique et de connaissances que de pouvoir. Et peut-être avait-il bien 'stocké' un brin de magie spécialement réservé à ce genre d'acte. Mais, autrement, il était vraisemblable qu'il ne soit plus loin du cracmol à l'heure actuelle. L'idée l'attristait mais il s'était visiblement adapté à sa nature, au contraire de ce qu'avait pu craindre Remus.
De longues minutes passèrent ainsi, laissant Harry seul avec ses pensées, avant que le maître des potions vienne s'asseoir à ses côtés, gardant le dos droit, ne posant pas les yeux sur lui.
- Vous auriez pu dépérir, sans cette potion, dit-il finalement.
Il vit son regard se fixer sur ses mains croisées sur ses jambes.
- Les autres... D'autres vampires, d'origine moldue, lorsqu'ils jettent leur dévolu sur un humain, le consument jusqu'à ce qu'il n'en reste, au mieux, qu'une coquille vide. Assouvissement de l'esprit, épuisement du corps, dévotion sans limite, l'humain est piégé et rien ne peut le libérer. Même dans le cas très improbable où un vampire voudrait rendre sa dignité à la personne qu'il convoite, il n'y parviendrait pas. Il n'y a pas de retour en arrière possible.
Le survivant vit sa mâchoire se tendre avant qu'il ne continue et il lui sembla que son regard dévia un instant vers son avant-bras.
- C'est de l'esclavage pur et simple mais sans le moindre espoir de libération.
Harry ne fût pas vraiment étonné d'entendre la conclusion qu'il lui exposa ensuite, il y avait déjà songé à l'époque.
- Il n'est pas impossible que le mécanisme de dépendance s'était déjà mis en place au moment où vous avez pris pour la première fois la potion. Et rien ne garantit, pas plus que dans le passé, sa totale efficacité. Peut-être ne fait-elle que retarder l'inévitable. Il serait stupide de refuser d'admettre que tout ceci reste du domaine de l'expérimentation.
Il y eut un bref silence, et il était sur le point de lui dire que ça n'avait pas beaucoup d'importance, lorsque Rogue le devança.
- Je vous... présente mes excuses, dit-il avec raideur et sans jamais lever les yeux vers lui.
Le survivant ne s'était tellement pas attendu à cela qu'il en resta muet d'étonnement. Puis une pensée douloureuse surgit. Si c'était pour cela qu'il - Après tout c'était Rogue et - et -
- Est-ce que - Vous n'êtes pas revenu que pour ça. N'est-ce pas ? Ce n'est pas - Ce n'était pas -
Le maître des potions ne le regardait toujours pas et Harry, malgré le calme avec lequel il avait pris la situation jusqu'ici, se décomposait. Il clignait rapidement des paupières, avait l'impression que la douleur dans son épaule s'accentuait et que son coeur se serrait. Si l'homme partait maintenant, il était certain que ce serait un départ définitif. Et des excuses ? Quoi de plus déterminant ? Non. Non, non, non...
Le serpentard fit finalement un bruit agacé.
- Je me demande si je ferais mieux de vous considérer comme un jeune homme extrêmement stupide et naïf ou comme un sorcier insensé. Vous n'avez eu aucune confiance en moi durant des années et étiez toujours prêt à me croire capable des plus sombres desseins. Et maintenant ? Vous semblez vous imaginer que j'ai la noblesse de coeur écoeurante d'un gryffondor ! J'ai un jour volontairement pris la marque noire ; je suis un vampire et j'ai tué hommes, femmes et enfants juste parce que j'avais soif ! Et vous pensez sérieusement que la seule raison pour laquelle je serais ici en ce moment même serait de simples excuses ? N'en avez vous pas assez de me prendre pour ce que je ne suis pas ?
Sincèrement, oui, il le pensait capable de cela. Ce n'était en rien naïf. Bien des actions passées le prouvaient meilleur que l'image qu'il s'efforçait de se donner. Même si sa nature vampirique avait tendance à déposer un voile plus lourd encore sur celles-ci.
Toujours en était-il qu'à présent Rogue était debout face à lui et le fusillait du regard. En colère. Mais, en fin de compte, peut-être pas réellement contre son cadet puisqu'il se rasseyait déjà, laissant sa tête retomber en arrière et fermant les yeux, son emportement paraissant presque oublié.
