Chapitre 5 Réponses

Je me tenais debout dans le hall d'entrée pendant qu'il refermait la porte derrière moi. C'était vraiment immense, encore plus que dans mes souvenirs, même si je n'y étais venue qu'une seule et unique fois avec l'école, il y a bien longtemps de cela. Le manoir avait été vide pendant plusieurs années et personne n'avait su qu'il était de nouveau habité jusqu'à ce que Peter nous en informe au bahut. Il m'invita à venir m'installer dans le salon qui me parut encore plus immense que le hall d'entrée. La décoration état moderne, il avait dû l'adapter à ses goûts mais il était facile de comprendre qu'il manquait une touche féminine à cela, aucune fleur, aucun miroir, un domaine typiquement masculin sauf qu'il n'y a pas d'exposition de petites motos ou voitures installées sur chaque meuble, fort heureusement car c'est d'un puéril...

Un écran plat LCD dernier cri était positionné devant un grand canapé d'angle couleur anthracite pour aller avec la couleur des murs : deux murs rouges et un mur couleur taupe qui s'accordaient très bien avec le mobilier. Je fus même étonnée de ces couleurs qui, à l'avis que je me faisais, ne lui correspondaient pas mais au final, si chaleureux et froid comme pouvait l'être sa personnalité, comme je pouvais l'être. Il me ressemblait sur tellement de choses que, parfois, ça en devenait flippant et, je l'avoue, me retrouver seule avec lui dans sa demeure, ne me rassurait pas forcément, surtout qu'il ne faut pas oublier que je ne sais pas qui il est ou ce qu'il est. Peut-être qu'il peut sentir mon angoisse ? Je ferais mieux de me concentrer sur autre chose que toutes ces questions qui me taraudent. Un living occupait une partie de cette grande salle que l'on pouvait qualifier de living room ; je fus surprise de ne voir apparaître aucune photo, seulement quelques bibelots que je n'avais jamais vus auparavant.

Mais qui es-tu ?

Je ne savais où poser mon regard, à vrai dire, je savais ce que je faisais exactement, pas un état des lieux façon agent immobilier, non, je fuyais tout simplement son regard, parce que quelque part au fond de moi je n'assumais pas d'être ici et de, je le sais, devoir par la suite mentir à mes amis sur cette visite impromptue.

- Tu désires peut-être le visiter ?

Sa voix me sortit de ma rêverie, si bien que je fis un bond lorsque je me rendis compte qu'il se trouvait tout juste à côté de moi. Pourtant, j'aurais dû le sentir, ma nuque avait eu ce frisson comme dans le couloir le jour de mon agression mais pas un frisson qui veut dire "attention danger", d'ailleurs je ne comprends toujours pas d'où me viennent ces signaux, m'enfin, peut-être qu'il me le dira car je suis persuadée qu'il le sait. En fait, je suis persuadée qu'il sait beaucoup de choses. Même sans ce frisson, j'aurais dû percevoir sa présence juste à mes côtés, son odeur était ce que j'avais remarqué en premier la première fois que je l'ai vu à la bibliothèque, une odeur à la fois sucrée et salée comme un gâteau version amuse-gueule que l'on voudrait dévorer. Faut que j'arrête là, je parle comme cette Zoey, celle qui va se transformer en vampire et qui veut dévorer son ex-petit-ami.

- Ba, je connais déjà, tu te rappelles, j'ai visité avec l'école, il y a plusieurs années.

- Je me souviens mais, depuis, beaucoup de choses ont changées. Suis-moi.

Il me présenta le living room que j'avais assez détaillé des yeux je pense. Puis, nous avançâmes dans un petit couloir où se trouvait deux portes : la première ouvrait sur une petite pièce qui ne contenait qu'une armoire avec un petit lit, une des anciennes chambres, supposais-je ; la deuxième fut une pièce un peu plus grande, beaucoup plus éclairée que l'autre mais qui ne contenait cette fois plusieurs cartons, je pensais de suite qu'il ne s'était alors pas installé définitivement ou qu'il n'avait pas eu le temps de finir de déballer ses affaires.

- Tu comptes aménager ces deux pièces ?

- Hum non, je ne sais pas quoi en faire et elles sont petites.

