Chapitre 16 Un vide
Je ne comptai plus les minutes, peut-être même les heures où durant lesquelles je suis restée assise à contempler ce mur devenu vierge. Mon cerveau cherchait à comprendre pourquoi il avait disparu, maintenant, à la veille de ce combat, alors qu'il avait promis de me protéger quoi qu'il puisse arriver. Aucune réponse ne me vint à l'esprit, sûrement à cause du choc. Puis je pensai aux seules "personnes" que ca pouvait déranger en dehors de Slevin. Je fermai alors les yeux en maudissant les membres du Conseil tout en essayant de contenir ma colère et mon chagrin toujours assise sur le sol mes genoux ramenés vers ma poitrine.
POV Peter
- Vous n'avez pas le droit ! Criai-je autant que je le pouvais.
- Pas le droit ? S'offusqua mon père. C'est moi qui aie décidé de te confier cette mission, si je veux te la retirer, j'en ai tous les droits.
- En quoi justifiez-vous cela, à la veille de ce combat ?
- Ta mission était de lui donner confiance, l'entraîner, lui faire prendre conscience de qui elle est vraiment ainsi que Slevin, de ce qui l'attend mais pas de tomber amoureux.
- Pas une seule fois nous avons mis la mission de côté.
- Certes, mais la jalousie est ce qui anime l'âme démoniaque de Slevin, pour Amanda ce sera la douleur de t'avoir perdu ce qui poussera sa colère jusqu'à l'extrême, la rendant plus forte.
- C'est mal la connaître.
- Nous verrons.
- Nous verrons ? Comment pouvez-vous répondre cela ? Ce n'est pas un jeu ! Rappelez-vous seulement du jour où j'avais accepté de devenir complètement humain pour la sauver... Si vous n'avez pas compris ce jour-là, alors vous ne comprendre jamais.
- Former un couple ne fait pas partie des options. Tant que durera cette guerre, ta sœur et toi n'auraient plus aucun contact avec Amanda. Ta sœur est bloquée ailleurs de façon à ce que vous ne pouviez unir vos pouvoirs, quant à toi, tu resteras sous notre surveillance, ici.
Depuis ma naissance, j'avais passé les trois quarts de ma vie sur terre, à présent j'allais devoir vivre dans cet endroit que où je me considérais comme un étranger. La douleur qui habitait mon cœur était insupportable, rien que de penser à Amanda qui me chercherait à son réveil... C'est alors que je me souvins que d'ici je pouvais la voir, surveiller ses faits et gestes. La voir comme eux pouvaient nous voir, car au final, à ce moment précis c'était ma seule ressource pour m'assurer de son état à n'importe quel moment, ce qui me permettrait de me donner plus de force pour me battre. Mais serai-je capable de supporter certaines images ?
- Si je ne peux pas être auprès d'elle, j'exige de la voir.
- C'est une chose que nous pouvons t'accorder mais nous devons t'avertir, que tu n'aimeras pas forcément ce que tu verras.
- Sachez que ma rancœur ne sera pas vaine.
- Fort bien. Mais l'humanité est plus importante que les faux-pas de ton cœur.
- Faux-pas ? Comment pouvez-vous dire cela, vous qui fûtes le premier à comprendre ce lien que nous avions !
- La situation est telle qu'elle est Peter, je ne peux faire revenir les choses en arrière. Nos états d'âmes importent peu face à la survie de cette planète et chacun d'entre nous ignore ce dont Slevin est capable sachant qu'Oraïa est toujours entre la vie et la mort. Nous ne pouvons prendre aucun risque.
- Montrez-moi, lui dis-je ignorant sa réflexion peu subtile qui avait amplifié ma colère. Vos beaux discours me font doucement rire vous, qui il y a bien des années luttiez contre tous pour faire valoir votre amour auprès de mère, ne supportant pas qu'on vous en sépare. Vous étiez prêt à tout même au dépend de l'humanité à la différence de moi, je suis prêt à tout mais, pas une seule fois, je n'ai mis de côté la raison de ce qu'est Amanda en réalité. Alors vos leçons de moral n'ont que peu d'effet sur moi.
- Ne me défie pas Peter ! Tu es devenu aussi arrogant que ces êtres humains.
- Arrogant ? Juste honnête et cela vous dérange car vous ne pouvez le nier.
- Ca suffit ! Se mit-il à me dire sur un ton froid dénué de toute émotion.
L'ignorant à présent, je regardai la boule au centre du cercle que formaient les membres du Conseil, me permettant ainsi de voir celle que j'aimais dans ce monde qui n'était plus le mien, pour le moment. La voir me fit ressentir toutes ces émotions du premier jour où j'ai croisé son regard. Puis, la tristesse mêlée à la colère prirent possession de mon corps lorsque je vis l'état dans lequel elle se trouvait : assise sur le sol, ses genoux contre sa poitrine, elle tremblait de colère ; relevant la tête, je vis son regard rempli d'une haine sans fin, et d'un son presque inaudible, elle prononça les mots suivants :
Je vous hais !
Je regardai alors mon père et les autres membres du Conseil qui comprirent sans mal que ces paroles leur étaient destinées.
- Et maintenant ? Leur demandai-je de ma voix la plus froide.
- Elle se rendra vite compte que sa réaction est démesurée, si ce n'est pas le cas, nous devrons intervenir.
- Suis-je autorisé à aller dans mes quartiers ?
- Fort bien !
