Chapitre 17 Il n'y a pas de fumée sans feu

POV Slevin

Cela faisait presque une semaine que j'avais quitté le manoir en la laissant presque inconsciente sur le sol de cette pièce bourrée de livres. Faible, attristée, pathétique, dépourvue de toute réaction, j'eus pendant ces quelques minutes d'affrontement l'impression de me retrouver face à un automate, même l'agression ne lui avait provoqué aucune réaction. Le démon en moi était frustré, surtout qu'elle avait réussi à lui évoquer un sentiment humain qu'il avait réussi à refouler lors de sa transformation, ce qui l'avait beaucoup mis en colère, bien plus que de n'avoir aucune réaction de son côté.

Et ce collier qu'elle ne lâchait pas...

Lorsque je suis rentré dans ce que l'on pouvait appeler notre résidence, je restai seul dans mes quartiers à réfléchir à la meilleure façon de la provoquer pour enfin avoir ce combat digne de ce nom, que l'on puisse en finir avec cette histoire mais apprendre qu'elle avait passé une semaine à peu près à l'hôpital ce qui avait déjà ralenti mon plan futur mais découvrir que désormais ses amis, autrefois les miens, étaient au courant de toute l'histoire compliquait fortement les choses.

Qui plus est, Oraïa reprenait peu à peu des forces qui commençait à compliquer les choses car son autorité reprenait le dessus auprès de ses sbires, ce qui me rendait beaucoup moins crédible ; seulement ma patience avait atteint ses limites si bien que je mis la première partie de mon plan à exécution ce matin, sournoisement certes, mais c'était le seul moyen que j'avais afin de m'assurer que celui qui autrefois fut mon mentor ne vienne entraver ce que j'allais entreprendre.

- Oraïa vous demande.

- J'arrive.

- Il a précisé tout de suite !

Je me retournai pour regarder mon interlocuteur. Des flammes devaient animer mes yeux car je le vis paniquer.

- Je ne fais que répéter, me dit-il apeuré de la moindre réaction.

- Sors de cette pièce et dis-lui que je vais venir.

- Très bien... Maître.

Il sortit de la pièce sans demander son reste.

Cela faisait de semaines que je n'avais pas parlé à Oraïa, le seul contact que j'eus fut par le biais d'un de ses sujets, autrement rien, mais je le faisais surveiller tout de même, ce qui me permettait de savoir qu'il reprenait peu à peu des forces sans pour autant redevenir ce qu'il était car je lui avais tout de même arracher le coeur, il ne pourrait plus se tenir debout comme autrefois mais le fait qu'il puisse de nouveau manipuler ses sujets n'étaient pas forcément des plus rassurants.

Je me dirigeai dans ce long couloir qui me menait à sa chambre. Cela faisait presque une heure qu'il m'avait fait demander, je me serais bien empressé de le retrouver pour clôturer le sujet encore inconnu, bien que j'eus un léger doute mais la réflexion qu'il a fait transmettre en guise de me provoquer m'a poussé à me rebeller plus que d'habitude, ce qui fait que j'ai attendu une heure avant de me rendre à son chevet.

- Il était temps ! Il y a quelque chose que tu ne comprends pas dans "tout de suite" ?

- Je ne suis pas à votre merci.

- Vraiment, depuis quand ?

- Vous n'avez qu'à regarder le superbe trou que j'ai fait dans votre poitrine.

- Cela ne veut pas dire que tu ne dois pas m'obéir.

- Dites-moi si je me trompe mais à la base, vous m'avez créé pour que je prenne votre place et que je mène à bien ce pourquoi je suis devenu ce que je suis désormais.

- C'est exact, cependant tu dois suivre mon plan.

- Jusque là votre plan, je supprimerais la « , » a tout foiré alors que le mien...

- Elle a juste été à l'hôpital, ce n'est pas un exploit.

- Hôpital, amis blessés... Tout en finesse mais des résultats qui sont là contrairement à vous !

- Il est vrai, seulement tu oublies un léger détail qui est tout de même important, se mit-il à dire presque en criant.

Je restai sur place, ne réagissant pas à son attitude plus qu'exagérée.

- Tu dois la tuer Slevin, la tuer ! Tu n'es plus humain, plus rien ne dois t'en empêcher. Tue-la !

