Bonjour à toutes, éventuellement tous,
La fin approche... alors j'en profite pour asséner de nombreux remerciements aux lectrices généreuses qui continuent de me porter, de porter cette histoire! Je souhaite la bienvenue à Lolélie.
Mes amitiés,
Calazzi.
Chapitre 12
Dans leurs yeux, luit la profondeur de ma nuit.
De leurs bouches, le silence rugit.
Demeurer en paix
Aujourd'hui, j'ai parcouru la dernière lettre de ma vie. La distribution du courrier est toujours un moment rare, précieux car porteur de tout le malheur de la condition des détenu(e)s. Le souffle des gens libres nous atteint, suspend sa course à l'instant même où nos yeux avides les dévorent. Chaque mot, chaque ponctuation ordonnent notre univers fermé en un nouvel agencement. C'est donc avec ce doux visage aimant que je sombrerai...
«Tout condamné à mort aura la tête tranchée», article 12 du Code pénal (Code des délits et des peines de 1810).
Il est tout à fait illusoire d'espérer qu'un Hugo, un Jaurès ou un Zola se dressent dans le but de défendre ma tête. Voici les pitoyables mots qui me venaient à l'esprit:
«Mesdames, Messieurs les jurés,
Je n'ai d'existence, de raison de vivre que l'attente du châtiment capital. Je n'attends que de mourir, j'espère après votre verdict fatal et sans appel. Car je ne puis qu'approuver cette volonté de verser le sang impur de la criminelle que je fus en ce jour funeste. »
S'élevait cette silhouette hideuse, menaçante, élancée aux bras maigres et raides. Un courant glacé heurtait la nuque de chaque spectateur à la vue de ce monstre trônant sous un dais dont le mouvement de recouvrement n'avait pour but que d'obscurcir la vue de ce qui allait se dérouler. Puis, repérable à son halo sombre, paraissait la silhouette du maître des lieux, celui dont la vue paralysait toute velléité de fuite, tout transport émotionnel. Le bourreau. Son visage masqué ôtait toute trace d'humanité à la situation. Il détenait, au final, les bribes de ce qui constituait encore un être humain. L'agonie, mon agonie lui appartient. Il n'y a plus qu'une seule façon de mourir, entre ses mains...
Des mains robustes, presque caressantes dégageaient ma nuque, la bise faisait voleter quelques mèches de cheveux oubliées... coupées prestement afin de ne pas gêner la lame.
Dignement. Peut- on mourir dignement lorsque l'on est à genoux, les poignets et les pieds encordés, le dos voûté, le cou dégagé attendant la lame d'un boucher?
Comment peut- on exercer un tel métier? Œuvrer dans ce sinistre abattoir à ciel ouvert où les corps à découper sont ceux de leurs semblables... Qui sont les bourreaux? A chaque discussion au sujet de l'abolition, les anti et les pro s'affrontent sur le terrain de la gravité des crimes en lien avec la morale (la loi du talion) pour les uns, et sur l'inhumanité de ce traitement (la violence légitime de l'Etat) en accord avec la conscience publique pour les que l'on s'interroge sur la personnalité des suppliciés, des jurés, on omet de réfléchir à celle de celui qui «agit» la sentence. Dans les pelotons d'exécution, un fusil est toujours armé de balles à blanc afin d'éviter les tourments du remord aux soldats qui appliquent la peine. Avec la guillotine, nulle délicatesse métaphysique, le bourreau assume pleinement son rôle de pourfendeur de têtes criminelles. Conçoit-il sa tâche comme une grandeur d'âme qui transcenderait le Bien et le Mal? Ne serait- ce qu'un devoir accompli vaillamment en dehors de toute considération personnelle?
Devient- on bourreau de père en fils? L'amour, la passion du métier se transmettent- ils? La brutalité du geste peut- elle s'adoucir de sa légalité? Son costume ordinaire en fait- il un homme «normal»? De quoi ses rêves sont- ils peuplés? Quel type d'ambition l'anime? Sa créativité se limiterait- elle à des aménagements techniques pour réussir rapidement et proprement la décapitation? Comment s'organise leur profession? Quels en sont les commandements? Leurs proches savent- ils qui ils sont? Leur présence au sein des rassemblements familiaux modifie-t-elle l'atmosphère festive? Comment expliquent- ils à leurs enfants que la mort est leur métier?