- Je ne peux rien faire, murmura-t-il. Je ne peux rien y faire, répéta-t-il un peu plus fort.
Le maître des potions ouvrit à nouveau les yeux et les garda fixés sur le plafond. Son expression crispée semblait tout aussi bien révéler son visible sentiment d'impuissance que ses mots. Son masque se craquelait. Il était maintenant au moins clair qu'il souffrait de cette situation.
Et Harry ne pouvait qu'écouter et attendre la conclusion. Laisser voix, une fois de plus, aux pensées qui tournaient dans son esprit alors qu'il paraissait décidé à partager honnêtement ce qu'il ressentait n'était sans doute pas le meilleur des choix. Peu importait qu'il ait envie de s'insurger contre ses mots ou qu'ils le blessent. Et c'est exactement ce que firent les paroles qui suivirent.
- J'ai longtemps pensé que ma fin viendrait avec celle du - avec celle de Voldemort. Et, d'une certaine façon, c'est ce qui s'est produit. Mais, même ainsi, je suis toujours enchaîné. Entravé et incapable de me défaire de vous.
Et c'est le dépit ainsi qu'un fond de tristesse et de lassitude présents dans cette déclaration qui touchèrent le plus Harry et lui firent serrer les dents. Il lui était d'autant plus difficile d'étouffer la culpabilité qu'il ressentait à l'éclat de joie ténu qui avait surgi à son aveu.
- A cause de mon sang. Ou ma magie, dit-il, gardant malgré tout les pieds sur Terre et trop conscient de cette réalité prédominante au sein de laquelle avait toujours évolué leur relation.
Le serpentard se redressa pour l'observer puis leva sa main, fit une brève pause, comme s'il hésitait à terminer son geste, lui ôta ses lunettes, puis laissa son index courir sur son visage, sa cicatrice en forme d'éclair, sa joue, son menton, ses lèvres.
- Si seulement il n'y avait que cela.
Le sorcier déglutit et un coin de la bouche de son compagnon s'incurva légèrement vers le haut.
- Cela serait tellement plus simple si vous me repoussiez, si vous me craigniez et tentiez de me fuir. Mais vous devez toujours vous démarquer, n'est-ce pas ? Agir et réagir de la manière qui complique toujours le plus mes choix. Vous étiez bien plus gérable lorsque vous n'étiez qu'un sale gamin impertinent.
Il n'y avait pas de venin dans sa voix. Ses doigts étaient descendus jusqu'à sa gorge, massant un instant une zone où les ongles de leur précédent adversaire avait fait couler le sang mais qui maintenant ne révélait que peau intacte, et reposaient à présent contre sa jugulaire. Les iris rougeâtres semblaient presque pulser au même rythme que ses propres battements de cœur rapides. Harry sourit légèrement, appréciant la douce caresse de ses doigts, qui ne contrastait finalement que peu avec le poids de ses mots. Prudence, calme, précision.
Le vampire se pencha vers lui et ne fixa plus que ses yeux.
- Je ne vous ferai pas de promesse. Et je ne resterai pas constamment à vos côtés. Quitte à être enchaîné, je me targuerai au moins de pouvoir choisir la longueur de ma chaîne. Si cela n'est pas suffisant pour vous, arrêtez-moi maintenant. Car je ne vous permettrai pas de revenir sur votre décision par la suite, je le crains.
Les crocs se dévoilèrent un instant, comme pour donner plus d'impact au ton possessif qu'avait pris sa voix.
Ses mots paraissaient durs de premier abord mais, avec ce qu'il connaissait de Rogue, il savait qu'ils sous-entendaient beaucoup, ils lui offraient enfin cette myriade de possibilités qu'il avait tant espéré avoir. Oh, il était conscient que son absence lui était difficile, qu'il ne lui serait pas vraiment agréable de vivre dans l'attente lorsqu'il partirait (il avait déjà vécu cela) mais, quoi qu'il dise, c'était une promesse, celle de toujours revenir. Et c'était bien plus que ce qu'il s'était imaginé pouvoir recevoir de sa part. Un tel serment, c'était…
- OK.
L'ancien professeur roula presque des yeux et secoua légèrement la tête.
