Chapitre 12 Une complicité hors du commun
Le froid de l'hiver nous saisissait tous. Debout, serrés les uns contre les autres pour essayer de nous réchauffer, nous luttions contre ce froid glacial qui tentait de transpercer nos peaux. Les larmes qui coulaient de nos joues auraient très bien pu se transformer en petits morceaux de glace ; de la fumée sortait de la bouche de plusieurs personnes lorsqu'ils expiraient l'air qui avait rempli leurs poumons durant quelques secondes.
Se tenant à ma droite, Emilie contrôlait tant bien que mal son chagrin, Shannon ressemblait à un ruisseau interminable, quant à moi, je restais figée ne prêtant aucune attention à mon nez qui coulait sans cesse. Je ne reniflais même pas. Mes yeux ne pouvaient quitter ce trou qui se trouvait à mes pieds, le coffret en bois ouvert sur le corps de mon meilleur ami, Mickaël.
Je me réveillai en sursaut sur mon lit dans la chambre rose, en nage, encore choquée par ce rêve ou plutôt ce cauchemar, mon cœur battait encore une vitesse démesurée. Peter se retrouva à mes côtés sans que j'y fasse attention, du moins les premières secondes, mon tatouage ne put s'empêcher de me rappeler mon lien avec mon protecteur. Il posa sa main sur la mienne, remplissant mon esprit d'un calme olympien, si bien que mon corps cessa de trembler sans que je fasse la moindre chose. Je ne pouvais le nier, ses dons de guérisseurs ou je ne sais quoi dans ce cas précis, je les appréciais énormément.
- Il va bien, ses blessures sont guéries.
- Je sais, mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir.
- Tu t'es débrouillée toute seule face à un des soldats d'Oraïa...
- Slevin !
- Quoi ? Me demanda-t-il décontenancé.
- Il s'est transformé.
- Voilà qui explique les éclairs d'avant-hier.
- Je vais aller voir Mickaël.
Je sortis du lit sans lui laisser dire le moindre mot, et quittai du manoir presque en courant. Voir mon meilleur ami était indispensable, je voulais m'assurer que tout allait bien, malgré les paroles de Peter. Je me devais de soulager ma conscience. Fort heureusement pour moi, mon protecteur leur avait effacé le souvenir de mes super pouvoirs et du véritable visage de notre agresseur. Un homme malade qui s'était échappé de l'hôpital, tel fut l'histoire la plus crédible que nous pouvions mettre en place. Pour cela, Peter fut obligé de guérir les plus grosses blessures seulement ; ainsi Emilie avait gardé une légère bosse sur la tête, Shannon avait une entorse au majeur de la main gauche mais n'avait plus aucune douleur à la tête ni dans le dos, quant à Mickaël, les blessures à son torse furent difficiles à guérir, Peter a dû faire appel à l'un des guérisseurs de son Royaume, il ne pouvait cependant pas le soulager de ses douleurs intercostales.
Ce fut la maman de Mickaël qui m'ouvrit la porte de cette grande maison ; contente de me voir, elle me prit dans ses bras.
- Ils sont dans le séjour.
- Ils ?
- Tu te doutes bien que Shannon et Emilie ne quittent plus la maison. D'ailleurs, ils attendaient ta visite...
- Devant une grande tasse de café.
Nous rîmes de bon cœur, ce qui me fit beaucoup de bien. Elle se déplaça légèrement afin de me laisser passer et je me dirigeai vers le séjour. Une pièce immense et lumineuse se présentait à moi, les rayons du soleil éclairaient chaque recoin ne laissant aucun coin d'ombre possible. Mes amis étaient assis sur le grand canapé qui se situait en plein milieu, une tasse de café dans leur à la main. Emilie sauta de là où elle était installée lorsqu'elle m'aperçut, manquant de renverser le contenu de sa tasse à moitié pleine. Shannon me sourit chaleureusement. Mickaël ne fit pas l'effort de se lever, le moindre mouvement trop brusque pouvait lui être très douloureux. Je fis un pas en sa direction une fois après avoir salué mes deux amies et il m'accueillit aussi chaleureusement que sa petite-amie quelques minutes auparavant, se forçant à ne pas plisser le front au moindre éclat de douleur. Je fus soulagé de voir que, malgré quelques séquelles, ils allaient pour le mieux.
- Vous êtes là depuis longtemps ?
- Une demi-heure, me répondit ma meilleure amie.
- Je ne me suis pas trop fait attendre alors...
- Tu es pile dans les temps. Tu aurais juste pu te coiffer...
Ils rirent.
- Désolée, en fait cela ne fait pas longtemps que je suis levée.
- Comment va ton dos ? Me demanda Mickaël.
Mon dos, j'avais presque oublié que c'était ma seule blessure, du moins à leur yeux, car bien entendu, Peter m'avait complètement guérie, cependant, je ne pouvais pas apparaître devant eux petant la forme alors que eux qu'ils étaient encore un peu mal en point. Encore un mensonge mais pour dans leur intérêt, je ne pouvais faire autrement.
- J'ai encore mal mais moins que la veille. Disons que je supporte la douleur... mieux que toi.
- Quand je ne bouge pas ou que je ne suis pas plié de rire par les bêtises d'Emy, la douleur est supportable.
Notre amie lui tira la langue, ce qui m'amusa.
- Emy, tu ne ménages pas Mickaël en faisant le clown ou alors ce sont tes neurones qui ont du mal à se connecter.
- Pfff, tu es jalouse parce que j'ai plus de classe que toi en tant que clown.
Ce fut à mon tour de lui tirer la langue.
Il faut le reconnaître, je suis une humoriste pitoyable, par contre elle, lorsqu'il s'agit de faire rire la galerie, elle est excellente. Slevin adorait la voir imiter Mickael dans ses longs débats sur la France.
Slevin...
Je chassai ce prénom de mon esprit, je restai concentrée sur le moment présent, profitant de la bonne compagnie de mes amis. Une journée qui, j'en suis sûre, sera bien meilleure que celle d'il y a deux jours.
La journée passa à une de ses vitesses que j'eus l'impression de ne pas avoir profité autant que je l'aurais voulu et, pourtant, l'après-midi avait été bien rempli. Après avoir regardé un dvd d'une comédie romantique, nous avions fait un petit tour dans l'immense jardin de la propriété pour profiter du paysage neigeux et du soleil, Mickael dans un fauteuil roulant que nous dirigions avec beaucoup de mal, nous avions beaucoup parlé de ce qu'il s'était passé deux jours auparavant pour ne pas rester choqués par l'évènement, et puis, en général, dans les films, ils conseillaient de parler à un psychologue, eh bien, nous avions fait notre propre thérapie cet après-midi, ce qui nous avait fait beaucoup de bien. Mais chaque bonne chose avait une fin toutefois, Emy devait rentrer chez elle, quant à moi, je savais que je devais aller m'entraîner car Peter ne me laisserait pas souffler un instant après ce que j'avais vécu dans le parc. Cependant, laisser mes amis après un tel moment fut vraiment difficile.