C'était ainsi que je l'imaginais, ma révérence. Ces images si présentes appartiennent à mon esprit, elles ne sont pas ma réalité... Mes membres grêles s'engourdissent au même rythme que ma tête devient cotonneuse. Ce doux état de faiblesse m'envahit pleinement, je pars... Ce ne sont pas des papillons noirs qui volètent sous mes paupières... Il n'y a que ce rouge incandescent, violent qui brûle sous cette fine membrane. Une dernière image de l'éclaboussure sanglante qui scella mon destin en ce jour fatal où j'ai brisé la promesse d'amour.
Les quatre saisons
Notre séjour outre- Manche touchait à sa fin. Les filles avaient pris de belles couleurs, avaient forci et exposaient leur contentement à coups de joyeux piaillements. Mme Bellet ne les quittait que fort rarement, généralement pour vaquer à des occupations personnelles qui ne traînaient pas en longueur... Cette femme que j'avais vue brisée, au bord du précipice, avait su réinventer sa raison de vivre. Le changement n'avait pas radicalement modifier sa personnalité, il l'avait adoucie et cela la rendait vivante et même rayonnante. Richard reprenait des forces, tranquillement, à vitesse d'homme. Notre projet avait trouvé un écho en lui et serait porté par son courage et l'élan vital qui vibrait de nouveau en lui. Je ne reviendrai sur le sol de mes ancêtres qu'à l'approche de l'inauguration du foyer d'accueil pour femmes et jeunes filles dans la banlieue londonienne. Les détails matériels et financiers étaient quasiment réglés. Jane Bingley avait décidé de nous retrouver à Paris pour la durée de sa grossesse, Charles ayant réorganisé ses activités professionnelles de façon à pouvoir la suivre.
La jalousie avait séparé deux cœurs pourtant aussi proches qu'éloignés. Après coup, nous avions compris qu'une sourde rancune grondait puis avait libéré petit à petit son fiel. Entre elles, s'étaient dressées les ombres... du plus loin de la nuit. Je retranscris ici le témoignage qu'Élisabeth m'a livré, dans une lettre, concernant de bien tristes évènements.
«Un pâle soleil matinal dardait ses timides rayons sur toute l'étendue d'ardoises des toits de Paris. Je tentais de ravaler la colère que je ressentais depuis que ce cauchemar avait débuté, les sombres émotions avaient dorénavant une furieuse tendance à obscurcir ma conscience. Ma conversation avec la délicieuse Mme Jacques avait été extrêmement instructive car même si je ne pouvais affirmer catégoriquement qui était à l'origine de mes tourments, je possédais de sérieuses présomptions. Cette dernière avait noté la présence d'une certaine personne aux abords des vestiaires de l'hôpital, à quelques reprises. Personne dont elle ne pouvait s'expliquer l'extrême discrétion, voire le sentiment de dissimulation qui caractérisaient ces allées et venues. C'est donc dans un état de tension intense que je parcourais la distance entre mon domicile et le sien. Trajet que je n'avais pas effectué depuis de nombreux mois maintenant. Mes pas précipités me conduisaient vers la vérité, aussi laide et déplaisante soit- elle, je devais savoir. Dusse- je en perdre le souvenir d'une amitié de jeunesse...
Lorsqu'elle ouvrit la porte d'entrée, je n'avais pas encore appuyé sur la sonnette. Elle m'attendait, avait composé un visage parfaitement lisse dont l'expression neutre ne pouvait pas dissimuler un manque de bienveillance ou de plaisir à ma vue. D'un geste parfaitement maîtrisé, elle m'invita à la suivre à l'intérieur, je la suivis en tentant de réprimer le tremblement de mes mains moites. Après avoir accompli les formalités que la politesse imposait, confortablement installées dans son salon, je lui demandais comment sa vie se déroulait.
- «Oh, à merveille, Elisabeth, j'ai même oublié comment j'ai pu me contenter d'autre chose auparavant. Son sourire faux plaqué sur le visage ne m'inspirait que dégoût. Mais je ne voudrais pas heurter tes propres convictions sur le sujet du mariage.
-Ce n'est pas le mariage que je conteste, tu le sais bien. Nous nous sommes toujours entendues là- dessus. Ma voix commençait à monter dangereusement dans les aigus. Il s'agit de cette fatalité inacceptable dans laquelle certains nous confinent et même nous emprisonnent et qu'il nous faut vaincre!