- Vraiment, Monsieur Potter ? Je m'émerveillerai toujours de votre éloquence.
Le survivant fronça un peu les sourcils à son tour.
- Je ne vois pas pourquoi je devrais encore me lancer dans de grandes déclarations, vous savez déjà très bien ce que je pense. Vous ne vous attendiez quand même pas sérieusement à ce que je vous dise non ? Et pourquoi toujours 'Monsieur Potter' ? J'ai un prénom, vous savez.
- Que je me juge libre d'employer, ou non, à ma convenance.
Harry leva les yeux au ciel puis ferma les paupières et se pencha en avant, laissant son front se reposer contre celui de Rogue. Il soupira.
- Merci. Merci d'être revenu.
La main qui avait migré sur sa nuque resserra sa prise et les lèvres fines caressèrent les siennes. Chastement d'abord, de simples pressions de la chair tendre contre la sienne. Puis avec davantage de nuances, un mordillement un instant, un toucher du bout de la langue, sa lèvre emprisonnée entre les siennes, son étreinte sur sa nuque s'affermissant. Et bientôt, ils s'embrassaient à pleine bouche, langues dansant, caressant palais et gencives, cherchant tous deux parfois à dominer et à d'autres moments se laissant guider par l'autre.
C'était simple, instinctif, et plus grand chose n'avait d'importance. Doute, absence, vampire, rien de tout cela ne comptait. Rogue se donnait à lui, en son âme et conscience, tout comme lui-même l'avait déjà fait des mois plus tôt. Seulement, cette fois, ils avançaient tous deux dans la même direction, et c'était ce que cette étreinte célébrait.
Il enfouit sa main dans les longs cheveux noirs et, un moment plus tard, son compagnon le faisait basculer vers l'arrière, ne réveillant qu'à peine le tiraillement dans son épaule. Le baiser se rompit et le survivant exposa sa gorge, observant à nouveau les yeux grenat.
- La potion, rappela-t-il.
Le serpentard avait le regard brillant et paraissait bien décidé à prendre tout ce qu'il lui offrait.
- Ce ne sera pas utile, pas pour le moment, répondit-il, le laissant confus.
- Vous avez soif.
- Pas au point de faire passer l'envie de vous mordre avant toute autre.
Tout en l'observant, le vampire déboutonna lentement la chemise de son cadet et, la première surprise passée, Harry sourit puis l'embrassa à nouveau.
Rogue n'en parlerait sans doute pas plus, ne s'épancherait pas sur ses sentiments à son égard et contenterait d'agir, de lui montrer et de lui offrir une chance de comprendre. Comme en mettant pour un temps sa nature vampirique de côté pour s'exprimer une nuit comme un humain.
Cette nuit-là, cette discussion et ces aveux, peut-être même plus que les ébats qui s'en suivirent, réalisa-t-il plus tard, marquée par sentiments, découverte et une pointe de maladresse, apaisa Harry comme rien ne l'avait jamais fait auparavant. Et, bien des instants après le premier baiser échangé, lorsqu'il laissa paresseusement son nez se nicher contre la nuque familière, enveloppé dans son étreinte, il fut persuadé qu'aucun d'eux ne pourrait jamais vraiment regretter d'en être arrivé à ces décisions, quoi que deviendrait leur relation dans l'avenir. Parce que, pour tout ce qu'ils avaient abandonné et perdu, aucune récompense n'aurait pu être mieux appropriée que ces sentiments de confort et de plénitude à simplement pouvoir se blottir contre le corps solide de l'autre, en sachant que cela n'aurait rien d'éphémère.
HPSR
Il se glissa hors du lit et se concentra plusieurs secondes pour lancer ses sorts, ne faisant pas grand cas de la fraîcheur de la nuit et du plancher froid sous ses pieds nus. Au bout de quelques instants, la pièce fût plongée dans l'obscurité totale, les fenêtres à présent parfaitement opaques repoussant la clarté diffuse de la lune.
- Lumos, souffla-t-il.
Et il attrapa un t-shirt puis se dirigea rapidement vers la salle de bain, n'y resta qu'un bref moment, avant de rejoindre le salon.
Rogue était là. Bien sûr, il ne dormait pas.
