Chères lectrices, aventurières hasardeuses aux yeux curieux, je vous rappelle lourdement combien vos témoignages me tiennent à coeur, m'obligent à maintenir un rythme et une exigence d'écriture stimulants. Alors, merci encore et continuons la route ensemble, si vous me le permettez,

Amicalement,

Calazzi.

Chapitre 8

Dans leurs yeux, je n'ai plus rien vu que les grilles de ma prison.

De leurs bouches, je n'ai rien su entendre que le désespoir.

Lilith ou le «mal» féminin

De la situation des femmes détenues, j'ignorais tout, jusqu'à l'abandon. Bien qu'elles soient très nettement moins nombreuses* que les hommes, leur sort ne provoque aucun sursaut, aucune espèce d'intérêt ni de la part de leur famille, ni du monde extérieur en général. Celles qui ont failli, subissent une peine entière: leur existence ne revêt plus aucune importance pour ceux qu''elles ont choyés, ceux avec qui elles ont partagé un quotidien parfois douloureux. L'arrivée en détention vous dépouille de tous les attributs qui ont animé votre existence auparavant: votre identité devient un numéro (une banale immatriculation) vos objets personnels sont confisqués, vos vêtements sont comptés et restreints, la censure s'exerce violemment dans chaque recoin de l'être. Ces femmes sont enfermées en elles- mêmes comme encagées, complètement seules. Le monde est sourd à leur souffrance et ne sait offrir le pardon qu'à leurs confrères d'infortune. Car pour chaque femme détenue oubliée, un homme est attendu chez lui, par sa compagne, ses enfants, sa famille. Ce désengagement affectif et matériel engendre une grande misère dans l'ordinaire de la prison. Je n'évoquerai pas la condition des mères- détenues, je n'ai plus aucune légitimité pour me pencher sur la relation des femmes et leurs enfants.

La privation de liberté ne signifie pas pour la plupart l'isolement car il faut composer avec les autres, dans l'exiguïté des cellules, dans la promiscuité des douches... Comment une femme dont la conscience de l'intimité a été longuement inculquée peut- elle se résoudre à dévoiler son corps, les contraintes inhérentes à sa condition physique, en bref son immanence, sans subir les affres d'une pudeur bafouée? D'une certaine façon, je suis privilégiée, mon statut de prévenue infanticide m'a octroyé la solitude. Si j'omets les insultes, les crachats, les coups reçus au hasard des rencontres. Puis- je mentionner le traumatisme que l'on nous inflige volontairement à chaque fouille au corps? Ai- je encore le droit de me plaindre? La première activité de la journée, à 7h00: fouille intégrale; 7h30: douche, sous l'œil haineux des gardiennes; 8h00: distribution des médicaments, enfin ceux que les surveillantes daignent me laisser; ma promenade se résume aux allers- retours au tribunal, retour en cellule: nouvelle fouille... nouvelle humiliation.

Mes relations avec les autres se résument à un enchaînement de haine, de mépris, de vexations de toutes sortes, comme un déroulement incessant, rassurant de brutalité, langage commun à tous ces humains si prompts à vouloir me détruire. En prison, existe depuis toujours une hiérarchie des crimes: ce qui est noble en opposition directe à ce qui est qualifié d'ignoble. Ici comme ailleurs, la pensée ne se construit que par paire d'opposition: le beau/ le laid, le juste/ l'injuste, la lumière/les ténèbres, etc.

L'application de la peine, même non encore prononcée, débute dès le premier effroi entre les parois épaisses de la prison, pour chacune d'entre nous. Qui saurait combattre pacifiquement cette hostilité qui suinte même des murs? La violence est exercée de toute part: l'abandon par l'extérieur, l'attitude des autres prisonnières en écho à celle des surveillantes et enfin celle que l'on retourne contre soi. Peut- être est- ce la pire, puisqu'elle ne se dit pas, elle se manifeste sournoisement dans les replis d'une intimité perdue, dans l'espace des corps et âmes profondément meurtris, sous le sceau d'une identité piétinée par l'institution pénitentiaire. Et tout ceci sous le signe de la justice, fort heureusement aveugle. Je ne crois pas, n'ai jamais cru, au pardon, néanmoins je croyais à la justice. Aujourd'hui, je n'habite plus mon corps car il est devenu objet de dégoût, de douleur à chaque collision avec le monde des vivants.

