Bonjour amies lectrices,

il paraît que l'on fête les mamans aujourd'hui... alors bonne fête à toutes les femmes, les mamans et toute les autres! Trêve de provocation, je vous livre la suite de cette histoire en espérant ne pas vous avoir perdues en chemin!

Bonne lecture à vous,

Calazzi, au service de ces dames.

Chapitre 11

Dans leurs yeux, il n'y a pas âme qui vive.

De leurs bouches, il n'y a qu'un souffle dérisoire.

Désir, mensonges et vérité

Selon Henri Bergson, il ne faut pas confondre temps et durée. L'avantage de mon emprisonnement se situe dans cette absence de paradoxe: le temps est aboli, cette mesure artificielle se confond finalement avec la subjectivité du temps ressenti, l'immobilisme ralentit ou au contraire accélère tout, au point que l'espace- temps est littéralement dilaté, sans plus de repères. Le temps objectif ne s'égrène qu'à l'aune des instants collectifs, qu'au rythme du collectif (repas, sorties, visites). Pour moi, tout cela n'existe plus. Ni repas, ni sortie, ni visite. J'achève l'œuvre de déshumanisation qu'inflige la société à tout délinquant, déviant condamné.

Je me suis sentie avilie lorsque j'ai découvert ta trahison. N'était- ce pas alors le revers d'une fierté incongrue, car en amour, rien ne sert d'arborer une telle vanité. Et puis, et puis, j'ai su que c'était toi, seulement toi que tu avais abaissé, par la profondeur de ton mensonge. Ce n'était pas moi, c'était ce que je représentais, comme un vague reflet de ta conception de l'amour, du couple, que tu avais offensé. Pour m'humilier, il eût fallu que tu me souilles mais la tache n'a éclaboussé que les fragments de nos illusions de jeunesse, ces rêves flous que nous n'avions pas su quitter. Mon cœur révolté s'attriste aujourd'hui de cette incompréhension...

Triste Lelio* qui parcourt les méandres de la fourberie sous le masque d'une aimable figure, et dont la course effrénée n'a d'autre but que la satisfaction de ses besoins... non point d'un désir protéiforme, mais d'une fascination pour un dieu dérisoire et toujours plus décevant. Je n'ai pas pris garde à l'essoufflement manifeste de cet oiseau blessé («Il n'y a pas d'amour heureux»,L. Aragon), notre amour n'avait pas grandi au même rythme que chacun de nous. Le malentendu débute à cet instant précis où l'imperceptible écartement de deux désirs d'abord fusionnels s'installe sans qu'il ne devienne problématique. Jusqu'à la rupture. On craint seulement de n'être pas toujours aimé, parce qu'on ne croit pas être digne de l'être. C'est en cela que ton mensonge m'a si durement touchée. Parce que j'ai cru avoir perdu ma dignité, fondement de toute personne humaine. Mais ce n'était plus qu'un amour à faire peur, comme un ridicule épouvantail, égaré au milieu d'un champ de bataille.

Les éclats de nos fixations, cristallisations dérisoires t'ont conduit droit au néant, celui d'un être vaniteux, attaché à l'accessoire puis à ce grand vide énigmatique qui signe la fin de la vie. Ce fut une erreur fatale que de croire que la vilénie de l'un peut nous transformer si intimement qu'elle nous envahit tel un processus de cancérisation non pas cellulaire mais psychique, morale. Tes mensonges n'ont jamais été miens et pourtant... le mensonge lie indéfectiblement le menteur à sa victime. Comme une connivence invisible mais réelle entre celui qui trompe et celui qui accueille. La fausseté réside-t-elle seulement dans le non respect de la réalité? Ce serait si simple de conclure que l'erreur est un mensonge... non, le mensonge est un masque conscient, délibéré, d'une réalité intérieure, car le menteur déguise aussi sa pensée, ses sentiments. Le mensonge s'immisce dans l'intimité de celui qui le reçoit et l'accepte. La victime se sent souillée, humiliée, en laissant pénétrer au sein de son esprit la duplicité d'un autre. Au- delà des serments illusoires échangés, le mensonge désunit impitoyablement par la brutalité de son égoïsme. Car c'est le désir d'un autre, la concupiscence qui motive le menteur. Quel plaisir as- tu pris à jouer avec le velours de la confiance? Quelle ivresse engage un être tout entier sur la voie de la fausseté? Quel châtiment peut-on infliger à un manipulateur avéré? L'Enfer serait-il peuplé de menteurs, de menteuses?

Sisyphe était-il accroché à un mensonge ou à la vérité? Où se situe la damnation éternelle?

