-Alors, nous y sommes, n'est-ce pas ?

Le Docteur ouvrit la porte du TARDIS. Le Maître le suivit. Elles avait l'air épuisée. Pâle comme la mort, avec de larges cernes noires sous les yeux, elle tenait dans ses bras ce qui ressemblait à un immense paquet de couvertures qui luisait d'une légère lumière orangée. Il passa son bras autour de son épaule et mit l'autre main à l'intérieur des couvertures. La connexion qu'il avait avec l'enfant l'apaisait.

Il avait appris, en regardant dans un livre Gallifreyen retrouvé dans la TARDIS, qu'il était lié à l'enfant pendant la grossesse, autant que le Maître. Ils le portaient à deux, même si lui ne le voyait pas parce qu'il n'était pas dans son corps. C'est pour cela qu'il avait influé sur ses émotions sans qu'il ne s'en rende compte. Il se sentait idiot, il aurait dû le savoir, mais personne n'avait jamais eu le besoin de lui dire. C'était pour cela qu'il s'était mis en colère contre elle. Il s'en voulait. Il ne fallait plus jamais que ça recommence.

-Tu es sûre de vouloir faire ça ? demanda-t-il au Maître.
-Oui... oui, je suis sûre.

Elle regarda le bébé d'un air vide. Ils avaient refusé de lui trouver un nom, discuté le sujet, refusé encore, discuté à nouveau, puis cessé d'en parler.

-Tu as encore le choix. On a encore le choix.
-Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?
-Je... je ne sais pas.

C'était pour le protéger qu'ils faisaient ça. Le protéger... d'eux. De leur force et de leur désespoir. Il n'avait pas oublié cette instant d'emportement où leurs regards bleu et jaune s'étaient croisés. C'était tragiquement simple mais... mais... mais il ne voulait pas voir leur fils grandir entre des parents en train de se disputer. Il se détacha d'elle et pris la tête de leur étrange cortège à deux.

-De loin, c'est la décision la plus sensée que nous pouvions prendre, murmura le Maître.
-Oui.
-Bon...
-Je veux qu'on oublie tous les deux cette histoire, et qu'on reparte sur de bonnes bases.
-Oui, moi aussi. Mais attends... Je voulais savoir... pour le verrou de ma chambre... C'était quoi le mot de passe ?
-Tu veux vraiment savoir ça ?
-Oui.

Il déglutit.

-C'était Aliane.

Elle sourit. Il était vraiment un romantique incorrigible.

Ils n'étaient encore qu'à cinq mètres du TARDIS. Soudain, il se retourna. Elle marchait un peu derrière lui, ralentie par la fatigue et le manque encore tout chaud de quelque chose dans son ventre.
Il colla son front contre le sien et ses mains sur ses tempes. Elle était toujours aussi fiévreuse et ses mains toujours aussi glaciales. Ils étaient si proches qu'ils ne purent se retenir de s'embrasser une dernière fois.

Elle s'avança vers le bâtiment devant lequel ils avaient atterri. Ils s'étaient rendu en 2030, à Paris. L'un des seuls emplacements connus, dans le temps et l'espace, par le Docteur, des bureaux Torchwood. Ils avaient longtemps argumenté sur la capacité de l'organisation à s'occuper de l'enfant, mais le Docteur savait que Jack faisait en faisait toujours partie et que, quoi qu'il arrive, il pouvait lui faire confiance. Ils avaient laissé une lettre expliquant tout cela sur le panier.

Elle posa le tout petit enfant devant la porte et appuya sur la sonnette. Comme prévu, personne ne vint tout de suite lui ouvrir. Elle espérait seulement qu'ils ne tarderaient pas trop. A contrecœur, elle lui tourna le dos et s'avança vers la cabine téléphonique. Elle tourna la poignée.
C'était fermé à clef.

-Ouvre-moi !

Le Maître frappa contre la porte de la TARDIS. Après avoir passé des mois enfermée à l'intérieur, elle ne voulait qu'une chose : y entrer à nouveau.

-Laisse-moi entrer !
-Désolé, je ne peux pas.
-Pourquoi ?
-J'ai lu dans ton esprit. J'ai vu ce que tu comptais faire.

Elle ferma les yeux. Voilà pourquoi il l'avait embrassée avec tant de fougue. Elle serra les poings et se retint de hurler de rage.

-Depuis le début, tu cherchais à attirer mon attention sur toi. Pour que je vienne te chercher et que tu puisse me voler ma TARDIS.
-Non... c'est faux !
-Tu n'as vraiment pas changé.
-Non ! Au début c'était le cas ! Mais j'ai changé, je te promets !
-Menteuse.

Elle sentit un souffle d'air ébouriffer ses cheveux. Elle voulut s'y accrocher un instant mais ses mains à nouveau sans force lâchèrent la poignée. La TARDIS émit son bruit caractéristique, celui qu'elle avait attendu des années sur Terre. Elle clignota quelques instants avant de disparaître. Pour toujours.

-Non ! Non ! Reviens !

Elle tomba à genoux et passa ses doigts sur le goudron sur lequel se trouvait le vaisseau quelques instants auparavant. Des larmes amères se mirent à couler sur ses joues. Elle se retourna. Le temps qu'elle pleure sur le vaisseau disparu, le bâtiment volant qui servait de bureaux à l'institut de recherches des extraterrestres s'était déplacé.