- Paul, accompagnez mon fil voulez-vous, et laissez lui à disposition un des cristaux qu'il puisse la voir. Cela lui évitera de vouloir faire quelque chose d'enfantin.
Sur le chemin qui me menait à mon nouveau logement, je ne dis aucun mot, je continuai à la regarder à travers ce morceau de cristal qui me donnait l'impression de l'avoir près de moi. Juste une impression, car je n'avais plus de vie dans mon tatouage. Je voulais m'enfuir de cet endroit qui désormais était mon propre enfer, mais je savais que sans Maya à mes côtés, c'était peine perdue.
Je ne saluai pas Paul lorsqu'il referma la porte derrière lui, ne cessai de la fixer, immobile devant ce mur qui, quelques heures auparavant affichait encore mon tatouage, signe de ma présence dans ce monde et de notre connexion.
Les larmes ne coulaient plus sur son magnifique visage, mais la colère dans ses yeux ne faiblissait pas.
Il faut que je trouve un moyen de sortir d'ici.
Seulement, ce ne serait pas chose aisée mais j'étais prêt à tout pour me retrouver à ses côtés et lui donner cette force dont elle a besoin pour affronter les prochains évènements. C'est alors que quelque chose attira mon attention, elle n'était pas seule, quelqu'un se trouvait sur le seuil de la porte, elle ne l'avait pas senti ni même entendu. Je réalisai alors que sans ma présence dans ce monde, le manoir n'était plus protégé contre les forces démoniaques et elle non plus par conséquent, la colère envers les membres du Conseil se fit plus intense, si bien que j'en cassai le morceau de cristal.
Je ne la vis plus.
Je sortis de mon... appartement et me dirigeai sans plus tarder dans la salle du Conseil aussi vite que je le pouvais, je savais qui était là, j'avais reconnu les bottes, mon angoisse s'amplifia, les couloirs ne m'avaient jamais paru aussi longs. Pour la discrétion, je pouvais repasser, j'arrivai en plein milieu de ces membres hautains, presque inhumains qui me regardaient avec une telle expression que je manquai de suffoquer tant mon angoisse m'oppressait. Je n'avais jamais ressenti cela de toute ma vie.
- J'ai cassé mon cristal !
- Nous avons vu.
Ici aussi j'étais donc surveillé, pour l'évasion, c'était pas gagné.
- Il était là avec elle, et elle ne l'a pas senti ! Que s'est-il passé ensuite ?
- Regarde par toi- même.
Je m'avançai vers leur cristal, trois fois plus grand que le celui que je possédais quelques minutes auparavant, et ils me montrèrent la scène qui s'était arrêtée pour moi. Il rentra dans la bibliothèque, mais elle ne réagit pas.
Mais que fait-elle bon sang ?
Je sentais le regarde désarçonné de mon père, visiblement il s'était passé quelque chose qu'il n'avait pas envisagé, ce qui m'inquiéta d'autant plus. Mes yeux ne quittèrent plus cette scène qui se déroulait.
- Abandonnée, livrée à toi-même, Amanda, ne t'avais-je pas prévenu qu'il te laisserait un jour ?
- La ferme !
- Rends-toi à l'évidence, la réalité est là mon ange. Le manoir est à la merci de tous.
- Peter... ne m'a pas abandonnée. Il n'est plus là parce que son peuple à la con ne supporte pas de le voir heureux tout en menant à bien sa mission, cria-t-elle à l'intention mon père et de Slevin.
Un sourire se dessina sur mes lèvres, elle savait que je n'étais responsable de rien ce qui me soulagea.
Slevin ne réagit pas, il était comme désarmé face à la situation, comme si il ne l'avait jamais vue aussi malheureuse depuis la mort de ses parents.
- Amanda, je tiens à t'informer que je compte tuer tes amis d'ici peu.
Elle ne réagit à aucune de ses paroles, comme si son esprit appartenait à un autre monde.
Il ne cessa de l'observer, désemparé. Il était venu ici pour la trouver et se battre, mais il était en face d'une statue, aucune réaction, aucune émotion, le vide total. Une colère monstrueuse traversa son visage démoniaque à en faire trembler les murs, je me doutais fort bien d'où venait ce sentiment, il était jaloux. Lors du maquillage de sa mort, elle n'avait pas été aussi désemparée, dévastée par sa perte, cela le rendait malade de jalousie et de colère. Pourtant, il ne devrait plus ressentir ce genre de sentiment humain. Cependant, le démon qui l'habitait depuis des semaines s'empara de lui, prit comme d'une pulsion, il la saisit par le bras et la secoua violemment attendant la moindre réaction... en vain, elle resta figée comme si elle se punissait de mon départ.
Croit-elle que c'est de sa faute ?
C'est alors que je vis une étincelle habiter soudainement son regard, elle dessinait un léger sourire méprisant et arrogant sur son visage.
Amanda, ne fais pas ça !
Je me doutais de ce qu'elle allait faire et je n'aimais pas du tout cela. Le cristal se pixellisa légèrement, je compris que nous ne regardions plus ce que j'avais manqué mais ce qu'il se passait au moment même où je fixais le cristal, accompagné de toute l'assemblée. Je sentais le regard de mon père sur moi mais je ne pris pas la peine de lui accorder la moindre attention, ainsi peut-être comprendrait-il la gravité de ses actes et que je le détestais pour cela et ce qui allait suivre.
- Tu souris, pourquoi ?
- Regardes-toi, tu es pathétique.
- Pathétique, moi ? Qui est assise depuis des heures comme une loque ?