Il était presque dix-huit heures quand nous dûmes nous séparer, nous nous retrouvâmes sur le seuil de la porte de la maison, pour se dire au revoir, quand la mère de Mickaël nous interpella.
- J'ai une idée, pourquoi ne viendriez-vous pas passer le réveillon de Noël avec nous ?
- Euh... vous êtes sûr ? Demandai-je, surprise.
- Vous êtes amis depuis pratiquement votre naissance et la dernière fois que nous avons fait ce genre de réunion date d'une dizaine d'années, il serait temps de remettre le couvert, vous ne croyez pas ?
- Je trouve que c'est une super idée ! Dit Mickaël, toujours dans son fauteuil roulant.
- Eh bien, rendez-vous le vingt-quatre vers dix-huit heures.
- Aucun souci, merci beaucoup pour cette invitation, répondit Emilie.
Nous leur tournâmes le dos pour prendre le chemin du retour.
- Oh Amanda, Peter ainsi que sa sœur sont conviés à cette soirée.
Je ne sus quoi répondre, j'étais sidérée qu'elle ait pensé à les inviter, cela ne pouvait être que la faute de Mickael qui avait dû parler de ses deux personnes à ses parents et qui, par conséquent, mourraient d'envie de les connaître.
- Je n'ai pas eu le temps de le leur proposer, lorsqu'ils sont venus voir Mickael hier après-midi.
Tout s'expliquait.
- Pas de souci, je leur dirai, mais vous savez je pense qu'ils voudront partager ce moment avec leur famille.
- Ça ne coûte rien de leur proposer...
- Je lui en parlerai, promis.
Cette fois, nous sortîmes de la maison avec mon amie, pour chacune reprendre le chemin de notre domicile.
- Tu vois, nous ne sommes pas les seuls à tomber sous le charme de Peter...
- Et c'est reparti...
- Non t'inquiète, j'ai bien compris que tu ne voulais pas en parler, mais tu ne peux pas nier qu'il y a quelque chose !
- Je n'ai jamais nié, juste comme tu le dis si bien, je ne veux pas en parler.
- Je le savais, je le savais !
Je la regardai avec ce regard qui en disait long sur le fait qu'elle n'avait aucune raison de s'exciter autant, mais c'était sans compter sur son envie de fouiner pour avoir la moindre information.
- D'accord je me calme, mais tu ne pourras pas tout me cacher.
- Eh bien si car je compte avoir mon jardin secret cette fois !
- Pffff, même pas drôle.
- Cette fois, j'y vais.
- On se voit au réveillon qui est dans trois jours.
- Ca marche. Trois jours de tranquillité, le top !
Elle me tira la langue et partit dans sa propre direction.
Je pris celle du manoir, je me doutais bien que rentrer chez moi ne servirait à rien, puisque Peter voudrait que l'on s'entraîne et puis, j'étais partie comme une fugitive, il fallait que j'y retourne pour m'excuser même si je savais qu'il comprendrait... du moins, je l'espère !
J'arrivai au manoir presque en reculant, je ne sais pas pourquoi mais je redoutais ce moment, croiser son regard dénué de reproche ou de compréhension, je ne savais pas trop à quoi m'attendre, mais je redoutais une certaine tension dont je me serais bien passée. J'allais sonner à la porte lorqu'elle celle-ci s'ouvrit sur Maya.
- Amanda !
- Salut.
- Ta journée s'est bien passée ?
- Oui, c'était super.
- Comment va Mickael ?
- Par rapport à hier tu veux dire ?
Elle sourit.
- Oui.
- Il souffre toujours au niveau de ses côtes mais n'a pas perdu son humour donc je pense qu'il va bien.
- Bonne nouvelle.
- C'est sûr, je suis soulagée.
- Je dois y aller. Peter est dans la bibliothèque. Il se défoule !
- Il est fâché...
- Je ne dirais pas ça. On se voit plus tard, il faut que j'y aille.
Maya sortit de la maison sans m'en dire plus et courut dans une direction opposée à celle d'où je venais. Je pris mon courage à deux mains et entrai dans le manoir qui semblait vide, tellement le calme y régnait. Je déposai mon sac au pied de l'escalier géant et me rendis à l'étage pour aller à la bibliothèque.
A peine arrivée à l'étage, je vis la lueur passer sous la porte, son tatouage s'anima et je sentis le mien en faire autant mais aussi intensément qu'à son habitude. J'ouvris la porte doucement et je le vis, au milieu de la pièce, légèrement en sueur mais pas suffisamment pour en dégager une odeur désagréable. Il se déplaçait avec une telle grâce et avec tant de légèreté que pendant une seconde je me demandais s'il ne flottait pas dans les airs, ses mains se déplaçaient de la gauche vers la droite, en faisant des tous petits cercles, puis elles se posèrent sur une espèce de poutre sur laquelle il se maintient en équilibre, les jambes droites levées vers le plafond. Lorsqu'il arrêta cet exercice ? et que ses pieds touchèrent à nouveau le sol, il fit un demi-tour et se retrouva face à moi. Il s'arrêta net en me voyant.
- Je ne t'avais pas entendue.
- Je ne voulais pas te déranger.
- Tu ne me déranges pas. J'avais senti ta présence mais pas dans cette pièce, d'où ma surprise.
- Je peux retourner en bas, si tu le souhaites.
- Non, j'ai fini de toute façon.
Sa voix n'était pas distante, contrairement à ce que je m'attendais, son regard n'était pas froid non plus mais chaleureux. Il ne m'en voulait pas d'être partie comme ça, ce matin, ou alors il le cachait très bien. Il prit la serviette qui se trouvait sur l'échelle puis s'épongea le visage et son torse. Son torse, je n'avais même pas fait attention tant j'étais captivée par ses mouvements, je n'avais pas fait attention au fait qu'il était torse nu. Il était musclé, pas trop mais suffisamment pour former un petit triangle à la limite de son pantalon de sport, l'arrondi de ses épaules était parfaitement dessiné, quant à ses abdominaux, on ne pouvait pas les rater. Je changeai mon regard de direction, ne voulant pas passer pour je ne sais quoi et le regardai dans les yeux de nouveau. Il but une gorgée d'eau et se dirigea vers moi.
- Comment va Mickael ?
- Un peu mieux que quand tu l'as vu hier, lui dis-je avec un sourire taquin.
- Tant mieux.
- Oui. Et c'est un miracle, il ne se plaint même pas !
- Tu es rassurée ?
Cette fois, la gêne m'envahit, je crus déceler une sorte d'accusation dans cette question et ne savais comment aborder la réponse.
- Amanda ?
