Chapitre 10 Un pas en avant, un pas en arrière

POV Peter

Je la regardais, toujours debout en direction de la forêt, le soleil déposant son reflet sur ses long cheveux châtains. Ce dont je m'étais rendu compte, je ne pouvais le lui avouer comme ça, de façon aussi directe, surtout avec ce qu'elle venait de subir, ce n'était pas du tout le moment et puis, rien ne me certifiait que c'était réciproque. Malgré ses paroles devant les membres du Conseil, je n'étais pas certain de pouvoir être assez objectif sur ma façon de penser à ce sujet.

Pourtant, quelque chose dans mon fort intérieur ne cessait de me dire que je devais le lui faire comprendre, que tout ce qui s'était passé jusque-là : l'intensité de nos échanges visuels, notre complicité, l'électricité que provoque la magie lorsque l'on se touche, rien de tout cela n'était anodin, cela avait une réelle signification depuis le début mais, trop aveuglé par ma mission de la former, je n'avais rien vu venir ou je ne voulais rien voir venir de peur de devoir me battre, face à celui qu'elle a toujours aimé tout au long de sa vie.

Il fallait pourtant que je dise quelque chose, elle venait sûrement de faire le lien avec ces dernières paroles et je ne pouvais rester là, sur le banc, à la regarder sans prononcer aucune parole, ce n'était pas possible et puis, j'en étais tout simplement incapable. Alors, je voulus me lever du banc mais mon dos me faisait encore atrocement mal, si bien que j'émis un petit cri de douleur qui l'alerta, elle se retourna et se dirigea vers moi pour voir si j'allais bien.

- Peter, ça va ?

- Mon dos a beaucoup de mal à guérir on dirait.

- Je peux faire quelque chose ?

- Oui, dans la cuisine, placard du bas à côté du frigo, il y a plein de petits bocaux avec des herbes, il y en a de cachées tout au fond, fait bouillir de l'eau et mets une légère poignée de cette herbe dans l'eau bouillie, s'il te plaît.

- Herbe, eau bouillie, d'accord, j'y vais mais assieds-toi, s'il te plaît.

Elle m'aida à me rasseoir sur le banc ce qui me soulagea immédiatement compressant la douleur. Amanda rentra dans le manoir pour se rendre à la cuisine, sans perdre une minute. Son regard avait fui le mien tout au long de cet échange, créant un malaise dans mon cœur.

Elle revint à peine au bout de cinq minutes avec une tasse bien chaude dont je humais la bonne odeur de la Cymbopogon naardus, autrement dit citronnelle de Ceylan, dont les effets aromatiques sont bénéfiques pour les douleurs inflammatoires, il me suffisait seulement d'en humer l'arôme pour me sentir soulagé de cette oppressante douleur musculaire. Je me sentais déjà beaucoup mieux sentant les effets de l'herbe se propager dans mon corps, rendant ma cicatrisation presque parfaite.

- Ca va mieux ?

- Oui, cette herbe est tout bonnement divine lorsqu'il s'agit des douleurs inflammatoires.

- Tant mieux.

- Amanda...

- Oui ?

Cette fois, son regard n'évita pas le mien et quelque chose de nouveau se créa dans l'atmosphère, quelque chose d'unique, inhabituel : il se mit à pleuvoir.

Pas une pluie normal de saison non, une pluie torrentielle alors qu'il y a peine quelques secondes, il faisait super beau, froid certes en cette saison mais super beau. Mon tatouage se mit à s'animer s'anima d'une façon tout aussi inhabituelle et un éclair traversa le ciel, nous faisant sursauter.

Je compris alors ce que voulait dire mon père lorsqu'il disait qu'il fallait faire attention à notre lien car nos pouvoirs pouvaient en dépendre, à présent, je voyais clairement où il voulait ne venir.

POV Amanda

Je sentais son regard posé sur moi mais j'étais incapable de me retourner. Pendant des semaines, j'étais avais été persuadée que ce lien qui nous unissait était le fruit de notre amitié et de notre magie, mais, en réalité, c'était bien plus fort que cela, ce que sa sœur, les membres de son peuple et même mes amis avaient compris bien avant moi. Etait-il possible que nous puissions ressentir réciproquement quelque chose d'aussi fort après tout ce que nous venons de vivre, après ce qu'il venait de voir, ce que je lui avais caché ? Tout se mélangeait dans ma tête, je ne savais plus quoi penser, ni quoi dire. Ma blessure était toujours là, réanimée par ce fantôme sorti du passé qui s'avère, désormais, être mon pire ennemi.

Pourtant, l'évidence était là, les membres de son peuple, son père, mes amis et même Slevin avaient vu ce que je me refusais de voir ; est-ce que Peter lui aussi était déstabilisé par cela ? J'eus l'impression que oui mais je ne pus le certifier, ni confirmer que c'était réciproque, cependant, cette façon de se regarder ne pouvait pas être anodine. Malgré cela, je ne voulais pas risquer de faillir à ma mission, j'ai déjà failli le faire tuer tout à l'heure parce que je voulais lui sauver la vie, je ne voulais pas qu'il se sacrifie pour moi et j'ai manqué de le faire tuer par Slevin. Avais-je été égoïste en refusant qu'il sacrifie ce qu'il était vraiment pour me sauver ? Je pense que si je l'avais laissé faire, afin que je ne risque plus rien, aurait été égoïste.

Le cri de douleur que j'entendis me sortit de ma rêverie et je le vis essayant de se lever mais plié en deux torturé par le mal que lui procurait les plaies de ? son dos. Alors j'accourus vers lui pour l'aider, ne supportant pas le voir souffrir, j'avais trop vu de la douleur dans sur ? son visage pour la journée.

- Peter, ça va ?

- Mon dos a beaucoup de mal à guérir, on dirait.

- Je peux faire quelque chose ?

- Oui, dans la cuisine, placard du bas à côté du frigo, il y a plein de petits bocaux avec des herbes, il y en a de caché tout au fond, fait bouillir de l'eau et met une légère poignée de cette herbe dans l'eau bouillie, s'il te plaît.

- Herbe, eau bouillie, d'accord, j'y vais mais assois-toi s'il te plaît.

Je l'aidai alors à s'asseoir de nouveau sur le banc de façon à ce que la douleur se fasse moins ressentir et je vis un éclat de soulagement sur son visage, ce qui me rassura aussi. Je ne me voyais pas l'amener à l'hôpital, d'ailleurs je ne savais même pas si il pouvait aller à l'hôpital étant qu'à moitié humain... N'arrivant pas à plonger mon regard dans le sien, je regardai ailleurs, je ne voulais pas penser à cette sensation étrange que cela me procurait lorsque je le regardai à en perdre mon âme.

M'ayant demandé de me diriger à la cuisine pour lui faire une infusion à base d'herbe au nom bizarre, je me dépêchai de lui faire bouillir l'eau dans un mug puis j'y mis une légère petite poignée de cette herbe comme il me l'avait demandé ; l'arôme qui s'en dégagea était d'une senteur divine, douce et sucrée, un vrai délice pour les papilles. A l'odeur, je compris qu'il s'agit de citronnelle et que cela devait sans doute lui soulager la douleur dans son dos, il faut dire que Slevin ne l'avait pas ménagé et que Peter ne s'était pas réellement défendu à ce moment-là.