- Je croirais entendre Emilie et son manque d'espace.

- Eh bien, je t'avoue que je suis quelqu'un qui a besoin de voir les choses en grand et de vivre dans des endroits très spacieux. Tu comprendras vite pourquoi.

Donc, il avait bien l'intention de m'expliquer certaines choses voire ce que je veux absolument savoir mais suis-je vraiment sûre de vouloir connaître cette vérité qui en réalité me fait peur ? Et si je le voyais différemment par la suite ? Bon certes, c'est moi qui l'évite depuis l'hôpital mais, honnêtement, vous auriez fait quoi vous, hein ?

Voyant mon malaise, il reprit la visite guidée essayant de créer une atmosphère détendue mais il ne fallait pas se mentir, c'était pas gagné, cependant je pris la décision de lui laisser le bénéfice du doute, ma nuque était décontractée, mon ventre n'avait pas fait de concert et je n'avais aucun mauvais pressentiment et puis, si il avait voulu me faire le moindre mal, je ne pense qu'il s'amuserait à me faire visiter son chez lui ou alors c'est qu'il est vraiment tordu.

La fin du petit couloir donnait lieu un autre hall beaucoup plus petit cette fois, mais très lumineux grâce aux trois fenêtres qui donnaient sur le devant et sur l'arrière de la cour extérieure ; la décoration du couloir était la même que dans le living room quant à celle du hall, identique à son jumeau sauf que, là, il y avait une fenêtre en plus. Ses murs étaient de couleur neutre laissant paraître le côté ancien de la construction, sans pour autant faire vieillot. Sur la gauche de ce hall, en sortant du petit couloir, se présentait un escalier qui donnait accès à l'étage où se trouvaient sûrement plusieurs pièces. En sortant du hall, nous avions accédé à la cuisine mais alors quelle cuisine, digne d'un grand restaurant pour un grand chef. Elle allait très bien avec la déco de la grande salle, équipée d'un énorme frigo, un plan de travail qui aurait pu être aussi grand que la route 66 d'Amérique du Nord, une plaque de cuisson qui se trouvait en plein milieu, entourée de plusieurs éléments qui permettaient de ranger tous les ustensiles possibles et inimaginables. Il m'expliqua qu'il avait appris à cuisiner avec un de ses oncles et qu'il s'était découvert une nouvelle passion et, qu'en emménageant ici, il avait alors décidé d'acheter le matériel idéal pour un vrai cuisinier. Et là, je voulais lui dire qu'une seule chose : t'es humain, oui ou m**** ? Oops désolée, je m'emporte mais comprenez mon impatience, ce n'est pas une situation des plus faciles. Il me montra une porte-fenêtre qui s'ouvrait sur une grande terrasse et me montra alors l'immense terrain qui se trouvait derrière le manoir, et je fus stupéfaite de voir qu'une forêt terminait l'étendue de la cour avec une espèce de petit lac mais vraiment petit, qui pouvait rendre ce lieu touristique. Michael dirait que ça ressemble à beaucoup d'endroits que l'on peut trouver ne France pour des week-ends romantiques. Je me serais bien installée rien que pour fermer les yeux et écouter la brise du vent prendre sa direction et faire naviguer les nuages blanc à travers le ciel, écouter les oiseaux chanter et la nature parler comme si j'étais seule au monde.

- J'adore ces moments où, quand je rentre du lycée, je me pose ici et avant de travailler sur mes cours, je prends un moment pour m'isoler, afin de reposer mon esprit et mon corps.

- Je ne peux qu'approuver. Moi, avec mon appartement je peux juste me contenter de ma terrasse en hauteur mais, bon, je ne vais pas me plaindre, nous pouvons squatter la maison des parents d'Emilie quand nous voulons, à condition de la rendre en état.

- Elle ne vit plus chez ses parents ?

- Si, mais elle a eu le droit de vivre dans la dépendance qui se trouve un peu plus excentrée dans la cour, ça lui permet de prendre son indépendance mais à la moindre fausse note, retour dans sa chambre d'adolescente.

- Autant ne pas essayer de trahir leur confiance alors.

- Tout à fait. Ses parents sont très cool, mais les règles sont les règles.