Cette nuit, j'ai fait un rêve... des hommes en uniforme, évoquant l'animosité légitime d'une police secrète, avaient investi mon espace de vie. Ils fouillaient chaque meuble, chaque renflement de tissu, chaque recoin de mon intimité. Finalement, ils mettaient la main sur une boîte renfermant de maigres souvenirs de ma vie d'avant, innocents témoins de mon enfance et des visages aimés. Ils vidaient méticuleusement ce contenant, fourrant dans leurs amples poches les débris de mon humanité. Mon impuissance flagrante s'exposait dans les hurlements et sanglots qui me secouaient encore lorsque je me réveillai douloureusement... Je n'étais plus personne, Une personne tout simplement. On m'avait volé le peu d'amour qui me restait en mémoire.

Les quatre saisons de la vie

«La plus grande mesure de l'amour est d'aimer sans mesure».

La Rochefoucaud.

Il poursuivait sa course, haletant, en sueur. Ses oreilles bourdonnaient douloureusement, comme en résonance avec les battements furieux de son propre cœur. La sensation pénible d'être pourchassé maintenait farouchement sa volonté de continuer jusqu'à semer ce qui s'acharnait à le traquer à travers l'obscurité ou bien jusqu'à l'épuisement de chacune de ses fibres, jusqu'à la capitulation. Un pas, le plus allongé possible, puis encore un... et ainsi de suite, ne surtout pas imaginer la nature de ce qui semblait le talonner... ne pas penser, courir, encore et encore. Les feuilles qui fouettaient son visage, ses membres nus et trempés, le maintenaient en éveil, comme si la nature concourait à son salut. La lune s'était glissée derrière un épais rideau brumeux, lui offrant sa protection. Il s'aperçut petit à petit que les lieux avaient perdu leur aspect rassurant, il ne reconnaissait plus la configuration topographique, l'angoisse reprit possession de sa poitrine, de sa gorge jusqu'à l'émission d'un râle terriblement envahissant. Ses jambes peinaient de plus en plus à conserver un rythme suffisant pour tenir à distance ce qui le tenait pour une proie. Anticipant la chute inéluctable, son esprit bouillonnait désespérément, à la recherche d'une issue, d'un quelconque moyen d'échapper à l'ombre sinistre qui s'acharnait sur ses talons. Et, là, subitement, une vaste étendue d'eau scintillante déroulait son tapis salvateur juste devant lui... il y plongea prestement, absolument convaincu que son harceleur ne saurait le rejoindre... Alors qu'il s'apprêtait à se mouvoir au fil de l'eau, il se rendit compte qu'il ne savait plus nager... La panique, avec ses pointes piquantes d'adrénaline, reprit son terrible pouvoir sur lui, il gesticulait en tous sens, achevant d'épuiser les quelques forces qui lui restaient, l'eau pénétrant impitoyablement chaque pore, chaque orifice... Tandis que le visage d'une femme, spectrale, se matérialisait devant ses yeux pourtant clos... les contours lui étaient familiers, cependant... Brusquement, il sut! A l'heure de sa dernière heure, Elisabeth lui tendait les bras...il se laissa emporter par ce mouvement irrésistible, jusqu'au firmament. Un sentiment de malaise le troublait à présent, juste après le soulagement éprouvé dans le sillage de cette merveilleuse apparition. Il se sentait illégitime face au sourire, au regard amoureux de cette magicienne. Un usurpateur. Il ne pouvait cependant pas le lui avouer... de peur de perdre ce moment de grâce... Sa main s'était saisie d'un miroir à main, mais quelque chose le terrifia! Son reflet n'existait pas. Il n'existait pas. Ou plus. Il s'était levé précipitamment, laissant échapper la psyché au sol... La silhouette de sa bien- aimée s'était brouillée jusqu'à disparaître complètement. Dans sa chute, il avait entraîné l'effacement de sa fragile idylle. Réduit de nouveau à l'impuissance, à l'incompréhension, il ne retint plus les larmes qui labouraient durement son cœur... si lourd de tant de solitude, de tristesse inconsolable... il sut intuitivement que ce qu'il avait fui auparavant n'était rien d'autre que sa propre nature, que c'était sa propre noirceur qu'il avait tenté de semer... Il courut en direction du lac afin d'y jeter sa propre désolation, espérant qu'il pouvait encore mourir...