- Quoi ?
- Tu es partie loin dis donc...
- Désolée.
- Alors, tu es rassurée ?
Sa voix était plus légère.
- Oui, je le suis.
- Voilà une bonne chose.
- Merci, de les avoir soignés et faits oublier.
- Ca fait partie de mon boulot.
- Merci quand même.
Je ne quittais pas mes yeux des siens, ce moment était particulier, il savait que je lui étais extrêmement reconnaissante d'avoir sauvé mes amis, ce qui me reste de ma vraie vie et cela n'avait pas de prix. Certes, il l'avait fait parce que c'est son devoir, mais il aurait très bien pu me dire de le emmener à l'hôpital, devant laisser faire les choses, ne devant pas intervenir ce pour quoi la nature est faite, mais perdre Mickael m'était impossible et lorsque je lui avais amené mon ami, je pense qu'il avait bien compris que je comptais sur lui pour le sauver.
Mon tatouage me démangea et c'était dur de ne pas y prêter attention, cependant l'intensité de cet échange silencieux me permit de ne pas trop y penser. J'avais envie de lui demander quelque chose mais, ne voulant pas gâcher cet instant, je m'abstins encore quelques secondes puis, voulant être sûr, je posai ma question.
- Tu n'es pas fâché ?
Il recula de quelques millimètres, surpris par ma question.
- Fâché ?
- Que je sois partie comme une fugitive, que je n'ai pas voulu t'écouter, il y a deux jours.
- Non ! Amanda, je t'avais avertie du danger potentiel cependant, je ne vais pas t'emprisonner et t'empêcher de vivre ta vie parce que tu risques, à tout moment, de croiser un de nos ennemis. Pour ce matin, tu étais inquiète, aucune de mes paroles ne t'auraient rassurée, donc...
- Merci.
- Je n'ai rien fait.
- Merci d'être aussi compréhensif et patient avec moi.
Cette fois encore, un ange passa, il aurait pu arriver n'importe quoi aux alentours, je ne suis pas sûre qu'on y aurait prêté attention, nous étions dans notre bulle, connectés comme à chaque fois. Il s'était de nouveau rapproché, c'est l'impression que j'ai eu en tout cas et mon tatouage était à la limite de me brûler. Je sentis le contact de sa peau sur ma main mais je ne réagis pas, je ne pouvais faire le moindre mouvement, j'étais trop par captivé par ce changement aléatoire de couleur dans ses yeux, c'était fascinant et l'expression de son regard remplit mon corps de cette chaleur dont on rêve l'hiver, lorsque l'on a froid. Sa main tenait la mienne à présent, il fit un nouveau pas vers moi, je ne reculai pas, j'étais comme figée dans l'espace-temps.
- Amanda...
- Quoi ?
- Je vais faire quelque chose que je ne devrais sûrement pas faire mais je veux essayer et j'en ai envie.
- C'est quoi ?
Au début, je pensais qu'il parlait d'un nouvel entraînement ou je ne sais quoi puis, je vis son visage se rapprocher doucement du mien, et je compris ce dont il parlait. Je ne reculai pas car je savais, au fond de moi, que ce moment devait arriver et que je l'attendais depuis le début, sauf que je ne voulais pas me l'avouer, cependant la pseudo interdiction venait de plus haut. Le cœur a ses raisons que la raison ignore.
Ses lèvres vinrent doucement à la rencontre des miennes, une douceur incomparable et d'une chaleur si intense que je dus me concentrer pour ne pas tomber à la renverse, cela me donna un tel vertige que je crus que j'allais faire un malaise. L'atmosphère de la pièce avait totalement changé, c'était électrique, nous étions électriques. Mon tatouage ressemblait à de l'acide brûlant ma peau mais je n'y prêtai guère attention, il serra son étreinte et mes mains vinrent se joindre sur son cou, caressant furtivement ses cheveux. Il ne fit aucun geste déplacé, sa main ne lâchait pas la mienne alors que l'autre venait tendrement caresser mon visage. Je sentis comme du courant me traverser de la tête jusqu'au bout de mes orteils et je compris que ce fut la même chose pour lui car il tressaillit légèrement, mais ne rompit pas le baiser. J'ouvris alors les yeux doucement, ne voulant pas briser cet instant magique et je vis tout autour de nous, comme si nous étions dans une bulle, des faisceaux lumineux éclairer la pièce, comme des petits filaments d'une ampoule. Puis cela se calma, tout comme son étreinte qu'il relâcha gentiment et affectueusement, tout en continuant de me tenir la main. Ses yeux s'ouvrir sur les miens et il stoppa le baiser sans cesser de me regarder. Alors, il contempla à son tour ce qui se passait autour de nous et fut surpris de l'attraction qui pouvait se passer lorsque nous étions réunis.
Il me sourit.
- On va se faire taper sur les doigts ? Lui demandai-je avec une petite voix, telle une enfant prise en train de faire une bêtise.
- Je ne sais pas. Tant que nous continuons sérieusement ce pour quoi nous avons été créés j'ai envie de dire, je ne pense pas que cela posera problème.
- De toute façon, le mal est fait comme on dit.
Nous partîmes dans un petit rire amusé avant de nous regarder à nouveau.
- C'est ça que tu voulais voir, si on allait provoquer les membres de ton peuple ?
- Non pas vraiment, quoique, si mon père avait vraiment quelque chose à me dire, il serait déjà devant nous. En fait, je voulais vraiment t'embrasser et savoir quelle réaction cela engendrerait étant donné l'activité de nos tatouages, lorsque nous sommes ensemble.
- Eh bien, cela répond à ton interrogation.
- En effet.
Mon tatouage ne me gênait plus désormais, sa main toujours dans la mienne, nous descendîmes dans la cuisine où il allait nous préparer un petit repas avant un nouvel entraînement.
POV Slevin
Cela faisait presque trois jours révolus que j'étais le nouveau roi du royaume des Destroyers. Oraïa, ex Maître de ce royaume se trouvait toujours dans un état comateux sur son lit de mort, si l'on peut dire. Ses sous-fifres m'obéissaient au doigt et à l'oeil, ils n'avaient pas vraiment le choix. En réalité, Sirk m'avait avoué qu'ils me craignaient depuis que j'avais arraché le cœur de leur ancien maître, ce qui était tout simplement parfait car je n'aurais pas besoin de me battre pour faire valoir mon autorité. La punition que j'avais infligée à l'un de mes sbires avait elle aussi plaidé en ma faveur, en étant allé à l'encontre d'un de mes ordres, un des Destroyer avait failli mettre mon plan à l'eau cependant, il n'avait pas tué les amis d'Amanda, ce qui était le plus important, ils étaient seulement blessés, suffisamment pour l'affaiblir et la faire culpabiliser à souhait. Or, j'avais ordonné que, pour le moment, aucun de nous ne devait apparaître en public sous quelle forme que ce soit et pour avoir désobéi à cet ordre, alors pour faire comprendre que chacun me devait le respect dans n'importe quel cas, je pris ce petit arrogant pour exemple en lui infligeant un coup d'épée dans le cœur sans aucune formule magique, ce qui ne le tua pas mais le fit horriblement souffrir. Il avait bien entendu interdiction d'enlever cette épée tant que je ne lui en aurais pas donné l'ordre, bien entendu, cet ordre ne viendrait jamais, ils le savaient tous fort bien.
