Chapitre 7 Changements

- C'était quoi ça ?

- Tu as senti ?

- Pas qu'un peu. J'ai eu l'impression d'être électrocutée.

- Je pense que c'est le contact physique qui crée ça, la magie.

Alors, je détachai mon corps du sien pour me relever, me sentant toute bizarre, à la limite de l'étourdissement, je sentais à peine mes jambes qui retrouvèrent cependant vite leur usage, fort heureusement. Cette électricité, c'était de la magie qui avait parcouru tout mon corps, c'était tout bonnement incroyable, une sensation incomparable à d'autre, je ne suis même pas sûre que des mots existent pour expliquer ce genre de chose.

- On peut dire que je t'ai eu, lui dis-je fière de moi.

- Oui, bonne idée de venir ici.

- J'ai moins bien géré le final.

- Tu t'es bien débrouillée.

- Merci. Je vais rentrer, il est tard et, demain, il y a cours.

Je sortis alors de la bibliothèque pour descendre les escaliers et me rendre dans la salle de séjour pour récupérer mes affaires qui se trouvaient sur le sofa, puis, après l'avoir salué, je sortis de la maison pour prendre le chemin de mon chez moi à pied. Beaucoup de choses s'étaient passées aujourd'hui et j'avais besoin de digérer tout ça, surtout la révélation et ce qui s'était passé dans la bibliothèque, malgré ce que je voulais laisser paraître, ça faisait beaucoup trop d'un coup pour moi. Beaucoup trop.

- Je te ramène.

- Je veux marcher Peter.

- Et moi, je veux être sûr que personne ne t'embêtera sur le chemin du retour.

Je souris de sa gentillesse mais je réussis à le convaincre de me laisser rentrer chez moi seule en lui faisant remarquer que, de toute façon, si quelque chose n'allait pas, il le sentirait.

La marche m'avait fait beaucoup de bien, et je savais qu'il ne me suivait pas car le tatouage ne s'animait pas, cependant, j'avais senti des regards m'épier tout au long du chemin mais, pour ne pas paraître affolée, j'avais gardé ma vitesse telle quelle, histoire de ne pas montrer à celui ou celle qui me surveillait que je l'avais repéré. Je m'étonnai quand même de ne ressentir aucun frisson dans mon cou, peut-être que le trop plein d'émotions d'aujourd'hui me rendait paranoïaque ?

Après une bonne douche, je décidai de me pencher furtivement sur mes cours car j'étais exténuée émotionnellement mais également physiquement. Je repensais à tout ce qu'il m'avait dévoilé cet après-midi et ce que j'avais ressenti en voyant Slevin ! En toute objectivité, il faut le dire, j'étais carrément paumée. Il avait tué mes parents et voulait me faire croire que, juste après son acte, on lui avait effacé tous ses souvenirs... Pouvais-je le croire ? Dans tous les cas, ça ne changeait aucunement ce qu'il avait fait, il m'avait trahie.

Je tournai en rond dans la pièce qui me servait de living room et, là, je compris le besoin de voir en grand de Peter, pour avoir un grand espace dans chaque pièce, pour se défouler mais je réalisais aussi que la bibliothèque n'était pas gigantesque mais prévue de façon à ce qu'il puisse s'entraîner. J'étais plongée dans mes pensées quand des coups retentirent à ma porte, me faisant sursauter.

Aucun frison dans le cou, je m'avançai donc sans être apeurée vers ma porte, convaincue que ça ne pouvait être que l'un de mes amis. Et puis, Slevin, la dernière fois qu'il était apparu chez moi, l'avait fait dans ma salle de bain où il avait dû se téléporter donc je n'avais pas réellement de soucis à me faire.

Ma main se posa sur la poignée de la porte alors qu'un énième coup était frappé à la porte. J'ouvris la porte et resta bouche bée. Maya était sur le seuil de mon domicile, toujours aussi fraîche que quand je l'avait vue quelques heures plus tôt. Elle avait l'air calme, sereine mais pourtant je percevais quelque chose dans son regard qui me faisait m'interroger.

- Je peux entrer ? Me demanda-t-elle en voyant mon visage torturé par mon étonnement.

- Oui, bien sûr. Je t'en prie, lui répondis-je en m'écartant de l'entrée.

Je lui proposai de s'asseoir, chose qu'elle déclina avec un sourire poli. Puis elle me tourna le dos, inspectant les moindres recoins de mon appartement avant de se diriger vers la terrasse qui avait une vue sur la ville illuminée de mille feux vu l'heure tardive. Elle profitait du paysage comme si elle n'avait jamais rien vu de tel puis se tourna vers moi. L'intensité de son regard me fit avoir un retournement dans mes boyaux, comme si je pressentais que quelque chose n'allait pas, j'avais vraiment un drôle de pressentiment.

- Peter t'as tout révélé n'est-ce pas ?

- Eh bien, je suppose qu'il m'a dit ce que j'étais en droit de savoir.

- T'a-t-il dit pour notre...

- Mère ? Eh bien je suis tombée sur un certain livre et j'ai fait la déduction moi-même lorsqu'il a commencé à me détailler certaines choses. Maya, j'ai l'impression que quelque chose ne va pas ?

- J'ai procédé à ma mission de reconnaissance tout à l'heure et, quand je suis arrivé là bas, j'étais invisible grâce à un sort que j'ai appris, j'ai entendu Oraïa parler de ce combat avec ma mère et ça a fait remonter certains souvenirs, je me suis alors souvenue que, demain, c'est l'anniversaire de sa mort. Mon père ne le montre pas mais il en souffre chaque jour, quant à Peter, il le vit à sa façon, soit il va l'exprimer, soit se morfondre, je ne sais jamais sur quel pied danser avec lui à ce sujet là.

- Peut-être que tu devrais aller le voir ou voir ton père... Je ne pense pas être la mieux placée...

- Tu l'es pourtant avec tes parents, ce qu'il leur est arrivé.

- Oh !