Lorsque William se réveilla, son corps avait conservé les stigmates de son agitation nocturne. Il était trempé des pieds à la tête, les battements effrénés de son cœur martelaient sa poitrine et résonnait dans ses oreilles en un pénible bourdonnement, un profond sentiment de culpabilité avait happé son esprit. Il chercha fébrilement le corps de Lizzie, la femme qui donnait sens à sa vie...

C'était à n'y rien comprendre! Elle était montée dans l'autobus avec son précieux chargement entre les bras, s'était assise près de la vitre afin de regarder le paysage défiler. Malheureusement, elle se laissa distraire au point de desserrer son étreinte...et le chaton avait maintenant disparu! Elle avait cherché frénétiquement sur les côtés, en dessous, au- dessus... Elle avait parcouru la longueur du véhicule à plusieurs reprises, avait appelé sur différents tons l'adorable créature, mais rien, non, rien! Elle se sentait vraiment triste car elle pensait à la joie que les enfants auraient éprouvé à la vue de ce chaton... Mais elle n'avait pas su en prendre soin! Comment avait- elle pu faillir à ce point? Elle se sentait si coupable... désemparée, et surtout si inutile, si honteuse de ne pas pouvoir apporter ce petit être pour illuminer son foyer, dont l'ambiance déployait toutes les nuances de gris, si monotone... Qu'elle était vaine! Finalement, alors qu'elle posait les yeux sur le siège adjacent, qu'elle ne fut pas sa surprise! Le petit matou s'était roulé en boule et semblait la regarder, les paupières mi- closes. Son cœur bondit littéralement dans sa poitrine, elle en pleurait de joie! Elle caressa la petite masse de poils soyeux, y laissa sa main afin d'assurer sa prise sur le tendre trésor. Le voyage se déroula sans autre problème. Elle était descendue de l'autobus, le chaton bien arrimé à sa manche de veste, sereine et pressée d'apporter ce sourire à la maison. Elle marchait d'un pas rapide, radieuse, un sentiment de bonheur léger au creux de la poitrine, une chanson au bord des lèvres. Puis, elle ne sentit plus l'infime pression de ce petit mammifère sur son bras! Il avait encore disparu! Alors qu'elle s'agitait en tout sens dans la rue, elle fut de nouveau prise de sanglots irrépressibles, tellement profonds qu'elle crut ne plus pouvoir respirer...

Elle ouvrit brusquement les yeux, sans comprendre ce qui se présentait devant elle... La détresse qu'elle avait éprouvée à la perte du chaton reprit de plus belle mais incapable d'articuler quelques mots, elle se contenta de bouger la tête d'un côté et de l'autre...

«Lizzie... Mais que fais- tu? Ses mains étaient simplement posées sur ses épaules à elle, en une tiède embrasse. Je crois que tu as fait un mauvais rêve... Tu t'agitais dans tous les sens, je crois même que tu pleurais. Alors je t'ai réveillée. Il posait sur elle ce doux regard, encore empreint de l'inquiétude qui l'avait accablé quelques instants plus tôt. Comment vas- tu?

-Excuse- moi, William, tu as bien fait. Je... je faisais un cauchemar... ou plutôt un rêve imbécile et perturbant. Mais, quelle heure est- il? Elle avait allumé sa lampe de chevet pour consulter sa montre. Oh, j'ai dormi 8 heures d'affilée! C'est vraiment pénible, je me sens aussi fatiguée qu'au coucher... Ses yeux brillaient de plus belle, rehaussant l'expression de sa fatigue. Elle paraissait seule, perdue au milieu de l'horizon... sur une ligne où l'infini n'engendre que désarroi et impuissance.