Ainsi Peter avait réussi à trouver un subterfuge pour de nouveau cacher la vérité à Mickael, Emilie et cette Shannon, je m'y étais bien entendu attendu mais j'aurais cru la tâche beaucoup plus difficile. Mais c'était sans compter sur l'intelligence et le savoir-faire de mon ennemi, bien entendu, ma chère Amanda, n'en serait que peu fière et ne cesserait jamais assez de le remercier, d'avoir une nouvelle fois épargné ses amis de la triste vérité.
Nous approchions des fêtes de fin d'année dans ce monde qui, autrefois, fut le mien, et je me doutais que ce serait festif pour eux mais difficilement désormais ce qui, je dois l'admettre, n'est pas pour me déplaire. Cela a entravé quelque peu mon plan d'attaque futur mais pas suffisamment pour que je ne le mène pas à bien. Ce que je préparais serait apocalyptiquement fascinant et grandiose, jouissif en tout point de vue, aucun d'eux n'était au bout de leur peine.
Perdu dans mes pensées, la douleur me surprit, si bien que j'en tombais à terre, les genoux en premier recroquevillé sur moi même, mes mains croisées sur mon cœur qui me faisait horriblement mal, mes yeux me brulèrent et alors je les vis, leurs mains l'une dans l'autre, leur lèvres collées et leur visage paisible : ils s'embrassaient.
Pourquoi cette vision, pourquoi cette douleur ?
Je ne comprenais pas pourquoi mon corps me faisait ressentir une telle souffrance, je n'étais plus humain, cette idiote d'âme s'était envolée il y a trois jours, alors pourquoi j'avais ces effets là ? La douleur se dissipa et je pus me relever, je vis alors Sirk, mon ami devant moi attendant une réaction de ma part, je suppose.
- Tu n'es pas un Maître ordinaire, Slevin.
- Que... que veux-tu dire ?
- Ton humanité s'est évaporée il y a trois jours, cependant, tu as été humain pendant plus de vingt ans, tu ne peux pas demander à ton esprit démoniaque de tout effacer du jour au lendemain. Ton lien, cette relation avec l'Elue est un lien exceptionnel, jamais connu auparavant, ainsi que le lien qu'elle entretient avec son protecteur. Cet espèce de connexion qui existe entre vous est quelque chose d'unique, ton corps ne peut rien y changer, tu as beau avoir renoncé à ton humanité, peut-être qu'une partie de toi n'a pas renoncé à elle.
- C'est un affront à ma nouvelle nature !
- Laisse-toi juste le temps.
- Comment me laisser le temps alors que je peux sentir son goût répugnant de demi-mortel sur les lèvres.
- Bientôt, tu mettras un terme à tout cela. Tes nouvelles fonctions sont toutes autres désormais, tu sauras gérer cette... crise, tel un véritable maître.
- Parce que c'est ma destiné...
- Oui.
- Tu voulais quelque chose en particulier ?
- Non, m'assurer que ta colère avait disparu.
- Oui, mon plan n'ayant pas été entravé, j'accorde ma clémence mais ce sera l'unique fois. Aucun d'entre vous, même toi, ne devez aller à l'encontre de ce que je vous ordonne ou votre sentence sera des plus dramatiques et douloureuses.
- Cela va de soit.
- Bien. Laissons-les se remettre doucement de cet épisode et passer des fêtes de noël des plus banales, afin de leur donner l'impression que la vie a retrouvé son cours normal, nous agirons bientôt, très bientôt !
- A vos ordres.
A nouveau seul, je réfléchissais à ce que mon interlocuteur venait de me dire. Tout cela me semblait insensé pourtant, la moindre de ses paroles avaient sonné comme une vérité dans ma tête et il fallait à tout prix que ce lien se coupe une bonne fois pour toute, m'évitant ainsi pareille douleur accompagnée de ces nausées affreuses. Si un lien continuait de persister, cela rendrait ma mission de la tuer plus que difficile et nous perdrions, ce qui n'est pas acceptable, ni envisageable.
Sans donner la moindre information aux membres de mon royaume, je sortis de cette énorme bâtisse cachée au beau milieu de la forêt très dense et me rendis là où je souhaitais aller ces derniers jours, mon plan commencerait aujourd'hui, j'allais en débuter la première phase.
POV Amanda
Nous étions à deux jours de ce fameux réveillon de noël auquel nous étions tous invités à venir partager ce petit moment familial, dans la magnifique demeure où vivait Mickaël depuis ses premières secondes dans ce monde de fous. Depuis notre baiser qui datait de quelques heures désormais, Peter et moi n'avions pas retenté l'expérience, trop accaparés à intensifier mes entrainements. Voilà presque trois heures que je suais corps et âme dans cette immense bibliothèque, je crus que mes jambes allaient se dérober sous mes efforts mais elles tenaient bon, jusqu'à quand je ne sais pas mais, pour le moment, elles tenaient le coup.
J'avais appris un mouvement qui me permettait de me déplacer comme un fantôme, lévitant dans les airs sauf qu'au lieu de parcourir des mètres et des mètres, je ne dépassais pas les quelques centimètres qui me distançaient de mon adversaire. Peter avait tenu à ce que je le refasse plusieurs fois, pour que je le métrise suffisamment, pour qu'en cas de combat, je l'utilise de façon plus adaptée. Je n'étais pas tant convaincu par mon agilité sur ce coup là mais lui était persuadé que je serais douée pour flanquer un bon coup de pied dans le nez de mon ennemi au moment venu.
Le maniement de l'épée fut beaucoup plus simple et plus agréable, bien que, selon la façon dont elles ont été forgées, leur poids variaient mais étant dotée de super pouvoirs, cela ne devait pas devenir un obstacle ; cependant frapper un ennemi lorsqu'il se déplace à la vitesse de la lumière n'était pas chose aisée et j'avais passé la dernière heure à perfectionner ce petit détail. Mais ce n'était pas assez pour Peter qui voulait absolument continuer l'entraînement, or, j'étais épuisée et je mourrais de faim. Parfois, on pourrait croire qu'il oublie le fait que je suis cent pour cent humaine contrairement à lui.
- Vous allez peut-être manger quelque chose, intervint Maya sur le seuil de la porte.
- Nous mangerons plus tard, nous devons continuer.