- Je suis désolée, c'est pas ce que je voulais dire.

- Ne t'inquiète pas Maya, je comprends tout à fait.

Je voyais ses yeux se retenant de se remplir de larmes mais également la force avec laquelle elle luttait pour ne pas crier sa peine, son désarroi. Sans doute se contenait-elle parce qu'elle représentait la guerrière de son peuple et qu'elle se devait d'être forte, cependant, je ne voyais pas pourquoi sur mon canapé, dans mon chez moi, elle ne pouvait pas s'abandonner à sa tristesse.

- Maya, ici tu n'es pas dans ton Royaume, ni chez ton frère où tu te dois d'être forte. Je sais ce que tu ressens et tu devrais peut-être laisser parler ta tristesse.

Alors, des larmes vinrent rouler sur ses joues comme si elles dansaient, coulant sur son cou avant de tomber par terre mais, lorsqu'elles rentrèrent en contact avec le sol, il se produisit une chose incroyable. A chaque larme qui coulait et tombait par terre, elle semblait se mouvoir pour laisser paraître un visage, ce qui provoqua le redoublement de ses sanglots. Alors le dessin se mit à lui parler et je compris qu'il s'agissait de sa mère, j'en eus l'estomac tout retourné, tant c'en était émouvant.

- Maya, ton pouvoir a su faire entendre aux esprits de notre monde ta peine et la douleur que ressent ton cœur, alors ces larmes magiques m'ont permis d'apparaître devant toi pour te dire que je vais bien, là où je suis je ne souffre pas et je vous vois chaque jour qui passe. Je suis tellement fière de ton frère et toi ainsi que de ce combat que continue à mener votre père que je suis comblée, même si je ne peux être à vos côtés.

- Tu me manques tellement de jour en jour.

- Et c'est normal, c'est dû à cette part d'humanité et, grâce à cette douleur, je continuerai à vivre en toi et à te donner cette force lors de chacun de tes combats. Tu es une brillante guerrière Maya, ton pouvoir est grand, tu accompliras de bonnes choses aux côtés de ton frère.

Puis le visage se retourna vers moi. J'étais tellement émue par ce qui venait de se passer que je me rendis pas compte de suite qu'elle s'adressait à moi.

- Amanda, tu es l'Elue et, crois-moi, tu seras la plus grande qui n'ait jamais existé. Peter sera fier de toi et tu feras les bons choix. Ne cesse jamais d'écouter ton cœur et tout ira bien.

- Merci beaucoup... madame.

- Evaya, tu peux m'appeler Evaya.

- C'est vraiment joli, murmurai-je.

Puis, elle se retourna vers sa fille et lui sourit avant de s'évanouir dans l'air. Alors les larmes disparurent et Maya souriait malgré le voile de tristesse qui persistait dans son regard mais qui, cependant, se faisait moins important.

- Tu veux rester dormir ici ce soir ?

- Non, je vais y aller, je ne veux pas te déranger et puis, tu as cours demain.

- Ne t'en fais pas pour ça, je serais fraîche comme une fleur. Donc tu restes ici, tu n'as pas le choix. Je vais te préparer le canapé. En attendant, tu devrais aller prendre une douche et manger quelque chose.

- Amanda ?

- Oui ?

- Merci beaucoup. Ma mère a raison, Peter aura de quoi être fier de toi, que ce soit en tant qu'humaine mais aussi en tant qu'Elue, tu seras hors du commun.

Je lui souris et elle se dirigea vers la baignoire que je lui avais montrée du doigt.

Après sa douche, elle prit un morceau du sandwich que je lui avais préparé, avant de s'installer dans le salon. Je voulais aller me coucher tellement j'étais épuisé mais je me doutais qu'elle avait besoin de parler, alors, je restai assise sur le canapé, à ses côtés, la laissant m'ouvrir son cœur. Je me doutais que cela lui ferait le plus grand bien et puis, je pense, enfin, je savais que je serais amenée à la voir plus souvent maintenant que je savais ce que j'étais. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle devrait être avec son frère plutôt qu'avec moi, mais, parfois, il est vrai qu'il est plus facile de se confier à des étrangers qu'à une personne qui nous est proche. Puis, après qu'elle se soit livrée, nous parlâmes de mon nouveau statut car elle savait que j'étais totalement perdue. Bien sûr, nous évoquâmes le sujet douloureux : Slevin. Elle me certifia que Peter ne me forcerait jamais à choisir, que cette décision devait seulement venir de moi et que, jusqu'à ce moment-là, il m'entrainerait quoiqu'il en soit jusqu'à ce que je flanche... Je ne pouvais pas lui en vouloir pour son honnêteté et je lui en étais même reconnaissante, je ne pus d'ailleurs m'empêcher de le lui confier : que cela m'avait vraiment perturbé, que j'étais vraiment en colère et que, pour le moment, j'étais vraiment perdue mais que j'étais tout de même redevable à Peter car il ne m'avait rien caché depuis le début et que je ne comptais pas être malhonnête avec lui. Du moins, je ferai tout pour ne pas l'être.

Nous continuâmes notre discussion encore quelques minutes avant que mes yeux ne commencent à se fermer tout seuls. Je me dirigeais alors vers mon lit sur lequel je m'écroulais dans demander mon reste.

Cette nuit-là, je ne rêvai pas ou, du moins, ce rêve avait dû être d'une banalité affligeante car, à mon réveil, je ne me souvenais pas de quoi il était fait.

Le réveil sonna beaucoup trop tôt à mon goût mais l'appel de l'école fut plus fort alors, je pris mon courage à deux mains et finis par me lever. Je me dirigeai donc vers la douche qui me fit un bien fou. Quand je fis mon entrée dans le living room, je vis que Maya n'était plus là, mais un mot était posé sur le canapé.

"Merci pour tout. Tu es quelqu'un de formidable Amanda. Peter avait raison sur beaucoup de choses".