- Vous voulez que je la tue et c'est pourquoi je suis ce que je suis désormais, alors ce sera à ma façon. Si je décide d'y aller à la manière douce mais sûre c'est pas pour rien. Alors fermez votre gueule une bonne fois pour toute et laissez-moi faire ce que vous avez été incapable de faire proprement il y a quelques années avec la mère de Peter.

- Tu n'es qu'un sale arrogant.

- Certes mais un arrogant sans lequel votre plan ne vaut plus rien.

- Sors de cette pièce maintenant !

- Avec plaisir.

Je me retournai pour sortir avant de me stopper.

- Oh, et un conseil ne cicatrisez pas trop vite, je serais attristé de devoir essayer de vous tuer à nouveau, lui dis-je en me penchant sur son lit tout en appuyant sur sa blessure qui le fit crier de douleur.

Je sortis de la pièce l'entendant ruminer me faisant sourire, satisfait de cet affront.

Maintenant place à ma première partie du plan !

POV Peter

Cela ferait une semaine et quelques jours bientôt que je me retrouvais coincé dans ce Royaume qui était loin de m'être familier, je m'efforçais chaque jour de prendre sur moi, cherchant une solution pour réussir à partir d'ici, en vain. Créer le contact avec ma soeur fut totalement impossible, ils ne laissaient trainer aucun indice, mes recherches n'aboutissant à rien, je décidai de laisser tomber pour le moment et repris la seule que je pouvais faire en étant coincé ici : la regarder.

Je n'avais pas beaucoup fixé le cristal ces derniers jours, trop occupé par mes recherches et quand je repris le visionnage et que je la vis toujours dans cette chambre d'hôpital, mon coeur se serra et la douleur fut si forte que je crus tomber par terre. Je ne supportais pas de la voir comme ça, à fixer la fenêtre ne parlant à personne, pas même à ses amis. C'est lorsque je la vis se battre verbalement avec l'un des membres du Conseil que je repris espoir en voyant son attitude.

- Sortez !

Sa voix était aussi glaciale que la banquise et son regard aussi dur qu'un mur de pierre.

Ce membre du Conseil dont je ne réussissais jamais à me souvenir le prénom était habillé en civil et ne bougea pas pour autant.

- D'abord j'ai à vous parler et ensuite je partirai Amanda, l'informa son interlocuteur d'une voix neutre.

- Il y en a au moins un qui n'est pas lâche !

On se doutait bien de qui elle parlait.

- Votre colère ne vous mènera nulle part.

- Ma colère ? Cela fait une semaine que vous me l'avez pris parce que vous ne supportez pas le fait que nous sommes capables de nous aimer tout en menant à bien notre mission. Voyez-vous ma colère est passée à un tout autre sentiment, dit-elle calmement.

- Slevin est animé par la jalousie, votre colère est votre meilleure arme.

- Ma meilleure arme, c'était l'enseignement de Peter et les tactiques de Maya, que vous avez au passage fait disparaître aussi. Il était ma force et vous me l'avez enlevé. Si vous ne vouliez pas qu'il ressente des choses, il ne fallait pas lui donner une partie humaine.

- Votre mission reste la même et vous devez faire ce qu'on vous dit.

Aucune réponse.

- Comment avez-vous fait pour qu'on ne puisse pas nettoyer la mémoire de vos amis ?

Elle le regarda, et la plus arrogante possible, elle lui sourit essayant de le provoquer.

- Amanda ?

- Ca fait quoi là, en cet instant précis de se sentir impuissant, comme si on vous avait enlevé quelque chose ?

- Nous défier ne vous le ramènera pas.

- Je ne vous défie pas, je vous ignore la nuance est là. Vous n'existez plus pour moi, pouf invisible. Et le pire pour vous, c'est que vous ne pouvez m'interdire l'accès au manoir, donc croyez-moi, on se retrouvera face à face pour me destituer de mes pouvoirs.

- Impossible, on ne peut pas les enlever.

- Peu importe ! Fabriquez une autre Elue car je démissionne.

- Amanda !

- Gin jha elm.

La porte s'ouvrit et il se retrouva de l'autre côté essayant de passer à nouveau le seuil mais il ne pouvait pas, elle l'avait banni de ma chambre d'hôpital ainsi que les autres membres de sa communauté.