- Tu es pathétique parce que ta colère qui est habitée par ta jalousie conduit ta personnalité. Il y a cinq minutes, tu étais là, à ne pas savoir comment réagir, puis tu as réalisé que pour toi, je n'ai jamais été aussi malheureuse, tu fus animé d'une telle fureur... Tu as perdu Slevin, remet-en.
J'avais raison, elle faisait ce que je redoutais le plus.
Le regard de Slevin était empreint d'une animosité inédite. Sans la moindre pitié, il la projeta de l'autre côté de la pièce cassant une des étagères, faisant tomber les livres sur elle. Amanda ne se défendit pas, elle s'assit au milieu des livres et ne bougea plus mais continua de le fixer, telle une provocation tout en serrant dans sa paume le pendentif que je lui avais offert, comme si elle puisait une force invisible qui lui donner ce courage de faire ce qu'elle faisait actuellement. Il avança vers elle, lentement comme si il retenait sa super vitesse dans l'espoir d'obtenir une réaction de sa part, il voulait qu'elle se batte, pas qu'elle reste immobile comme un fossile. Debout à quelques centimètres d'elle, il la fixa mais elle ne changea pas d'attitude pour autant. Le regard dénué de toute vie, comme une coquille vide.
- Quatre mois que tu le connais, il t'abandonne du jour au lendemain et tu n'es plus rien ! Qui est pathétique là ?
Elle sourit.
- C'est toujours toi, dit-elle sur un ton amusé. Entends-tu la haine qui t'habite, dévorée par la jalousie ? Tu ne comprendras jamais ce lien si spécial qui nous unit, tu es aussi ignorant que ces stupides membres du Conseil sans cervelle.
Cette réflexion me fit sourire contrairement à mon père qui était furieux par ses propos mais surtout par son comportement. A son regard, je sus qu'il comprit les avertissements que je lui avais donnés quelques minutes auparavant.
- Tu ne comprends pas Amanda, lui dit-il pendant qu'elle se relevait, il ne t'aime pas, tu n'en vaut pas la peine à ses yeux, il l'a compris, voilà pourquoi il est parti.
- Non ! Toi, tu ne comprends pas, lui répondit-elle comme un serpent qui siffle, tu n'en vaux pas la peine, lui si ; voilà pourquoi mon choix plus aisé à faire que je pensais.
Arrête Amanda, tu le provoques trop.
- Tu mens ! Cria-t-il. Tu ne peux pas ignorer 16 ans de ta vie.
- Et pourtant, c'est ce que je fais et ce que je continue de faire.
Les murs se mirent à trembler, la jalousie qui dévorait sa rage prenait le dessus, mais le démon combattait ce sentiment d'humanité si bien qu'il la prit par la gorge et serra de toutes ses forces.
Mon coeur se mit à battre plus fort lorsque je la vis passer du blanc au rouge puis au violet. Elle ne se défendait pas. Mon père partageait mon angoisse mais, à cet instant même, je me fichais de ce qu'il pouvait ressentir, tout cela était de sa faute. Amanda prenait un risque considérable en provoquant Slevin de la sorte et cela pour me récupérer. Je fixai à nouveau le cristal géant, la peur au ventre, mes sentiments humains prenaient le dessus.
Elle essaya de prononcer quelques mots malgré l'étranglement.
- Jalousie, souffla-t-elle.
Il desserra un peu pour mieux l'entendre.
- Répète !
- Jalousie. Typique sentiment d'être humain, lui dit-elle avec un petit rire. J'ai ga...gné cette fois.
La bête qui vivait en lui, la fusilla du regard, folle de rage, avant de la projeter d'une violence plus importante que la première fois, à travers la pièce. Le choc se fit entendre avec l'impact de son corps sur le mur où était dessiné son tatouage.
- Je reviendrai !
Sans que je puisse le voir, il disparut. Elle se retrouva seule à nouveau dans le manoir, au sol, inerte.
Amanda était inconsciente.
POV Amanda
Cela devait faire des heures que j'étais là, inerte sur le sol de la bibliothèque à espérer son retour. Ce que je savais impossible. La rage qui envahissait mon corps me brûlait de l'intérieur, extérieurement je tremblais, j'aurais souhaité tout démolir sur mon chemin mais j'étais incapable du moindre mouvement, si ce n'est de tenir entre mes doigts le pendentif qu'il m'avait offert la veille. Puis, comme si je retrouvais la mémoire après quelques années d'absence, je me souvins qu'ils pouvaient me voir de leur stupide salle du Conseil. Alors je relevai la tête et d'un son faible mais audible pour leur petites oreilles moisies, je prononçais les mots que mon cœur chantait.
- Je vous hais !
Je ne me sentis pas mieux mais cela me fit du bien de leur dire à voix haute, du moins assez fort pour qu'ils puissent l'entendre car je restai persuadée qu'ils me regardaient avec leur petits yeux de fouine vitreux. MA tête se retrouva de nouveau entre mes bras, posée sur mes genoux, ressentant de nouveau la douleur insoutenable de mon coeur brisé en mille morceaux. Il me manquait tellement, qu'un vide m'entourait dans lequel je souhaitais sauter pour disparaître à jamais et ne plus rien ressentir. Un frisson glacial parcourut ma colonne vertébral, je savais qu'il était là à l'entrée de la bibliothèque mais je fis comme si de rien n'était ; il était là parce que le manoir n'était plus protégé par la présence de Peter, cela me fit encore plus de mal mais je m'empêchai de pleurer voire même de crier cette douleur qui déchirait tout mon être, morceau par morceau.