Arrivée au lycée, je constatai que Peter n'était pas là, je savais pourquoi mais je fis comme si de rien n'était pour ne pas attirer les soupçons de mes amis. Ceux-ci m'accueillirent avec le sourire que je leur rendis, pourtant, un malaise me parcourut à cause de tout ce que je ne pouvais pas partager avec eux, c'était vraiment frustrant. Leur cacher que leur ami est vivant et démoniaque était vraiment très dur et qui plus est leur avouer la vérité sur Peter et mon statut actuel était exclu. Ils me parlèrent de leur rendez-vous avec la psy du lycée et je leur souris pour leur montrer ma compassion et les remercier d'avoir fait cet effort pour moi. Ils me demandèrent si j'avais eu des nouvelles de Peter car j'avais l'air remontée contre lui la veille, et je leur certifiai qu'ils n'avaient pas à s'en faire, nous avions réussi à régler notre différent.

La journée se déroula dans la bonne humeur, passer du temps avec mes amis me faisait beaucoup de bien, m'évitant de penser à Peter, à ce que j'avais appris sur moi la veille et à... Slevin. J'avais passé certains cours à regarder par la fenêtre mais, pas une seule fois, je ne le vis faire son apparition dans mon esprit ni dehors, ce qui me soulagea. J'avais beaucoup rigolé avec mes amis aujourd'hui et cela m'avait beaucoup manqué ces derniers temps mais j'avais l'impression d'être une hypocrite.

Après les cours, nous allâmes boire un café à ce qui pourrait ressembler à un starbuck, bien sûr, le café, ce n'était pas pour moi mais pour eux moi, ce serait un bon chocolat glacé, hum, rien que d'y penser, j'en avais l'eau à la bouche. Nous travaillâmes alors sur nos cours tout en sirotant nos boissons et je fus surprise d'apprendre que Michael avait craqué sur une de nos camarades de classe mais qu'il ne savait pas comment s'y prendre.

- Pourquoi tu lui chantes pas un truc à la french ?

- Ah, ah, ah, très drôle. Vous êtes hilarantes.

- On a la classe française, que veux-tu.

- Sérieusement Michael, tu devrais tout simplement aller lui parler tout bêtement.

- Venant de ta bouche ça a l'air si facile.

- Mais ça l'est. Un bonjour n'a jamais tué personne, parler de cours non plus. Ca peut être un moyen d'approche, tu ne crois pas ?

- Tu as sans doute raison.

Il était content que, pour une fois, cette conversation tourne autour de lui, ce qui nous fit sourire toutes les deux, c'était le bébé de la bande que nous protégions à notre façon mais, à un moment, il faut couper le cordon et aller de l'avant. On savait que, demain, il essaierait de lui parler et j'espérais de tout cœur, qu'elle lui rendrait ses paroles et que ça irait plus loin, il méritait d'être heureux.

- Bons les amis, c'est pas que votre folie me dérange hein, mais j'ai des trucs à faire.

- Ouais va, va chercher bonheur chez Peter.

- Vous êtes incorrigibles.

- Mais tu nous aimes comme ça, tu ne peux pas le nier.

- Si vous le dites. Bon allez je file.

- Dis lui bonjour de notre part.

Je sortis du café en souriant, ils me connaissaient vraiment par cœur. Mais, si je voulais aller voir Peter, c'est parce que je savais que ca n'allais pas sinon, il serait venu en cours, brouillant les apparences, mais il n'était pas venu et je savais que c'était un jour spécial et je ne pouvais pas le laisser seul, je ne voulais pas le laisser seul. Il avait été là pour moi, à moi d'être là pour lui.

Je me retrouvai devant la porte du manoir sur laquelle je frappais mais je n'obtins aucune réponse. Je décidai d'ouvrir la porte mais elle était fermée à clé, pourtant, j'étais sûre qu'il était là car, même si ça me paraissait impossible que sa mère soit enterrée dans un de nos cimetières, j'étais passée devant, au cas où, mais il n'y était pas. Je fis le tour du manoir pour regarder dans le jardin et au niveau de la forêt mais il n'y était pas là non plus, alors, je vis la fenêtre de la salle de bain ouverte et vous vous doutez bien que l'idée de grimper me vint à l'esprit, ce que j'exécutai sans me poser de questions. J'étais persuadée qu'il était là, j'en étais vraiment sûre. Je grimpai sur l'arbre le plus proche qui montait assez haut et je m'accrochais comme je pouvais, de façon à ne pas tomber, puis, je fis une pause en me posant sur le balcon de la chambre rose mais la fenêtre était fermée et personne ne répondait alors que je tapais aux carreaux. Après une brève pose, je repris mon escalade puis, j'arrivai, avec certaines égratignures, à la fenêtre de la salle de bain puis, je m'écroulai sur le sol, essoufflée. Je me relevai en titubant et sentis mon tatouage, j'avais raison, il était là. Pourtant, il ne réagit pas, or le sien devait forcément s'animer aussi.

Je continuai de m'avancer dans le couloir, je ne pris pas le temps de m'arrêter devant la porte de la bibliothèque parce que mon instinct me disait qu'il n'y était pas, alors je poursuivis en direction de sa chambre.

Je restai bouche bée sur le seuil de la chambre, je ne savais comment réagir. Il était là, par terre, livide, une flaque l'entourait et je compris instinctivement qu'il s'agissait de larmes mais contrairement à sa sœur celle-ci ne s'étaient pas dissipées.

- Mes larmes ont formé son visage et elle a parlé. Elle m'a dit qu'elle était venue voir Maya et qu'elle t'avait vue également. Merci d'avoir pris soin de ma sœur cette nuit.

- Peter...

- Elle me manque un peu plus chaque jour et je vis avec ce sentiment de colère chaque jour que j'essaye de contrôler. Tuer un Destroyer est comme une revanche sur sa mort. Je...