A ce moment précis, je fus pris d'une telle fierté que si j'avais été à ses côtés, je l'aurais prise dans mes bras tout en l'embrassant passionnément. La seule phrase qu'elle avait toujours eue du mal à prononcer pendant nos entraînements, elle avait réussi à la dire là maintenant et pas à n'importe qui. J'étais persuadé que si cette personne avait été mon père, elle en saurait d'autant plus contente et aurait retrouvé le sourire ne serait-ce que quelques secondes, ce qui nous aurait mis un peu de baume au coeur à tous les deux.

Mes yeux se posèrent alors sur son cou et je vis qu'elle ne quittait pas le pendentif que je lui avais fabriqué. Depuis son affrontement avec Slevin, elle ne le lâchait pas de sa main gauche, pas une seule minute et cela m'attrista encore plus car je savais très bien que c'était la seule chose de physique qu'il lui restait de moi, si elle le perdait, je n'osais pas imaginer sa réaction.

- Amanda ?

C'était la voix d'Emilie accompagnée de ses deux autres amis.

- Emy !

Sa meilleure amie l'a pris dans ses bras et je vis Amanda se laisser aller pour la première fois depuis des jours et cela me provoqua une drôle de réaction, j'avais envie de tout casser, je ne supportais vraiment pas de la voir comme ça. Une colère monstrueuse que je n'avais jamais ressentie de toute ma vie s'empara de moi et sans m'en rendre compte, je fus en moins de deux secondes dans la salle du Conseil face à mes nouveaux ennemis qui pourtant étaient censés être ma famille.

- Eh bien en voilà une entrée fracassante !

- Vous avez vu ce que vous avez provoqué ? Est-ce que vous rendez compte de quelle stupidité vous faites preuve ?

- Ca suffit Peter, on a supporté bien plus que ce que nous pouvons accepter de ta part. Nous t'avons expliqué nos choix et il n'y aura pas autrement. Elle pleure parce qu'elle est humaine, elle s'en remettra, elle a perdu l'amour de sa vie une fois, en perdre un deuxième ne la tuera pas.

Mon sang ne fit qu'un tour.

Sans comprendre comment je me retrouvai face à mon père, ma main presque autour de son cou, je n'avais qu'une envie : l'étrangler mais alors je me rabaisserais au niveau de Slevin. Je me contrôlai mais c'était vraiment dur, ses dernières paroles furent d'une telle cruauté que ça m'avait mis hors de moi.

- Vous parlez comme lui ?

- Comme qui ?

- Slevin. Vous me dégoutez.

- Peter...

- Assez ! Criai-je. Pour la première fois, j'ai honte d'être votre fils.

- Tu tiens vraiment à elle, tes sentiments prennent le dessus sur tes émotions, intervint un des membres. Lorsque je lui ai rendu visite, j'ai pu constater à quel point elle était... perdue. Exactement comme toi.

- Encore un reproche !

- Non, je constate Peter.

- Eh bien si cela ne vous convient pas, il ne fallait pas me faire cadeau d'une moitié humaine.

- Retourne dans tes quartiers te calmer, nous reparlerons plus tard.

- Je n'ai plus rien à vous dire. Et que cela vous plaise ou non, je retournerai sur Terre !

Je regardai mon père pour la dernière fois, je vis dans ses yeux le malaise qu'il ressentait suite à la colère et à la tristesse que je venais de montrer.

- Mère avait plus de coeur.

Et je partis sur ses derniers mots regardant plus calmement mon cristal et je la vis toujours dans sa chambre d'hôpital, elle ne pleurait plus et s'apprêtait à faire quelque chose qui ne plairait pas du tout au Conseil, alors je revins sur mes pas.

" - Je vous dois quelques explications.

- Amanda, on ne veut pas tous les détails mais nous souhaitons savoir ce qui s'est passé, me répondit Emilie.

- Et où est Peter ? Me demanda Mickaël. "

J'entrai de nouveau dans la pièce, les regards se posèrent sur moi y compris celui de mon père.

- Tu es revenu exprimer ta colère ?

- Non, juste regarder la vôtre !

- De quoi parles-tu ?

Le membre qui m'avait parlé quelques minutes plus tôt disparut.

- Je parle de ce pourquoi il vient juste de partir.