- Viens, je vais te montrer l'étage.

On monta les escaliers et nous arrivâmes dans un couloir très spacieux, rien à avoir avec celui d'en bas, il s'élargissait sur le côté droit, menant à une des "tours" que nous pouvons voir de l'extérieur. Il me montra alors la salle de bain immense avec une douche qui devait sûrement faire massage vu la grandeur et le nombre de trou qu'il y avait où l'eau pouvait passer. Un énorme miroir, notez que, pour le moment, il s'agit du seul de la maison, se trouvait au-dessus d'une vasque en verre transparent. Une armoire couleur bois abîmé se trouvait à côté de la baignoire sans y être collée contenant tout le nécessaire de toilette, je suppose. Ce fut la pièce par excellence pour une fille mais quel gâchis d'utiliser une si grande pièce comme salle d'eau. Les toilettes se trouvaient dans la pièce juste à côté, elle, par contre et heureusement, n'étaient pas immense mais ils avaient tout de même droit à une petite décoration désignant correctement la pièce. Nous ressortîmes de cette tour pour nous diriger de l'autre côté du couloir donnant sur la deuxième mais, avant, je m'arrêtais devant une porte qui paraissait différente des autres, sa couleur était la même quoique plus claire peut-être mais elle ne laissait pas paraître de lumière au seuil, Peter dut remarquer mon interrogation car il avait ce petit rictus qui voulait dire "si tu veux savoir demande", ça avait le don de me taper sur le système depuis mon arrivée. Du coup, je décidais de continuer mon chemin pour le dérouter et je fus ravie de voir que cela fonctionnait à merveille, il ne pipa mot mais je sentis, à la contraction de son corps, qu'il était sur la défensive, ne sachant pas comment réagir fasse à mon manque d'intéressement vis-à-vis de cette pièce.

- Emilie ? Tu peux entrer.

- Bon courage, lui dit Michael.

- Merci mais, bientôt, ce sera à ton tour.

Fière de sa répartie, Emilie entra dans le bureau en souriant pendant que celui de Michael s'effaçait.

"Ouais ba, je ne suis pas pressé de parler à ce psy", pensa-t-il en regardant son téléphone guettant des messages.

Il m'avait devancée dans le couloir d'un pas rapide et élancé montrant son impatience.

"On dirait que j'ai marqué un point" et j'en étais fière. Il me testait depuis le début, depuis ce jour où il était venu me voir à l'hôpital. C'était à mon tour à présent et j'étais fière de lui rendre la pareille. Il s'arrêta devant une porte qu'il ouvrit, laissant place à une chambre magnifique, comme celle dont on rêve quand on regarde les films de princesse, elle était chaleureuse, avec un lit assez grand pour y accueillir deux personnes, un petit canapé s'y trouvait et une commode ainsi qu'une armoire. Une coiffeuse se tenait juste en face du lit avec posé dessus des arbres à bijoux. Elle aurait paru simple pour certaines personnes peut-être un peu trop superficielles mais, pour moi, elle était tout simplement magnifique.

- Je crois que j'ai trouvé ton coup de cœur dans mon chez moi ! Donc tu n'aimes plus ma cuisine ?

- Incomparable.

Il sourit content de m'avoir piégée sur ce petit détail. Ce n'est que de bonne guerre après tout. Il referma la porte et on se retourna pour de nouveau se retrouver face à une porte qu'il ouvrit et, là, je vis une chambre qui n'avait absolument rien à voir avec la précédente, et je sus immédiatement, sans le moindre doute, qu'il s'agissait sa chambre. Un lit aussi grand que celui de l'autre pièce, avec une armoire beaucoup moins conséquente, normal, après tout, ce n'est qu'un homme, il n'a pas besoin de trente-six paires de chaussures, pas de coiffeuse mais un petit meuble toujours en bois abîmé où un petit écran plat était posé avec un lecteur dvd. Un bureau se trouvait à côté de ce meuble sur lequel était positionné un ordinateur ainsi que des tas de livres avec des feuilles éparpillées sur toute la surface de la tablette. Cela m'interpella car je remarquais qu'il ne s'agissait en rien des devoirs que nous avions à faire, des formes géométriques bizarres se lisaient sur certaines pages ouvertes, des formules mathématiques qui ne voulaient rien dire à mes yeux étaient écrites sur des petits carnets. Je sentais son regard sur moi, un regard insistant qui voulait révéler une chose importante mais il ne dit rien.