-Nous sommes deux à partager ce point de vue, Lizzie: il me semble que tu as besoin de repos, de vacances. Tu es allée au- delà de tes limites cette année.

-Qu'est- ce que tu veux dire par là? Elle était tout à fait réveillée maintenant et son regard brillait de colère. Tu penses que je ne suis pas à la hauteur de mes désirs? Qu'une femme comme moi est trop fragile pour ce métier? Elle lui faisait face, les bras croisés sur la poitrine.

-Mais enfin, Elisabeth, tu ne vois pas que je me fais du souci pour toi? Je ne juge ni tes qualités, ni tes compétences. Ou alors à l'aune seule de mon admiration inépuisable. Il s'était levé et arpentait la chambre de ses longues jambes nues. J'aurais voulu t'obliger à t'arrêter mais...

-M'obliger à m'arrêter! Mais pour qui te prends- tu? Pour mon père? Là, ce n'était plus de la colère, mais une tempête qui ne faisait que débuter. Alors permets- moi de te dire que tu te fourvoies car mon père a toujours respecté mes choix, lui!

-Bon, je crois que nous allons en rester là, cela ne nous mènera nulle part. Il n'osait plus affronter son regard, il cherchait à reconquérir un semblant de dignité en s'enquérant de ses vêtements.

-Ah, non! Il est hors de question que tu t'enfuis! Nous devons discuter de nous deux, cela fait trop longtemps que nous le différons, William, et tu le sais bien! Elle s'était redressée elle aussi, afin de prendre une posture combative».

A quelques distances de là, je me trouvais au milieu de personnes que j'aimais passionnément, dont une qui m'avait particulièrement manqué. Les soubresauts de la vie nous avaient jeté chacun d'un côté de la route, sans pourtant nous frapper d'amnésie, bien heureusement! C'était donc avec une joie profonde qu'après un séjour de deux semaines chez les Bingley, j'avais retrouvé le chemin de mon premier foyer et le berceau de ma famille. Richard avait accueilli la bande des quatre avec beaucoup d'émotion, d'autant plus qu'il ne connaissait pas encore ma fille, future favorite en son cœur. Sur le quai de la gare où nous avions débarqué, il avait été la première silhouette que mon regard excité avait identifié, il n'avait pas tellement changé finalement... de loin. La recherche du moindre signe, indice signifiant, me porta à croire que ces dernières années avaient compté double, que son chagrin l'avait conduit sur le chemin sinueux de fausses idoles où l'alcool et les mauvaises fréquentations l'avaient appauvri, à tout point de vue. Lorsque je découvris son visage à peu de distance, je sus tout de ses matins blêmes, des idées morbides qui l'assaillaient à l'arrivée de la nuit... Nous n'avons pas été gênés dans le choix de nos premières conversations car Marianne les accaparait toutes! Puis nous nous autorisâmes à évoquer la vie parisienne, les affaires de William.

Tout à l'euphorie de retrouver mon cousin, je ne perdais pas de vue mes desseins premiers et je confiais les deux petites à Mme Bellet, en ayant, tout de même, pris soin d'organiser a minima leurs divertissements. Quel ravissement qu'être témoin du réchauffement de sa personnalité! Cette femme dont l'allure démodée et la silhouette voûtée, ne coïncidaient en rien avec son âge réel et moins encore avec le feu de ses envies, n'avait besoin que de cette étincelle pour recréer la flamme qui l'animait jadis. Les deux petites se vautraient avec délice et contentement sans cesse renouvelé, dans les bras voluptueux de celle qui connaissait assez le prix de l'éphémère. Elles remplirent, en trio infernal, Pemberley de leurs fous rires, de leurs cris et courses effrénées. Tout était vivant. Le visage de Richard reprit des couleurs, petit à petit, plus naturelles que ce gris jaunâtre qu'il affichait aux premiers jours de notre arrivée. Certaines habitudes, malsaines, furent plus douloureuses à abandonner mais il y parvint à force d'obstination. Entouré de cette invincible force de vie, avec ces creux et ses pleins, il sut trouver juste assez d'appétence pour reprendre pied et s'accrocher aux branches de l'arbre familial.