Les quatre saisons

«J'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés.»(JJ Rousseau)

L'aube avait à peine déchiré son voile qu'un jeune homme se hâtait sur les trottoirs encore glissants de Paris, la détermination se lisait dans toute sa physionomie jusque dans son regard. Il franchissait déjà le porche d'un luxueux hôtel particulier quand un majordome à la livrée éclaboussée des ors de la maison lui ouvrit la porte d'apparat, l'invitant d'un geste à pénétrer.

La grande dame n'avait rien perdu de sa superbe, quelle que soit son humeur, parfaitement lisse.

«Alors, mon cher neveu, que me vaut l'insigne honneur de cette visite? Pure courtoisie? Mme de Bourg ne quittait pas des yeux le visage de son interlocuteur, de crainte sans doute de manquer le moindre indice de déconfiture de sa part. Je ne parviens pas à dater notre dernière rencontre... Oh, n'était- ce pas les noces de cet infortuné Colin? Sa voix emplissait la pièce, il était difficile de l'imaginer susurrer des mots d'amour.

- Il me semble en effet, ma tante. William persistait à lui renvoyer la froide politesse de convenance. «L'infortuné»? Le malheureux aurait- il perdu les confortables privilèges dont vous l'honoriez il y a peu?

-Soyez sûr que vous n'avez rien à lui envier, William. Cette noble figure était demeurée debout, dangereusement raide, prête à affronter n'importe quelle avanie. Laissons là les politesses, mon neveu, sa cause ne vaut pas que nous nous y penchions davantage.

-Alors, je n'envie point vos faveurs étant donné le peu de cas que vous faites de vos fidèles... valets. A-t-il si peu de mérite qu'il en sent déjà la disgrâce? Il était venu dans la ferme intention de découvrir qui se cachait derrière la cabbale dont Lizzie était victime. Attentif à ce qui se déroulait dans cette pièce mais résolu à endormir la vigilance du dragon, il fixait le portrait de son défunt oncle, accroché au mur. Louis de Bourg n'avait absolument rien de remarquable de son vivant, l'auteur du portrait n'avait apparemment pas fait preuve d'enthousiasme non plus.

-Quelle singulière délicatesse vous honore, cher neveu. Le sort du commun des mortels vous intéresserait- il? Je ne crois pas avoir ouï dire que vous vous préoccupiez de son destin. Une lubie récente? Un intérêt commun vous réunirait- il? Son regard d'ordinaire si froid rayonnait d'une lueur mauvaise et ne le quittait pas.»

Aussi autoritaire fut-elle, comment imaginer que sa tante, Madame de Bourg, eût pu verser dans de telles manigances, sordides intrigues? A quel moment avait- il pensé qu'elle avait pu tremper dans une si sombre histoire? Le péché d'orgueil. L'envie et la colère. Les motifs s'accumulaient... Ne s'était-elle jamais enorgueillie d'avoir blessé à mort quelques réputations, ici ou ailleurs? N'avait- elle jamais justifié de si perfides actions par l'atteinte d'objectifs «nobles» comme la conservation de sa propre renommée? Que savait- elle?

«Non, je ne connais aucun revirement de sentiment envers cet homme qui paraît avoir connu le malheur de vous déplaire, ma tante. Je m'interrogeais tout bonnement sur l'origine de son discrédit. William connaissait suffisamment bien sa tante pour ne pas tenter une attaque frontale qui n'aurait eu pour conséquence qu'un regain d'énergie et de défiance de son côté.

-Ce vaurien n'a pas été à la hauteur des espérances que j'avais placées en lui. Vous rendez- vous compte que par son manque de discrétion, il nous a fait perdre l'amitié et le soutien financier de notre mécène le plus estimable! Cet hypocrite n'a rien trouvé de plus remarquable que de se comporter en parfait libertin alors qu'il se présentait en père la morale devant l'assistance quelques minutes plus tôt! J'étais absolument scandalisée par son attitude! Elle avait commencé à s'agiter, froissait nerveusement les plis soyeux de sa robe entre ses doigts osseux. De toute mon existence, William, je vous l'assure, je n'ai ressenti un tel sentiment de honte! J'assistais à un véritable désastre, et j'avais beau me démener pour faire oublier l'injure à laquelle avait été exposé notre généreux donateur: rien n'y fit, ni les serments, ni les formules d'apaisement, ni la promesse de renvoi de l'insolente créature qui nous représentait si mal!

-C'est donc son esprit fantasque qui vous a prise au dépourvu et même déplu? Une simple incartade au règlement et le voilà banni de vos terres? William brûlait d'apprendre le plus de précisions possible de la bouche de sa glorieuse tante.