Il regarda alors le cristal et son visage se décomposa.

" - Peter est... parti.

Nos amis se regardèrent sans vraiment comprendre.

Les larmes se mirent à inonder le visage d'Amanda mais elle réussit à les stopper tant bien que mal, afin de ne pas être coupée dans son élan.

- Comment ça, parti ? Lui demanda Emy après quelques secondes de silence.

- Vous devriez vous asseoir, leur dit-elle.

- Amanda, tu me fais peur, lui dit sa meilleure amie.

Elle va vraiment le mettre en colère mais pour le coup, il aura tout ce qu'il mérite.

- C'est assez compliqué, je ne sais pas trop quoi dire mais je vais commencer par le début, ce sera plus simple pour vous comme pour moi. Enfin en partie.

- Oui, le début c'est une bonne idée, dit Mickaël de façon à l'encourager.

- Fermez la porte et asseyez-vous.

- C'est qui ? Lui demanda-t-il, en voyant le membre du Conseil.

- Tu le sauras bien assez tôt.

Il ferma la porte sans aucune hésitation, accordant toute sa confiance à sa meilleure amie. "

- Comment ose-t-elle ? Demanda-t-il à peine énervé.

- De la même façon que vous l'avez fait se sentir seule.

- Je ne tolèrerai...

- Vous ne tolèrerai pas quoi ? Vous ne pouvez plus effacer leur mémoire, et elle a bloqué l'accès à sa chambre d'hôpital. Elle a été plus maline.

Je lui tournai le dos et retournai dans ma chambre sans prêter la moindre attention à ses appels. Tout expliquer à ses amis serait fort compliqué mais elle le voulait depuis longtemps, mon père venait simplement de lui tendre une perche.

Plusieurs jours passèrent et je restai dans cette pièce à ne parler à personne si ce n'est à Thayer lorsqu'il m'apportait mes plateaux repas... humains. Il devait aller sur Terre me chercher de la nourriture terrienne car je n'étais plus habitué depuis des années à manger la nourriture des Defenders qui n'est pas trop différente mais le goût, lui, l'est. Elle était sortie de l'hôpital mais n'avait pas eu de nouvelles de ses amis depuis qu'elle leur avait tout révélé.

La rentrée scolaire avait lieu aujourd'hui même, finies les belles vacances de fin d'année, une nouvelle commençait. Lorsqu'elle se prépara pour aller en cours, elle tomba sur la magnifique veste en cuir que ma sœur lui avait offerte pour Noël et je pus lire dans ses yeux la nostalgie que cela provoqua dans son esprit. Après ce léger moment de tristesse, elle passa à autre chose comme si elle venait d'effacer un texte écrit à la craie sur un tableau de classe et mit ses converses bleues aux pieds puis sortit de son appartement avec ses affaires d'école.

Je pris rapidement ma douche et quand je revins dans ma pièce principale avec une serviette autour de ma taille, Amanda se trouvait dans la voiture de Joshua Martins. Lorsque j'étais arrivé au lycée, ce fut l'une des premières personnes avec qui j'avais parlé mais je n'aimais pas passer beaucoup trop de temps avec lui , il était trop imbu de sa personne et il posait beaucoup trop de questions, cependant je ne pouvais pas lui enlever sa gentillesse. Malgré tout, une drôle d'impression persistait à son sujet et le voir dans le même véhicule qu'Amanda ne faisait que renforcer ce sentiment.

Elle s'avançait au milieu de personnes qui ne cessaient de la fixer, certains étaient des gens avec qui j'avais eu beaucoup d'échanges, d'autres que je ne connaissais pas du tout mais le commérage est de bon augure à cet âge là. Lorsqu'elle vit ses amis à l'autre bout de la cour du bâtiment principal, elle s'arrêta net, ne sachant pas quoi faire : est-ce qu'elle devait les rejoindre ou aller directement en classe. Elle avança de nouveau et se retrouva face à eux comme si on l'y avait téléportée. Emilie parla la première ce qui ne me surprit pas, elle était douée pour briser la glace.

"- Bon retour parmi les intellos, lui dit sa meilleure amie.

- Merci.

- Tu es venu à pieds ?

- En partie oui, j'ai croisé Joshua Martins sur la route, il m'a prise en chemin.

- Cool, répondit Mickaël.