Alors qu'un soir tranquille, nous évoquions la condition des femmes dans les pays européens, puissances coloniales, nous abordâmes l'émouvante existence de Joséphine, martyre ordinaire d'une époque pas tout à fait révolue. Nous nous enflammâmes tous les deux sur le sujet des violences faites aux femmes, aux enfants depuis la nuit des temps, et nous demandions ce que nous pourrions bien y faire... Cette conversation tournait en boucles incessantes dans mon esprit, jour et nuit... jusqu'à exacerber ma fibre créatrice. Richard, âme sensible à mon bouillonnement intérieur, me fit part de son idée sur la question: élaborer un ouvrage mêlant clichés et textes sur les femmes victimes de violences** (sociales, institutionnelles, domestiques...) qui souhaiteraient témoigner. Ce livre pourrait compléter le travail de l'association que Richard me proposait de co- présider. Nous imaginions dès alors un foyer d'accueil pour commencer puis plusieurs, un peu partout... en Europe. La fièvre nous avait saisi! Je me sentais transporter, en une spirale étonnamment exaltante, si stimulante pour nos deux esprits échauffés. Nous avions déjà le titre en tête: «En leur nom».

Je vais dés à présent dérouler le film de mon imaginaire concernant nos deux tourtereaux, tels que je les connais.

Il s'était figé, à ses mots si agressifs et pourtant si justes. Elle avait raison. Il ne faisait que fuir sa propre vie. L'heure de l'affrontement avait sonné.

«Écoute, Lizzie, je ne suis pas sûr que le moment soit bien choisi pour une explication...entre nous deux. Nous avons mal dormi et...Il percevait la faiblesse du contrôle qu'il tentait d'imposer à sa propre voix.

-Mais ça m'est bien égal! Je n'en peux plus, William! Je suis lasse de jouer au jeu du chat et de la souris! Elle le regardait fixement, une lueur belliqueuse, blessante. Qu'est- ce que tu veux, toi?

Il aurait voulu la gifler et la prendre dans ses bras tout à la fois, cette incroyable femme si impitoyable, si difficile, si exigeante. Il se reprit. Moi, tout ce que je veux c'est t'aimer. Il avait planté son regard, franc, direct dans le sien. Et... puis, aussi que tu me laisses t'aimer comme je le voudrais. Mais pour tout cela, il me faut du temps, que tu me laisses du temps avec toi... parce que, du temps ensemble, nous n'en avons plus, Lizzie. Je ne rêve que de cela... rien d'autre, que du temps pour pouvoir t'aimer comme tu le mérites, ou plutôt comme nous le méritons tous les deux. Il n'osait pas faire un geste en sa direction, de crainte de rompre le silence, à la fois tension et soulagement.

Elle s'était laissée tomber sur le rebord du lit plutôt qu'elle ne s'y était assise. Le visage dissimulé dans ses mains. Et moi, je voudrais un homme qui ne soit pas trop fort... elle reniflait légèrement... ni trop faible, mais assez de courage pour ne pas avoir trop de secrets, et aussi un homme qui sache dépasser les mensonges que l'on se fait, et puis que l'on fait aux autres. Ses épaules étaient secouées par les sanglots et elle acheva en hoquetant: Un homme qui sache me dire combien il a peur lui aussi de m'aimer mais qui prend le risque d'aller au bout de cette histoire».

J'aime à imaginer ainsi la scène qui permit à ces deux volontés de se choisir à nouveau, car l'amour véritable ne peut s'affranchir des contraintes humaines, il réclame un renouvellement de la passion et cela, cela se gagne aussi par des actes posés où chaque amant reprend sa liberté, son enveloppe individuelle, le temps d'apprécier la valeur de ce qu'il ou elle vit. Des moments vertigineux comme celui- ci, ils en souffriront d'autres, l'amour à genoux, l'épuisement des patiences, l'émoussement des désirs communs, enfin tout ce qui constitue l'aventure amoureuse et chaque fois le fil du rasoir découpera une nouvelle page de leur histoire, ensemble ou non.