Il se passa à peine une minute quand il ouvrit la bouche pour prononcer ces mots dénués de tout sens à mes yeux.
- Abandonnée, livrée à toi-même Amanda, ne t'avais-je pas prévenu qu'il te laisserais un jour ?
Slevin ne savait absolument pas de quoi il parlait cependant, ses mots résonnèrent dans ma tête faisant écho jusqu'à mon coeur, ce qui me mit hors de moi.
- La ferme ! Lui dis-je calmement.
- Rends-toi à l'évidence, la réalité est là mon ange. Le manoir est la merci de tous.
- Peter ne m'a pas abandonnée. Il n'est plus là parce que son peuple à la con en supporte pas de le voir heureux tout en menant à bien sa mission, criai-je à l'attention du père de Peter qui, j'en étais sûre, surveillait la scène de très près.
Slevin n'eut aucune réaction, il était comme désarmé face à la situation comme si il m'avait jamais vue dans cet état pitoyable.
Je n'avais pas envie de réagir à cette pseudo menace dont le but, j'en suis certaine, était seulement de me provoquer afin que je sorte de cette léthargie. Je vis bien qu'il était perdu, ne sachant comment gérer la situation mais je n'avais pas envie de me battre, en fait, je me fichais complètement de cette soi-disant mission. Une colère monstrueuse traversa son visage démoniaque, je compris alors d'où venait cette réaction mais ne réagis pas. Le démon qui avait pris possession du corps et de l'âme de Slevin quelques mois auparavant s'empara à nouveau entièrement de lui et comme pris d'une pulsion, me saisit par les bras tout en me secouant violemment. Je n'avais nullement envie de lui répondre voire même de me défendre. Puis une idée me traversa l'esprit, quelque chose que Peter désapprouverait s'il était là.
- Tu souris, pourquoi ?
- Regardes-toi, tu es pathétique.
- Pathétique, moi ? Qui est assise depuis des heures comme une loque ?
- Tu es pathétique parce que ta colère qui est habitée par ta jalousie conduit ta personnalité. Il y a cinq minutes, tu étais là à ne pas savoir comment réagir puis, tu as réalisé que pour toi je n'ai jamais été aussi malheureuse, tu fus animé d'une telle fureur... Tu as perdu Slevin, remet-en.
En plein dans le mille.
Son regard fut empreint à une animosité que je ne lui connaissais pas, j'oubliais parfois encore qu'il n'avait plus rien d'humain... ou presque. Accompagné d'une force des plus surnaturelles, il me projeta à travers la pièce, cassant une des étagères, faisant ainsi tomber les livres sur moi lors de ma chute. Je me relevai doucement puis je m'assis au milieu des livres avec une légère coupure au front et le fixai. Je serrais dans ma main le pendentif afin de me donner cette force dont j'avais besoin. Il avança vers moi, lentement, comme si il attendait la moindre réaction de ma part. Debout à quelques centimètres de moi, il ne cessait de me fixer, cependant je ne réagis pas, je restai figée à le regarder avec insistance.
Alors il parla.
- Quatre mois que tu le connais, il t'abandonne du jour au lendemain et tu n'es plus rien ! Qui est pathétique là ?
Je souris mesquinement.
- C'est toujours toi, dis-je d'un ton amusé. Entends-tu la haine dans ta voix, dévoré par la jalousie ? Tu ne comprendras jamais ce lien si spécial qui nous unit, tu es aussi ignorant que ces stupides membres du Conseil sans cervelle.
- Tu ne comprends pas Amanda, il ne t'aime pas, tu n'en vaux pas la peine à ses yeux, il l'a compris, voilà pourquoi il est parti.
- Non, toi tu ne comprends pas, lui répondis-je après m'être relevée tant bien que mal. Tu n'en vaux pas la peine, lui si, voilà pourquoi mon choix fut plus facile à faire que ce que je pensais !
Bon c'était pas tout à fait vrai mais pas tout à fait faux non plus.
- Tu mens ! Cria-t-il. Tu ne peux pas ignorer seize ans de ta vie.
- Et pourtant, c'est ce que j'ai fait et ce que je continue de faire.
Les murs se mirent à trembler, la jalousie qui dévorait sa rage prenait le dessus mais le démon combattait ce sentiment d'humanité, si bien qu'il me prit par la gorge sans que je m'y attende et serra de toutes ses forces. Je manquais d'air et mon visage devait passer par toutes les couleurs mais je ne comptais pas me défendre physiquement. C'est alors que je pris toute la force qu'il me restait afin de prononcer mes derniers mots.
- Jalousie, soufflai-je tant bien que mal.
Slevin desserra un peu son emprise de façon à laisser passer un peu plus d'air.
- Répète ! M'ordonna-t-il.
- Jalousie. Typique sentiment d'être humain, lui dis-je avec mon rire marquant mon triomphe. J'ai ga...gné cette fois.
Le démon me fusilla du regard, avant de me projeter avec une violence plus importante qu'il y a quelques minutes, à travers la pièce. Le choc de mon corps sur le mur se fit fortement entendre. Je ne me relevai pas, trop sonnée.
- Je reviendrai !
Mes yeux se fermèrent sans que je puisse les en empêcher.