- Peter, il est plus de vingt et une heure, faites une pause.
- Slevin ne fera aucune pause, lui, quand il décidera de la tuer.
- C'est pas en me faisant mourir de faim et, par conséquent, ne pas renflouer ma masse musculaire qui meurt de faim que je serai plus forte et efficace pour le tuer.
- Elle n'a pas tort.
- Tu es toujours de son côté, de toute façon.
- Pas toujours mais tu oublies une chose essentielle, Peter.
- Laquelle ?
- Elle n'est qu'à moitié magique.
- Et toc, monsieur !
Je lui tirai la langue ce qui était très puérile je vous l'avoue mais cela le fit tout de même sourire.
- Pardonnez mon manque de savoir-vivre, gente dame. Il est vrai que j'ai tendance à oublier que tu es totalement humaine.
- Oui mais une humaine dotée de pouvoirs et capable de botter les fesses si elle le souhaite.
- Crois-tu vraiment que tu puisses me battre ?
- Un jour, Peter je te mettrai au tapis, tu verras.
Maya riait aux larmes tant nous étions ridicules dans cette mise en scène, on aurait cru deux gamins en cours de récréation, se battant pour des billes.
- Dépêchez-vous, ça va être froid.
- Tu as fait quoi de bon ? Lui demandai-je en la rejoignant, après avoir posé mon épée juste à côté de la plus grande étagère de la pièce.
- Que des choses bonnes pour une humaine.
- Oh c'est bon, tu vas pas t'y mettre toi non plus.
- Promis, je me moque plus.
Mon amie fit exprès de prendre son temps entre chaque plat, de façon à ce que le dîner dure assez longtemps pour qu'il soit tard et que je puisse aller me coucher. Bien sûr, son frère ne fut pas dupe et avait fort bien compris le petit stratagème de sa sœur, cependant, il dut admettre que lui aussi était fatigué et qu'il souhaitait se coucher. Le lendemain serait notre dernière journée studieuse avant les fêtes et il était prévu de m'emmener dans cette institut herboristerie, afin de m'apprendre à distinguer les épices, les plantes médicinales, de façon à pouvoir préparer des infusions, comme celle que j'avais faites avec ses indications pour ses douleurs dans le dos.
L'eau du puits était fraîche et d'une clarté incomparable. Le soleil était au zénith, si bien que la chaleur qui se déposait sur ma peau agissait tel un chauffage en plein hiver, cependant, cela ne devenait étouffant, comme si c'était les flammes de l'enfer qui me brûlaient. Je buvais plus que nécessaire de peur de me déshydrater, ma gorge était sèche, ma peau craquelait de tous les côtés à cause des brûlures que provoquait cette boule de feu jaune aux rayons infinis s'élevant dans le ciel bleu. Sentant une présence derrière moi, je me retournai pour me retrouver face à ses yeux ambre virant parfois au mauve. Ses bras me saisirent doucement mais suffisamment fort pour m'empêcher de me libérer de cette étreinte ; me soulevant à quelques millimètres du sol, il me fit basculer en arrière, le néant s'empara de moi, sans que je puisse faire quoi que ce soit, et sans pouvoir intercepter la moindre prise, je tombai comme une plume dans les airs vers le fin fond de ce puits infiniment profond. Lorsque je fermai les yeux, mon corps fit un "floc" dans l'eau claire que j'avais bue quelques minutes auparavant ; or, sa texture n'était plus celle que j'avais eu le plaisir de goûter, à présent, elle était plus compacte, tout en restant liquide, poisseuse même, avec une légère odeur de rouille. Horrifiée par ce que je venais de comprendre, je cherchai à sortir de cette mare gluante qui me donnait la nausée sachant parfaitement que mes vêtements resteraient tâchés et que je mettrais des jours à rendre mes cheveux propres. Du sang, voilà dans quoi j'étais en train de baigner, le fléau de l'enfer, cadeau de l'ex amour de ma vie.
En nage, je me réveillai, mon cœur battant la chamade que je réussis à calmer après quelques inspirations et expirations. Regardant mon réveil, je vis qu'il était huit heures du matin et je savais que je ne réussirais pas à me rendormir, qui plus est, dormir à nouveau pour me lever dans une heure trente ne servirait pas à grand-chose, si ce n'est de prendre le risque de chopper un douloureux mal de tête. Je sortis mes pieds hors du lit, tout en m'étirant puis je me dirigeai vers la salle de bain qui était disponible. La chambre de Peter était fermée donc je ne savais pas trop s'il était réveillé ; quant à Maya, elle était rentrée auprès de son père afin de mettre au point une nouvelle mission.
La douche avait calmé la tension qui émanait de mon corps, me permettant de me diriger plus sereinement dans la chambre rose pour y retrouver le sac que j'avais apporté quelques jours auparavant qui me servirait de dressing, pour les fois où je resterai tard à cause des entrainements. Regardant par la fenêtre, je compris qu'il ne faisait pas très chaud dehors et m'emparai d'un jean bleu foncé accompagné d'un débardeur bleu marine et, pour finir, un pull en cachemire d'un bleu très pâle. Une fois vêtue convenablement, je mis mes converses bleu jean pour accompagner mes vêtements et me rendis au rez-de-chaussée, en direction de la cuisine où Peter se trouvait déjà, ce qui, au final, ne me surprit pas tant que ça.
- Comment vas-tu ?
- Bien et toi ?
- Disons que j'ai mieux dormi que toi.
Mon rêve, j'avais oublié qu'il pouvait voir certaines choses sans que je puisse le contrôler, bizarrement, cette fois, il n'était pas intervenu en plein milieu.
- Mon rêve, oui...
- T'es sure que ça va ?
- Oui, oui, je suis sure, c'est juste que je n'y avais pas pensé depuis que j'ai ouvert les yeux.
- Je vois.
- Tu as vu mon rêve et tu n'es pas intervenu ?
- Parce que je ne t'ai pas sentie tant en panique que cela.
- Ah bon ?
- Oui, en fait, la façon dont j'ai interprété ton rêve te rendait dénuée de toute émotion.
- Génial, je deviens un robot !
- Non, pas un robot, seulement je pense qu'avec les derniers évènements tu es moins réceptive aux pseudos attaques de Slevin.
- Et c'est bon ou mauvais signe ?
- Pour moi, c'est bon signe car, si tu ressens un tel détachement en ce qui le concerne, peut-être qu'il te sera plus facile...
- De le tuer ?
- Oui.
Cela était-il vrai, suis-je empreinte à une lassitude le concernant lui et toute cette histoire, si bien que le tuer me deviendrait alors beaucoup plus facile ?
- Ce regard, son visage que j'ai vu dans mon rêve... c'est lui, maintenant ? Je veux dire il ressemble à ça ?
- Eh bien, je serais tenté de dire que oui, mais comment en avoir la certitude ?