Je m'avançai alors en sa direction, posant mon sac de cours par terre. Plus je m'en approchais, plus il me paraissait blanc et je me souvins alors que Maya m'avait paru blanche hier soir aussi et, une fois sa peine effacée, elle avait repris des couleurs. Je m'assis alors en face de lui, cherchant son regard mais en vain, une larme coula sur sa joue avant d'atterrir par terre, je me rapprochai un peu de lui, il recula mais, le mur derrière lui l'empêcha de s'éloigner plus, alors je me rapprochai de nouveau. Je sentais mon tatouage dans mon dos, chose à laquelle il allait falloir que je m'habitue. Lorsque je voulus toucher son bras, il m'en empêcha avec une telle force que cela me surprit mais je savais que sa colère n'était pas dirigée contre moi mais il avait besoin de se défouler.

- Comment tu es entrée ?

- Par la fenêtre de la salle de bain.

Son regard se posa alors sur moi, dénué de toute émotion. Il dut voir alors mes égratignures car son regard changea et son expression faciale se modifia comme si il s'inquiétait.

- Tu es blessée !

- C'est rien, ça va passer.

Il posa alors sa main sur mon visage et je sentis quelque chose se produire, comme si nous étions en contact puis, plus rien, plus de douleur, de rougeur ni de gonflement. Je tâtai mon visage et il n'y avait plus rien, mes blessures avaient disparu, comme par magie.

- Merci.

Son visage retrouva la froideur dans laquelle je l'avais trouvé en arrivant et je sus qu'il fallait que je dise quelque chose. Mais comment trouver les bons mots dans ce genre de situation ?

- Tu sais, quand mes parents sont morts j'en ai voulu à la terre entière et, aujourd'hui encore, je continue d'en vouloir à tout le monde, pourtant, je sais désormais qui les a tués et je suis encore plus en colère. J'arrive à passer outre ce sentiment, grâce à mes amis et à toi maintenant.

Son expression changea.

- Je ne sais pas encore si je suis prête à accepter tout ce que j'ai appris hier mais je sais que, ces derniers jours, tu m'as aidée à être plus forte, en me parlant franchement, tout en prenant soin de moi. Aujourd'hui, je suis là et, c'est à moi, de prendre soin de toi et hors de question que tu disparaisses avec ta magie.

Sait-on jamais...

Je crus voir un semblant de sourire dans ses yeux. Alors, je m'approchai un peu plus de lui, pour le prendre dans mes bras, mais il me repoussa doucement puis j'insistai et il se fut un peu plus violent, cela ne m'arrêta pas pour autant, dès lors, je me rapprochai de nouveau, passant mes bras autour de lui, ignorant ce combat qu'il créait, ne voulant pas montrer sa faiblesse. Cependant, je réussis enfin à l'étreindre.

- Peter, c'est cette part d'humanité qui a besoin d'évacuer. Laisse-toi aller.

Alors il se débattit moins et son souffle se ralentit puis, je sentis quelque chose d'humide se poser sur ma peau et je sus que c'étaient des larmes. Je lui promis que ça irait et il pleurait de plus en plus fort. Nous restâmes un moment comme ça, jusqu'à ce qu'il se sente mieux. Je savais qu'il était calmé alors je stoppai cette étreinte pour le regarder… il avait repris des couleurs, ce qui me soulagea car je me voyais mal aller chercher son père. Nos regards ne se détournèrent pas, c'était si intense que je crus que j'allais manquer d'oxygène.

- Michael a craqué sur une fille, dis-je en toute légèreté.

Il dut être surpris par cette phrase car il mit un moment à retrouver ses esprits.

- Qui ?

- Une fille de la classe. On lui a conseillé de lui chanter une chanson française.

- C'est quoi ce délire avec les français ? Je comprends toujours pas.

Je lui expliquai alors que Michael et la France, c'était Le grand amour et il sourit.

- Vous êtes dur avec, tout de même.

- On aime le taquiner. Sérieusement, je lui ai conseillé d'aller lui parler, ne serait-ce qu'un simple bonjour ou de parler de cours.

- C'est une bonne idée. Tu sais j'ai toujours cru qu'il était gay.

- Et j'aime le présenter comme ça, dire qu'il est gay etc.

- Tu le protèges de quoi ?

- De tout, il est plus fragile qu'il n'y paraît, c'est comme mon petit frère.

- Et là, tu coupes le cordon ?

- Et oui.

Il sourit alors et continua de me regarder sans que je puisse déchiffrer son expression.

- Merci Amanda.

- Pour ?

- Ma sœur, hier soir et pour...

- De rien et ce n'est rien. Merci pour les blessures.

Je savais qu'il voulait me remercier pour ce que je venais de faire mais je ne voulais pas car je ne voulais pas qu'il y ait de nouveau cette espèce de tension bizarre que je n'arrive pas à expliquer, comme hier soir dans la bibliothèque.

- Je devrais y aller si tu vas mieux.

- Non !

Je l'interrogeai du regard.

- Hier, tu as lu les livres, aujourd'hui faut passer à la pratique, j'ai comme un mauvais pressentiment.

- De quel genre ?

- Le genre, un Destroyer avec l'Elue.

- Tu parles de Slevin ?

- Non. Peut-être...

Alors, je compris ce qu'il voulait dire. On se leva puis prîmes la direction de la bibliothèque où j'allais devoir montrer les mêmes aptitudes qu'en sport, sauf que là, ce serait pour le combat et je le savais, seulement, j'avais peur de ne pas être prête pour cela.

Il m'expliqua alors les bases de l'art martial, bien sûr, il en existait plusieurs mais, savoir lequel était le plus efficace, c'était pas des plus aisés. Il m'expliqua alors que nous commencerons par du taekwondo, art martial coréen très connu qui est aussi très efficace, il existe exactement huit techniques différentes qui m'avaient l'air des plus délicates les unes des autres mais, au final, je trouvai que je me débrouillais plutôt bien et Peter devait être d'accord car j'eus le droit à une séance d'abdos intensive avant de reprendre l'entraînement. Le temps avait défilé à une vitesse folle, je ne m'étais pas rendu compte à quel point il était tard, jusqu'à ce que Peter ne me le fasse remarquer. Enfin, quand je dis tard, c'est une façon de parler, pour dire que ça faisait presque quatre heures que j'étais ici.