A suivre

* En 1980 , la France comptabilisait 1159 femmes incarcérées.

Le caractère de la délinquance et le profil type des femmes incarcérées restent assez différents de ceux des hommes. Les informations fournies par l'administration pénitentiaire font apparaître une surreprésentation des femmes dans le trafic de stupéfiants et dans les crimes de sang – notamment les crimes intra- familiaux, en particulier contre les enfants.

** Extrait d'un article du journal Le , du 16 mars 2013:

«Etats Occidentaux et pays musulmans ont surmonté vendredi 15 mars leurs profondes divergences pour s'accorder sur une une déclaration de l'ONU dénonçant les violences faites aux femmes. Après deux semaines de négociations entre les représentants des 193 Etats membres, l'Iran la Libye, le soudan et d'autres pays musulmans ont accepté d'inclure dans cette déclaration un paragraphe soulignant qu'"aucune coutume, tradition ou considération religieuse" ne pouvait justifier de telles violences.

De leur côté, les pays occidentaux, notamment scandinaves, qui poussaient à l'adoption d'un texte vigoureux ont fait des concessions sur le chapitre des droits des homosexuelles et des droits sexuels.

Plus de 6 000 représentants de la société civile participaient depuis le 4 mars à cette 57e session annuelle de la Commission de l'ONU sur le statut de la femme. Des applaudissements nourris et des cris de joie ont salué l'annonce de l'adoption du texte tard vendredi soir au siège de l'organisation à New York. Michelle Bachelet, directrice exécutive de ONU Femmes, a qualifié la réunion d'"historique", avant d'annoncer qu'elle quittait son poste pour reprendre sa carrière politique au Chili, dont elle a été présidente.

ALLIANCE DES CONSERVATEURS

Au cours des négociations, l'Iran, le Vatican ou la Russie s'étaient ligués dans une alliance conservatrice, selon des diplomates, pour tenter d'édulcorer le projet de déclaration finale soutenu par les Etats- Unis, le Canada et les Européens, notamment la Norvège et le Danemark. Cette impasse a menacé jusqu'à la dernière minute de faire échouer la réunion, comme cela avait été le cas en 2003.

Les pays conservateurs s'opposaient aussi à ce que des relations sexuelles imposées à une femme par son mari ou son compagnon soient considérées comme un viol et contestaient des références dans le texte au droit à l'avortement. Les Frères musulmans en Égypte avaient estimé vendredi que le texte en discussion à l'ONU était contraire à l'islam et conduirait à la "déchéance totale de la société" en cas d'adoption.

Les pays doivent "traiter et éradiquer en priorité les violences domestiques", souligne le texte finalement adopté. Selon un rapport de la Banque mondiale évoqué à la conférence, les femmes âgées de 15 à 44 ans sont plus nombreuses à décéder de mort violente que du paludisme, du sida ou de cancer réunis.

La conférence s'est tenue dans un contexte de mobilisation après l'attaque des talibans en octobre contre une adolescente pakistanaise, Malala Yousafzaï qui luttait pour promouvoir l'éducation des filles dans son pays, et le viol collectif d'une jeune Indienne en décembre dernier».

**La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (1979) est l'un des instruments internationaux les plus importants pour la défense des droits des femmes.

Paroles de «Veiller tard», JJ Goldman

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève.
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie,
le silence inquiétant qui précède les rêves
quand le monde disparu, l'on est face à soi.

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent,
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois,
Cette inquiétude sourde qui coule dans nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies.

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge,
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre 100 fois,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire,
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris,
Ces appels évidents, ces lueurs tardives,
Ces morsures aux regrets qui se livrent la nuit.

Ces solitudes dignes du milieu des silences,
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées,
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux joués cassés.

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.