-De quelle liberté parles- tu? De celle qui fait prendre pour cible de moquerie les femmes célibataires? De celle qui oblige les femmes à accepter des emplois dégradants car elles n'ont pas d'autres sources de revenus? Décidément, tu n'as rien perdu de ton aveuglement haineux! Une lueur méchante avait pris le dessus dans son regard. Je l'avais enfin amenée à un état émotionnel propice au lâcher- prise. Que sais- tu du bonheur que je connais avec mon époux? Tes désillusions personnelles et professionnelles ne constituent pas forcément le lot commun!
-Alors, tu penses sérieusement que c'est l'amertume, la frustration amoureuse qui commandent mon esprit? Je n'en croyais pas mes oreilles, mes sens pourtant ne pouvaient me tromper à ce point. As- tu seulement envisagé que si aveugle il y avait dans cette pièce, c'était peut- être toi? Je ne pouvais plus reculer.
-Ah, bien sûr, je te vois négocier, en usant de tous tes charmes, ta chère liberté avec Darcy! Une douleur secrète semblait sourdre de son sourire sarcastique.
-La liberté ne se demande pas, Charlotte, elle se prend **. Lizzie avait planté son regard dans celui de celle qui lui faisait face. Les joues de Charlotte se colorèrent violemment comme sous le choc d'une claque assénée sans avertissement.
-Elisabeth, tu as toujours su distribuer les leçons de morale. Je ne te dénie pas une certaine volonté de bien faire, de sauver les autres malgré eux. Charlotte gardait la tête baissée, comme hypnotisée par l'extrémité de ses souliers vernis. Mais s'il te plaît, pour une fois, une unique fois, épargne- moi tes idées libertaires ineptes. Je ne suis pas une égérie révolutionnaire, je ne suis qu'une femme de son temps qui aspire à fonder une famille avec un homme qui la respecte.
-Le respect de quoi, de qui? Des services que tu t'engages à lui rendre en échange de sa bienveillance? Charlotte, je ne stigmatise pas ton mari en particulier, je combats des habitudes séculaires que nous ne songeons même pas à remettre en question, mais leur longévité n'implique pas leur bien- fondé. Nous avions soulevé le couvercle de la boîte de Pandore, je ne pouvais plus m'arrêter... Enfin, Charlotte, je ne nie pas que lutter contre cette infériorité soit- disant naturelle, voire incontestable que l'on nous présente comme notre nature profonde, soit difficile. Mais n'oublie pas qu'il est question de combattre une forme d'obscurantisme dont nous sommes les victimes consentantes...
-Consentantes! Le gros mot est sorti! Crois- tu que je consente à partager mon lit avec une autre? Elle s'était levée brusquement, quasiment hystérique. Ses traits se déformaient sous le joug de la haine qui s'était accrochée à son âme. Toi, que j'ai considérée comme la sœur que je n'ai pas eue, toi, que j'ai estimée plus que moi- même, toi qui... qui n' a pas hésité bien longtemps avant de me trahir!
-Charlotte! De quoi parles- tu? Je ne comprends rien à ce que tu dis... Mes oreilles bourdonnaient sous le flot de sang qui gagnait mon visage.
-Que peut- on attendre des femmes comme toi? Elle me regardait comme un objet d'une saleté absolue. Mme de Bourg m'a beaucoup parlé de toi, de ta façon d'agir, du pouvoir de nuisance des sorcières comme toi! Elle émit un gloussement, pour le moins inquiétant étant donné son état d'énervement.Tu sais, au début j'ai résisté, j'ai repoussé ses images avilissantes qui s'immisçaient dans mon esprit. Mais, mais... c'est seulement...que je...ne peux plus ignorer votre trahison!
-Mais de quoi parles- tu à la fin? Explique- moi, charlotte, je t'en conjure! Je m'étais approchée d'elle, oubliant toute méfiance.