- Ca va mieux ?

- Oui, cette herbe est tout bonnement divine lorsqu'il s'agit des douleurs inflammatoires.

- Tant mieux.

- Amanda...

- Oui ?

Cette fois, je n'évitai pas son regard et quelque chose de nouveau se créa dans l'atmosphère, quelque chose d'inhabituel : il se mit à pleuvoir.

Pas une pluie normale de saison, non, une pluie torrentielle alors qu'il y a à peine quelques secondes, il faisait super beau, froid certes en cette saison mais super beau. Mon tatouage se s'anima d'une façon tout aussi inhabituelle et un éclair traversa le ciel nous faisant sursauter.

Je compris alors ce que voulait dire Slevin lorsqu'il disait que notre lien était exceptionnel, fort au point qu'il ne pouvait pas se battre contre cela, qui l'avait poussé à abandonner car nos pouvoirs dépendaient l'un de l'autre, nous dépendions l'un de l'autre.

A présent, je voyais clairement où il voulait ne venir : notre complicité allait bien au delà de l'amitié.

POV Slevin

Je ne voulais pas la blesser, je voulais au fond de moi plus que tout la protéger de ce que j'étais sensé devenir, voilà pourquoi j'avais proposé ce marché à Peter, voilà pourquoi j'osais m'interposer entre Oraïa et Amanda, seulement, elle tient trop à lui pour le laisser se sacrifier afin de la sauver ; d'ailleurs, il tient trop à elle pour ne pas accepter ce marché. Au plus profond de mon être, ce qu'il en restait d'humain, j'étais empreint d'une crise de jalousie folle qui me mettait hors de moi, jusque-là, je n'avais jamais eu à la partager avec personne, jusqu'à ce qu'il arrive.

Si elle hésitait autant à me rejoindre, c'est à cause de ce que j'ai fait, mais aussi parce qu'il y Peter, elle y est trop attaché, je crois même que, désormais, elle serait perdue sans lui, voilà pourquoi elle a accouru dans le manoir et m'a mis sur la touche, le fait qu'il oublie qui il est depuis toujours l'angoisse, elle ne veut pas qu'il l'oublie. Elle ne veut pas l'admettre, mais ce qu'elle ressent est bien plus fort que de l'amitié, je la connais depuis le berceau, ne l'oublions pas. Malgré mon nouveau statut, je n'ai cessé de l'aimer et c'est ce qui me maintient encore en cet état d'être humain, si j'abandonnais cet espoir de retrouver son amour d'autrefois, si j'abandonnais, alors mon humanité s'éteindrait en même temps que mon cœur, mon âme.

Depuis deux ans, je me bats pour ne pas devenir ce que je suis sensé être, c'est sans compter sur l'aide d'Oraïa bien sûr. Je savais que ce que je venais de faire provoquerait sa colère mais, à dire vrai, je me préoccupais plus de ma jalousie que d''autre chose, car, en ce moment même, je sens la bête en moi qui ne demande qu'à sortir pour briser les os de ce Defender digne d'une soirée d'Halloween. Mais le tuer ne ferait que de la faire souffrir, j'en ai assez fait comme ça, pourtant, ma nouvelle nature est de tuer, sauf que cet amour m'en empêche, elle vit en moi depuis le début, je crois même, qu'une fois transformée, elle sera toujours une partie de moi à laquelle je m'accrocherai. J'avais essayé de retrouver mon humanité entière, seulement, il n'existe aucun sortilège le permettant, à part le même processus que Peter allait subir dans quelques minutes, mais je n'étais pas prêt, je dirais même que je suis incapable de vouloir l'effacer de ma mémoire jusqu'à en oublier notre amour, notre histoire, je préférais mourir, ce serait beaucoup moins douloureux.

Voilà maintenant presque trente minutes que je me tenais au pied du manoir à essayer d'entrer en vain, j'avais abandonné au bout de quelques minutes. Le pouvoir qu'avait eu Amanda au moment de vouloir y entrer m'avait stupéfait, elle m'avait repousser avec une telle rage, j'en étais resté bouché bée. Jamais je ne l'avais vue avec ce regard plein de colère et de tristesse en même temps, mon cœur se fendit en deux quand je compris alors que son choix était déjà fait mais qu'elle se refusait de se l'avouer. J'avais alors compris qu'une seule chose devait être faite, voilà pourquoi je voulais rentrer dans le manoir.

Ma jalousie resta au même degré de rage quand je sentis que la force magique se dissipait, libérant ainsi les portes du manoir. Je pus y entrer sans le moindre effort. Je me retrouvai sur le seuil, la porte fermée derrière moi, les escaliers en plein dans mon champ de vision, pile l'endroit par où ils passeraient. J'entendis alors un bruit à l'étage, ils étaient dans le couloir et m'avaient entendu. Je pouvais sentir son parfum sucré recouvrant toute sa peau douce et charnelle.

- Amanda !

La colère dans ma voix n'était pas voulue mais je ne supportais pas le fait qu'elle se cache tout en étant avec lui, là haut. J'entendis alors la voix de Peter qui lui dit de descendre tout en se préparant à ma colère. S'il savait que c'était avant tout de la jalousie, il serait surpris. Elle l'a sauvé, pas moi.

Je la vis se présenter en haut des marches, fuyant mon regard puis, sans que je m'y attende, s'arrêter sur mon visage pour ensuite entrer en contact avec mes yeux. Le mien était redevenu froid et dur, je ne voulais pas laisser paraître la jalousie, il serait peut-être plus facile pour elle alors de me détester et de ne rien regretter.

- On y va, dit-elle à Peter.

Ils descendirent alors les escaliers en même temps, à la même vitesse, une fluidité s'emparait d'eux, ils avaient la même démarche, le même charisme, comme des jumeaux, cela eut le don de me mettre hors de moi.

Je vis dans le regard de Peter qu'il n'était pas rassuré, pourtant, il savait qu'il n'avait pas d'autre choix que de m'affronter ici, maintenant. Pourtant Cependant,, je sentais une tension entre eux, quelque chose n'allait pas, bien au-delà du fait qu'elle l'ait sauvé ; alors je me rappelais de cette faculté dont m'avait parlé Oraïa que Peter a de pénétrer dans les rêves, surtout ceux de l'Elue ou de voir rien que par le toucher une scène précise. C'était ce qui s'était passé ce matin, dans sa salle de bain, qui lui déplaisait, lui aussi était jaloux. Intéressant...

- Regardez-moi ça, comme c'est touchant, il a vu notre scène torride ce matin et, depuis, il est vexé, il t'en veut Amanda, je le sens au plus profond de son être. Tu n'imagines pas comme c'est jouissif.

Alors, je vis une larme couler sur la joue de ma douce et cela me brisa le cœur, pourtant ma rage était toujours là et ne diminuait pas. Je me rapprochai d'elle alors, je ne pouvais m'en empêcher, j'avais besoin d'être près d'elle.