- Je suppose que c'est ta chambre ?

- Tu supposes bien.

- Tu es un inconditionnel du bois vieillit.

- En effet. Maintenant que la visite guidée est terminée, enfin presque...

- Je ne veux pas savoir ce qu'il y a derrière cette porte.

- Pourquoi ? Me demanda-t-il blessé et déçu.

- Parce que je le sais déjà. A en déduire par ce que je peux apercevoir dans ton foutoir sur le bureau, il s'agit d'une bibliothèque. Mais pas de livres modernes, vu leur couverture...

- Tu es forte, douée pour les déductions. Je sais que tu as remarqué les formes géométriques, je n'ai pas besoin que tu me le dises pour le savoir, mon intuition me suffit. Seulement je suis surpris que tu ne cherches pas à en savoir plus.

- La seule que je veux et qui fait que je suis ici est simple, je veux que tu répondes à cette question que je t'ai posée à l'hôpital.

- Est-ce que je suis humain ?

- Oui !

Un long silence se mit en place devenant petit à petit lourd, pesant. Son regard se posa de nouveau sur moi, me fixant alors et je sus que de ce qu'il me dirait ne sortirait que la vérité.

- En partie.

Mon cœur ne fit un bond dans ma poitrine. Ce que je redoutais le plus et qui, au final, était inévitable me frappa au visage. Jusqu'au dernier moment, j'ai voulu y croire, croire que ce que j'avais vu n'était que le simple fruit de mon imagination mais j'avais tort car, au fond de moi, je savais fort bien que ce que j'avais vu dans cette salle, ses yeux bleus flamboyant ne pouvaient être humain du moins pas en totalité. A présent, je comprenais mieux pourquoi il avait dû effacer la mémoire de mes amis.

- En partie, soufflai-je alors ne pouvant rien dire d'autre.

- Je vais t'expliquer mais il serait peut-être plus judicieux que tu t'asseyes.

- Ma mémoire, efface-la comme tu as fait pour Emilie et Michael. Je ne veux rien savoir, rien. Je commençais à ignorer ces doutes que j'avais depuis le début à cause de ton attitude bizarre et, du coup, je commençais à t'apprécier et, là, tu me sors ça, je crois ce que j'ai vu et, là, j'apprends que tu es humain mais pas complètement. Je ne veux rien savoir !

- Je ne peux pas.

Je sortis en courant de la chambre pour prendre les escaliers et descendis au living room pour me rendre à la porte d'entrée quand il se matérialisa devant moi. J'en eus le souffle coupé mais je ne m'évanouis pas.

-Maître, c'est le moment.

- Oui Maya, je l'ai senti. Notre Elue va prendre connaissance de son statut.

- Peter sera à la hauteur, j'en suis persuadé.

- Moi aussi.

- Co... comment fais-tu cela ?

- C'est mon autre partie.

- Il faut que je m'asseye.

- Je te l'avais dit.

Je restais un moment sans prononcer un seul mot quand il reprit la parole.

- Dans notre monde, je parle aussi bien de la Terre que de mon peuple, il existe deux camps : le bien et le mal. Choisir de quel côté nous souhaitons être est un combat quotidien pour chacun de nous, c'est pour cela que certaines règles sont mises en place, comme Emilie avec ses parents. Beaucoup de choses peuvent essayer d'influencer nos décisions, nous convaincre que nous faisons le bon choix mais un doute subsistera toujours.

- Tu es la réincarnation de Jésus ?

Il sourit.

- Non, bien sûr que non. Laisse-moi finir.

- D'accord.

