Chapitre 15 Première confrontation
La nuit avait pourtant bien commencé, jusqu'à ce que je me lève pour aller aux toilettes. J'entendis, alors que je me trouvais assise sur mon lit, un bruit qui m'arrêta net sur le rebord du matelas. Je tendis l'oreille pour être sûre d'avoir bien entendu, mais aucun son ne parvint jusqu'à moi. Je me levai alors et me dirigeai aux toilettes à toute vitesse de peur que ma vessie éclate.
Cette fois, ce ne fut pas le fruit de mon imagination, j'entendais bien du bruit mais pas n'importe lequel. Un bruit sourd qui donnait l'impression que des meubles volaient à travers chaque pièce du manoir. Un frisson qui me glaça d'effroi me parcourut le corps, c'est alors que mon tatouage se mit à s'animer dans le bas de mon dos. La bibliothèque paraissait agitée, ce qui commençait à m'inquiéter, car en temps normal elle faisait cela lorsque l'un de nous deux était en danger ou lorsque nous nous retrouvions tous les deux à l'intérieur.
L'un de nous deux en danger...
Sans plus attendre, j'ouvris la porte de la bibliothèque qui était éclairée comme jamais, on aurait dit une maison en feu. Je savais que quelque chose n'allait pas mais ce n'était pas dans cette pièce. Je courus vers la chambre de Peter mais elle était vide ; je descendis à la cuisine mais là non plus il n'y avait rien, malgré ce pressentiment qui ne cessait de grandir. Lorsque je me rendis dans le living room, tout était en désordre, le chaos total, la pièce était méconnaissable : le canapé était coupé en deux, la table basse était brisée en mille morceaux, tous les cadres et les tableaux se trouvaient par terre comme si une tornade était passée dans le manoir. C'est là, que je remarquai que la porte-fenêtre était ouverte, une des vitres brisée ; alors je vis de la lumière dans le jardin, comme des éclairs, en fait, il s'agissait plus de boules de feu. Mon sang se glaça dans mes veines.
Ce fut là que je vis le corps de Peter atterrir dans l'herbe, il ne me vit pas de suite là où je me trouvais, mais, moi, je pouvais voir qu'il était grièvement blessé et que ça ne cicatrisait pas comme à son habitude. Alors nos regards se croisèrent, sans aucune intensité, rien à voir avec toutes ces fois où le monde s'effaçait autour de nous, d'une voix à peine audible, il me demanda de partir loin. Des larmes arrivèrent jusqu'à mes cils qui ne mirent pas longtemps à être mouillés. Mais je ne pouvais pas partir, je ne pouvais pas l'abandonner ici, après tout ce qu'il a fait pour moi, je n'avais pas le droit de le laisser tomber parce que je mourrais de peur ou qu'il me le demandait. J'avais beau appeler Maya, je ne la vis pas jusqu'à ce que j'arrive au niveau de la porte-fenêtre et que je vis son corps étendu dans l'herbe baignant dans le sang, pendant que je en sais quoi était en train de lui arracher tous les muscles de sa jambe gauche. Je déglutis, me retenant pour ne pas vomir.
D'une seule pensée, je l'envoyai valser dans la forêt. M'approchant de son corps, je compris qu'elle ne respirait plus.
Ce frisson qui m'avait glacé quelques minutes auparavant revint. Je me retournai lorsque j'entendis Peter souffler mon prénom. Il était là, à quelques mètres de moi, à la limite de l'agonie dans les bras de...
Slevin.
Colère, angoisse, tristesse, panique et je ne sais quels autres sentiments m'envahirent en même temps. Mon corps tremblait intérieurement, retenant les larmes.
- Adieu Peter, prononça-t-il d'une voix plus démoniaque que jamais.
Sans même que je puisse comprendre ce qu'il se passait, Slevin tenait le cœur de Peter dans sa main droite.
Je me réveillai en sursaut, toute mouillée par mes larmes. Peter ne mit pas longtemps à se retrouver assis juste à côté de moi sur mon lit, étant donné qu'il avait partagé ce rêve, il savait très bien d'où venait mon état. Son visage n'exprimait que l'inquiétude à mon égard, mais ses yeux me montraient autre chose : de la colère. Je voulais m'arrêter de pleurer mais je n'y parvenais pas, ma respiration ne cessait de s'accélérer, au point que je faillis faire une crise d'hypertension. D'un geste doux, il vint essuyer les larmes qui ne cessaient de couler, ce qui, je ne sais comment m'apaisa un peu. Alors, je fis ce que n'importe qui à ma place aurait fait, je me jetai dans ses bras et il me serra avec tant de force que je compris que ce cauchemar l'avait lui aussi affecté.
Normal, il a vu sa sœur mourir sous ses yeux.
A mon tour, je le serrai aussi fort que je le pouvais, tellement j'avais cru le perdre à jamais. Je ne pouvais effacer cette image de son cœur dans la main de mon ancien grand amour, cela paraissait tellement surréaliste.
Me défaisant difficilement de son étreinte, je le fixai sans rien dire, n'arrivant pas à parler pour le moment.