- Aurais-je touché en plein dans le mille ma douce ? Ca fait mal hein, de savoir qu'on a déçu quelqu'un et que de prendre conscience qu'obtenir son pardon sera une tâche difficile, d'autant plus que la confiance est trahie.

- N'essaie pas d'échanger les rôles Slevin, tu n'es capable d'aucune culpabilité, intervint Peter à ma grande surprise.

Mais je le vis, changer d'expressions à mes paroles. Il était en colère contre Amanda d'après son regard mais pas assez pour la laisser seule avec moi.

- Je te rappelle Peter que je ne suis pas complètement transformé et que ma part d'humanité est toujours là. Amanda peut te le confirmer, elle l'a bien vu ce matin.

- J'en doute pas.

Je pus reconnaître de la rancœur dans sa voix, ce qui fit frissonner Amanda. elle n'avait visiblement pas l'habitude le voir comme ça.

- Cependant, elle a su voir ce qu'il y avait de mauvais en toi étant donné que tu t'es fait recaler en beauté.

Je vis alors un léger rictus se dessiner sur les lèvres de celle que je ne cessais d'aimer, me rendant fou de rage. Mon regard changea complètement, je le sentis au plus profond de moi, je laissais le monstre en moi s'installer.

- Je t'avais donné le choix Peter, le choix de la sauver en te rendant humain à cent pour cent. Au lieu de cela, tu as abandonné cette possibilité et tu es resté le même.

- Slevin, tu sais très bien que je l'ai empêché de le faire.

- Il avait le choix Amanda. Il avait le choix..., dis-je plus bas. Désormais, je ne peux plus te sauver, ni lui d'ailleurs. Nous ne pourrons ignorer l'inévitable. Tu as préféré le sauver lui plutôt que de te sauver toi, ce qui, je dois le dire est un geste noble et courageux mais tu t'es par conséquent dessiner la croix de mort sur le corps.

- C'est mon choix. Et ce n'était pas équitable de ta part, tu le sais.

- Pas équitable ? J'ai fait ce qui me semblait juste pour te sauver, pour éviter d'avoir à te tuer prochainement. Peter était prêt, lui aussi, à faire ce sacrifice parce que nous tenons tous les deux à toi. Qu'est-ce qui n'est pas équitable là-dedans, hein ?

- Ca n'aurait rien changé. Vous prétendez tous les deux que je me mens depuis le début mais regardez-vous, tu étais prêt à le sacrifier pour soi-disant me sauver et toi à devenir humain pour me sauver alors que vous savez mieux que quiconque que cela n'aurait rien changé, Oraïa aurait fait un coup de traître comme à son habitude et il aurait tout de même réussi à me tuer, sans que tu puisses y faire quel que chose Slevin et Peter non plus car il serait devenu humain sans plus aucun pouvoir ni souvenir. Alors qui est le menteur de nous trois ? Il doit me protéger, nous, on doit s'entretuer. Les règles sont là, appliquons-les.

Ma colère se fit plus grande, si bien que j'en fis trembler les fenêtres du manoir par l'émission de mon aura démonique. Elle rugissait en moi, ne demandant qu'à sortir mais je devais la contrôler bien qu'à ce moment précis, écraser Peter m'aurait donné une telle jouissance.

- Amanda, recule, me dit Peter.

- Pourquoi ?

- Parce que ce qui se passe, tu ne peux le contrôler, c'est pas Slevin qui réagit mais la bête de l'enfer qui est en lui.

- Peter, je peux le calmer. Je le sais.

- Tu ne pourras pas indéfiniment repousser l'inévitable Amanda ! Il est temps que tu ouvres les yeux et que tu comprennes que le conte de fée est terminé, elle ne demande qu'à prendre le dessus et il est incapable de la contrôler.

- Il le peut, je le sais Peter.

- Je ne prendrais pas ce risque, Amanda, il pourrait te blesser.

- Ce matin, dans la salle de bain, il aurait pu aussi, et je suis toujours là.

Elle avança alors un peu plus près de moi, je pouvais sentir son souffle léger, la douceur de sa peau me picotait le long de ma colonne vertébrale, je sentais la vibration de son pouls parcourir tout mon corps. J'avais tellement envie de la prendre dans mes bras.

- Slevin, je sais que tu es là, quelque part, bats-toi. Tu peux lutter contre ça.

- Amanda, ce n'est pas lui et tu le sais, tu ne peux rien faire.

- Peter, je veux essayer.

Mais c'était trop tard ma rage avait pris le dessus et la bête apparut sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Sans m'en rendre compte, je saisis Amanda à la gorge lui bloquant la respiration. Je sentis alors le pouvoir de son protecteur envahir toute la pièce et j'en fus soulagé car il ferait ce qu'il faut pour la protéger, la sauver de ma sauvagerie. Il prononça des mots dans sa langue que je ne comprenais pas mais cela suffit pour que je lâche la gorge d'Amanda, la faisant tomber à terre.

Alors, je me retournai vers Peter, source de ma colère et de ma jalousie, émanant un pouvoir différent d'il y a quelques secondes. J'essayai tant bien que mal de l'attraper mais il se déplaçait trop vite, ce qui eut le don de m'agacer tout en m'énervant d'autant plus. Alors je fis ce qu'Oraïa m'avait appris, je fermai les yeux pour ne dissocier que son battement de cœur et ses mouvements, ainsi je pouvais filtrer ses déplacements. Je dégainai alors mon bras à une vitesse aussi rapide que les déplacements de Peter pour le saisir à la gorge, je l'encerclai d'anneaux bloquant ses pouvoirs, et je fus heureux de constater sa surprise.

Voilà un pouvoir auquel il ne s'attendait pas, ce qui me plut de suite.

Amanda se tenait à côté de moi, je ne l'avais pas sentie approcher, trop concentré à maintenir mon ennemi sous ma surveillance.

- Slevin, je sais que tu m'entends quelque part là-dedans ! Je sais qu'il reste en toi une part de cette humanité. Tu peux aller au-delà de ça.

Elle posa alors sa main sur mon bras gauche et plongea son regard dans le mien.

- Amanda, c'est trop tard, il se transforme, tu ne peux plus rien pour lui.

Peter avait eu beaucoup de mal à prononcer ses mots ce qui ne me réjouit pas pour autant, je me souvins alors que si je le tuais, je la perdais à jamais.

- Lâche-le !

Je serrais de plus en plus fort, mais ce n'était pas moi, c'était le démon en moi. J'essayais de me battre mais c'était trop dur. Soudain, je sentis une forte chaleur envahir mes bras qui se retrouvèrent en feu, du moins, c'est ce que j'ai cru car aucune flamme ne s'y trouvait. La colère du démon grandit.