- Nous le saurons bien assez tôt, je pense.
- Amanda, c'est la première fois que tu rêves de lui depuis les derniers évènements, tu es sûre que ça va ?
- Je vais bien je t'assure. A quelle heure allons-nous à l'institut ?
- Après le petit-déjeuner, je ne voudrais pas encore me faire gronder par ton estomac.
Il me sourit si chaleureusement que je n'eus qu'une envie, me blottir dans ses bras pourtant, je ne savais pas trop si cela était approprié avec tous ses yeux qui nous guettaient dans l'autre Royaume, cependant, n'écoutant que mon cœur, je fis un pas vers lui, puis un autre, à son regard je vis qu'il s'interrogeait sur ce que je faisais, me retrouvant tout près de lui, j'ouvris mes bras et les passai autour de son cou, les refermant pour le garder dans mon étreinte. Une étreinte qu'il ne perdit pas de temps à me rendre, me serrant à son tour dans ses bras. Je ne prêtais pas attention à mon tatouage qui commençait légèrement à me chatouiller le bas de mon dos.
- Merci, lui murmurai-je au creux de l'oreille.
- Pour ?
- Pour tout !
Inutile de détailler ce à quoi je faisais référence, il l'avait très bien compris et resserra encore plus son étreinte qui me réchauffait le cœur.
La matinée était passée vraiment très vite, les minutes avaient défilé à une telle vitesse que, lorsqu'il fut l'heure de déjeuner, j'eus du mal à y croire. Il faut dire que nous n'avions pas perdu une minute pour me plonger dans les facultés de chaque plante médicinale que je voyais et qui paraissait indispensable en cas de blessure d'un destroyer ou de je ne sais quel monstre qui puisse exister sur cette planète. Un aspirine n'avait pas une grande performance. Captivée par chacune des plantes que j'avais pues voir, retenir leur capacité n'était pas si compliqué que je le pensais, je me devrais juste de ne pas me tromper lorsque je devrais en faire usage, certaines se ressemblent tellement...
J'ai pu apprendre que la menthe fraîche avait des effets anesthésiant, que l'ail ainsi que le basilic, le mil et encore une fois ma menthe fraîche sont de redoutables antiseptiques, idéals lors d'une blessure. D'autres plantes étaient bénéfiques lors de douleurs musculaires ou inflammatoires. Tant d'information à retenir que mon ventre dû crier famine à un moment donné. Peter estimait que j'en avais assez vu ces derniers jours et mis donc fin à cette séance botaniste plus tôt que prévu, ce qui me permit de souffler un peu. Il me demanda si je voulais faire quelque chose de particulier l'après-midi même et je lui avouai, qu'en fin de journée, je devais rejoindre Emilie pour trouver un cadeau pour Mickaël mais que, jusque là, je n'avais rien à faire. Alors il me prit par la main et me demanda de le suivre sans poser la moindre question, ce que je fis sans hésiter. Au bout de quinze minutes de voiture, nous arrivâmes devant ce grand bâtiment que je connaissais fort bien pour y avoir mis les pieds tous les hivers de mon enfance avec mes parents : la patinoire. Ce souvenir me réchauffa le cœur, tout créant un petit pincement de nostalgie, depuis leur mort, je n'avais pas remis un pied dans ce lieu public que j'avais tant aimé, et aujourd'hui, Peter me demandait d'y aller de nouveau. Savait-il ce que cela représentait pour moi ?
- Qu'est-ce qu'on fait ici ?
- On va patiner.
- Peter...
- Amanda, cela fait des mois que je t'apprends des choses que je sais, aujourd'hui, je te demande de m'apprendre quelque chose que tu sais faire et dont j'ignore absolument tout.
- Tu ne sais pas patiner ?
- Non.
J'eus un sourire taquin sur mes lèvres, c'était trop mignon.
- On ne se moque pas.
- Désolée, mais pour une fois j'excelle dans quelque chose inconnu à tes yeux, c'est jouissif.
- Profite alors parce que, quand je serais devenu pro, tu feras moins la maline.
- Comment tu sais ?
- De quoi ?
- Que je sais patiner ?
- Euh... Maya m'a dit avoir vu une photo de tes parents et toi, lorsqu'elle était venue te voir un soir...
- Oh !
- Mais nous ne sommes pas obligés, je suis désolé, je ne pensais pas que...
- Allons-y.
- Non, je ne veux pas que ce soit quelque chose qui te réveille des souvenirs trop douloureux. J'aurais dû y penser, je suis désolé...
- Peter, ces souvenirs ne sont pas douloureux, ce sont de super souvenirs et je me ferai un plaisir de t'apprendre à patiner. Pour une fois que nous pouvons inverser les rôles.
Normalement en cette période hivernale et de vacances scolaires, il y aurait dû y avoir beaucoup plus de monde que cela, mais depuis quelques années, la plupart des foyers préféraient partir en famille pour faire du ski, profiter de la neige et des paysages montagneux pendant les fêtes, ce dont je n'allais pas me plaindre car il serait plus aisé de lui apprendre à patiner dans un lieu peu fréquenté. Après s'être chaussés de nos patins, munis d'une paire de gants que nous avions dû acheter à l'accueil de la patinoire, nous nous dirigeâmes sur la glace. J'avais expliqué à Peter quelques règles de base, lui certifiant qu'il tomberait si il allait trop vite ou si il gérait mal son équilibre, il ne fallait surtout pas qu'il se penche trop en avant ni en arrière mais qu'il trouve le juste milieu, s'il le souhaitait, il pouvait s'aider de ses bras qui l'aideraient à rester debout le temps de s'habituer au mouvement de glisse. Pendant presque une heure, il apprit les bases du patin avec plus ou moins de facilité, je le savais plus que bien que c'était impossible qu'il ne réussisse pas dans un domaine, c'en était même agaçant mais il prenait plaisir à ce divertissant cent pour cent humain, ce dont je ne pouvais le blâmer. Cela nous sortait de cette routine démoniaque, de la magie, du sang ; le voir s'amuser sur la glace me donnait envie de partager à fond ce moment. Au bout de deux heures d'apprentissage, il n'avait plus besoin de moi, son équilibre était parfait, il glissait tel un pingouin sur la banquise. Maîtriser, restreindre sa vitesse surnaturelle devait être le plus dur à contrôler pour lui mais il réussit sans peine, comme toujours. Nous nous arrêtâmes, lorsque je reçus un message d'Emilie pour me dire qu'on se retrouvait directement au centre commercial dans trente minutes, ce qui m'en laissait dix pour me déchausser et vingt pour m'y rendre.
- J'ai adoré.
- Oui, j'ai vu ça.
- A refaire avec tout le monde, ce serait super.
- C'est vrai.
- Je vais te déposer, ça t'évitera de prendre le bus.