POV Peter
Je ne pouvais bouger, je continuais de fixer le cristal géant attendant un mouvement de ses doigts mais rien ne vint et je devais rester ici de force sans pouvoir l'aider ; ma colère me rongeait de l'intérieur. Plus que toute autre chose au monde, je souhaitais que ce soit l'un d'entre eux là, inconscient à sa place, qu'ils comprennent une bonne fois pour toute ce qu'ils lui faisaient endurer.
- Vous n'allez rien faire ? Demandai-je outré de les voir immobiles sur leur siège respectif.
- Nous devons agir comme si nous n'existions plus de façon à la forcer pour qu'elle se batte ! Me répondit un des membres du Conseil.
- Ma parole vous êtes de vraies girouettes !
- Modère tes paroles !
- Allez au diable. Vous vous prenez pour les gentils mais l'êtes-vous vraiment ? En cette minute précise, j'en doute fortement.
Je levai mon index droit lorsque l'un des membres allait prendre la parole, le stoppant dans son élan.
- Il y a quoi, à peine une heure vous teniez un discours sur le pourquoi de la laisser seule : qu'il fallait la motiver, que la colère serait le facteur clé. C'est ce qu'elle vient de faire, mais comme elle ne l'a pas fait à votre manière ba vous la laissez là à peine consciente. Excusez-la de ne pas être l'un de vos pantins. Sa réaction a attisé la jalousie de Slevin, un sentiment humain, elle marque un point.
- Pour se retrouver inconsciente comme tu l'as si bien précisé.
- Non mais je rêve, c'est pas le pays des bisounours, elle ne va pas s'en sortir sans blessure alors qu'elle l'a affronté physiquement et vous le savez. Vous êtes de mauvaise foi parce que vous enragez du fait que j'avais raison et que vous aviez tort. Soyez honnête avec vous-même, Slevin, lui même n'a pas réussi à la...réanimer ! Ouvrez dont les yeux !
- Ca suffit Peter ! Thayer, reconduisez mon fils à son appartement et fournissez-lui un nouveau cristal qu'il ne cassera pas cette fois-ci.
- Oui monsieur.
J'allai ouvrir la bouche lorsque je me ravisai. A présent, je n'étais plus en colère, seulement triste et déçu.
Si seulement je pouvais joindre Maya...
Le cristal sous mes yeux, j'étais assis sur la banquette qui se trouvait à droite de la porte d'entrée de mon logement. Cela faisait une minute que je l'avais vue bouger ses doigts et je continuai de fixer la scène dans l'espoir de la voir refaire le mouvement. Un poids énorme disparut de ma poitrine lorsque j'entendis la voix d'Emilie appeler Amanda, c'est là que je vis un nouveau mouvement au niveau de sa main gauche. Une lueur d'espoir me fit légèrement sourire, heureusement que nos amis étaient de notre côté, enfin, façon de parler.
- Amanda ? Appela à nouveau Emilie.
- On devrait peut-être aller voir à l'étage, proposa Mickaël.
- Ba c'est un peu privé, lui répondit son amie.
- Tu as raison Emy mais au vu de l'absence de réponse des copains et de la porte d'entrée ouverte, je me fiche de savoir ce qui est privé ou non, intervint Shannon.
Leurs ombres apparurent sur le sol du couloir ce qui me permettait de les situer tout en entendant leur voix.
- Amanda ? Appela à nouveau Emy.
- Peter? Appela Mickaël.
Amanda bougea de nouveau en gémissant pour que ses amis l'entendent je suppose. Elle essaya de se relever mais, comme si elle avait perdu toutes ses forces, elle ne réussit pas.
- Vous avez entendu ? Demanda Shannon à l'intention de ses compagnons.
- Ca venait de notre droite, répondit Mickaël.
- Allons-y, dit Emilie.
Ils arrivèrent devant l'entrée de la bibliothèque et la virent par terre à moitié consciente. Les deux filles étaient agenouillées à ses côtés tandis que Mickaël restait debout à fixer le mur et vit le dessin gigantesque qui y était représenté puis baissa les yeux sur sa meilleure amie qui, sans le savoir, laissait apparaître la moitié de son tatouage. Mickaël était trop choqué voire déboussolé pour répondre lorsqu'Emilie lui parla.
- Tu fixes quoi comme ça ?
Du doigt, il désigna le mut et fut rejoint par les deux amies.
- C'est un gros dessin et alors ?
Il montra le bas du dos d'Amanda.
- C'est trop bizarre, fit Shannon.
- On verra plus tard pour les explications, dit Emilie.
- Ces livres sont vraiment bizarres, dit Mickaël qui en tenait un dans ses mains.
- Laisse ça et appelle une ambulance car elle est dans un sale état.
- Tu crois que c'est Peter ? Demanda Shannon.
- Tu veux rire ? Peter serait incapable de lui faire le moindre mal.
- C'est vrai mais il est où ?
- Ils me l'ont pris ! Souffla Amanda avant de fermer les yeux à nouveau.
- L'ambulance sera là dans moins de dix minutes.
POV Amanda
Voilà presque quatre jours que j'étais dans cette chambre d'hôpital à broyer du noir...encore. Mes amis étaient venus me voir plusieurs fois mais j'étais dans l'incapacité de prononcer le moindre mot, pourtant je me doutais qu'ils voulaient des réponses, mais pour le moment j'en étais incapable, le moindre de mes organes était comme mort.
Il y a deux jours un des membres du Conseil s'était déplacé pour mettre les choses au clair, vous pouvez me croire que l'accueil ne fut pas des plus chaleureux.
FLASHBACK
Deux jours auparavant.