Alors d'un revers de la main que je ne pus contrôler, j'envoyai valser Peter contre la fenêtre qui se trouvait en haut des escaliers, cette dernière se brisa en plusieurs morceaux de verre retombant un peu partout autour de lui. Amanda courut dans sa direction pour voir comment il allait, l'inquiétude se lisant sur son visage. J'essayai de renvoyer la bête mais celle-ci était beaucoup trop forte, pourtant, je ne me sentis pas m'en aller au loin dans mon corps, j'étais pas loin, je le sentais. Puis, je les entendis parler...

- Je suis désolé.

- C'est mon combat Peter, pas le tien. Ne bouge pas.

Alors je sentis le démon qui bouillonnait en moi, il ne voulait pas en rester là, il voulait aller plus loin, les provoquer pour ce combat que nous devions mener depuis longtemps, mais je refusais, j'essayais de contrôler cette pulsion ce qui ne lui plut pas. Alors les fenêtres tremblèrent à nouveau par ma faute, l'ayant mis en colère, des larmes coulèrent sur mes joues, je me sentais revenir peu à peu, mon regard se faisait plus chaleureux. Soudain, je sentis un apaisement se créer en moi, il était parti mais pour combien de temps ?

De la tristesse sortit alors de ma voix, je ne pus la contrôler, cela me rongeait de l'intérieur, ce fossé qu'il y avait entre nous était bel et bien là, ce n'était pas Peter le problème, c'était moi, ce qu'on avait crée en moi, me séparant à jamais de celle qui a toujours et jamais ne cessa de compter pour moi.

- Tu te soucies plus de lui que de moi.

- C'est lui qui vient de se faire jeter contre une fenêtre, pas toi.

- Même sans ça, tu t'inquiètes. Tu as accouru dès que je t'ai expliqué ce choix que je lui ai laissé. Tu as préféré le sauver que de te sauver toi. Amanda, tu ne comprends pas que, désormais, je dois te tuer.

- Oh, tu as commencé le boulot avec mes parents, il est sans doute logique que tu termines le chapitre avec moi.

Ses dernières paroles me brisèrent en deux. N'avait-elle pas vu, compris que, depuis le début, je me battais contre ce que l'on veut que je devienne ? Même si, certes, par moments, le démon se présente plus rapidement que je ne le voudrais. Depuis le début, je fais tout pour l'épargner à part aujourd'hui où ma jalousie a atteint son sommet mais, jamais, je n'ai voulu la tuer, on me demandait de le faire mais si j'avais vraiment voulu, je l'aurais fait depuis longtemps, je suis bien assez fort pour.

Mon regard dut changer car son visage passa de l'inquiétude à l'étonnement puis, de la tristesse se lut aussi sur son visage. Je voulus courir jusqu'à elle, pour la prendre dans mes bras et la rassurer comme j'avais toujours su le faire mais je ne pouvais pas, Peter m'en aurait empêché et, surtout, je n'étais plus digne de le faire. Une masse énorme vint broyer les vaisseaux de mon cœur, écrasant partie par partie les muscles qui le contournait, je suffoquai intérieurement, je voulus pleurer mais je me retins. Je savais ce que je devais faire, mon amour inconditionnel me disait que c'était la meilleure chose à faire pour elle, ce serait plus facile de me tuer ensuite, me donnant ce que je mérite.

- Si seulement j'avais le choix...

- On a toujours le choix Slevin, tout est une question de volonté.

- Je peux te retourner cette phrase pleine de sagesse alors.

Je la voulais avec moi mais je ne voulais pas la forcer, je voulais lui laisser le choix. Elle baissa les yeux, évitant mon regard. Peter avait du mal à se remettre de ce que je lui avais infligé, pourtant, sa magie devrait le guérir, mais je me souciais plus de celle que j'aimais que de lui.

Alors je me déplaçais en tournant autour d'elle, comme si je voulais la chasser mais ce n'était pas le cas, je voulais profiter de la moindre partie apparente de son corps, sans lui faire le moindre mal, je voulais tout mémoriser pour ne rien oublier, même si je la connaissais depuis toujours, cela faisait deux ans que je ne l'avais pas approchée réellement. Je vis Peter allongé, par terre, inconscient, Amanda devait sentir son espèce de tatouage en elle car elle se retourna mais ne bougea pas de peur que je fasse quelque chose. Puis, elle commença à se précipiter vers lui, je la retins par le même bras sans forcer, pour ne pas lui faire de mal.

Je plongeai mon regard dans le sien essayant de comprendre pourquoi elle tenait tant à aller vers lui, s'assurer qu'il allait bien au delà même du fait qu'il soit son protecteur, et ce que je pensais depuis le début était vrai, je le vis dans ses yeux. Elle m'aimait toujours mais avait les même sentiments à son égard. Je relâchai l'étreinte que j'avais sur son bras.

- Laisse-moi aller le voir Slevin. Je ne peux pas le laisser comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis humaine et que j'ai un cœur. Mais, surtout, parce que c'est mon ami et que je m'inquiète pour lui.

- Ton ami ?

- Oui, mon ami.

- Vraiment, tu en es sûre ?

- Oui, j'en suis sûre. Lâche-moi.

- A une condition !

- Laquelle.

- Nous devons finir notre conversation.

- Quelle conversation.

- Celle dans la salle de bain. Je ne baisserai pas les bras Amanda, je sais que tu m'aimes encore.

Elle détourna le regard.

- Laisse-moi aller le voir, et nous finirons cette conversation.

- Ici. Tu as cinq minutes.

Je déposai une douce caresse sur sa joue gauche, la dernière que je ferai de toute mon existence et je la regardai se diriger vers lui en toute retenue, elle se retenait de courir, je le savais.

Elle s'agenouilla aux côtés de son protecteur, prenant son visage entre ses mains. Prononçant son prénom assez fort, essayant de le réveiller, mais celui-ci ne réagissait pas. Soudain, elle ne parla plus et ferma les yeux, une grande concentration se lisait sur son visage ; j'essayais de comprendre ce qu'elle était en train de faire jusqu'à ce que je ressente une certaine humidité se présenter dans la pièce, elle appelait un des éléments. Son pouvoir était vraiment impressionnant, d'ailleurs, lorsqu'elle m'avait rejeté à l'entrée du manoir, j'avais été surpris par la force de son esprit, ce qui m'avait beaucoup secoué car je ne m'étais pas attendu à un tel résultat. Amanda cessa alors de prononcer le prénom de son ami et je vis que les paupières de ce dernier, bougeaient légèrement. Elle avait réussi à le ramener à lui.

- Tu t'es servie de l'eau pour me réveiller ?

- Oui, tu ne répondais pas.

- Merci.

- Amanda, oublie pas le pacte.

- Quel pacte ? Me demanda son protecteur à voix basse visiblement inquiet.

- Il m'a laissé venir voir comment tu allais si j'acceptais de terminer la conversation de ce matin dans la salle de bain, lui répondit-elle en détournant les yeux.

- Vas-y.

Je pouvais lire l'inquiétude sur son visage, elle ne voulait pas le laisser.

- Vas-y Amanda, je vais bien.

- Mais...

- C'est ton choix et je le respecte, lui répondit-il avec un sourire rempli de gentillesse alors que son regard me faisait l'effet d'un au revoir.