Emilie n'allait pas me lâcher, je le sentais d'ici.
- D'accord.
Sur la route qui nous menait au centre commercial, nous évoquions le repas qui aurait lieu dès demain midi, chez les parents de Mickaël. N'ayant jamais assisté à ce genre de rituel, du moins pas de la même façon que chez nous, il ne savait pas trop comment s'habiller, je lui répondis que le plus simple possible serait tout aussi bien, tout en restant classe pour marquer le coup.
- Il va falloir que je fasse les magasins aussi alors.
- Tu ne vas pas me dire que tu n'as rien qui correspond à un pantalon léger et une chemise dans ta penderie.
- Tu as vu comment je m'habille, Amanda ?
- Oui.
- Voilà la réponse à ta question.
- D'accord. Eh bien, tu n'as plus qu'à demander à ta sœur de te donner un coup de main en mon absence.
- Internet.
- Internet ?
- Oui, Google est mon ami.
- Comme tu veux.
- Arrête-moi là, c'est la voiture d'Emy, elle doit être là.
En effet, ma meilleure amie ne fut pas si loin que ça car elle vint frapper au carreau du côté de Peter.
- Bonjour.
- Bonjour Emilie. Tu vas mieux ?
- Oui, je pète la forme.
- Ca ne se voit pas du tout, répliquai-je.
- Mauvaise.
- Et Mike ?
- Il a encore un peu mal mais je suis persuadée que c'est pour se faire chouchouter par sa maman et Shannon.
- Un vrai petit malin.
- A qui le dis-tu ! Allez, on y va.
- J'arrive.
Un regard suffit pour savoir qu'on se retrouverait, juste après ce moment, avec ma meilleure amie. Au moment où je sortais de la voiture, sa main vint frôler la mienne, et un frisson me parcourut. A peine j'avais fermé la portière de la voiture, qu'Emy fut à mes côtés, m'agrippant le bras tout en se dirigeant vers l'entrée du centre commercial.
Nous avions fait trois magasins que nous tombâmes d'accord sur le cadeau de Mickaël : dans une boutique étrangère, différentes sortes de livres étaient à disposition dont plusieurs sur la France, nous ne mirent pas longtemps à nous décider, certaines que cela lui ferait plaisir, nous imaginions déjà son sourire s'élargir au risque de lui fendre le visage en deux. Nous avions choisi un beau collier en argent pour Shannon, pas trop long ni trop court mais juste assez pour arrêter le pendentif à la ligne que formait le dessin de ses décolletés. Pour le cadeau d'Emy, je m'y étais pris longtemps à l'avance, connaissant fort bien ses goûts et le budget que nous aurions eu à dépenser, Mickaël, Shannon et moi avions partagé la somme en trois, ainsi nous avions pu lui offrir un bon dans une institut où elle pourra se faire chouchouter toute une après-midi entière, merci à nos jobs d'été. Quant aux parents de Mickaël, nous nous étions cotisés pour leur offrir une soirée romantique dans un restaurant gastronomique dans la capitale. Des cadeaux qui, nous en étions sûrs, feraient plaisir à chacun. Nous continuâmes de regarder les boutiques lorsque mes yeux se posèrent sur un magasin de collection où différents objets se trouvaient dont des épées ; je ne pus m'empêcher de penser immédiatement à Maya, et je suis certaine qu'Emy eut la même pensée que moi à en croire son regard. Nous sommes restées en tout et pour tout à peine quinze minutes dans le magasin, étant donné que nous savions ce que nous désirions. Le vendeur avait mis l'épée dans un beau coffret en velours noir, intérieur en mousse de façon à la protéger des moindres coups que la boîte pourrait prendre.
- Il ne te reste plus que Peter.
- Quoi ?
- Rassure-moi, tu as prévu de lui offrir quelque chose quand même ?
- On ne se met pas ensemble ?
- Etant donné, la tournure qu'a prit votre relation... non.
- Eh bien, je n'ai plus qu'à avoir une idée.
- Ah ah, tu ne nies pas que votre relation a changé.
- Je n'ai jamais nié quoi que ce soit.
- Mais bien sûr.
Pour une fois, elle ne tira pas la langue mais continua son chemin sans se préoccuper de savoir si je la suivais ou non. Si elle n'existait pas, il faudrait absolument le l'inventer...
J'avais demandé à mon amie de me déposer chez moi, pour que je puisse prendre quelques affaires de façon à ce que j'ai sous la main la tenue que je mettrai demain pour le repas. Mickaël nous avait envoyé un message pour nous dire que nous devions être chez lui pour midi tapante, ne voulant pas être ne retard, avoir tout sous la main serait le plus pratique. Bien entendu, les sous-entendu de mon amie existaient par dizaine mais je ne relevai pas, sauf lorsqu'elle fut persuadée que nous dormions dans le même lit et fut déçue de savoir que ce n'était pas le cas.
A peine arrivée sur le seuil que la porte du manoir s'ouvrit, Maya m'accueillant avec son sourire chaleureux et son allure froide de guerrière.
- Décidément, tu as le don pour savoir quand j'arrive.
- Je ne serais pas une grande guerrière, si je ne reconnaissais pas l'odeur de mes semblables.
Ce qualificatif m'allait droit au cœur, et je lui souris en guise de réponse.
- Tu es là depuis longtemps ?
- Assez pour avoir le cerveau qui ressemble à une patinoire.
Je n'eus aucun mal à comprendre ce dont elle parlait.
- Désolée.
- Ne le sois pas, on dirait un vrai gamin mais j'aime le voir comme ça. Il est heureux.
- Mais ?
- Il y en a pas. Vous faites la part des choses, tout le monde le reconnaît bien qu'ils soient surpris.
- Dans tout le monde, tu parles surtout de ton père ?
- Des membres du Conseil au complet pour être honnête.
- Nous essayons d'être à la hauteur.
- Et ils le voient.
- Tu as eu une nouvelle mission, si j'ai bien compris...
- Oui mais rien à voir avec la votre. En plus d'être la guerrière de mon peuple, je suis celle qui sait le mieux m'infiltrer, je me dois de surveiller certains sujets dans d'autres royaumes, afin d'éviter certaines guerres.
- Des combats différents, ailleurs ?
- Dans notre galaxie, il existe bien plus de planètes que dans la vôtre, Amanda.
- Eh ba, bon courage alors.
Elle rit de plus belle, amusée par ma dernière remarque.
- Je vais vous laisser.
- Tu peux rester.
- On se voit demain. Et je vais être à tomber.
- Maya, tenue correcte.
- Amanda, on peut être à tomber tout en étant habillée. Regarde, je porte un jean aujourd'hui.
- En effet.
- Il est dans le séjour, devant un film.
- Bonne soirée.
- A vous deux aussi.
Sans que je ne puisse avoir le temps de la remercier, un courant d'air embrassa le couloir m'indiquant qu'elle avait déjà quitté les lieux.