- Depuis des siècles, des créatures nées des contes pour enfants hantent les nuits de chaque ville dans tous les pays de cette planète. Le jour, elles se fondent dans le décor afin de ne pas être reconnues et mener à bien ce pour quoi elles ont été créées : la destruction. Un peu comme ce flic qui a essayé de te tuer au lycée. Il s'agissait d'un polymorphe, c'est-à-dire un être capable de prendre l'apparence de n'importe quelle personne, je t'apprendrais à les reconnaitre. Dans le camp du bien, divers protecteurs, formés dans le seul et unique but de protéger la Terre de ces créatures néfastes ; on les appelle les Defenders, guides des protecteurs, fondateurs ultimes du bien. Leur magie bien qu'utile ne leur permet pas de tuer certaines créatures mais ils peuvent les emprisonner par le biais de divers sortilèges.

- C'est ce que tu es, un protecteur, un Defender ?

- Oui c'est ce que je suis.

Il me laissa quelques secondes que je puisse digérer le peu d'informations qu'il venait de me fournir.

- Notre camp ennemi porte le nom de Destroyers, fondateurs du mal et créateurs des monstres les plus effrayants. Ils sont représentés par diverses espèces telles que les vampires qui sont très rares, des esprits maléfiques mais les plus fréquents sont les polymorphes, cependant, le plus souvent, ils se présentent sous leur forme naturelle, en tant que fils du diable. Leur Maître est un ancien humain qui, à la fin de sa consécration, s'est transformé en être démoniaque, perdant dans la foulée toute son humanité. Aujourd'hui, il est accompagné par son remplaçant qui est en plein apprentissage mais, les détails, ce sera pour plus tard.

- Donc si je comprends bien, votre magie n'est pas toujours efficace face à leur pouvoir...

- C'est exact. En fait, et c'est là que tu es importante, notre magie est forte mais pas assez pour en anéantir complètement, c'est pour cela qu'il a été créé une humaine plus forte que les autres, dotée de pouvoirs tels que notre magie dont elle disposera à la suite d'un apprentissage intensif, ou aussi les arts martiaux et j'en passe, pour nous aider à les exterminer, nous lui avons donné un nom : l'Elue. Elle est choisie dès sa naissance et n'aura connaissance de son statut, de ses pouvoirs qu'à l'âge de ses dix-huit ans.

- Pourquoi dix-huit ans ?

- C'est une question que je n'ai jamais pensé demander à mon père.

- Ton père ?

- Mon récit n'est pas terminé.

- Oh !

Je le laissais continuer pour savoir qui est son père. Après la peur, je fus facilement intriguée par tout ce qu'il venait de me raconter et je voulais connaître la suite.

- L'Elue devra être formée par un protecteur qui lui sera "attribuée", elle apprendra à contrôler la magie, les arts martiaux les plus puissants, des connaissances dont elle ignore tout, ne faisant pas partie des manuels scolaires. Les Defenders sont, avant tout des humains qui, à leur naissance, sont dotés d'un certain pouvoir que l'on appelle la magie. Ils vivent autant d'années que les humains "normaux" mais ne peuvent jamais être malades. Par contre, ils meurent aussi de vieillesse mais plus lentement que de vrais humains pour, ensuite, devenir un Defender entier qui lui sera immortel sauf s'il est tué par un Destroyer. Assez compliqué à suivre je te l'accorde mais les lois de la nature ne sont pas toujours logiques. Dans mon cas, c'est différent, étant le fils du Fondateur de notre univers, à présent, tu sais qui est mon père, je ne suis pas cent pour cent humain, seulement à moitié, mais j'ai toutes les émotions d'un humain en moi sauf qu'elles sont multipliées par dix et, crois-moi, ce n'est pas toujours facile de se contrôler. Mais j'ai un pouvoir qu'aucun être de mon espèce n'a : lorsque je serais protecteur d'une Elue, je verrai ses rêves, ce qui peut être très avantageux et très embêtant aussi car rien ne peut m'être caché par conséquent.

- Donc ton père est le fondateur des protecteurs. Quand tu dis que tu verras les rêves de ton Elue, ça veut dire quoi exactement ?

- Eh bien, en fait, je verrai surtout quand il s'agit de moi ou de sa mission, le reste comme, par exemple, une sortie cinéma ou je ne sais quoi, je le verrai mais pas aussi clairement. C'est pas des plus évidents à expliquer, il faut le voir, le vivre pour le comprendre.

- Oui, c'est pas très facile à capter le truc. Euh, mais tu dis que tu deviendras protecteur quand l'Elue sera... On peut dire activée ? Demandai-je en grimaçant.