Le ton de sa voix était bizarre, comme si il était persuadé qu'il s'agissait d'un choix qu'Amanda avait fait alors que non, je lui avais imposé de revenir à mes côtés pour terminer ce que j'avais entrepris ce matin dans la salle de bain, pourtant, c'était tout autre chose que je comptais faire et, à cette pensée, les larmes se concentraient au bord de mes yeux, mais je les refoulai instinctivement pour ne rien laisser paraître.

Peter prononça quelques mots, la réaction d'Amanda ne se fit pas attendre, elle pleura.

- On ne peut lutter contre l'amour. Tu t'es battue comme tu pouvais mais au fond...

- Peter, tu...

- Ne t'en fais pas. Je comprends pourquoi, ce matin, tu ne voulais pas me parler de ce moment dans ta salle de bain.

- Mais non, je...

Elle était perdue, je le voyais bien, elle n'arrivait pas à trouver ses mots, comme si ils ne puissent être assez forts pour le convaincre. C'était déroutant.

- Tu trembles ?

- Ca fait cinq minutes, le temps est écoulé.

L'intensité de leur échange envahit la pièce, faisant renaître ma jalousie que je réussis toutefois à maîtriser beaucoup mieux qu'il y a quelques minutes. Pourtant, c'était insupportable de les voir aussi liés.

- J'arrive Slevin.

- Ma bonté a ses limites Amanda, je n'ai jamais aimé te partager, tu le sais.

Une fois Peter installé d'une façon que je trouvais assez confortable vu sa situation, Amanda descendit les escaliers en ma direction, elle me contourna de façon à se retrouver face à Peter, pour le surveiller je suppose, vu son état, elle était inquiète, pourtant sa magie devait le guérir automatiquement… cependant, le procédé avait l'air plus long qu'à son habitude.

- Je suis là, je t'écoute.

Je me rapprochai d'elle alors, elle ne recula pas. Je ne voulais créer aucune tension, je voulais profiter de ces dernière minutes en étant le plus humble possible, sans la froisser, la blesser ni l'offenser. Je lui pris sa main droite dans la mienne, scellant ses doigts aux miens tout en plongeant mon regard noisette dans ses yeux bleu jeans, avec un petit sourire que je voulais rassurant. Elle se laissa faire du début jusqu'à la fin ce qui allait me compliquer la tâche, pour une fois, j'aurais voulu qu'elle me résiste, cela aurait été moins dur. Des larmes coulèrent sur ses joues, sans doute dues au fait que ce moment précis lui rappelait tant d'autres que nous avions partagé une dizaine de fois. Je vis alors dans son regard, la compréhension de ce que j'étais en train de faire, une partie de moi se brisa en même temps que les larmes coulaient jusqu'à son cou pour disparaître sous son tee-shirt.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer ma douce Amanda, et je ne cesserai jamais. Mon cœur sera toujours le tien quoi qu'il puisse se passer, tu es mon âme.

- Alors résiste et reste avec moi. Sois fort, bats-toi.

- Je ne peux me battre contre ça. Ce lien entre vous, est beaucoup trop fort, plus que ce que je l'espérais. Tu m'aimes toujours et tu ne pourras au fond de toi cesser de m'aimer, cependant, cet amour est différent.

- Slevin...

- Chuuutttt..., soufflai-je en posant un doigt sur ses lèvres. J'essaie à l'instant même de la contenir pour qu'elle ne sorte pas et ne te blesse pas mais la bête est là, je n'y peux rien. Accorde-moi une faveur.

- Qu...

C'était maintenant, l'instant où j'abandonnai définitivement le combat, j'avais compris à quel point une fissure était présente entre nous deux, depuis le moment où je lui avais avoué ce que l'on m'avait poussé à faire, jusqu'au bout, j'avais voulu croire que notre histoire, notre amour serait plus fort que cela, une des raisons qui m'avais poussé à essayer d'entrer en contact avec elle mais je n'avais pas compris à quel point elle pouvait tenir à celui qui doit la protéger, la former.

Ce que j'étais en train de faire était la chose la plus dure que j'ai faite de toute ma vie, étant donné que lorsque j'ai tué ses parents, j'étais sous l'emprise d'une force maléfique, du moins en partie. Je sentais chaque partie de mon corps se fragiliser, se briser en un million de petits morceaux. A mes yeux, la Terre s'arrêta de tourner ici, plus rien n'aurait de sens désormais. J'éloignai ma raison de vivre de ce que j'étais, la poussant dans les bras d'un autre, qui je le sais sera beaucoup plus habilité à la rendre heureuse.

- Déteste le monstre mais pas l'homme. Jamais je ne t'aurais fait de mal, ni à tes parents. Si tu savais le nombre de fois où j'ai essayé de m'arracher le cœur, de me faire tuer pour apaiser cette culpabilité, ce mal que je t'ai fait mais il m'en a toujours empêché.

- Ce n'était pas toi, je le comprends aujourd'hui.

- Merci mais je ne pourrai jamais changer ce que j'ai fait.

J'approchai alors mes lèvres des siennes, elle me laissa faire, ce qui réchauffa mon cœur, ce serait notre dernier baiser, l'ultime de notre histoire. Ses lèvres sucrées et douces avaient le même goût et m'apportèrent le même réconfort qu'autrefois, la même délicatesse. Je pris son visage entre mes mains, sa peau était aussi douce que celle d'un bébé, je fis ce geste d'une façon délicate de peur qu'avec ma nouvelle force, je lui fasse mal. Une pointe douloureuse envahit mon cœur, je profitai de ces dernières secondes près d'elle ; je voulus pleurer mais me retins, je ne sais de quelle façon car j'avais tout simplement envie de crier ma douleur, de détruire tout ce qui nous avais détruit.

Je l'avais tant aimée, je l'aimais tellement encore.

Je détachai mes lèvres des siennes avec une infime délicatesse, tant ce geste était dur à réaliser. Je plongeai une toute dernière fois mon regard dans le sien, me retenant de m'y noyer, puis ce fut plus fort que moi, des larmes roulèrent sur mes joues. Alors je prononçai les dernières paroles qu'elle entendrait de moi en tant qu'humain.

- Je t'aime, je t'aimerai toujours.

Puis, je disparus dans la seconde qui suivit, la laissant en plein milieu de la pièce, les larmes coulant le long de ses joues. J'étais tellement anéanti que je pus aller qu'à un seul endroit, le seul qui, je l'espérais, calmerait ma douleur temporairement, le lac où nous passions tous nos samedis après-midi.

Au bout d'une heure, les larmes cessèrent et la peine qui m'envahissait disparu en partie, une sensation étrange s'empara de moi. De la colère mais un sentiment bien plus fort aussi, une rage incontrôlable, une envie de tuer. Et je savais contre qui exactement cette folie était dirigée.

POV Amanda

Quelques éclairs illuminaient le ciel, ce qui était vraiment bizarre. Ce que notre pouvoir était en train de créer n'était pas très rassurant mais, lorsque je vis l'étonnement de Peter, je compris que seul les nuages noirs et la pluie venaient de nous, les éclairs venaient d'autre chose.

