« Il y a maintenant un demi-siècle que j'attendais ton apparition, enfant de la prophétie. »

Mes yeux s'écarquillèrent. Je ne comprenais pas. Je jetais un œil vers Kimi, qui détourna encore les yeux sous mon regard. Je décidai de me reconcentrer et regardai donc Saeka dans les yeux. Elle se racla la gorge, et parla de sa voix douce :

« Cette île est maudite par un sorcier depuis 100 ans. Avant, c'était une île qui prospérait, sans aucun problème particulier. Des étrangers venaient, se reposaient, et parfois restaient même vivre ici ! Tu te souviens sûrement du type de végétation que tu as rencontré ici lorsque tu débarquais, n'est-ce pas ? Eh bien avant, toute l'île en était recouverte. Mais un jour, un sorcier est venu sur notre île. Il était très lunatique. Il paraitrait qu'on le nommait « le Dreamer ». Et il s'est plaint qu'ici tout était trop était parfait. A vrai dire, c'était vrai que c'était un petit coin de Paradis. Si des personnes tombaient en discorde, cela ne durait jamais longtemps, car leurs cœurs étaient purs. Et comme ce sorcier commençait à s'habituer à la joyeuse et douce vie ici, nous pensions que ses remontrances n'étaient pas vraiment fondées. Mais, un horrible soir de pleine lune, d'un coup, il se leva du fauteuil où il était assis, se dirigea au milieu de la place du village. C'était assez tôt en soirée, vers les 19h. Tu sais, ce type de soir d'été où la lune brille doucement et les étoiles commencent à peine à sortir. Alors, il déclama d'une voix inhumaine « Cette île sera maudite ! Seule l'Âme Perdue dans 100 ans devra joindre ses efforts dans la quête perdue de l'Île INEXISTANTE ! ».

Le ton de la voix me fit sursauter. Saeka avait un vrai talent de conteuse. J'allais le lui dire, quand elle me prit de cours :

« Laisse-moi finir #toussote#. Alors que le Dreamer avait prononcé la première phrase, le ciel s'était obscurci. A la fin de son petit discours, un éclair le foudroya. Il avait disparu #toussote#. Le lendemain, tous les cœurs s'étaient noircis, et n'importe quel sujet devenait un sujet de discorde. L'Île, sur toutes les cartes, avait été décrite comme l'île Inexistante. Tous les habitants étaient devenus orgueilleux, ne se comprenaient plus. Bref, l'Abomination. Seule ma grand-mère gardait le sourire. Je n'ai jamais connu ma mère, elle est morte à ma naissance. Comme la mère de Kimi. #toussote# Et comme tu es le seul qui est parvenu à venir sur cette terre sans t'endormir, tu dois être l'Âme Perdue dont parlait le sorcier.
Je pense que tu as remarqué que nous étions les seules habitantes de l'île. Nous avons dû nous réfugier en haut de cette colline, car progressivement, la végétation a commencé à totalement changer. Comme les mentalités. »

Elle commença à pâlir, mais comme elle m'avait demandé de ne pas la couper, je n'osai pas l'interrompre.

« Alors, il va falloir vous allier. Vous devez restaurer cette Terre ! »

Elle s'évanouit. Je n'eus même pas le mauvais réflexe du « On a besoin d'un docteur ! » qui est pourtant un de mes problèmes récurrents. Je pris son pouls. Il était faible, mais stable.

Kimi, elle, semblait complètement paniquée : « Oh ! Chopper, qu'allons-nous faire ? Mais qu'allons-nous faire ?! Fais quelque chose, s'il te plait ! Aide-nous ! ». Et je ne sus jamais si j'eus rêvé, mais je cru entendre un « Aide-moi… » à la fin de la tirade. Alors, d'un signe de tête, nous nous accordâmes à transporter le corps le plus doucement possible, sous notre forme animale, qui serait bien plus pratique.

Ainsi, la vieille femme fut déposée dans la chambre obscure, mais fraîche. Je pris quelques médicaments que j'avais sous la main, afin de garder son état stable.

Mes pensées dérivèrent vers Kimi, que j'avais laissé en dehors de la chambre. Enfin, c'est elle qui n'avait pas voulu faire un pas dans la pièce. Elle avait simplement dit qu'elle me faisait totalement confiance. Et elle m'avait souri.

Un sourire qui aurait pu rassurer n'importe quel être vivant. Celui qui illumine votre vie.

Je sortis de la pièce après avoir apporté les premiers soins. Son état restait stable, et le pouls faible, mais bien existant.

Pour la première fois, nos regards ne se fuyaient pas. Je pris délice à plonger dans ses beaux yeux. Elle était si belle. Elle avait la majesté d'une reine. C'est ça, j'avais une reine face à moi. C'est alors qu'un bruit attira notre attention. Je dus, à regret, détourner le regard, qui se dirigea vers la fenêtre.

Les plantes carnivores arrivaient !

Une lueur de panique traversa les yeux de Kimi. Je me rapprochai d'elle, et lui murmura « tant que nous serons ensemble, ça devrait aller, non ? ». Nous nous regardâmes une dernière fois, comme un dernier encouragement. Nous sortîmes de la bâtisse.

Les plantes carnivores reculaient ! Mais, c'est… impossible ! Illogique ! Elles repartirent aussi vite qu'elles étaient venues. Je pris alors peur. Je me mis à dévaler la colline, à leurs trousses.

Elles semblaient aller dans une direction bien précise.

Tout en bas de l'île. Près d'un lion. Près de personnes endormies.

Je sentais la présence de Kimi derrière moi. Elle m'avait suivi. Et sa seule présence me donna la force de continuer cette folle course, et même d'accélérer.

Je les rattrapai presque… Tout à coup, je sentis le vide derrière moi. Kimi ne me suivait plus ! Je perdis une seconde car je décélérai. Une seconde de trop.

Les plantes carnivores les avaient atteints.