Mon regard toujours en direction de la fenêtre, j'entendis une personne entrer dans la chambre ne prenant pas la peine de frapper à la porte, celle-ci étant grande ouverte à ma demande. Pour le coup, elle ne le resta pas longtemps, ce qui me força à regarder dans la direction de mon visiteur.
- Sortez !
Ma voix était aussi glaciale que la banquise et mon regard aussi dur qu'un mur de pierre.
L'intrus habillé en civil ne bougea pas pour autant.
- D'abord, j'ai à vous parler et ensuite je partirai Amanda, m'informa mon interlocuteur d'une voix neutre.
- Il y en a au moins un qui n'est pas lâche !
Aucun besoin de préciser la personne à laquelle je pensais.
- Votre colère ne vous mènera nulle part.
- Ma colère ? Cela fait une semaine que vous me l'avez pris parce que vous ne supportez pas le fait que nous soyons capables de nous aimer tout en menant à bien notre mission. Voyez-vous ma colère est passée à un tout autre sentiment, lui dis-je calmement.
- Slevin est animé par la jalousie, votre colère est votre meilleure arme.
- Ma meilleure arme, c'était l'enseignement de Peter et les tactiques de Maya, que vous avez au passage fait disparaître aussi. Il était ma force et vous me l'avez enlevé. Si vous ne vouliez pas qu'il ressente des choses, il ne fallait pas lui donner une partie humaine.
- Votre mission reste la même et vous devez faire ce qu'on vous dit.
Je ne répondis pas.
- Comment avez-vous fait pour qu'on ne puisse pas nettoyer la mémoire de vos amis ?
Je le regardai et avec un sourire des plus arrogants je le fixai.
- Amanda ?
- Ca fait quoi là, en cet instant précis de se sentir impuissant, comme si on vous avait enlevé quelque chose ?
- Nous défier ne vous le ramènera pas.
- Je ne vous défie pas, je vous ignore la nuance est là. Vous n'existez plus pour moi, pouf invisible. Et le pire pour vous, c'est que vous ne pouvez m'interdire l'accès au manoir, donc croyez-moi, on se retrouvera face à face pour me destituer de mes pouvoirs.
- Impossible, on ne peut pas les enlever.
- Peu importe ! Fabriquez une autre Elue car je démissionne.
- Amanda !
- Gin jha elm.
La porte s'ouvrit et il se retrouva de l'autre côté, essayant de passer à nouveau le seuil mais il ne pouvait pas, je l'avais banni de ma chambre d'hôpital, ainsi que les autres membres de sa communauté.
FIN DU FLASHBACK
Je me doutais que j'attirerais les foudres des autres membres mais cela m'importait peu, plus rien n'avait d'importance.
Le plateau repas que l'on m'avait apporté n'était pas très bon mais je devais manger avant qu'Emilie ne vienne jouer à la maman. Je fus tout de même reconnaissante envers ce membre du Conseil qui m'avait débarrassé des flics et des questionnements des médecins ainsi que de ma guérison rapide, car j'allais suffisamment avoir de quoi faire avec mes amis.
Mon coeur battait à chaque seconde pour lui, mes pensées n'allaient que vers lui nulle part ailleurs. Je ne quittais pas le pendentif qu'il m'avait fait de ses propres mains et le souvenir de notre première et unique nuit ensemble était ce qu'il me restait de lui, je ne pourrais l'oublier. Il me manquait tellement. Je me mis alors, pour la première fois depuis mon arrivée à l'hôpital, à sangloter essayant d'alléger mon chagrin. En vain.
- Amanda ?
C'était la voix de ma meilleure amie accompagnée de mes deux autres amis.
- Emy !
Elle me prit dans ses bras et je me laissai aller, ne pouvant rien faire d'autre. Les avoir près de moi me fit plus de bien que je ne le pensais.
- Ma chérie, on aime pas te voir comme ça. La seule fois où tu étais dans cet état...
- C'était à la mort de tes parents, même pour Slevin tu n'étais pas aussi dévastée.
A l'énonciation de ce prénom, mon corps se raidit.
- Je vous dois quelques explications.
- Amanda, on ne veut pas tous les détails mais nous souhaitons savoir ce qui s'est passé, me répondit Emilie.
- Et où est Peter ? Me demanda Mickaël.
Je sentis les larmes monter.
- Et aussi pourquoi tu n'as plus aucune blessure et que personne ne s'en inquiète, me questionna Shannon.
- En fait, on veut tout savoir, dit Emilie.
- Oui, répondirent en coeur les deux amoureux.
Beaucoup de questions avaient pris place dans leurs esprit, comment les en blâmer ? Et je savais que leur mentir serait inutile. Je respirai profondément pour me donner le courage nécessaire pour prononcer la phrase suivante.
- Peter est... parti.
Ils se regardèrent sans vraiment comprendre.
Les larmes se mirent à inonder mon visage mais je réussis à les stopper tant bien que mal, afin de ne pas être coupée dans mon élan.
- Comment ça, parti ? Me demanda Emy, après quelques secondes de silence.
- Vous devriez vous assoir, leur dis-je.
- Amanda, tu me fais peur, me dit ma meilleure amie.
Je ne savais pas trop comment aborder le sujet le plus simple possible mais je devais le faire, commencer par le début serait un bon départ et plus facile pour eux de suivre correctement mes propos. Mon interlocuteur ennemi de la dernière fois venait de se manifester au seuil de la porte mais il était toujours bloqué, je l'ignorai pour rester concentré sur mes amis.