- Slevin...

- Oui. Je pense que c'est dû à son chagrin et, à mon avis, c'est aussi de la colère.

- Il va se passer quoi maintenant ?

- Pour le moment, je pense qu'on ne va pas le revoir de suite, par contre, on va être mis à l'épreuve par les sbires d'Oraïa.

- Evidemment.

Cette légère diversion ne me déplaisait pas, je ne voulais pas évoquer le sujet principal mais je vis dans son regard que je n'allais pas y échapper.

- Il va falloir que je m'entraîne beaucoup plus, que je sois prête à n'importe quel moment. On devrait...

Il me coupa.

- Amanda !

- Quoi ?

- Tu as vécu assez de choses aujourd'hui, moralement tu es épuisée, je le ressens, ajouter une fatigue physique ne serait pas judicieux.

- Je suis en plein forme.

- En pleine forme, vraiment ? Tu as les yeux rougis par les larmes, ton sourire n'est qu'un simple masque pour dire que tout va bien alors que ce n'est pas le cas, tu veux t'entraîner pour éviter d'affronter la réalité.

- Je la connais la réalité Peter, dis-je froidement mais pas contre lui.

- Et qu'elle est-elle ?

- L'homme que j'ai toujours aimé a tué mes parents, aujourd'hui, il a essayé de te tuer et j'ai dû me confronter à lui sauf qu'au lieu de me tuer, il...

- Il t'a quittée.

- Il a abandonné. Il a choisi le mal.

Les larmes se présentèrent de nouveau aux bords de mes joues, je ne pus les contenir, cependant je n'éclatai pas en sanglot. Je sentais la pluie tomber du ciel, au regard de Peter, je compris que c'était notre pouvoir, cette tension qui en ce moment émanait de nous. C'était trop bizarre.

- La réalité est qu'il a voulu me tuer certes, mais il n'a pas forcément choisit le mal. Il t'a quittée parce que, malgré ton amour pour lui, tu as cette rancœur en toi, ce déni que tu ne pourras jamais lui pardonner, il te connaît, il sait comment tu fonctionnes, plutôt que de continuer à se battre, il a préféré laisser tomber. En aucun cas tu ne dois te sentir responsable, Amanda, il a fait son choix, tu as fait le tien. Tu as enfreint une règle importante pour moi, je pense que c'est ce qui l'a chamboulé.

- Je ne voulais pas que tu te sacrifies pour moi !

- Me sacrifier ? Je voulais te sauver, il n'aurait plus eu à te tuer et vous auriez pu...

Il ne finit pas sa phrase mais je savais ce qu'il voulait dire. Nous en venions au sujet que je voulais éviter, pourtant, il le fallait, cet abcès devait éclater pour qu'on puisse avancer correctement. Impossible d'ignorer ce qui nous liait, et je ne pouvais pas ignorer que c'était la principale raison en cause de l'abandon de Slevin.

- Nous aurions pu être ensemble ? Tu l'as dit toi, je suis incapable d'oublier ce qu'il a fait.

- Mais tu continues de l'aimer...

- Mais l'amour que j'avais autrefois n'est plus, aujourd'hui c'est différent, il fera toujours partie de moi, je ne peux le nier mais plus de la même manière qu'avant. Ce lien n'est plus aussi fort aujourd'hui, voilà pourquoi j'ai réussi à lui tenir tête et à parvenir à t'empêcher de faire une grosse bêtise.

- Pourquoi ? Tu aurais pu être avec lui...

Cette phrase me mit hors de moi, il ne voulait pas comprendre que c'était pour lui que j'avais fait tout ça, je l'avais sauvé pour être avec lui mais moi-même je ne voulais pas le dire aussi clairement, cette relation je dois l'avouer me faisait peur.

- Pour être avec lui ?

Cette fois, je ne contenais plus mon agacement.

- Je vais rentrer.

Je le dépassai pour me rendre en direction de la porte fenêtre qui donnait sur le living room quand il me rattrapa le bras. Je me retournai et plongeai mon regard colérique dans son regard étonné et attendri. La pluie se fit plus forte, un frisson me parcourut mais pas le frisson habituel me prévenant d'un danger, mais un dans le même style qu'un léger coup d'électricité réchauffant tout mon corps. Une sensation bizarre mais pas désagréable.

POV Peter

Quelques éclairs illuminaient le ciel, ce qui était vraiment bizarre. Je savais cependant qu'il s'agissait de notre pouvoir pour les nuages noirs et le début de la pluie, quant aux éclairs cela ne pouvait être qu'une seule personne au vu des circonstances.

- Slevin...

- Oui. Je pense que c'est dû à son chagrin et, à mon avis, c'est aussi de la colère.

- Il va se passer quoi maintenant ?

- Pour le moment, je pense qu'on ne va pas le revoir de suite, par contre, on va être mis à l'épreuve par les sbires d'Oraïa.

- Evidemment.

Je me doutais qu'elle essayait d'éviter le sujet principal, ce que notre pouvoir était en train de faire la déroutait, elle savait fort bien que nous devions aborder ce sujet qui fâche et ce qui allait avec mais, de mon côté, étais-je vraiment prêt à lui faire part de ce que je ressentais ? Honnêtement, une partie de moi me disait que oui et une autre non.

- Il va falloir que je m'entraîne beaucoup plus, que je sois prête à n'importe quel moment. On devrait...

Cette phrase me surprit au plus au point. Après ce qu'elle venait de vivre, elle voulait reprendre son entraînement plutôt que de se reposer et d'encaisser tout ce qui venait de se passer. Sincère ou juste un masque pour ne rien laisser paraître ? Commençant à la connaître, j'optai pour le masque, elle souffrait bien plus qu'elle ne voulait l'admettre. En fait, elle pensait depuis le début que c'est elle qui mettrait fin à cette histoire et pas lui, voilà pourquoi cela lui fit un tel choc, qui plus est, il a réagi sans même qu'on s'y attende. La décision d'Amanda de me sauver a dû changer la donne. Je m'en voulais quelque part car je venais de lui briser le cœur.

- Amanda !

- Quoi ?

- Tu as vécu assez de choses aujourd'hui, moralement tu es épuisée, je le ressens, ajouter une fatigue physique ne serait pas judicieux.

- Je suis en plein forme.

- En pleine forme, vraiment ? Tu as les yeux rougis par les larmes, ton sourire n'est qu'un simple masque pour dire que tout va bien alors que ce n'est pas le cas, tu veux t'entraîner pour éviter d'affronter la réalité.

- Je la connais la réalité Peter, dit-elle froidement mais je sentais que son indifférence ne m'était pas destinée.

- Et qu'elle est-elle ?

- L'homme que j'ai toujours aimé a tué mes parents, aujourd'hui il a essayé de te tuer et j'ai dû me confronter à lui sauf qu'au lieu de me tuer, il...

- Il t'a quittée.

- Il a abandonné. Il a choisi le mal.