-Puisque tu ne me diras pas la vérité, alors c'est moi qui le ferai... Aussi fière dans son abaissement que touchante dans son mépris de ce qu'elle croyait que j'étais. Je sais, je sais jusqu'où tu t'es avilie, Elisabeth. Je n'ai pas voulu croire qu'il pouvait avoir... besoin d'une autre femme... pour satisfaire ses... désirs bestiaux. Quand j'ai capitulé devant tant de preuves, ses absences de plus en plus fréquentes et longues, ces parfums étrangers et capiteux qui collaient à ses vêtements et pour finir son indifférence envers moi. Et puis les mots de consolation de Mme de Bourg à qui j'avais confié ma détresse... c'est grâce à elle que j'ai compris à qui j'avais à faire! La furie avait repris le pouvoir. Charlotte avait saisi mon avant- bras droit, l'enserrant avec une force étonnante. Ne crois pas que je vais te laisser continuer ce petit jeu, chère amie. Elle était si près que son souffle se répandait sur mes joues. Ton homme ne te suffit- il donc pas? Tes désirs t'ont transformée en Succube? Ou alors tu ne souhaitais que me détruire? M'humilier? Il m'a préférée à toi, c'est moi qu'il a épousée, et ça, ça, ce n'était pas pensable pour toi, si belle, si libre...! Ah, tu me fais horreur!
-Charlotte! Lâche- moi! En s'exécutant, comme à regret, elle ne manqua pas de me griffer copieusement. Pourquoi tant de haine à mon égard?
-Parce que je t'ai trop aimée! Et maintenant, je préfère le sang aux larmes... Elle s'était jetée sur moi, avait attrapé une mèche de mes cheveux et s'appliquait à l'enrouler autour de ses doigts en tirant. C'est moi, c'est bien moi qui aie détruit toutes tes chances de réaliser tes rêves professionnels. Elle s'essoufflait. Ma vengeance n'a pas encore porté tous ses fruits... je dois aussi ruiner ta merveilleuse vie de couple... Les efforts physiques et la déraison l'avaient finalement fait taire.
-Je ne sais pas ce qui se passe, Charlotte, mais je t'assure que ce n'est pas moi qui... J'avais arrimé mes mains à ses poignets afin de la repousser, mes ongles enfoncés dans sa chair. Je calculais mon prochain angle d'attaque...
-Nom de dieu, que se passe-t-il ici? Le personnage- clé de ce vaudeville présumé venait tout juste de faire son entrée dans la pièce. Charlotte, je te prie de cesser ce manège immédiatement! Je ne tolèrerai pas que ma femme se conduise de telle manière que j'en éprouve une telle honte! Ses yeux étaient quasiment exorbités par la stupéfaction mais aussi par la colère.
-Ah, te voilà, toi! Espèce de satyre! Elle s'était détournée de moi pour sauter sur celui qui l'avait tant blessée. Pervers insatiable! Tu prends la défense de cette… dévergondée?
-Femme, il suffit! Si tu ne l'avais pas invitée, je n'aurais jamais accepté de me tenir sous le même toit que cette espèce de... de lesbienne frustrée! Loin de me sentir offensée, j'étais même soulagée d'avoir échappée aux griffes de celle qui fut tout à la fois ma joie et ma peine, je retins un rire hystérique. Je ne la connais pas. Elle n'existe pas.
-Alors quelle est la s... que tu retrouves de plus en plus souvent et pour laquelle tu me mens sur ton emploi du temps? Charlotte était littéralement déchaînée, cheveux en bataille, écume aux lèvres, mains sur les hanches.
-Mais, enfin, Charlotte, ma chatte... crois- tu vraiment que je pourrais entretenir une relation suivie avec...ce... ce... genre de femme? Son regard me désignait.
-Qu'est- ce que cela signifie? Si ce n'est pas elle, c'en est une autre? La déconfiture se lisait nettement sur son visage, il ne parvenait pas à dissimuler sa gêne grandissante. Des autres? Il était complètement cramoisi maintenant. Ne me prends pas pour une imbécile: j'ai trouvé des revues dégoûtantes (sa voix était montée d'une octave en prononçant ce mot) dans ta sacoche professionnelle! Tu payes des professionnelles, hein? Il reculait alors qu'elle avançait en le menaçant du doigt. C'est ça! Mais oui, bien sûr! Et cette chère Mme de Bourg qui s'est jouée de moi tout ce temps! De quelle abîme de perversité est- née? Elle se tourna vers moi. Lizzie, j'espère sincèrement qu'un jour tu sauras me pardonner d'avoir tenter de ruiner ta vie. Je sais que tu comprendras que je n'étais que le jouet dérisoire de perfides individus. Tu connais le chemin du retour, tu m'excuseras mais j'ai une conversation à terminer.