Elle avait tout perdu. En quelques secondes. Elle se releva, essuya sa joue avec sa manche. Le crépuscule commençait à s'installer. Les bâtiments couverts de pollution se paraient de nuances d'orange et de rouge. Elle serra le col de sa veste.
Et disparut dans l'ombre.


Rassilon fit craquer son gant de métal.
Le Docteur arma le pistolet de Wilf et le pointa sur lui.

-Choisis bien ton ennemi. Nous sommes nombreux, le Maître est seul.

Il songea à elle... Il l'avait laissée seule, effectivement. Mais peut-être que...

-Il est le président ! Tue-le et Gallifrey t'appartiendra ! s'exclama le Maître.

Toujours le pouvoir. Il n'y avait que cela qui l'intéressait. Le pouvoir et l'influence, pas étonnant qu'il ai développé de telles compétences en hypnose... Il revit les deux grands yeux bleus dans lesquels il avait pu s'enfoncer tant de fois...
Il pointa son arme sur le Maître. Le temps pouvait être réécrit. S'il mourrait maintenant, il ne deviendrait jamais Aliane... il ne pourrait jamais souffrir...

-C'est de sa faute, pas la mienne !

Là n'était pas le problème. Si seulement cette incarnation-là avait pu comprendre... Il ne l'aurait peut-être pas blessé ainsi en mourant juste pour le faire souffrir.

-Oh, je vois, dit-il froidement. Le lien est dans ma tête. Tue-moi...il se brise... ils rentrent chez eux.

Son raisonnement était toujours aussi juste. Il ne perdait jamais rien de son intelligence, même aveuglé par le pouvoir. Le Docteur sentit sa main trembler.

-Tu ne le feras jamais. Espèce de faible, siffla le Maître.

Il avait raison. Le Docteur était faible. Si faible qu'il avait préféré l'abandonner sur Terre à nouveau que d'affronter la vie avec elle. Il ne voulait pas lâcher ses souvenirs avec Aliane, ses moments volés, et le tuer. Et la tuer.

-Vas-y. Fait-le.

Le Docteur pressa légèrement la gâchette quand il vit briller les yeux du Maître. Il se souvint de ce qu'elle lui avait dit.
« J'ai passé de bons moments avec toi ».
Il ne pouvait pas.
Il se retourna et dirigea le revolver vers Rassilon. Le Maître derrière lui sembla regagner de l'ardeur au combat.

-Exactement ! C'est lui le lien ! Tue le !

Elle lui avait reproché d'avoir assassiné les Seigneurs du Temps alors qu'elle-même n'avait pas hésité à tuer ceux qui l'avaient blessée. Mais il ne put lui en vouloir. Ici aussi, il ne faisait que se défendre : Rassilon l'avait rendu fou, sa rage meurtrière était quelque chose que même le Docteur parvenait à comprendre.

-La dernière chose que tu feras dans ta vie est donner la mort, souffla Rassilon.

Il revit... son corps parfait, leur union dans un hôtel de New York... Il avait cru mourir ce jour-là, mourir d'amour pour elle... Le début de la fin, quand il y repensait... et l lui avait donné un enfant. Le président de Gallifrey avait tellement tort... La dernière chose qu'il avait faite dans sa mort, était donner la vie.

-Mais lequel de nous ? ajouta le président.

Il ne pouvait pas tirer... Il ne pouvait pas...
Derrière le président, une femme releva la tête. Les larmes coulaient sur son visage.
Elle ne voulait pas perdre son fils.

Il se tourna vers le Maître. Il comprit alors ce qu'elle avait voulu dire quand elle avait pointé son pistolet sur lui en disant « Tu aurais dû me tuer quand tu en avais l'occasion ». Il comprit tout. Pendant une seconde, il vit tout ce qu'il y avait de possible, d'impossible, le futur et le passé, et tout les rouages du mécanismes comme mis en suspens dans un arrêt sur image improbable. Une sorte de paix inonda ses veines. Il se retint de crier.
Le Maître se tenait toujours là, cependant. Il n'aurait jamais tous les éléments du puzzle. Mais il savait qu'il allait survivre et qu'elle n'avait jamais menti.

-Ne reste pas dans le passage, souffla-t-il.

Le Maître sourit et le Docteur tira dans la console de liaison.
Il cria quelque chose. Son ancien ennemi aussi. Le reste était confus dans ses souvenirs. Son ancien ennemi se mit à lancer des éclairs sur le président. Un, deux, trois, quatre... Il disparut dans la guerre du Temps. Le Docteur les regarda s'envoler. Gallifrey partait pour toujours.
Il ferma un instant les yeux sur le sol, confus et assommé. Mais il était vivant ! C'était comme si ses cœurs s'étaient arrêtés pour mieux repartir.
Il revit alors ces deux grands yeux bleus et sut alors qu'il n'était pas le seul.
Elle reviendrait. Il en était sûr.


Voilà, c'est la fin. N'hésitez pas à mettre des commentaires, et à bientôt peut-être pour une nouvelle fiction ! Pour répondre à une question qui m'a été posée, je n'ai aucune idée des aventures que pourra vivre l'enfant, mais je planche dessus. J'avais plusieurs idées de crossovers, avec James Bond par exemple, ou avec Death Note, mais au final, je ne sais pas. J'y réfléchirais ^^