- Vingt et une heure trente, tu es sûr ?

- Oui. La vache, ça passe drôlement vite.

- Tu as bien travaillé, Amanda Tu te débrouilles vraiment bien.

- Je peux tuer un Destroyer alors ?

- Non, mais tu peux lui tenir tête du moins. Seulement, la magie peut être d'un grand secours, tu sais...

- Peter, ne le prends pas mal mais j'ai faim.

Il sourit, me prit la main et m'emmena dans la salle de bain.

- Prends une douche et retrouve-moi dans la cuisine.

- Euh... ok.

Je rendis à la douche sans me faire prier, mes affaires sentaient la sueur et ça me fit un bien fou, j'étais détendu mais toujours aussi affamé. Je cherchais mes affaires sans pour autant les trouver, j'ouvris la porte pour demander à Peter, il me répondit de regarder dans la chambre rose parce qu'il avait mis les miennes dans un sac pour que je les lave. Ce qui me fit sourire.

Dans la chambre était disposées des affaires que je ne connaissais pas avec un papier à côté. "Elles t'iront mieux à toi qu'à moi. Maya". Je souris et m'habillai avec les affaires de Maya puis, je retournai dans la salle de bain déposer la serviette dans le bac à linge. Une bonne odeur qui circulait dans la maison fit chanter mon ventre. Je descendis les marches pour me rendre dans la cuisine et, là, je vis Peter en train de cuisiner je ne sais quoi mais ça sentait drôlement bon.

- J'espère que tu as toujours faim ?

- Oh que oui, cet entraînement m'a donné une faim de loup.

- Tant mieux.

- Tu cuisines ? Demandai-je étonnée.

- Moitié humain, je te rappelle.

- Très drôle. Je pensais que tu avais une bonne ou...

- Pas de bonne, pas de petite-amie, ce serait beaucoup trop compliqué...

- Trop compliqué, tu m'étonnes.

- Donc quand ce n'est pas Maya et bien, je suis aux fourneaux.

- Maya est passée. Elle t'aurait pas aidé ?

- Douterais-tu de mes talents culinaire ma chère ?

Il avança vers moi en tenant la cuillère en bois qu'il me tendit, je goûtai la sauce qui s'y trouvait et mes papilles explosèrent dans ma bouche, c'était réellement divin.

- Je crois que j'ai réussi à te faire taire.

- Dépêche toi j'ai trop faim, dis-je en me moquant.

- Elles te vont bien.

- De quoi ?

- Les fringues de ma sœur.

- Merci. Fière de porter les affaires d'une puissante guerrière.

Il sourit.

- C'est prêt.

- Miam, miam.

Il servit deux assiettes, une pour lui et une autre pour moi. Il s'assit en face de moi tout en déposant sur la table, le sel et poivre ainsi que des bouteilles de jus de fruit, d'eau et de lait. C'était vraiment délicieux, je vous promets que je n'avais rien mangé d'aussi bon, pourtant, je ne suis pas une grande mangeuse, demandez à mes amis mais, là, pour le coup, j'en pris deux fois de suite, je crois même que j'ai choqué Peter. Je ris de bon cœur à cette pensée.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, tu verrais ta tête.

- Ba, je ne pense pas être un super cordon bleu et tu viens de dévorer deux assiettes de suite et je n'ai même pas pu en reprendre.

- Oups. Peter je suis désolée, je... Oh la vache, je me sens mal d'un coup.

- Amanda, c'est une des premières réactions de ton corps face à l'entraînement, c'est tout à fait normal. Et crois-moi, tu t'y habitueras vite et ne t'inquiètes pas, mon corps ne mange pas autant que le tien sauf quand il s'agit du dessert.

- Dessert ? Tu as dit dessert ?

Peter rigola de bon cœur. Ce fut communicatif que j'en fis de même mais, soyons clairs, c'était la guerre du dessert, hors de question qu'il gagne.

- Tu n'aimeras pas, crois-moi.

- Dis toujours !

- Glace à la vanille, coulis de caramel avec morceaux de cookies.

- Ma préférée !

- Grrrrrrrrrr...

Je rigolais tellement que ça en était hilarant. Vous auriez dû voir sa tête, il essayait d'être convainquant mais ça ne fonctionnait pas, impossible, la glace serait à moi. Puis mon portable sonna, me signalant que j'avais un texto. "Je suis passée chez toi mais tu n'y étais pas. J'espère que Peter va bien. Pas trop de bêtises. A demain". Je souriais à ce message et Peter, voyant ma réaction, me lança son regard qui voulait dire qu'il voulait savoir mais je n'allais pas lui révéler la grande imagination de ma meilleure amie pouvait avoir, du moins, pas toute leur imagination.

- Emilie te passe le bonjour.

- Elle sait que tu es là ?

- Ils savent que je suis là car, quand tu n'es pas venu en cours, ils ont dû voir que j'étais inquiète et, en sortant du café, ils ont tiré leur conclusion.

- Leur conclusion ?

- Ba oui, ils ont compris que j'allais venir te voir.

- Tu lui as répondu.

- Oui, j'ai dit que tu allais mieux et que je te faisais rattraper les cours. Vu qu'elle est passée chez moi, autant dire quelque chose de plausible.

- En effet. Bon, on la mange cette glace ?

- Ma glace, je veux bien la manger merci.

- Rêve pas ma petite.

Alors, il se retourna vers le réfrigérateur puis déposa un autre pot de glace sur la table, j'étais pliée de rire.

- Chacun la sienne comme ça, pas de jaloux.

- Ca me va.

Il me donna une cuillère à soupe et nous entâmes chacun notre pot de glace tout en parlant de la journée de cours, pour qu'il ne soit pas trop à la ramasse, mais il me posa plus de questions sur Michael et la fille que sur les matières que nous avons eues, je trouvais cela bizarre.