Les larmes se présentèrent de nouveau aux bords de ses joues. Elle ne put les contenir car elles roulèrent sur ses joues, cependant, elle n'éclata pas en sanglot. Les gouttes de pluie commencèrent à tomber du ciel de plus en plus fort, je savais fort bien qu'il s'agissait de notre pouvoir et de cette situation actuelle. Au vu de son visage, de son regard, elle devait trouver cela vraiment bizarre. En ignorait-elle le sens ? Je me convaincs que non mais sans grande certitude.

- La réalité est qu'il a voulu me tuer certes, mais il n'a pas forcément choisi le mal. Il t'a quittée parce que, malgré ton amour pour lui, tu as cette rancœur en toi, ce déni que tu ne pourras jamais lui pardonner, il te connaît, il sait comment tu fonctionnes, plutôt que de continuer à se battre, il a préféré laisser tomber. En aucun cas tu ne dois te sentir responsable, Amanda, il a fait son choix, tu as fait le tien. Tu as enfreint une règle importante pour moi, je pense que c'est ce qui l'a chamboulé.

- Je ne voulais pas que tu te sacrifies pour moi !

- Me sacrifier ? Je voulais te sauver, il n'aurait plus eu à te tuer et vous auriez pu...

Elle ne comprenait donc pas mon geste, je ne pensais qu'à une seule chose quand Slevin m'avait offert ce choix, je voulais la sauver, lui permettre de retrouver celui qu'elle n'a cessé d'aimer. Lui rendre ce bonheur qu'on lui avait volé, la libérant de toute responsabilité, de toute culpabilité, mais visiblement, je l'avais heurtée en faisant cela.

- Nous aurions pu être ensemble ? Tu l'as dit toi, je suis incapable d'oublier ce qu'il a fait.

- Mais tu continues de l'aimer...

- Mais l'amour que j'avais autrefois n'est plus, aujourd'hui c'est différent, il fera toujours partie de moi, je ne peux le nier mais plus de la même manière qu'avant. Ce lien n'est plus aussi fort aujourd'hui, voilà pourquoi j'ai réussi à lui tenir tête et à parvenir à t'empêcher de faire une grosse bêtise.

- Pourquoi ? Tu aurais pu être avec lui...

A cette phrase, l'expression de son visage changea complètement, je pus y lire de la colère et de l'agacement, comme si elle essayait de me faire comprendre quelque chose que je m'obstinai à ne pas vouloir voir.

- Pour être avec lui ?

Cette fois, c'était beaucoup plus que de l'agacement.

- Je vais rentrer.

Elle me dépassa se rendant vers la porte fenêtre du living room qui était ouverte, mais je lui rattrapai le bras au passage, je ne voulais pas en rester là, je voulais des réponses aussi douloureuses puissent-elle être, je voulais savoir. Nos regards se croisèrent alors et ne se quittèrent plus comme cela le faisait pratiquement à chaque fois. La pluie se fit plus forte et un frisson tel de l'électricité me parcourut, comme la première fois dans la bibliothèque.

Je me noyai dans son regard, incapable de prononcer le moindre mot, cependant, je lui lâchai le bras pour ne pas rendre sa colère plus intense. Je lus alors dans ses yeux que cette colère se dissipait laissant place à l'étonnement. C'était maintenant ou jamais.

POV Amanda

Il lâcha mon bras, alors je me radoucis car je voyais bien dans son regard qu'il n'y avait aucune colère, il voulait seulement m'empêcher de partir pour finir cette conversation, afin de ne laisser aucune tension entre nous deux. Mais je n'étais pas sûre de vouloir ce genre de conversation là maintenant. Certes, la pluie continuait toujours de tomber donnant un air romantique à cette scène, comme dans une saison de One Tree Hill entre Brooke et Lucas, lorsque cette dernière lui avoue ne pas avoir confiance en ses sentiments, mais, à cet instant précis, je voulais une seule chose, dormir et tout oublier l'espace d'une nuit.

- Tu ne comprends donc pas mon geste ? Je ne pensais qu'à une seule chose lorsque Slevin m'a donné ce choix : te sauver. En te sauvant, je te permettais peut-être de retrouver celui que tu as toujours aimé, te rendre ce bonheur que l'on t'avait pris, t'enlevant toute responsabilité, toute culpabilité. Mais j'ai l'impression que cela t'a blessée.

Je pleurais toujours, car il ne comprenait pas.

- Peter, tu ne comprends pas. Ces responsabilités sont ce que je suis désormais et j'aime ce que je suis devenu, apprendre des choses, utiliser la magie... être avec toi. Ma culpabilité n'est plus celle qu'elle fut, ce poids sur ma conscience s'est évanoui le jour où j'ai su qu'il les avait tués. Même si je l'aurais voulu au plus profond de mon cœur, jamais je n'aurais pu t'abandonner et c'est le simple fait que tu puisses penser que j'en aurais été capable qui me fait mal. Tout le monde pense qu'un lien tellement fort nous unit que rien ne peut nous séparer, pourtant, tu étais sur le point de leur prouver le contraire. J'ai eu l'impression que tu voulais te débarrasser de moi.

- Amanda...

- Je suis fatiguée Peter, je veux rentrer.

- Attends ! Jamais je n'ai voulu t'éloigner de moi, j'ai cru que, plus que tout, tu voulais être avec lui parce que tu l'aimais. Voilà pourquoi j'ai accepté sa proposition, jamais je n'ai eu envie de t'éloigner de moi. Parce que ce que vous aviez vécu pendant toutes ces années, j'ai pensé que c'était plus fort que ce qui nous liait, j'ai donc cru bien faire.

- Tu avais tort. Même Slevin l'a compris, voilà pourquoi il a abandonné. Voilà pourquoi je ne lui ai jamais cédé. Certes, il y a eu ce moment dans la salle de bain mais, pas une seule fois, j'ai pensé à le rejoindre du côté du mal, pas une seule fois, je n'ai pensé à te trahir, à te laisser. Dans la phrase : tu es ma force, il y a un mot que tu ne comprends pas ?

Voilà c'était dit, je ne voulais pas que ça sorte mais trop tard, mon cœur avait parlé pour moi mais j'étais réellement épuisée, je voulais me coucher et ne plus parler de ça. Tout était devenu d'un compliqué en si peu de temps. Vive l'adolescence, déjà qu'en temps normal, c'est pas du tout facile mais alors là, être éprise d'un être mi-magique mi-humain remplaçant dans votre cœur l'amour de votre vie, j'eus l'impression de courir un marathon.

- Tout ce que tu as di devant le Conseil, jamais je ne pourrai le remettre en doute. Rien de tout ce que tu as pu dire ou faire depuis que je te connais d'ailleurs. J'ai seulement eu peur de te perdre, plutôt que devoir te considérer comme mon ennemie, j'ai voulu te simplifier la tâche.

- Sauf que tu me l'as compliquée.

- Je suis désolé, Amanda.

- La pluie va-t-elle cesser un jour ?

- Eh bien, c'est un des aspects de notre connexion. Comme cette espèce d'électricité, tu te souviens ? C'est une des conséquences de la spécificité de notre lien.

- En parlant de notre lien, on fait quoi maintenant ?