-Diantre non! Je ne sais si de sa perfidie ou de sa bêtise... je suis la plus outrée. Elle s'était ressaisie, ses doigts d'oiseau de proie avait relâché leur étreinte. Ce fieffé imbécile a poursuivi de ses assiduités l'épouse de notre bien aimé prince consort! Et pour sa défense, que croyez- vous qu'il ait argué? Non pas un égarement momentané et exceptionnel, dû à un surcroît de travail... par exemple. Que nenni! Le fat a regretté avoir manqué de prudence! Quel manque de discernement! Elle laissa échapper un ricanement, aussi terrifiant que celui d'une hyène à l'affût d'une créature à l'agonie.

-Si j'entends bien, ma chère tante, l'offense est venue de son indiscrétion et non de la nature de ses exactions. Il n'y tenait plus devant tant de grossièreté des sentiments.

-Je n'ai pas le plaisir de vous comprendre, cher William. Son regard oblique commandait à son interlocuteur de persévérer dans sa démonstration.

-Je vais donc vous livrer le fond de ma pensée en quelques mots: trahir un principe de fidélité à son épouse ne constitue pas un affront; en revanche, l'entorse au sacrosaint code de bonne conduite, incluant une manne financière, devient blasphème, voire même motif de bannissement. Il regardait ses propres mains, posées sur ses genoux, reflétant une impression de maîtrise de soi. Finalement, le principal reproche que vous lui assénez réside non pas dans son hypocrisie, puisqu'elle nous concerne tous n'est- ce pas, mais dans son absence d'intelligence stratégique. Le plus regrettable étant que son priapisme n'ait pas célébré une autre muse... et qu'importe si ce n'est pas celle qu'il a promis d'aimer par delà la mort. Maintenant il la défiait, tranquillement.

-Méprises- tu les biens de ce monde? Le brusque passage au tutoiement, signait une escalade dans le conflit. Ses paupières battaient de plus en plus rapidement. Les ailes de son nez aquilin s'étaient pincées. Moi, cher William, j'ai du bien et j'aime le pouvoir que cela m'octroie. Alors je veux savoir avec qui je le partage, du moins à qui je peux le déléguer. Ses doigts écartés et raides défroissaient des plis imaginaires le long de ses manches. Pour en revenir à cet être inconsistant, est- il besoin d'aimer sa femme? Depuis quand le mariage nous prie-t-il de donner à la fois notre main et notre cœur à un seul maître? Ne s'agit-il pas de fonder une famille sur les bases de la conservation du patrimoine et du respect dû au rang. Une personne raisonnable ne doit pas demander autre chose, cher neveu. Le mariage d'amour n'est qu'invention de la modernité et ne concerne que les classes laborieuses. Le bonheur n'a rien à voir avec l'éphémère, l'inconsistance d'un tel sentimentalisme.

-Alors c'est tout? Il s'était redressé. Ses pas l'avaient conduit près de la fenêtre dont les rideaux étaient tirés. C'est tout ce qui importe pour vous ma tante? Une vitrine bien fardée adoucit la rudesse de tels principes. Vous ne savez donc pas ce qu'est le bonheur d'aimer et d'être aimée, et vous ne vous en souciez visiblement pas.

-William, avant de prendre congé, je vous prierais de choisir une formule plus douce. Le toisant, elle revint sur sa première idée. Non, c'est mieux ainsi, retournez à votre carabin en jupon à la triste réputation et estimez- vous heureux de votre aveuglement. Ses bras croisés soulignaient la fermeté de ses paroles. Cependant, je vous déconseille vivement de revenir en ces lieux, William, quelles que soient vos raisons, vous ne trouverez dorénavant rien d'autre qu'une porte close.

-Madame. William avait blêmi. Je ne vous prierai plus que d'une chose: attendez que j'ai tourné les talons, pour afficher un dégoût à mon égard.»

Ainsi se conclurent les relations coûteuses entre William et notre indigne tante, personnage obsédé par l'avoir plutôt que l'être. Son existence n'avait revêtu d'importance que dans la mesure de sa capacité de nuire à autrui.

De son côté, et en l'absence de William, Lizzie s'était appliquée à solliciter les quelques connaissances, dans le milieu hospitalier, qui acceptaient encore de lui adresser la parole. Elle commençait à perdre espoir lorsqu'une ancienne sage- femme lui fit part de son étonnement concernant certains faits, apparemment anodins, qui s'étaient répétés mais qui n'avaient pas lieu d'être a priori. Elisabeth avait opté pour une stratégie assez simple, elle demandait systématiquement à chacun de ses interlocuteurs s'ils avaient noté la présence de certaines personnes aux abords des vestiaires féminins à des heures inhabituelles (hors changements d'équipes). C'est donc Mme Jacques qui lui rapporta les premiers éléments dignes d'intérêt. Lizzie avait pris la décision de téléphoner et de prendre rendez- vous afin d'initier une confrontation.

Ce matin-là, elle avait dressé la table du petit- déjeuner, pour elle et pour lui, lorsque ses yeux ébahis déchiffraient pour la deuxième fois en quelques minutes, ces fragments du journal fraîchement paru:

«Un baiser digne d'Auguste Rodin!