- Tu as un souci avec cette fille ?

- Non, mais je veux être sûr que c'est pas sur celle que j'ai craqué quand je suis arrivé.

J'en restai bouche bée, il voulait que je lui certifie que la fille pour laquelle mon meilleur ami avait un coup de cœur n'était pas la même que lui, un sentiment de colère se fit ressentir en moi et j'en cassai la cuillère qui me servait à manger ma délicieuse glace.

- Amanda, humour.

- Humour ? Tu trouves ça drôle toi ? Je viens de tuer cette pauvre cuillère innocente. Avoue, tu l'as fait exprès, pour que je ne puisse plus manger ma glace.

- Je n'ai pas que deux cuillères dans mon tiroir.

- Heureusement pour toi.

Et je lui piquai ainsi sa cuillère, pouvant ainsi de nouveau manger ma glace qui était tellement savoureuse.

- Pourquoi tu veux avoir des renseignements sur cette fille ?

- Michael est mon ami, c'est le premier à vraiment s'être occupé de moi depuis mon arrivée et je m'intéresse à lui, qui plus est, je ne me vois pas le harceler de textos alors que sa meilleure amie voleuse de cuillère est en face de moi et peut tout me raconter.

- Je me dois de respecter l'intimité de mes amis et j'estime que, s'il veut t'en parler, il le fera, donc... Tu lui demanderas toi même, lui dis-je en lui tirant la langue.

- Quelle loyauté.

- Je sais, je suis parfaite, dis-je ironiquement.

Il sourit à nouveau tout en regardant son pot de glace.

Nous riâmes de plus belle, il n'y avait pas à dire, une complicité s'était définitivement installée entre nous, même si, certaines choses n'étaient pas évidentes à encaisser, comme le retour présomptueux de mon petit-ami ressuscité d'entre les morts ou de mes nouvelles capacités hors du commun, je savais que je pouvais compter sur Peter et je ne pouvais pas le décevoir. Alors, je pris les devants en lui demandant de commencer une étape de magie. Il m'expliqua que, pour le combat, j'aurais peut-être la même capacité que sa sœur a en tant que grande guerrière, je saurais adapter mes aptitudes en fonction de ce que je verrais, mémoire physionomique un truc comme ça, si j'ai bien compris, en gros, d'après lui, je pourrais être capable, sans apprendre, à maîtriser les arts martiaux et que c'est pour ça qu'il ne me faisait pas reprendre l'entraînement immédiatement. Nous montâmes les escaliers pour nous rendre à la bibliothèque ; il n'était pas loin de vingt-deux heures trente et, même si je n'avais pas beaucoup dormi la nuit précédente, je voulais absolument faire cette étape qui, je ne sais pas pourquoi, me paraissait plus importante que les méthodes de combat, que mes cours. En fait, c'était comme si ces moments d'apprentissage me permettaient de m'évader, d'oublier tout ce qui s'était passé ces derniers jours, cette colère que j'avais ressentie, cette peine qui ne cessait de m'envahir, de peser comme le poids d'une roche sur mon cœur.

A notre entrée, la bibliothèque s'illumina, à cause de notre présence, plus fortement que la dernière fois. Peter m'expliqua alors que c'était parce que mon pouvoir avait grandi grâce à mes capacités nouvelles, et que, comme nous étions désormais sur la même longueur d'ondes, ça n'allait pas décroître. Il m'expliqua que son peuple avait la capacité de contrôler les quatre éléments : l'eau, la terre, l'air et le feu mais, aussi, qu'ils avaient un don que seule leur tribu possédait, la capacité de guérir.

- Cette capacité fonctionne que si le cœur de la personne bat encore, si ce dernier ne... fonctionne plus je dirais, alors, il est trop tard, nous ne pouvons plus rien faire. Tu vas me demander pourquoi et ma réponse sera la suivante : nous ne pouvons défier les lois de la nature, elle accorde à chacun la vie mais elle est aussi celle qui nous accorde la mort, qui nous ôte la vie parce qu'elle en a décidé ainsi. Contredire la nature, serait une fatale erreur qui aurait des conséquences désastreuses car ce serait à défunt personnel et donc un acte égoïste.

- La magie n'est-elle pas une façon de contredire la nature ?

- Je le pensais aussi, mais la nature nous a offert ce don de guérison, afin que nous sachions apprécier ce qu'elle nous apporte chaque jour, nous rendant meilleurs à long terme. N'oublions pas que nous descendons des humains. La magie que nous possédons fait partie des quatre éléments que je t'ai cités il y a quelques minutes, lorsque nous nous concentrons correctement nous pouvons sentir le vent, le toucher par l'esprit, sentir la chaleur du feu sans que personne le voit ou bien, sentir les gouttes de la pluie se poser sur notre peau sans que l'on soit mouillé, bien sûr, si il y a un orage dont nous ne sommes responsables, nous serons aussi mouillés qu'un caniche. Souviens-toi des larmes qui touchaient le sol pour former le visage de ma mère...

- Oui, je me souviens, lorsque Maya a pleuré chez moi, cela a eu le même effet. C'est dû à l'une de vos capacités à entrer en contact avec la nature ?

- Exactement.

- Mais je ne suis qu'humaine, comment pourrais-je entrer en contact avec la nature ?

Il s'approcha alors de moi, prit ma main dans la sienne, ma paume vers le plafond et me fixa intensément, plongeant son regard bleu azur, chocolat ou je en sais quelle couleur, dans les miens. Au bout de presque un mois, je n'arrivais toujours pas à déterminer la couleur de ses yeux, ça changeait tous les jours et j'avais remarqué que c'était pareil avec Maya.

- Tu es l'Elue, bien plus qu'une simple humaine ! Me dit-il d'une voix neutre, cependant contrôlée, montrant la force de ses paroles.