Nous venions d'éclaircir ce que l'on ressentait l'un pour l'autre mais nous devions savoir ce qu'il en était désormais, car son père nous l'avait bien fait comprendre, nous en devions pas être ensemble, cela risquerait d'affecter notre mission. Seulement, je suis désormais incapable de me retrouver loin de lui sans en ressentir un manque.

- Nous avons essayé tant bien que mal, de combattre ce lien sans rien n'y change. Laissons faire les choses nous verrons.

- Mais ton père...

- Je ne compte pas mettre de côté la mission, au contraire, ta protection est ce qui m'importe le plus Amanda. Demain nous reprendrons l'entrainement. Tu vas dormir dans la chambre rose, ici personne ne pourra entrer, je vais faire ce qu'il faut. Tu n'as pas le choix.

Il savait que j'allais décliner l'offre mais il ne m'en avait pas laissé le temps.

POV Slevin

J'avais pris tout mon temps pour rentrer dans ce bâtiment qu'il disait être notre maison. Lorsque je fus entré, aucun de mes futurs guerriers ne dit le moindre mot, la colère qui se lisait à travers les traits de mon visage était palpable, incontrôlable. Me dirigeant vers la cause de cette colère, je ne me rendis pas compte que les fenêtres tremblaient et que ceux qui se définissaient comme mes semblables étaient tapis dans l'ombre, à l'abri de ma fureur. J'ouvris la porte principale de cette grande pièce sombre éclairée par de faibles ampoules. Il se trouvait là, assis en plein milieu, comme si il m'attendait. Aucun mouvement de sa part, seul un léger rictus animait son visage ce qui m'agaça un peu plus. Les fenêtres continuèrent de trembler, les ampoules commençaient à scintiller se faisant faibles mais lui ne broncha pas.

- Es-tu réellement en colère contre moi Slevin ?

- La ferme ! Vous seul m'avez imposé ce plan, sachant fort bien qu'elle ferez tout pour le sauver. Vous m'avez manipulé !

- Et, à présent, tu prends conscience de tes pouvoirs.

- C'est ce que vous vouliez ?

- Oui et je voulais que tu réalises que, depuis le début, elle se fichait éperdument de toi. J'ai contrôlé la bête, le démon qui est en toi depuis le début.

- Je vous ai résisté !

Il resta d'autant plus calme, mais ma colère ne se dissipa pas pour autant. J'avais perdu la seule personne qui me permettait de garder mon humanité sur Terre par sa faute, parce qu'il ne supportait pas que je résiste à la transformation. Et, comme un lâche j'avais abandonné, préférant son bonheur à mon égoïsme.

- Certes, mais désormais, tu n'es plus aussi fort. Elle ne t'a pas choisi.

- Elle ne m'aurait pas choisi avec ce que j'ai fait, cependant elle serait toujours restée mon amie. Elle se serait battue pour moi.

- Mais, désormais, elle ne fera plus le moindre effort. Un combat épique Slevin et tu en seras le grand vainqueur, crois-moi, tu n'en feras qu'une seule et unique bouchée. Apprécie ce que je t'offre, la vie éternelle, le sang, le sexe, la gloire, la terreur. Tu peux être un démon unique et tellement d'autres en même temps. Je ne t'ai pas choisi au hasard. Depuis des décennies, notre Peuple, tout comme le leur, savait qui serait la plus grande Elue de tous les temps, il lui fallait un adversaire à sa taille, pour un combat majestueux.

- Tout comme pour vous avec la mère de Peter.

- Une histoire bien différente de la tienne. Rien ne nous unissait, contrairement à vous deux. L'amour que vous avez l'un pour l'autre sera la perte de l'un de vous et, bien évidemment, tu en seras le vainqueur. Je t'ai forcé à croire qu'elle pourrait te choisir pour rendre tes émotions plus fortes, amplifiant ainsi tes pouvoirs. Et je ne peux que me vanter. Tu fais trembler les fenêtres alors qu'il y a encore deux jours, tu ne voulais même pas tuer une pauvre petite souris. J'espère que tu as apprécié le peu d'humanité qu'il te restait ces deux dernières années car, bientôt, elles vont disparaître.

- Mensonge ! Criai-je de toute mon âme.

- Devine où elle est en ce moment... Dans ses bras, pas une seule pensée pour toi.

A cette idée, un bruit sourd retentit en dehors de la maison, alors je vis un éclair traverser le ciel illuminant chaque ombre que les arbres du jardin produisaient. La même rage que dans le manoir de Peter m'envahit, cette fois, aucune voix rassurante et apaisante pour m'aider à contrôler cette fureur qui circulait dans tout mon être. D'une vitesse incroyablement rapide, j'arrivais à côté d'Oraïa que je saisis par le cou. Mes doigts se resserrèrent contre sa trachée, son sourire ne disparut pas pour autant.

- Dans ses bras Slevin.

Sans même réfléchir, je le projetai contre le mur le plus loin, le rejoignant rapidement, puis d'un revers de la main, je le levai du sol le mettant ainsi debout face à moi, les pieds à quelques centimètres du parquet qui par le choc s'était fissuré.

Son regard était provoquant mais tout aussi distant, je ne savais pas comment l'interpréter. Il essaya de se débattre mais mon pouvoir l'empêcha de faire quoi que ce soit. Ma colère était la source de mon pouvoir voilà pourquoi, lorsqu'Amanda, m'avait éjecté avec son élément, je n'avais pas réagi, je n'étais pas en colère, seulement surpris, alors qu'une fois dans le manoir, ma jalousie s'était transformée rapidement en colère, faisant trembler les fenêtres. Désormais, c'était bien plus qu'un simple tremblement de fenêtres.

Alors, je vis son regard, je fus hors de moi. Il me montrait Amanda en train de faire l'amour avec Peter. D'un geste rapide et vide, je saisis de ma main droite son cœur, plongeant ainsi la moitié de mon bras dans sa poitrine, lui arrachant alors ce qui le maintenait dans ce monde. Les Destroyers ne sont pas humains, cependant lorsqu'ils se transforment, leur organe vital, c'est-à-dire le cœur, change aussi, devenant une matière tout à fait différente. Les muscles se contractent, la fluidité des vaisseaux sanguins ralentit, le faisant devenir plus rigide, n'ayant presque pas besoin de battement pour vivre. Voilà pourquoi se faire passer pour n'importe qui n'était pas un problème, leur métabolisme leur permettait de s'adapter à n'importe quel environnement.

Il tomba à terre, les yeux rivés sur moi, son sourire était beaucoup plus grand que lors de ces dernières secondes. Alors, à la douleur de mes tempes, à mes muscles qui se crispèrent, je compris. Tout n'était qu'un leurre, il m'avait testé, poussé à bout, voulant connaître mes limites et il avait réussi. Je tombai à genoux essayant de contrôler cette horrible douleur qui résonnait dans tout mon corps. La mutation que je venais de vous expliquer agissait, mon cœur rétrécissait, mes muscles se raidissaient, mon cerveau bouillonnait, le démon prenait le dessus.

Ma transformation avait commencé.