Le survivant le contempla du pas de la porte, un sourire sur les lèvres, n'en revenant pas encore tout à fait d'avoir l'homme là, sur son canapé, chemise ouverte, un bras posé sur le dossier, visiblement détendu, et les yeux perdus dans sa lecture. Il s'approcha et fût un peu amusé de découvrir que, évidemment, de tous les livres de sa bibliothèque (pas plus d'une vingtaine de livres mais quand même), son choix s'était porté sur le seul livre de potions qu'il possédait.
Son aîné leva brièvement son regard rougeoyant vers luis lorsqu'il s'installa à ses côtés puis replongea dans sa lecture.
- La chambre est prête pour vous accueillir dès que vous en aurez besoin.
Le serpentard lui prêta attention un peu plus longtemps puis hocha la tête d'un mouvement sec. Et retourna à nouveau à son livre. Harry devinait pourquoi.
Il laissa pourtant ses pensées se diriger vers d'autres choses. Comme sa réticence à le quitter dans quelques heures pour poursuivre sa formation. Les réminiscences de ce qu'avait été leur première réelle nuit ensemble. Leur futur, qui ne s'annonçait pas vraiment linéaire, qui semblait enfin plus tangible. Et puis cette autre chose également qui ne pouvait pas quitter son esprit et était clairement au centre des pensées du vampire à cet instant même.
Parce que c'était ce dont parlait ce livre.
De potions. De cette potion. Dont un flacon était abandonné dans sa robe. Et des dizaines d'autres patientaient dans une caisse, avec cette couleur aux éclats cuivrés et non jaunes comme à leur état originel.
Rogue ferma le livre et l'observa d'un air sceptique. Puis il sembla réaliser quelque chose et acquiesça.
- Ah. Granger, bien sûr.
- Non, répliqua immédiatement le gryffondor, pas vraiment surpris par cette conclusion, et suffisamment satisfait par ses résultats pour ne pas en prendre ombrage.
Oui, c'était du brassage de potion de haut niveau ; oui, c'était bien ses gribouillis qui se trouvaient dans toutes les marges de l'épais bouquin ; oui, ces pages manuscrites à la plume étaient bien une retranscription de tout ce qu'il avait pu trouver sur le sujet. Oui, il avait attendu son retour et n'avait jamais cessé de chercher des solutions pour que ce point particulier de leur vie soit plus facile à gérer.
- Cela restera douloureux.
- Ce n'était pas le côté le plus important de mes recherches, vous le savez.
- Ces variations sont… plutôt ingénieuses, déclara-t-il finalement, presque avec une pointe d'hésitation, comme s'il ne s'était pas attendu lui-même à prononcer ces mots.
Il caressa distraitement la couverture du livre.
- Je ne m'étonne pas que vous leur ayez donné ces goûts excentriques de… bièreaubeurre et de confiseries de chez Honeydukes, continua-t-il avec un certain dédain. Bien qu'il ait dû vous falloir user de persévérance pour changer la saveur de cette potion en particulier. Prolongement de l'efficacité, augmentation de l'effet régénérant, réduction de la perte de magie… Vous vous êtes cependant surpassé en imaginant ce garde-fou. A condition qu'il fonctionne, bien entendu.
- Mais, en théorie, c'est correct, n'est-ce pas ?
- J'admets que cela paraît vraisemblable.
Une bouffée de fierté le traversa en voyant validé ainsi le fruit de ses recherches et il ne put empêcher un énorme sourire de se peindre sur son visage. Certes, cela ne signifiait pas pour autant que les résultats seraient aussi positifs qu'il l'espérait mais l'approbation de Rogue (Severus), et plus encore dans ce domaine précis, était déjà une récompense en soit.
- Un répulsif. Vous vous montrez plus prudent que ce que je vous en aurais crû capable.
Son expression était plutôt neutre et il n'était pas certain d'y percevoir une pointe d'admiration surprise ou une émotion plus négative.
- Une précaution, simplement. Et qui, comme vous l'avez souligné, pourrait être un échec.
Le vampire afficha un bref rictus qui ne sembla être adressé qu'à lui-même puis lui demanda d'apporter l'une de ces nouvelles potions. Harry s'exécuta.