N'attendant pas plus, je me dirigeai vers le séjour dans lequel il m'attendait déjà, m'ayant entendu arriver. Il mit le film sur pause, un réflexe humain, et se mit debout au milieu de la pièce avec ce petit sourire que j'aimais tant. Passant l'encadrement séparant la partie couloir de la partie séjour, je me positionnai à quelques centimètres de lui, plongeant comme à chaque fois, mon regard dans le sien.
- Tu reviens avec combien de paquets ?
- Juste deux, les autres c'est Emilie qui les a gardés. On a trouvé un super cadeau pour Maya, elle va forcément adorer.
- Tu es sûr ? Me taquina-t-il.
- Oh que oui.
- Puis-je savoir de quoi il s'agit exactement ?
- Nous sommes tombés sur un collectionneur et là, nous avons toutes les deux flashé sur cette superbe épée.
- Attends, Emy aussi ?
- Oui. Une fois, elles parlaient toutes les deux de leur passion et Maya lui a avoué qu'elle aimait les épées.
- Et Emy n'a pas essayé d'en savoir plus ?
- Elle était surprise mais, trouvant la chose trop bizarre, elle a laissé tomber, je pense. Il faut dire que c'est glauque pour une fille.
- Certes. Eh bien les parents de Mike, demain, penserons la même chose, je pense.
- Hum, c'est fort probable.
- Et ces paquets, c'est pour qui ?
- A vrai dire, ils sont pour toi.
Je vis à son regard, ainsi qu'à l'expression de son visage, qu'il était plus que surpris que ces deux présents furent pour lui. Perplexe et décontenancé, je pus tout de même apercevoir une petite ombre de curiosité apparaître dans ses yeux.
L'incompréhension prenait alors place à la surprise.
- Et je dois attendre demain pour l'ouvrir, c'est ça ?
- En temps normal oui, mais exceptionnellement, tu vas devoir les ouvrir de suite car tu vas en avoir besoin.
- Ah bon ?
- Oui.
Je lui tendis les deux paquets qu'il saisit sans plus attendre, comme un enfant le matin de noël. C'était leur premier noël humain et je me doutais fort bien que s'adapter aux coutumes de ma planète n'était pas chose aisée pour eux ; cependant, ils le faisaient avec tant de naturel que c'en était bluffant. Je le regardai ouvrir son premier paquet qui contenait la chemise en lin couleur écru, il me regarda comprenant la subtilité de mes paroles.
- Elle est superbe !
- C'est du lin.
- J'adore.
- Contente qu'elle te plaise.
- Je ne sais pas quoi dire Amanda.
- Un "je n'ai plus à réfléchir devant ma penderie pour savoir quoi mettre demain" suffirait.
- Merci.
- Attends, ce n'est pas fini. Deux paquets, oublie pas.
- Il y a un nombre défini pour les cadeaux ?
Cette question me fit sourire.
- Non, c'est en fonction de la générosité, de l'inspiration et surtout des moyens de chacun. Ce n'est pas la quantité qui compte mais le geste en lui même.
- J'ai fait des cadeaux pour tout le monde, mais je ne sais pas si ça plaira.
- Ne t'inquiète pas, ce sera parfait.
- Nous verrons cela demain.
Pour lui changer les idées, je lui tendis le deuxième paquet qu'il ouvrit immédiatement, pour y découvrir la veste noire en lin qui accompagnait la chemise.
- Amanda tu as fait des folies, tu n'aurais pas dû.
- C'est un peu ma façon de te dire, merci pour tout.
- Un simple sourire me suffit amplement et je ne fais que mon travail.
- Je ne parle pas que de la mission.
Il comprit sans mal ce dont à quoi je faisais allusion et me gratifia de son sourire si angélique. Il essaya la veste qui lui allait comme un gant, quant à la chemise, j'aurai le loisir de le contempler demain avec, pas de vision de muscles pour cet après-midi. A mon grand regret.
- Tu leur acheté quoi aux autres ?
- Eh bien pour Mike je me suis dis que quelque chose de français lui ferait plaisir.
Je souris.
- Quoi ?
- Nous avons eu exactement la même idée avec Emilie.
- Ah !
- On lui a pris un livre sur la France.
- Ca va nous n'avons pas pris la même chose.
- Et que lui as-tu pris alors ?
- Un film français diffusé aussi dans votre pays.
- Lequel ?
- La môme.
- Celui avec Marion Cottillard ?
- Oui, pourquoi ?
- Il adore ce film, il va être tout fou.
- Tant mieux, je ne me serais pas trompé comme ça.
- Et pour Shannon ?
- J'ai beaucoup hésité. Je pense avoir compris qu'elle aime beaucoup ce qui était fait à la main.
- Oui, c'est exact.
- J'ai fait faire par la femme d'un des membres du Conseil un gilet dans une matière qui ressemble à ce que vous appelez de la laine.
- Très original, elle va adorer.
- Pour Emy, j'ai trouvé sur internet une paire de bottes Louboutin.
- Mais t'es malade !
- Pourquoi ?
- Ca coûte super cher ce genre de marque.
- Euh, c'était marqué moins cinquante sur la page de l'article.
- Va falloir que je t'apprenne la valeur de l'argent Peter.
- Peu importe, il m'est facile d'en disposer.
- Ah bon ?
- Etre magique, oublie pas.
- C'est vrai.
- Pour les parents de Mike, comme j'ai participé à votre cadeau, je leur ai tout de même pris une bonne bouteille de vin, histoire de marquer le coup.
- Eh bien, tu as eu de super idées. Et moi, j'ai le droit à quoi ?
- Surprise.
- Et Maya ?
- On ne s'offre pas de cadeau entre nous, c'est une habitude.
- Il faudra leur expliquer.
- Ne t'inquiète pas pour ça.
Après avoir rangé soigneusement ses deux vêtements, il me proposa de reprendre l'entraînement, pour me perfectionner dans la lévitation ; bien sûr, je n'avais pas le choix mais il le proposa par pure politesse. Nous nous exerçâmes pendant deux heures, avant que mon estomac ne réclame son dû. Il fit un repas léger sachant que le lendemain nous serions gavés comme des oies.
Ce soir là, je ne mis pas longtemps à m'endormir, épuisée par ces exercices et cette marche intensive dans les magasins. Un vrai marathon l'après-midi shopping avec sa meilleure amie. Cette nuit là, mon sommeil fut des plus paisibles, je rêvai même de mes parents, ce qui me fit penser que je devrais aller au cimetière le lendemain pour leur fêter de joyeuses fêtes, même si pour eux ce n'était plus le cas, psychologiquement je l'avais toujours fait depuis leur mort. Mon rêve terminé, la tranquillité s'empara de mon esprit me permettant de dormir comme un bébé.