Je ne demandai pas mon reste, je pris mes affaires et passai la porte. Je nourrissais divers espoirs quant à mon avenir professionnel mais également pour les futurs choix de Charlotte et la possibilité de renouer une amitié cruellement malmenée. J'avais en tête une citation de Michel de Montaigne:«La vraie liberté, c'est de pouvoir toute chose sur soi»*** . Pourvu que mon amie apprenne à gouverner son propre destin!»
Ainsi se dénoua le piège dans lequel Lizzie était tombée, bien malgré elle. Encore une fois se posait le problème de la duplicité de l'Homme ou plutôt du fondement de la vérité, de son être au monde. Charlotte n'était pas encore parvenue à pénétrer le cœur de l'existence humaine, certains recoins de son corps ou de son âme n'avaient pas été touchés.
«Ce matin d'une fraîcheur délicieuse, en descendant les marches qui conduisaient du jardin jusque dans la rue, j'entendis une détonation, semblable à celle d'un coup de pistolet. Je ne pouvais m'y tromper, il s'agissait bien de la demeure que je venais à peine de quitter. Une grande agitation régnait à l'intérieur, à coups de cris, de jurons, de bruits de course, de meubles déplacés violemment, de claquements de semelle martelant le sol. «Oh, Mon Dieu! Charlotte...»
A suivre
* Depuis la loi n° 81-908 du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort, publiée dans le Journal officiel 10 octobre 1981, l'article 12 est devenu : "Art. 1er. – La peine de mort est abolie."
Avant la Révolution française, le droit pénal de l'Ancien Régime faisait état de peines destinées à faire souffrir, voire humilier le coupable notamment dans un but dissuasif, d'exemplarité. La France connut une première tentative de légalisation de l'abolition de la peine de mort en 1795. Mais le code pénal impérial (Napoléon) rétablira la peine de mort. Durant la Ve République (1958-1981), dix-neuf criminels de droit commun seront guillotinés. Le condamné était conduit dans une pièce à côté de la cour de la prison où se dressait la guillotine, il lui était alors demandé s'il souhaitait écrire une lettre à ses proches, faire une déclaration, recevoir la visite d'un ministre du culte, fumer une dernière cigarette et boire un alcool fort. Ensuite, l'exécuteur et ses assistants lui attachaient les pieds, les genoux et les bras derrière le dos afin que son cou se présente dans la meilleure position à la lame. On lui coupait éventuellement les cheveux pour bien dégager sa nuque, on ouvrait largement le col de chemise. Entre le moment où l'on pénétrait dans la cellule et celui où la tête tombait, ne s'écoulait qu'une vingtaine de minutes. Depuis l'abolition des exécutions publiques en 1939, la copie du procès-verbal de l'exécution était affichée sur la porte de la prison pendant 24 heures. Aucune information sur l'exécution elle- même ne devait faire l'objet de quelque publication dans la presse, sous peine d'amende.
Extrait de L'Exécution, Robert Badinter, 1973. Patrick Henry fut condamné en janvier 1977 à la réclusion à perpétuité, échappant de peu à la guillotine. Voici les réflexions de Maître Badinter lors de la conception de la plaidoirie: «Je cherchai donc l'image la plus saisissante, sous la forme la plus dépouillée, pour exprimer la réalité du supplice. Guillotiner, ce n'était rien d'autre que prendre un homme et le couper, vivant, en deux morceaux. C'était aussi simple et insoutenable que cela. Voilà ce qu'on demanderait aux juges et aux jurés d'ordonner. Je décidai de leur dire en face. Étrangement, bien des années plus tard, en classant des papiers, je découvris que cette image, cette formule, «couper vivant un homme en deux», je l'avais lue quelques années plus tôt dans une des lettres que Buffet avait adressées au président Pompidou. Je compris alors pourquoi elle m'avait tant impressionné, et pourquoi je l'avais refoulée aussi profondément dans ma mémoire.»