Le procédé mis en place était plutôt simpliste. Si tout se passait selon ses prévisions, si un jour il devait consommer plus de sang que de raison, celui-ci deviendrait un liquide assez infecte pour ses papilles. Pas qu'il était parvenu à faire muter son sang d'une quelconque façon, bien sûr, il ne s'agirait que d'une sorte d'illusion, créée par un enchevêtrement de sorts lancés sur les bons ingrédients, d'un dosage assez adéquat et d'une multitude de diverses interventions durant le brassage. Et, de façon assez étonnante, c'était une information plutôt incongrue sur les loups-garous qui lui avait donné une des clés principales pour en arriver là.
Cependant, tous ces détails, il les avait déjà retranscrits et il laisserait le soin au serpentard de les décortiquer si l'envie lui en prenait. Pour l'heure, toutefois, l'homme semblait bien assez content en observant, goûtant et en analysant l'odeur de la potion qu'il lui avait tendue. Enfin, ses yeux cherchèrent les siens pour ne plus les lâcher et il lui tendit la fiole ouverte. Le jeune sorcier l'accepta et la but en deux gorgées. A ce stade, plus de mots n'étaient vraiment nécessaires.
Il eut l'impression d'être un brin audacieux en le rejoignant sur le canapé, presque assis sur ses cuisses, et posant une main sur son torse. Rogue (Severus) ne l'accueillit qu'avec un sourcil légèrement haussé et un sourire en coin. Harry le recouvrit d'un baiser chaste puis se redressa et lui présenta sa nuque. Il vit du coin de l'œil l'expression vorace qui s'afficha sur son visage mais ne trembla pas pour autant. Il ne s'y ferait sans doute jamais tout à fait. Et alors ? Ce n'était certainement pas suffisant pour lui donner l'envie de se détourner de Severus Rogue.
Il sentit la langue humide glisser sur sa peau, la main se perdre dans ses cheveux et lui pencher la tête un peu en arrière, puis la pointe des canines effleurer puis s'enfoncer. Oh, oui, de la douleur, il y en avait. Un sentiment diffus d'impuissance également ; c'était une reddition.
Pourtant, le vampire l'enveloppait, le soutenait, le protégeait dans un étrange équilibre entre fermeté et douceur. En dépit du nombre de mois qui les séparaient de quand cela s'était pour la dernière fois produit, rien n'était précipité, il s'abreuvait en de longues et profondes gorgées, une main lui caressant le dos, comme pour l'apaiser.
En se concentrant sur le corps sous lui, ses mains, la texture de ses cheveux contre sa peau… Oui, cette morsure n'était vraiment rien.
Il ne réalisa d'ailleurs qu'avec un petit temps de retard que les crocs s'étaient enfin rétractés et que son compagnon se contentait désormais de mordiller et embrasser sa gorge. Il était un peu étourdi, rien de très handicapant. Rien qui ne l'empêcha de l'embrasser lorsque les lèvres fines rejoignirent les siennes.
De longues caresses. La langue passant sur les cavités encore suintantes. Un coup de baguette et un sort murmuré un peu plus tard. Une nouvelle étreinte intime dans le secret de sa chambre. Quelques mots légers échangés. Un soupir exaspéré. Un sourire. Et l'aube pointant derrière les fenêtres scellées.
Un nouveau jour, parmi tant d'autres à venir, qui ne seraient pas toujours aussi faciles, qui seraient parfois emprunt de gravité ou même de colère. Un nouveau jour à construire leur vie et leur relation sans chercher à les rendre parfaites mais simplement en tirant le meilleur de ce qu'ils étaient à présent.
Non pas un vampire et sa proie.
Juste deux hommes qui connaissaient mieux que personne le sens du mot sacrifice et pourraient enfin se montrer un peu égoïste. Penser à eux-mêmes. Et à la personne pour qui, depuis longtemps déjà, ils avaient décidé de tout sacrifier.
A suivre…
Et voilà, dernier chapitre, enfin, et il ne reste plus qu'un épilogue ;)
Ce n'est peut-être pas ce à quoi vous vous attendiez, et personnellement je trouve qu'il y a du bon et du moins bon dans ce chapitre, mais je ne peux pas m'empêcher de beaucoup aimer les dernières phrases x)
A bientôt je l'espère pour la fin de cette histoire :D