- Je suppose.

- Mais comment sauras-tu qu'elle est "activée" ?

Il baissa la bretelle droite de son débardeur et je vis alors un tatouage, plutôt discret à vrai dire, d'ailleurs, je me souviens qu'au premier cours de sport, il me semblait avoir vu quelque chose de dessiné sur son épaule droite, eh bien, je suis contente de voir que mes yeux ne m'ont pas trompée. Son tatouage représentait une espèce de petite rosace sauf qu'elle comprenait 3 boucles, un peu comme dans la série Charmed qui passait à la télé, avec en plein milieu un "D" majuscule représentant le patronyme Defenders.

Seulement, je me rendis compte que le tatouage n'était pas aussi visible que cela, il s'animait je dirais, comme une ampoule d'une guirlande de Noël.

- Il... on dirait qu'il brille... Le "D" ne se distingue pas facilement et le logo n'est pas totalement visible.

- Il n'est pas fait pour être vu à l'oeil humain en fait, du moins de loin ; pour qu'un humain normal le voit il faudrait qu'il soit à peu près à ta place. Fort heureusement, je ne me déshabille pas devant les gens.

- Oui mais, en sport, quand tu prends ta douche...

- Je tourne le dos aux gars et j'ai toujours un peignoir, Michael m'a même demandé pourquoi. J'ai dis que j'étais frileux, ça lui a suffit.

- Oui, pour Michael, Vancouver est la nouvelle France.

Il me regarda cherchant de comprendre, je lui fis signe de laisser tomber.

- Bon, nous voilà débarrassés de cette corvée.

- Ouais. Moi, je dis, une clope s'impose.

- Je ne peux qu'approuver !

- Tu as envoyé un message à Amanda ?

- Michael, on ne va pas jouer aux parents possessifs, tu sais comment elle est. Elle va se ressaisir, il lui faut du temps, elle a vécu pire que ca.

- Tu as raison.

Ils se dirigèrent à l'extérieur du campus pour se rendre à leur voiture tout en fumant leurs cigarettes.

Le tatouage de Peter continuait de s'animer, comme il disait, de plus en plus fort, c'en était presque flippant.

- Euh, pourquoi il s'anime autant là ?

- En tant normal, il s'anime lorsque je suis en combat pour me donner le plein d'énergie, pour convoquer mes pouvoirs ou lorsqu'un Destroyer est dans le même lieu que moi, comme vendredi au lycée. Mais, là où il s'anime le plus, c'est quand je suis en présence de celle que je dois protéger, de l'Elue.

- On dirait que ça va exploser... Tu le sens quand il s'anime ,

- Oui, étant donné que c'est mon pouvoir.

D'un coup, sa phrase me frappa comme un coup de fouet : "Mais, là où il s'anime le plus, c'est quand je suis en présence de celle que je dois protéger, de l'Elue", mon cerveau fit autant de tour qu'un hamster sur sa roue et je compris alors de qui il parlait.

- Elue...

- Amanda...

Il se retrouva face à moi mais je ne lui laissai pas le temps de dire quoi que ce soit que je me levais puis me retournais vers lui.

- Impossible ! Je n'ai pas dix-huit ans et je n'ai pas de tatouage !

- Tu es une exception et c'est ce qui fait de toi une Elue exceptionnelle, tu accompliras tant de choses, tu n'as pas idée...

- Je n'ai pas de tatouage !

- Tu n'as pas dix-huit ans, c'est vrai mais tu as accéléré les choses sans le savoir.

- Quoi ?

- Vendredi, en voyant la magie qui émanait de moi et en voyant mon véritable aspect, tu as inconsciemment appuyé sur le bouton start et activé ce que tu es réellement depuis ta naissance.

- Je n'ai pas de tatouage !

- Tu t'es regardé en sortant de la douche ce matin et les jours précédents ?

- Oui, je m'amuse à m'admirer tous les jours voyons !

- Alors comment peux-tu être sûre que tu n'as aucun tatouage qui est apparu ?

- Je ne suis pas Zoey Redbird !

- Qui ?

- Laisse tomber.

- Tourne-toi.

- Non !