C'est avec un enthousiasme forcené que Mlle Lydie Bellet a accueilli la nouvelle de sa victoire, et pas des moindres puisque la demoiselle a triomphé de la tiédeur ambiante en gagnant le concours du plus long baiser!

En cette belle journée ensoleillée, la foule s'était réunie autour d'un modeste groupe de jeunes gens, égayés par la perspective de partager la chaleur de leur haleine avec une créature du beau sexe au moins aussi excitée qu'eux...»

Cette mauvaise littérature s'affichait aux côtés d'une photographie édifiante du couple, heureux vainqueur, où le visage de sa sœur étalait sa joie et sa niaiserie de championne.

Seigneur! Comment annoncer cela à leur mère qui venait à peine d'étrenner sa nouvelle vie...? Comment lui épargner la preuve d'une telle vacance d'esprit chez sa fille préférée?

Que de chemin encore à parcourir jusqu'au 26 août 1970... où une gerbe de fleurs («Il y a plus inconnu que le soldat inconnu: sa femme!») fût déposée sur la tombe du soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe à Paris, en l'honneur de la femme de ce dernier par une dizaine de femmes qui furent arrêtées par les gendarmes... Jour de la naissance du MLF.

A suivre

* Personnage masculin de La Fausse suivante (ou Le fourbe puni), dont voici un extrait, Acte III, scène IX, Marivaux.

DIVERTISSEMENT:

Cet amour dont nos cœurs se laissent enflammer,

Ce charme si touchant, ce doux plaisir d'aimer

Est le plus grand des biens que le ciel nous dispense.

Livrons-nous donc sans résistance

À l'objet qui vient nous charmer.

Au milieu des transports dont il remplit notre âme,

Jurons-lui mille fois une éternelle flamme.

Mais n'inspire-t-il plus ces aimables transports ?

Trahissons aussitôt nos serments sans remords.

Ce n'est plus à l'objet qui cesse de nous plaire

Que doivent s'adresser les serments qu'on a faits,

C'est à l'Amour qu'on les fit faire,

C'est lui qu'on a juré de ne quitter jamais.

Jurer d'aimer toute sa vie,

N'est pas un rigoureux tourment.

Savez-vous ce qu'il signifie ?

Ce n'est ni Philis, ni Silvie,

Que l'on doit aimer constamment ;

C'est l'objet qui nous fait envie.

Amants, si votre caractère,

Tel qu'il est, se montrait à nous,

Quel parti prendre, et comment faire ?

Le célibat est bien austère ;

Faudrait-il se passer d'époux ?

Mais il nous est trop nécessaire.

Mesdames, vous allez conclure

Que tous les hommes sont maudits ;

Mais doucement et point d'injure ;

Quand nous ferons votre peinture,

Elle est, je vous en avertis,

Cent fois plus drôle, je vous jure.

Paroles de «Le baiser», Alain Souchon

Je chante un baiser osé
Sur mes lèvres déposé
Par une inconnue que j'ai croisée
Je chante un baiser

Marchant dans la brume
Le cœur démoli par une
Sur le chemin des dunes
La plage de Malo Bray-Dunes

La mer du Nord en hiver
Sortait ses éléphants gris vert
Des Adamo passaient bien couverts
Donnant à la plage son caractère
Naïf et sincère
Le vent de Belgique
Transportait de la musique
Des flonflons à la française
Des fancy-fair à la fraise

Elle s'est avancée
Rien n'avait été organisé
Autour de moi elle a mis ses bras croisés
Et ses yeux se sont fermés fermés

Jugez ma fortune
Sous l'écharpe les boucles brunes
C'est vrai qu'en blonde j'ai des lacunes
En blonde j'ai des lacunes

Oh le grand air
Tournez le vent la dune à l'envers
Tournez le ciel et tournez la terre
Tournez tournez le grand air
La Belgique locale
Envoyait son ambiance musicale
De flonflons à la française
De fancy-fair à la fraise

Toi qui a mis
Sur ma langue ta langue amie
Et dans mon cœur un décalcomanie
Marqué liberté liberté chérie
Je donne des parts
Pour ce moment délicieux hasard
Adamo MC Solar
Oh ! tous les milliards de dollars
Le vent de Belgique
Envoyait mélancolique
Ses flonflons à la française
De fancy-fair à la fraise

Si tout est moyen
Si la vie est un film de rien
Ce passage-là était vraiment bien
Ce passage-là était bien

Elle est repartie
Un air lassé de reine alanguie
Sur la digue un petit point parti
Dans l'audi de son mari
Ah ! son mari

Je chante un baiser
Je chante un baiser osé
Sur mes lèvres déposé