- Oui c'était super gentil à lui.

Le silence s'installa à nouveau, juste avant que la sonnerie retentisse pour leur informer qu'il était l'heure d'aller en classe. Shannon qui n'était pas dans les mêmes cours qu'eux prit une direction toute autre. Aujourd'hui était le jour où chaque binôme devait rendre son devoir d'histoire, n'étant pas là Amanda devrait le rendre seule devant toute la classe.

- Monsieur, Peter risque d'être absent un petit moment pour des raisons familiales, intervint Emilie.

- Oh ! Rien de grave j'espère ?

- Nous ne savons pas monsieur.

- Prenez-lui ses cours tout de même.

-Ca sera fait.

- Merci, dit-elle à sa meilleure amie.

- Pas de quoi, lui répondit-elle en me souriant.

Après les deux heures d'histoire, ils allèrent se poser à la cafétéria pour souffler un peu et prendre le temps de retrouver car, depuis l'hôpital, pas une seule fois ils s'étaient parlé. Je pouvais sentir le stress d'Amanda, elle était tellement mal à l'aise face à ses amis, comme si elle ne savait plus de quelle façon elle devait agir de peur de paraître bizarre à leurs yeux.

- Nous sommes désolés, lui dit Mickaël.

- Pourquoi ?

-On a pris la fuite...

- Et on ne t'a donné aucune nouvelle.

- Après ce que je vous ai balancé, c'est compréhensif.

- Non ce n'était pas normal, notre réaction a été indigne de notre amitié. On comprend pourquoi tu as dû nous cacher tout ça et que ça a du être dur de...

- Vous mentir chaque jour ?

- Oui, répondit Emilie.

- Je suis désolée, sincèrement.

- Nous le savons Amanda, lui répondit Emilie. Même si on ne comprend pas tout, nous avons bien compris que ce n'était pas facile pour toi et que nous avons été idiots de ne pas te donner de nouvelles ces derniers jours.

- Ecoutez, cette situation est dure pour vous autant que pour moi, surtout que je risque d'avoir les représailles du peuple de Peter. Alors, est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de passer une journée normale ?, demanda-t-elle en faisant la moue.

- Normale ? L'interrogea son meilleur ami.

- Oui. Pourquoi ? Lui demanda-t-elle.

Il saisit son téléphone portable envoyant un message sans pour autant répondre à la question d'Amanda. Shannon qui était supposée être en classe pointa le bout de son nez avec un large sourire.

- Pourquoi Shannon n'est pas en classe ? Demanda-t-elle.

- Tu voulais une journée normale, tu l'auras très chère copine, lui répondit sa meilleure amie.

- De quoi vous parlez ?

- Les jeunes d'aujourd'hui, normaux, que font-ils ? La questionna Shannon qui avait rejoint le groupe.

- Ils boivent, fument, se droguent ! Leur répondit-elle.

- Quelle joie de vivre dis donc ! Répliqua Emilie amusée par sa réponse.

- Ba c'est vrai.

- Oui mais pas pour tout le monde.

- Ce qui veut dire pas pour nous. Alors chers amis, qu'est-ce que des jeunes normaux de notre âge font de nos jours ? Les interrogea-t-elle sur le ton de la moquerie qui les fit sourire.

- Ils sèchent, répondit Shannon.

- Et emmènent leur meilleure amie à la patinoire, lui dit Emy.

- Oh, bien entendu aucun refus n'est recevable, continua Shannon."

Elle était fort émue par la solidarité de ses amis, je pouvais le lire dans ses yeux et cela me fit sourire et me rappela l'après-midi durant lequel elle m'avait appris à patiner.

Ils prirent la direction du parking où se trouvait la voiture de Mickaël pour se rendre à la patinoire.

Sans réfléchir, j'ouvris la porte en laissant le cristal sur ce qui me servait de lit et me dirigeai vers la salle du Conseil. Ils me regardaient tous sans la moindre exception, mon père prit la parole.

- Je sais ce que tu vas me dire et il y aura une condition.