- Tu veux être sûre que tu n'as pas de tatouage ? Alors tourne-toi ! Tu es une vraie tête de mule je te jure.

- Merci, répondis-je fièrement.

Il regarda sur mes épaules mais ne dit rien. Puis, il me demanda de soulever mon haut de façon à ce qu'il puisse voir le bas de mon dos.

- Tatouage !

- Quoi ? Tu mens.

- Va voir.

Je me dirigeai alors en direction de la chambre rose, c'est le nom que j'avais décidé de lui donner et me plaçais devant l'armoire qui possédait une grande glace sur l'une de ses portes. Je soulevai mon haut de façon à voir le bas de mon dos et, là, je le vis, aussi petit que celui de Peter, le même symbole sauf qu'à la place du "D" se trouvait un "E" à la limite du visible mais je le voyais fort bien.

Il s'anima de plus en plus fort lorsque Peter franchit le seuil de la salle de bain. Mes yeux se remplirent de larmes que je m'efforçais de contenir, c'était tellement irréel, je n'étais plus réellement humaine, j'étais quelqu'un qui portait un tatouage magique et qui devait sauver le monde. Je devais forcément être dans un rêve, ce n'est pas du tout possible, je ne peux pas être cette personne que Peter dit, c'est tout bonnement impossible.

- Ce que tu es, le rôle que tu as doit rester secret Amanda.

- Je... je dois y aller.

- Amanda ?

Mais j'étais déjà arrivée à la porte d'entrée quand j'entendis ses pas derrière moi, cette fois, il n'avait pas essayé de se téléporter. Je sortis sans me retourner et sans m'arrêter de courir. Une fois arrivée chez moi, je m'enfermai à double tour et m'assis par terre en pleurant toutes les larmes de mon corps. Mon téléphone se mit alors à vibrer pour me dire que j'avais reçu un message.

"Je ne peux pas me téléporter chez une personne sans y avoir été invité, mais tu seras forcée de venir en cours, tu ne pourras pas m'éviter, ni éviter ta destinée".

Je me remis à pleurer de plus en plus fort, jusqu'à ce que plus aucune larme ne sorte de mes orbites. Alors, je me levais pour me rendre dans ma salle de bain. Je pris une douche des plus bouillantes, espérant brûler ce machin afin de le faire disparaître mais en sortant de ma douche, je n'avais que réussi à embuer ma salle de bain, si bien que je dû essuyer ma grande glace et, là, je sursautai, envoyant son visage puis me retournai, cherchant désespérément celui qui était derrière moi.

Slevin avait disparu, mon imagination l'avait fait disparaître. Mon tatouage cessa alors de s'animer, ce qui me parut bizarre. Trop fatiguée pour essayer de comprendre quoi que ce soit, je me mis au lit puis, je fermai les yeux, Morphée ne mit pas longtemps à m'accueillir dans ses bras.

- Tu es toujours aussi belle.

- Merci. Tu n'as pas changé.

- La mort a beau nous faire manger par des asticots, notre âme garde sa beauté.

- Tu me manques tellement.

- Je sais mon amour, tu me manques tout autant. Bientôt, nous serons de nouveau ensemble je te le promets.

Il m'effleura le visage avant de déposer un baiser furtif sur mon front.

Je me réveillai en sursaut.

POV Peter

- Tu es toujours aussi belle.

- Merci. Tu n'as pas changé.

- La mort a beau nous faire manger par des asticots, notre âme garde sa beauté.

- Tu me manques tellement.

- Je sais mon amour, tu me manques tout autant. Bientôt, nous serons de nouveau ensemble, je te le promets.

Il lui effleura le visage avant de déposer un baiser furtif sur son front.

Mes yeux s'ouvrirent sans grande difficulté lorsque le rêve d'Amanda se termina. Cette fois, c'est officiel, la connexion est faite.

Je regardai mon réveil et il était déjà l'heure de se lever pour aller en cours. C'était un des moments que je préférais dans cette vie de protecteur, faire semblant d'être comme tout le monde et passer une journée normale, sans personne à sauver ni à tuer. Mais je savais déjà que mon plus gros combat de la journée serait d'avoir ne serait-ce qu'un seul contact avec Amanda, même un mot, mais je savais d'avance que ce ne serait pas chose facile.