Il dut se passer une ou deux minutes avant que je ne retrouve l'usage de la parole sans pour autant m'arrêter de pleurer. Je suffoquais presque.
- J'ai... vraiment cru te perdre !
- Chuuuut... je suis là.
- C'était horrible Peter. Comme-ci on m'arrachait mon âme.
Des mots que jusque-là je n'avais jamais dits, ni ressentis sortirent de ma bouche et je réalisai la force de mes paroles. Je ne lui avais même pas dit, ce jour là, sur le banc dans le jardin, que je ne me voyais pas continuer sans lui, qu'il était tout pour moi désormais.
- Amanda...
Sa voix était particulièrement douce, empreinte d'une émotion que je ne lui connaissais pas jusque-là.
- Je ne pourrais aller là où tu n'es pas. Ma mission est de te protéger et je m'y tiendrai même si, pour cela, je dois mourir. Ma vie compte peu par rapport à la tienne.
- Jamais je ne te laisserai mourir pour me sauver !
- Alors, nous sommes dans une impasse.
- Je ne supporterai pas te perdre Peter.
- Amanda, je...
Je mis mon index sur sa bouche, pour le faire taire. Il me prit à nouveau dans ses bras, me serrant moins fort cette fois.
- Je t'aime, souffla-t-il au creux de mon oreille.
J'aurais voulu lui répondre que je ne pouvais pas, que nous deux c'était impossible mais cela aurait été un véritable mensonge. On avait beau tout faire pour ne pas céder, depuis le début nous étions liés et, à présent, contrôler nos sentiments était impossible.
- Je t'aime aussi, lui répondis-je, toujours dans ses bras.
Il desserra lentement ses bras autour de moi et nos visages se retrouvèrent l'un en face de l'autre, mesurant l'importance de nos derniers mots, nous nous dévisageâmes quelques secondes. Je sentis son souffle effleurer doucement ma nuque, ses doigts vinrent entrelacer les miens créant une connexion parfaite entre nos deux corps. Sa bouche se rapprocha doucement de la mienne et il m'embrassa aussi tendrement que la première fois. Mon tatouage commença à me chatouiller, je sentais l'énergie qui émanait de nos corps créant comme la dernière foi, des décharges électriques.
Une de mes mains se détacha de la sienne pour venir se déposer sur sa nuque, non pas que j'avais peur qu'il mette fin à ce baiser parfait mais, tout simplement, parce que j'adorais passer ma main dans ses cheveux. Sa main droite, que j'avais délaissée, vint se positionner dans mon dos pas très loin au-dessus de mon tatouage et m'attira un peu plus à lui. Je ne réfléchis pas et poussai la couette qui cachait encore mes jambes sur le côté, me permettant de me rapprocher jusqu'à lui. Puis mon cerveau se remit à fonctionner venant gâcher ce moment magique. Il me regarda sans comprendre, la lueur de ses yeux passant légèrement d'une couleur à une autre.
- Ils nous surveillent tu crois ?
- Je ne pense pas.
- Pourtant, ils ne sont pas forcément d'accord avec...
- Amanda, pas une seule fois, je n'ai mis ma mission de côté. Et je ne vais pas implorer Slevin de venir nous tuer.
- On va éviter en effet.
- Dans tous les cas, je n'oublie pas ce pour quoi on m'a mené jusqu'à toi, mais je peux pas non plus faire taire mon cœur. Alors pour une fois, arrête de penser.
Et je ne me fis pas prier. Cette fois, vraiment plus rien n'existait autour de nous recréant cette atmosphère qui était propre. De nouveau, ma main dans ses cheveux, la sienne dans mon dos, nos lèvres collées pour ne jamais se défaire. Sauf que cette fois-ci, il y avait une différence : notre baiser fut toujours tendre mais beaucoup plus fougueux, passionné toutefois, comme si une certaine tension enfouie depuis des mois se libérait. A ce moment précis, la retenue ne faisait plus partie du jeu, nous laissions notre désir l'un pour l'autre parler, rendant la chambre rose devenir bleu gris éclairé par toute l'énergie engendrée par notre contact. Sans que je ne puisse réaliser quoi que ce soit, je me trouvai assise sur ses genoux, face à lui, comme si mon corps prenait ses propres décisions. Il me saisit par la taille me laissant enrouler mes jambes autour de lui, puis avec une délicatesse dont lui seul avait le secret, il me posa sur le lit dos au matelas se tenant au dessus de mon corps en ne cessant de m'embrasser. Mes doigts caressaient la peau de son dos nu, effleurant par moment son tatouage. Pas une seule fois, il ne fit un geste de travers, faisant de cette nuit la plus belle de toute ma vie.
POV Slevin
Au manoir, elle était partie vivre au manoir, après avoir vu ma carte plus que significative sur son oreiller. Cela facilitait encore plus le déroulement de la prochaine étape de mon plan. Cette âme insignifiante, ce qu'il en reste, essayant de reprendre le dessus sur son corps n'aura plus longtemps à se battre et pourra laisser toute mon âme démoniaque l'envahir. La magie la protégeait peut-être mais pas pour longtemps car quelque chose me disait que les membres du Conseil ne serait pas d'accord avec cette union. Oraïa guérissait un peu plus chaque jour et, bientôt, l'équité de cette bataille sera tout autre sauf si je m'en occupais avant.