- C'est assez compliqué, je ne sais pas trop quoi dire mais je vais commencer par le début, ce sera plus simple pour vous comme pour moi. Enfin en partie.
- Oui, le début c'est une bonne idée, me dit Mickaël de façon à m'encourager.
- Fermez la porte et assoyez-vous.
- C'est qui ? Me demanda-t-il en voyant ce membre du Conseil.
- Tu le sauras bien assez tôt.
Il ferma la porte sans aucune hésitation, m'accordant toute sa confiance.
Mais pour combien de temps encore ?
Tel était le risque que je prenais en leur dévoilant la vérité, perdre la confiance qu'ils m'ont toujours accordée, les choses seraient désormais différentes quand ils sauront que durant tout ce temps je leur ai menti, je le savais, mais je ne pouvais l'éviter.
Je commençai mon récit par le début sans éviter le sujet Slevin qui serait le plus dur pour eux tout comme cela fut le cas pour moi.
Je devais sortir cet après-midi de l'hôpital pour mon plus grand bonheur. Je ne supportais plus cette chambre vert pâle, je voulais retrouver mon lit ainsi que ma baignoire, surtout ma baignoire. Les médecins m'avaient gardée en observation à cause de mon dos qui me faisait atrocement souffrir mais, après trois jours de kiné forcée à deux séances par jour, la douleur s'était dissipée. La seule douleur qu'ils avaient refusés de m'enlever eux là haut. N'ayant plus mal, je pus sans difficulté préparer mes affaires et rentrer par moi-même à mon appartement, en prenant le bus.
Depuis que je leur avais tout dévoilé, je n'avais pas eu de nouvelles de mes amis, ils avaient besoin de digérer la chose, donc je n'insistai pas et leur laissai le temps dont ils avaient besoin malgré l'angoisse qui m'habitait de les retrouver au lycée demain. Je n'avais même pas osé leur envoyer de message pour la nouvelle année et, de leur part, je n'avais rien reçu non plus. J'avais pris un gros risque en leur avouant tout et je me doutais fort bien que je m'étais attirée les foudres de mon nouvel ennemi : le père de Peter. Mais me rebeller était le seul moyen d'avoir des informations sur Peter alors...
Le stress ne m'avait pas laissée une minute de répit la nuit dernière ; j'avais à peine fermé les yeux me retournant de tous les côtés dans mon lit. Mes pensées se dirigeaient sans cesse vers Peter puis vers mes amis puis vers Slevin, sans cesse le même schéma des heures durant. J'avais dû fermer les yeux à peine trois heures lorsque mon réveil sonna, m'indiquant le début de cette journée que je redoutais tant. Prenant mon courage à deux mains, je sortis de mon lit, me dirigeant dans la salle de bain pour prendre une bonne douche à défaut d'un bon bain par manque de temps puis j'essayai d'avaler quelque chose. Je jetai tout de même un coup d'oeil à mon téléphone portable, mais aucun message.
L'eau chaude me détendit, me permettant de respirer normalement pendant quelques minutes, puis vint le dilemme ultime pour une fille : choisir sa tenue. En ouvrant les portes de mon dressing, je tombai nez à nez sur la veste que m'avait offerte Maya, alors sans plus attendre, je pris le premier jean qui se présentait ainsi que la première chemise et son gilet puis je refermai les portes. Vingt minutes plus tard, mes converses bleues aux pieds, je sortis de mon appartement prenant la direction du lycée l'angoisse faisant à nouveau surface.
Machinalement, mes jambes se figèrent au moment même où le manoir se trouva dans mon champ de vision. Mon coeur se serra, mes jambes se firent légères à tel point que je dus m'asseoir sur le trottoir le temps de retrouver mes esprits.
- Peut-être que nous aurions dû passer la prendre, dit Shannon regardant loin devant elle.
- Je pense qu'elle a besoin de se retrouver seule, sinon elle nous aurait envoyé un message, répondit Emilie regardant dans la même direction que son amie.
- On ne lui en a pas envoyé non plus, je vous signale dit Mickaël lui aussi cherchant Amanda des yeux.
- C'est vrai, aucun de nous n'avons essayé d'établir le contact !
- Ca va pas être bizarre de la voir après tout ce qu'elle nous a révélé ? Demanda Shannon.
- Pour moi, c'est toujours Amanda, dit Mickaël. La seule chose que j'ai dû mal à encaisser c'est...
- Slevin, répondit Emilie. Comment a-t-elle fait pour garder cela secret ?
- Elle nous l'a expliqué.
- Oui je sais mais c'est difficile à concevoir, après tout ce que nous avons vécu ensemble, répondit-elle à son ami.
- Alors imagine pour elle, répondit ce dernier.
- Comment on va réagir si on tombe sur lui, demanda Shannon. Enfin vous surtout car moi je n'ai pas de passif avec.
- J'en ai des frissons rien d'y penser, répondit Emilie.
- La voilà ! Leur indiqua Shannon en la désignant d'un coup de tête.
- Elle a pas l'air bien, fit Mickaël.
- C'est un peu normal non, on est parti de l'hôpital comme si elle était folle et depuis on ne lui a pas donné de nouvelle, répondit franchement Shannon.
- On n'a vraiment pas de quoi être fiers c'est vrai.
- Elle nous a vus je crois, dit Mickaël.
Ses amis attendirent qu'elle arrive à eux.