Le temps était nuageux aujourd'hui cependant, le soleil réussit, par moments, à faire paraître quelques petits rayons. Je me garai sur le parking du lycée avant de me rendre à mon casier quand je vis le trio qui, au début, ne m'avait pas vu, jusqu'à ce que Michael croise mon regard et me fit signe. C'était le moment où jamais d'affronter la froideur d'Amanda.

- Bonjour tout le monde.

- Peter, tu tombes bien. Nous sommes en plein débat.

- De quel débat s'agit-il ?

- Ils veulent se faire un ciné ce soir mais ils ne sont pas d'accord sur le film, me répondit Amanda comme si de rien n'était.

Je fus vraiment surpris mais fit tout pour ne pas le montrer.

- Eh, miss rabat-joie qui ne veut pas venir n'arrive pas à nous mettre d'accord sur le film à aller voir.

- Excuse-moi d'avoir des cours à rattraper parce qu'on m'a tiré dessus.

- Bla bla bla, fit Michael pour se moquer.

- Vous avez toute la journée pour vous décider non ? Pourquoi vous prendre la tête ce matin ?

- Parce que ce sont de grands n'enfants, dit-elle en faisant exprès de mettre ce "n'" pour insister sur le côté puéril de la chose.

- Bon, moi, je vais en cours si ca ne vous dérange car il est un peu l'heure.

Je m'éloignais du groupe pour me rendre dans ma classe sans oublier de passer par mon casier.

Ils continuèrent à se chamailler sur le chemin du cours à propos du film de ce soir, des fois, je vous jure, j'ai l'impression d'être avec les razmokets. J'avais décidé de faire comme si de rien n'était avec Peter, pour le désarçonner, car j'étais persuadée que si je serais froide et distante, ça aurait l'effet contraire, et toc ! Cependant, je ne cessais de me demander si il avait vu mon rêve ou si le fait que je refusais ce rôle qu'on me donnait l'en avait rendu impossible la vision.

La journée n'en finissait pas, je ne voulais qu'une seule chose : rentrer chez moi. Le dernier cours était vraiment ennuyant, je détestais les deux premières semaines de cours à cause de ça, du fait que les profs prenaient leur temps pour commencer le programme ne voulant pas trop nous bousculer, sauf que, ba, on perdait du temps et que c'était d'un ennui mortel, pour le coup que je me perdis dans mes pensées. Je ne sais pas si je dormais les yeux ouverts mais ce dont j'étais sûre, c'est que je rêvais.

- Viens à moi mon amour, rejoins-moi. Nous serons enfin ensemble.

- Te rejoindre, maintenant ? Je ne veux pas mourir.

- Mourir ? Qui a parlé de mort ?

Je revins à moi comme si j'avais eu un frisson. Je fis peur à Emilie qui ne s'était pas attendu à mon bond mais qui fus soulagée lorsque je lui souris puis, je croisai le regard de Peter et je compris que la connexion était très bien établie à son regard sauf que je n'aimais pas ce que je voyais.

Lorsque la cloche sonna, je souhaitai un bon cinéma à mes mais et sortis en courant. Je pris ma voiture et, après avoir mis le moteur en route, je pris la direction du cimetière.

Arrivée sur place, je ne pris pas le temps de fermer ma portière, je me dirigeais déjà vers le caveau où se trouvait le corps de Slevin. Je me figeai sur place, cela faisait tellement de temps que je n'étais pas venue que je me raidi. Pourtant, il fallait que je sache. Alors, je ne sais comment ni avec quelle force, mais j'ouvris la porte puis en voyant le cercueil, je levai le couvercle. Mes yeux ne savaient que croire, mon cerveau ne savait comment réagir, mon cœur était en décomposition. Aucun corps, il n'y avait aucun corps, pire, le cercueil était propre, comme neuf, or, depuis deux ans, un corps y séjournait, ce n'est pas possible qu'il soit resté intacte. Je me mis alors à trembler avant de sentir mes jambes faillir sous l'émotion. Je sentis deux bras me retenir pour ne pas que je tombe à la renverse.

Je ne bougeais, ni ne parlais, mes yeux restèrent figés sur le cercueil.