Alors, je sentis quelque chose de frais se déposer dans le creux de ma main, puis autour de moi, je sentis sur ma langue comme un goût de sel, une légère sensation d'humidité se fit ressentir sur ma main et alors je compris ce qui venait de se produire. Il venait de mon montrer en direct, ce dont il était en train de me parler quelques secondes plus tôt et je compris que toutes ces paroles me concernaient moi aussi, bien que je ne sois pas une Defender, je faisais partie de la tribu en étant leur Elue, celle destinée à sauver le monde. Son regard se changea en une flamme chaleureuse et il sourit, alors, je sentis mon corps être en ébullition, comme si je me trouvais dans un crématorium, je ne transpirais et je ne voyais aucune flamme autour de moi mais c'était comme si elles brûlaient mes pieds se promenant à travers tout mon corps, j'avais l'impression d'être un volcan en irruption puis, je sentis la brise glacée se poser sur mes joues calmant la chaleur intense qui me donnait des bouffées puis, des gouttes d'eau vinrent se mélanger à la brise me donnant l'impression d'être en plein printemps, au lever du soleil, dans le jardin de mes parents, ensuite, la chaleur cessa et l'odeur de la terre vint jusqu'à mes narines, comme si je me trouvais dans une prairies remplies de fleurs de toutes les couleurs. Alors, tout redevint calme autour de moi et j'ouvris à nouveau les yeux, replongeant mon regard dans celui de Peter qui n'avait pas bougé d'un millimètre. Il n'eut pas besoin que je dise quoi que ce soit pour comprendre que j'avais ressenti la magie qui venait de traverser de lui à moi et vice versa car je l'avais ressentie tout aussi bien que lui et j'en avais des frissons ; pas de mauvais frissons comme quand je sens le danger mais de vrais frissons. Même si j'avais encore beaucoup de mal à réaliser cette nouvelle vie si je peux dire, à comprendre que de grandes choses aller arriver, que je devrais arrêter le mal, je savais que ces étapes étaient essentielles et, pour être honnête, je commençais vraiment à y prendre goût, à y trouver une certaine aise. Qui n'a pas rêvé dans sa vie d'être un super héros ?

Pourtant, j'avais cette sensation étrange en regardant Peter mais je n'arrivais toujours pas à expliquer ce dont il pouvait s'agir, je n'arrivais même pas à définir si c'était en bien ou en mal, mais mes boyaux ne se retournaient pas dans mon ventre, je supposais donc, dans mon subconscient, que c'était quelque chose de positif et que le fait que nous soyons « connectés » par nos pouvoirs devait forcément y être pour quelque chose. Il baissa alors les yeux, lâchant ma main dans la foulée et recula de quelques pas.

- A toi maintenant !

- Quoi ? Co... Comment ? Je ne sais pas faire ça.

- Tu as senti ce qu'il se passait ?

- Oui, mais parce que tu me touchais, je veux dire, on était en contact, tu as provoqué cet appel, je ne saurais appeler la nature.

- Et, pourtant, crois-moi, tu sais le faire, cherche au plus profond de toi. Il suffit juste de prendre confiance en toi. Le plus dur, c'est d'appeler la terre, car c'est là que réside la base de la nature, là que tout né, là où tout meurt. Alors essaie avec l'eau par exemple, je ne sais pas, pense à un souvenir au bord de la mer avec tes parents ou à un orage, il faut que tu te concentres et que tu appelles l'élément.

- Comment tu sauras si ça marche ? Je pourrais très bien te faire croire que c'est bon alors que non.

- Parce que je le verrais, magique, à moitié humain, oublie pas, me répondit-il en se désignant du doigt.

Je lui souris. Il avait le don pour tourner les choses à la dérision, afin de me donner confiance. Et intérieurement, je lui en étais reconnaissante.

Fermant à nouveau les yeux, je suivis l'un de ses conseils et me concentrai alors sur un souvenir que j'avais, non pas avec mes parents mais avec Slevin car je pensais que cette colère qui bouillonnait en moi, depuis que je savais, m'aiderait à me donner de la force afin d'appeler cet élément. Bien entendu, repenser à ce souvenir me réchauffa le cœur, n'oublions pas qu'il avait partagé ma vie pendant seize ans et que j'en étais follement amoureuse, ce dont je suis encore au fond de moi, je suppose.

Allongée sur le sable, j'écoutais les vagues danser contre les rochers et chanter leur plus belle chanson lorsque leur écume venait se déposer sur le sable mouillé, se trouvant à quelques centimètres de mes pieds. Alors des tas de petites gouttes d'eau vinrent se poser sur mon corps me réveillant ; je vis Slevin secouer sa tête au dessus de moi pour me taquiner, je me levai et le poussai dans l'eau, le faisant tomber moi avec car il avait réussi à m'attraper le bras au passage. Tombant dans ses bras, je fus à mon tour mouillée et nous rimes de plus belle.

Je sentis alors, autour de mon corps, l'humidité se créer et mon tatouage s'animer. Je me sentais dans un état vaseux comme si j'avais rêvé et je me rendis compte alors que Peter avait dû voir ce à quoi je pensais, mon cœur se serra mais je restais concentré, ne voulant pas le décevoir une énième fois. Je tournai mes mains dans tous les sens comme si je cherchais à toucher l'eau, aussitôt, tel un ouragan, je sentis l'eau se déchainer autour de moi, comme si elle était en colère, puis, me concentrant un peu plus, je réussis à apaiser les battements de mon cœur, ce qui eut pour effet de calmer l'eau qui se posa doucement sur mon visage avec son goût salé. Je compris tout de suite que c'était mes propres larmes que je sentais, petit à petit elles se détachèrent de mon visage, lorsque j'ouvris les yeux, elles ressemblaient à des petits perles bleues brillantes qui volaient dans le vide en tournant autour de moi et Peter, puis tournoyant toujours mes mains dans tous les sens, je constatai que mes larmes suivaient leur mouvement. C'était tout simplement incroyable, j'avais réussi à contrôler un des éléments rien que par le souvenir, puis par mon esprit, sans prononcer aucune phrase magique, c'était absolument magnifique, ce que je voyais, y'avait pas de mot. A voix basse, je remerciai l'eau car il me semblait normal de le faire, de lui montrer ma reconnaissance d'être venue à moi et lui demandai de retourner à la terre, la lumière bleu s'effaça laissant la place à la lumière du soleil.