POV Amanda

Une journée normale, voilà ce que j'avais demandé à mes amis et je ne pouvais rêver mieux. Nous avons ri, patiné, parlé de tout et de rien, ce qui me permit de souffler un peu mais je n'oubliais pas pour autant Peter, car la dernière fois que j'étais venu ici, c'était avec lui et Emy comprit mon moment nostalgique lorsque j'étais entrée sur la glace mais n'avait pourtant pas réagi ouvertement face aux deux autres ce qui était très gentil de sa part. Par contre, tout ce qui pouvait concerner Slevin et le combat était resté dans un coin de ma tête.

Aux oubliettes, comme dirait Mickaël.

Après avoir patiné toute l'après-midi, nous nous sommes posés devant une bonne tasse de café pour eux et un bon cappuccino pour moi, c'est alors que le sujet principal de ces derniers jours revint sur le tapis. Mais je ne pouvais pas leur en vouloir, je leur avais lâché une sacrée bombe, ils méritaient d'en savoir un peu plus et puis je n'étais plus à ça près dans le non-respect des règles.

- Je me doute que ce n'est pas ton sujet de conversation préféré ces derniers temps, mais comprends-nous, tu as eu plusieurs mois pour te faire à l'idée alors que nous, nous venons de l'apprendre.

- Que voulez vous savoir de plus ?

- Comment a-t-il pu tuer tes parents et agir normalement ensuite jusqu'à ce faux accident, ça ne lui ressemble pas ?

- Pendant un moment, il a été super bizarre, on comprend mieux pourquoi maintenant, souffla Mickaël.

- C'est une très longue histoire et croyez-moi je n'ai pas encore digéré la chose alors que cela fait des mois que je le sais.

- Et si on reprenait une tasse de café pendant qu'Amanda nous récite son petit cauchemar...

Mes mains sursautèrent au son de sa voix.

Là ça craint, ça va faire beaucoup trop pour eux !

- Bou !

Ils étaient choqués de voir la réalité leur tomber dessus. L'apprendre, c'est une chose, mais voir votre ex meilleur ami censé être mort apparaître sous vos yeux, c'en est une autre. Je me mis automatiquement sur la défensive pas sure de ses réactions, pendant qu'il s'installait aux côtés de Shannon qui ne faisait pas la fière.

- Une petite nouvelle. C'est donc toi l'amoureuse de Mickaël ! Hum... très jolie.

- Laisse-la tranquille !

Il m'ignora.

- Je suis Slevin. Tu es...

- Pas impressionnée !

Oops !

Je la regardai décontenancée par son assurance qui cachait au fond une peur qu'elle ne voulait pas montrer. Puis, elle fit une grimace, je compris qu'il lui faisait mal. Mickaël était sur le qui vive.

- Shannon, je m'appelle Shannon.

Il arrêta de lui faire mal.

- Que veux-tu Slevin ? Lui demandai-je agressive.

- On n'a plus le droit de profiter de ses amis ? Répondit-il sur un ton faussement innocent.

- Amis ? Je crois que tu as perdu ce statut le jour où tu nous as fait croire à ta mort, lui répondit froidement Emilie.

- Emy, toujours autant de répartie à ce que je vois. C'est bien, ça n'en sera que plus intéressant.

Elle frémit au son maléfique de sa voix.

- De quoi parles-tu ? Lui demandai-je.

- Eh bien vois-tu ma chère Amanda...

Je n'aime pas du tout le ton qu'il emploie. C'est pas bon signe.

- En mettant nos amis enfin plus les tiens que les miens, dit-il en faisant un clin d'oeil à Emilie, tu as contrarié tout ce que j'avais prévu. Par conséquent, j'ai dû modifier mon plan de base mais ce n'est pas grave car je suis certain que nous allons bien nous amuser.

- Si tu le dis, lui répondis-je.

- Je sais bien que tu es encore toute chamboulée suite au départ de ton bien-aimé, après tout ce n'est pas le premier à te laisser tomber, mais ne me teste pas trop. La dernière fois, ils ont été blessés sans que j'en donne l'ordre mais là, ce sera différent et il ne se remettront pas forcément de leur blessures.

Mes amis frémirent rien qu'en pensant à ce qui s'était passé dans le parc.

- C'est bien que vous ayez peur, cela calmera peut-être votre arrogance. Surtout la tienne.

Je le fixais droit dans ses yeux démoniaques. Le peu d'humanité que j'avais pu apercevoir lors de notre dernier affrontement avait totalement disparu.

- Et si tu nous laissais tranquillement boire notre café et que tu retournais voir les flammes de l'Enfer ?