Extrait de L'Abolition, du même auteur, 2000: «Cependant, même l'horreur de la guillotine ne suffirait pas à susciter dans cette affaire un mouvement de pitié pour l'assassin. Avait-il eu, lui, pitié de l'enfant, de ses parents martyrisés? […] [L'image] n'était insoutenable que si juges et jurés se sentaient personnellement responsables du supplice. Il ne suffirait pas qu'elle leur fît horreur. Il fallait que cette horreur leur fût imputable, qu'elle leur incombât directement.»
** Françoise Parturier, Lettre ouverte aux femmes: «La liberté ne se demande pas, Madame, elle se prend...il n'y faut que de l'audace et de la solidarité...» Elle adressa, en 1968, une Lettre ouverte aux hommes qui revendiquait un certain nombre de droits nouveaux pour les femmes. Six ans plus tard, c'est dans une Lettre ouverte aux femmes qu'elle reprocha à ces dernières de n'avoir pas su les utiliser.
*** Michel deMontaigne, Essai III, 12.
Extrait de Sacher- Masoch, Femmes slaves, La Revue des Deux Mondes, 1889- 1892.
«L'amour est bien un feu sacré
Qui brûle dans notre sein,
Et maudites soient toutes les âmes,
Qui ne connaissent pas ce feu !
Mais la haine est beaucoup plus chaude,
Quand on a tisonné la flamme,
Quand elle saisit le cerveau et le cœur,
Et n'en fait qu'un seul foyer.
Méfie-toi de l'homme qui ne sait pas haïr,
Crains toujours qu'il ne sache non plus aimer.
C'est un feu follet qui nous éclaire,
Sans pouvoir jamais donner d'ombre.»
Parole de «Décevoir», Lynda Lemay:
J'ai aucun compte à rendre
à quelque âme qui vive
j'ai pas d'conseil à prendre
que je saurai pas suivre
si je prie si je mens
si je dis des bêtises
je ferai pas autrement
quoi que tu fasses ou dises
tu seras jamais ma mère
et même si tu l'étais
j'te déclarerais la même guerre
qu'à celle que j'ai
si il y a une réussite
dont je peux me prévaloir
dont j'ai tout le mérite
c'est de décevoir
j'ai déçu ma famille
j'ai déçu mes amours
j'ai pas déçu ma fille
oh mais j'ai tout fait pour
quand j'ai quitté son père
elle a penché sa tête
elle a pris ses affaires
elle a dit «je suis prête»
comme si elle comprenait
pourtant j'étais fautive
elle a dit «oh tu sais
ce sont des choses qui arrivent»
elle est montée tranquille
dans ma vieille bagnole
elle a changé de ville
elle a changé d'école
je sais que tu m'en veux
et que tu me condamnes
oui je passe aux aveux
et je prends tous les blâmes
toi le témoin gentil
de toutes mes erreurs
toi qui es mon amie
soi-disant la meilleure
toi qui t'montres fidèle
depuis la petite enfance
toi qui es mon modèle
un modèle de patience
je savais que j'arriverais
à perdre ta confiance
mon coeur est si mauvais
qu'tu trembles d'impuissance
tu sais ou j'me les mets
tes belles remontrances
puisque j'ai pas d'cervelle
c'est bien là où tu penses
s'il fallait que j'men veuille
chaque fois que j'fais d'la peine
je serais dans mon cercueil
j'me serais ouvert les veines
c'pas vrai qu'y faut que j'me donne
une foutue seconde chance
qu'y faut que j'me pardonne
et que je recommence
dis pas d'conneries ma vieille
je sais que j'te dérange
mais c'est pas demain la veille
que j'vais devenir un ange
et si c'est aujourd'hui
que j'dois perdre ma dernière
plutôt ma seule amie
eh bien vas-y ma chère
j'vais t'ajouter au poids
de tous mes grands échecs
tout le respect que j'te dois
j'vais m'étouffer avec
si t'étais pas déçue
y'était temps que tu l'sois
c'était du temps perdu
tout ce temps avec moi
fallait pas perdre ta vie
à vouloir me sauver
reprends ton crucifix
et laisse- moi sombrer
il me restera ma fille
mon petit rayon d'amour
mon restant de famille
ma bouée de secours
il me restera ma fille
qui veut me ressembler
qui danse et qui se maquille
et qui met mes souliers
il me restera ma fille
qu'tu m'offres d'adopter
car tu crains la béquille
qu'elle va m'emprunter
il ne me restera qu'elle
voilà c'est mon histoire
il ne me restera qu'elle seule
à décevoir.