Une pointe au cœur me submergea alors que je marchai paisiblement dans mes quartiers, me mettant genoux à terre, victime de cette fulgurante douleur. Alors je ressentis de l'électricité m'envahir et je les vis, tous les deux enlacés, nus dans un lit. Ma rage n'en fut que plus forte, je me relevai sans mal et convoquai mes magiciens. Je savais que j'aurais du mal à me défaire de ce lien car Oraïa l'avait créé de façon à ce que cette colère m'affecte, me rendant plus fort de part ma jalousie mais je n'en voulais pas, je n'en avais pas besoin.
- Trouvez-moi un remède à cela, je ne veux plus rien d'humain tout de suite ! Et qu'on ne me dise pas que cela est impossible à cause de soi-disant lien que nous partageons.
Ils sortirent sans prononcer un seul mot.
POV Maya
Au centre de ce vaste cercle composé de mon père et son assemblée, je me sentais, pour la première fois, toute petite et leur attitude ne me rassurait guère.
- Maya, qu'as-tu découvert lors de ta mission de reconnaissance ?
- Rien Père, tout est calme, peut-être un peu trop je vous l'accorde.
- En effet, il doit se préparer quelque chose !
- Je me suis toutefois permise de roder autour de la propriété cachée des Destroyers.
- Tu as pris ce risque sans nous en avertir.
- Oui et je m'en excuse. Cependant, ce risque ne fut pas vain.
- Explique.
- Il y avait de l'agitation, comme s'ils cherchaient quelque chose pour Slevin.
- Oraïa lui a fait don d'un cadeau plutôt empoisonné vois-tu, au moindre contact physique intense entre ton frère et l'Elue, Slevin en reçoit les images, c'est pour le...
- Provoquer, le pousser à agir, nourrir sa jalousie maladive.
- Exactement.
Voilà ce qui explique leurs têtes dénuées d'humeur, ils savent que quelque chose d'important se met en place et sont sur le qui-vive. Il y a donc eu quelque chose entre mon frère et Amanda, ce soir, qui a provoqué les foudres de son ex amour.
Cela ne présage rien de bon.
Sans qu'ils ne me demandent quoi que ce soit, je pris la peine de leur décrire malgré qu'ils aient pu les voir, les progrès d'Amanda et ce qu'elle avait accompli aujourd'hui, à ma plus grande surprise. La colère qui l'habitait était une bonne source d'énergie cependant, cela l'avait épuisée, d'après les images qu'ils me faisaient voir.
- Elle se débrouille vraiment bien désormais, nous sommes vraiment fiers de la tâche que vous avez accomplie, ton frère et toi. Cependant...
Oh oh...
- Cependant, tu ne retourneras pas au Canada, Maya. Tu vas te rendre en Europe, plus précisément en France, avec quelques-uns de nos soldats, pour éradiquer la petite communauté de métamorphes qui y vit.
- Il faut bien que je prévienne Peter et Amanda.
Une lumière m'éblouit les yeux. Je mis quelques secondes à m'habituer aux faisceaux lumineux, puis je vis ce qu'elle éclairait.
- Cette mission prend effet immédiatement. Plus aucun contact téléphonique, ni mental que ce soit avec ton frère ou Amanda. Nous te surveillerons et si tu fais un seul pas de travers, sache que la sentences ne sera pas très plaisante. Tu connais nos lois.
- Oui Père.
Mon sang se glaça, je devais abandonner mon amie alors que ce combat fatidique approchait. Je retins mes larmes autant que je le pouvais mais la colère qui m'habitait allait me rendre folle si je ne tuais pas quelqu'un dans l'instant présent.
- Voici ton armée. Il est temps ma fille.
- Certes.
Un claquement de doigt et hop...
Avec mon armée, nous nous retrouvâmes dans une ruelle se situant à l'arrière d'un restaurant très huppé de Paris.
POV Amanda
Mes yeux s'ouvrirent sur le réveil qui indiquait qu'il était dix heures du matin. Je m'assis sur le lit pour mieux m'adapter à la lueur du jour et remarquai que Peter n'était plus à côté de moi. Après avoir pris une bonne douche, je descendis à la cuisine mais ne le vis pas.
Il est peut-être parti faire des courses, lui qui se plaignait d'un frigo vide...
Après une heure d'entraînement dans le jardin, je commençai sérieusement à m'inquiéter, il ne répondait pas à son téléphone qui sonnait comme si le réseau était coupé. Maya ne répondait pas à mes appels vocaux ce qui ne me rassura pas. Il se passait quelque chose.
Pour la deuxième fois en quelques mois, je m'apprêtai à franchir cette porte magique dans la bibliothèque quand un détail me frappa. Je m'assis par terre, mes jambes tremblantes sous l'effet de la surprise, dévisageant le mur qui se trouvait en face de moi.
Vide, le dessin du tatouage de Peter n'y était plus.