Il m'avait fallu environ une vingtaine de minutes pour retrouver l'usage normal de mon corps, pourtant je n'arrivais pas à quitter cette rue où tant de choses s'étaient passées en si peu de temps. Ce fut Joshua Martins qui m'avait conduit au lycée, lorsqu'il m'avait croisée sur la route. On n'avait pas beaucoup parlé ces derniers mois mais il avait toujours pris de mes nouvelles depuis la fausse mort de Slevin. Lors du trajet, il ne me harcela pas de question lui qui s'entendait pourtant si bien avec Peter, mais il engagea la conversation de façon très subtile pour me mettre le plus à l'aise possible. Une fois garé sur le parking du lycée, il me souhaita une bonne journée et partit dans la direction du terrain de sport.
Je marchai au ralenti pour me rendre dans ma classe, je ne regardai pas autour de moi ne voulant pas affronter le regard des personnes qui connaissaient Peter et qui savaient qu'il était parti. Tôt ou tard, je croiserais mes amis et je ne savais pas comment ils réagiraient, ce qui faisait doucement revenir ce stress que j'avais réussi à évacuer. Je réussis à me frayer un chemin jusqu'à l'entrée du bâtiment principal où je les vis tous les trois en train de discuter puis de regarder vers moi. Cette fois-ci, je ne laissai pas mes jambes prendre le dessus, je continuai d'avancer sans que je m'en rende compte, je me retrouvai à leur niveau. Figée, aucun mot ne voulait sortir de ma bouche, on se fixa tous, créant un léger malaise. Se fut, à ma grande surprise, Emilie qui brisa la glace, je pensais que Shannon aurait fait le premier pas.
Comme quoi, on peut toujours être surpris.
- Bon retour parmi les intellos, me dit ma meilleure amie.
- Merci.
- Tu es venue à pied ?
- En partie oui, j'ai croisé Joshua Martins sur la route, il m'a pris en chemin.
- Cool, répondit Mickaël.
- Oui c'était super gentil à lui.
Le silence s'installa à nouveau juste avant que la sonnerie retentisse pour nous informer qu'il était l'heure d'aller en classe. Shannon qui n'était pas dans les mêmes cours que nous prit une direction toute autre. Aujourd'hui était le jour où chaque binôme devait rendre son devoir d'histoire, bien entendu j'étais sans partenaire. A l'évocation de son prénom lors de l'appel, mon coeur s'arrêta et je sentis tous les regards se poser sur moi.
- Monsieur, Peter risque d'être absent un petit moment pour des raisons familiales, intervint Emilie.
- Oh ! Rien de grave j'espère ?
- Nous ne savons pas monsieur.
- Prenez-lui ses cours tout de même.
-Ca sera fait.
- Merci, dis-je à ma meilleure amie.
- Pas de quoi, me répondit-elle en me souriant.
Le cours se passa normalement, je présentai notre sujet commun à toute la classe et obtins une note globale de seize sur vingt ce qui m'allait parfaitement.
Exceptionnellement, nous n'avions pas cours après nos deux heures d'histoire, nous avions alors décidé de nous poser à la cafétéria où il faisait bien chaud pour prendre un café.
- Nous sommes désolés, me dit Mickaël.
- Pourquoi ?
-On a pris la fuite...
- Et on t'a donné aucune nouvelle.
- Après ce que je vous ai balancé, c'est compréhensif.
- Non ce n'était pas normal, notre réaction fut indigne de notre amitié. On comprend pourquoi tu as dû nous cacher tout ça et que ça a dû être dur de...
- Vous mentir chaque jour ?
- Oui, répondit Emilie.
- Je suis désolée, sincèrement.
- Nous le savons Amanda, me répondit Emilie. Même si on ne comprend pas tout, nous avons bien compris que ce n'était pas facile pour toi et que nous avons été idiots de ne pas te donner de nouvelles ces derniers jours.
- Ecoutez, cette situation est dure pour vous autant que pour moi, surtout que je risque d'avoir les représailles du peuple de Peter. Alors, est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de passer une journée normale ? Demandai-je en faisant la moue.
- Normale ? M'interrogea mon meilleur ami.
- Oui. Pourquoi ? Lui demandai-je.
Il saisit son téléphone portable envoyant un message sans pour autant répondre à mon interrogation. Je vis au loin Shannon arriver alors qu'elle était supposée être en classe.
- Pourquoi Shannon n'est pas en classe ? Demandai-je.
- Tu voulais une journée normale, tu l'auras très chère copine, me répondit ma meilleure amie.
- De quoi vous parlez ?
- Les jeunes d'aujourd'hui, normaux, que font-ils ? Me questionna Shannon qui était arrivée auprès de nous.
- Ils boivent, fument, se droguent ! Leur répondis-je.
- Quelle joie de vivre dis donc ! Répondit Emilie amusée par ma réponse.
- Ba c'est vrai.
- Oui mais pas pour tout le monde.
- Ce qui veut dire pas pour nous. Alors chers amis, qu'est-ce que des jeunes normaux de notre âge font de nos jours ? Leur demandai-je sur le ton de la moquerie qui les fit sourire.
- Ils sèchent, répondit Shannon.
- Et emmènent leur meilleure amie à la patinoire, me dit Emy.
- Oh, bien entendu aucun refus n'est recevable, continua Shannon.
Les larmes aux yeux, tant j'étais touchée par cet instant, je leur souris et me levai.
- Let's go !
Et nous prîmes la direction du parking où se trouvait la voiture de Mickaël pour nous rendre à la patinoire.