Je me retournai alors vers Peter, le sourire aux lèvres, sourire qu'il partagea avec moi. Pourtant, au plus profond de son regard, je compris qu'il avait vu ce rêve éveillé et que cela l'avait affecté car une pensée de plus vers Slevin, me rapprochait de ce chemin qu'il voulait me faire prendre et, par conséquent, m'éloigner de la destinée que Peter voulait que je vive. Mon cœur se serra de nouveau, la peine m'envahit, j'avais une envie soudaine de le prendre dans mes bras et de le rassurer mais j'en étais incapable. Je n'avais jamais eu de souvenirs avec mes parents à la piscine ou à la mer, ayant toujours tout vécu avec lui, ce que je regrettais aujourd'hui, car je n'avais pas profité de mes parents au maximum. En fait, Slevin fut un choix incontournable comme source d'inspiration pour cet exercice ; voulant rendre Peter fier de moi, je n'avais pas pensé un seul instant que cela pouvait l'affecter. Cependant, il fit comme si de rien n'était, ce qui me perturba.

- C'était vraiment superbe Amanda. Je suis vraiment stupéfait. As-tu senti ce pouvoir qui émanait de toi ?

- Mon tatouage n'a pas cessé de me démanger.

- Tu étais en harmonie avec cet élément, plus que je ne le suis moi même. Je suis stupéfait et tellement fier. Il va falloir t'entrainer pour apprendre à maîtriser les autres, surtout la terre mais félicitations, c'est un excellent début.

- Merci. Peter ?

- Oui.

Je lui expliquai alors ce que je viens de vous expliquer sur les raisons de mon choix comme souvenir et je vis du soulagement dans son regard, ce qui me fit sourire, car le malaise se dissipa et il retrouva cet air protecteur et sérieux qui l'habitait habituellement.

- Tu devrais rentrer chez toi, te reposer. Tu as beaucoup travaillé ce soir et, demain, il y a cours.

- Bonne idée, je suis vraiment épuisée.

- Je vais te raccompagner, tu ne vas pas marcher jusque chez toi.

- Cette fois, je ne dis pas non.

J'avais les jambes en coton avec la fatigue et tous ces efforts physiques. Les sièges de sa voiture, ne seront pas de refus.

Les semaines défilèrent à une vitesse monstre, si bien que je ne vis pas que nous étions déjà au mois de novembre. Un mois et demi venait de s'écouler, et je ne l'avais même pas remarqué. Michael sortait avec Shannon depuis deux semaines, officiellement, sous la bonne garde d'Emilie, vous vous en doutez bien. Mes deux amis étaient persuadés qu'il se passait quelque chose entre Peter et moi à cause de notre complicité et des travaux scolaires que nous réussissions toujours à avoir en commun, nous permettant ainsi d'avoir la bonne excuse de se voir pour s'entraîner. Durant ce mois, je n'avais vu Slevin qu'une seule fois, enfin aperçu car il était resté à distance, me voyant avec Peter. J'avais réussi à redonner le sourire à Maya qui ne cessait de penser à sa mère, en lui faisant découvrir ma série préférée et en l'emmenant en virée avec mes amis lorsque nous allions au bord de la mer, bien sûr, s'habiller et se comporter en parfaite humaine avait été quelque peu difficile pour elle au début, mais elle a très vite réussi à s'accommoder, devenant même la nouvelle complice d'Emilie pour la mode. Rien que pour cela, je lui fus super reconnaissante.

Quant à moi, j'avais perfectionné mon entraînement au niveau des arts martiaux, même si j'avais encore beaucoup de mal avec certaines prises, j'avais la base mais, cependant, pas assez aux yeux de Peter pour réussir un combat contre un Destroyer adulte. Par contre, il avait toute confiance en moi et mes petites ruses pour les faire tourner en bourrique. Il devait l'admettre, c'était un mauvais perdant.

Mes capacités à contrôler les éléments se sont améliorées, ce dont je suis très fière. Je peux désormais appeler l'eau sans penser à quoi que ce soit, bien sûr, lors d'un combat, je pense que, de panique, je devrais me concentrer d'avantage que j'en ai besoin aujourd'hui mais je décidais de laisser cette angoisse au placard, la faisant ressortir au moment voulu. Contrôler le feu, fut plus aisé que je ne l'imaginais même si la tapisserie de Peter a pris quelques petits coups ; je fus alors obligé de la lui changer et, tout compte fait, un peu de renouveau ne fait de mal à personne. L'air avait présenté un peu plus difficultés avant que je n'arrive à le maîtriser vu que je n'avais pas de souvenir à proprement parler lié à cet élément, je dus suivre les conseils de mon protecteur pour me concentrer et c'est ainsi qu'au bout de plusieurs essais je pus me jeter de la fenêtre de la chambre rose sans atterrir en mille morceaux sur le sol. Bien entendu, les dix premières fois furent chaotiques, je me demande si je dois vous fournir des détails vu l'état dans lequel j'étais : bleus, fractures, et j'en passe, un peu comme Claire Bennett dans Heroes, fort heureusement, Peter peut guérir et mon statut d'Elue fait que je suis coriace, je n'ai presque rien senti. Je ne savais toujours pas contrôler la terre et cela m'embêtait vraiment mais Peter m'avait certifié que ça viendrait avec le temps, que le fait de contrôler les trois premiers était une belle étape et qu'il était fier de moi. J'en demandais trop à mon corps, il me fallait du temps.

Mais avions-nous réellement le temps quand il s'agit de sauver le monde ?