- Déjà ? Mais je ne suis là que depuis quinze minutes à peine, dit-il sur un ton diaboliquement amusé.

- Dégage !

- Tsss tsss... calme-toi Amanda. Je ne suis pas venu seul, faire des dizaines de victimes de me poserait aucun problème, mais comment ta conscience le supporterait-elle ?

En regardant autour de moi, je compris qu'il ne mentait pas et que je n'avais reçu aucune décharge le long de ma colonne vertébrale, comme si j'avais perdu mon instinct.

- Les menaces sont pour les faibles ! C'est pas ce que tu as dit le jour où l'on s'est fait agresser en sortant de la boîte de nuit il y a trois ans, lui rappela Emy.

- Maintenant ça suffit ! Si il ne veut pas partir alors c'est nous qui partons et il ne fera rien parce qu'à l'intérieur du café, là où il ne peut pas vraiment les voir se trouvent trois Defenders dont un est le bras droit du chef et comme Slevin a une fierté de merde, se prendre une raclée par l'un des plus grands guerriers de cette communauté devant des dizaines de personnes, y compris ses sbires, n'est pas concevable, il va nous laisser partir.

- Tu bluffes !

- Tu crois ? Si tu es si sûr de toi, lève-toi et stoppe-nous.

Je le regardai fixement afin de lui montrer que je ne bluffais pas.

- On se retrouvera !

- J'en doute pas.

Mes amis ne mirent pas longtemps à se lever de leurs chaises. Une fois dans la voiture de Mickaël, ils se sentirent déjà plus rassurés, jusqu'à ce que je leur avoue que je bluffais. Mickaël voulut accélérer la vitesse mais je l'en empêchai car cela aurait attiré l'attention de Slevin.

- On va où ?

- J'en sais rien.

- Au manoir, dit Emilie.

Je me retournai pour la regarder, elle était sérieuse. Elle voulait qu'on retourne là où je ne voulais plus jamais aller.

- Désolée ma chérie mais va falloir bouger ton cul pour que ce p'tit con arrête de se la raconter et si j'ai bien suivi ton récit, c'est au manoir qu'il y aura tout ce dont tu as besoin. Peter n'est plus là, et je sais que tu souffres mais, nous, on veut rester en vie et toi seule peut nous le permettre.

Que pouvais-je répondre à ça ?

Elle venait de me dire ce que je ne voulais pas m'avouer, j'ai laissé mon chagrin prendre le dessus et j'en ai complètement oublié mes amis.

- Direction le manoir, Mickaël.

- C'est parti !

Environ trente minutes plus tard, nous arrivâmes au manoir. Je mis un petit moment à bien vouloir descendre de la voiture, mes amis m'attendaient devant la porte de cette somptueuse demeure où ils m'avaient trouvée inconsciente plusieurs jours auparavant. Après avoir pris une bonne bouffée d'air frais, le courage me vint et je sortis du véhicule les mille et un souvenirs défilant dans ma tête.

- On est là, tout se passera bien.

- Toute façon, ça ne peut pas être pire, répondis-je à ma meilleure amie dont le soutien m'était d'un grand secours.

Nous rentrâmes alors dans le manoir grâce à la clé que j'avais gardée Tout était vide, dans le sens où cela se ressentait qu'aucune âme vivante n'y vivait, il était comme abandonné sauf que le ménage était fait. Une boule se forma dans ma gorge lorsque je montai les escaliers pour me rendre à la bibliothèque, lieu où mon corps gisait inconscient quelques jours plus tôt. Arrivée sur le seuil de la porte, je sentis les regards de mes amis se poser sur moi, attendant que ce soit moi qui ouvre la porte.

Lorsque je l'ouvris, nous restâmes à l'entrée surpris de la scène qui se trouvait sous mes yeux : la pièce était comme neuve, comme si rien ne s'était passé, par contre l'absence du tatouage de Peter était toujours là à mon grand désarroi. L'étagère qui m'était tombée dessus avait retrouvé sa place d'origine ainsi que les livres qu'elle contenait. Nous en restâmes bouche bée.

- Marry Poppins travaille pour Peter ? Demanda Mickaël.

- Mettons nous au travail, leur dis-je à tous, ignorant la remarque de mon ami.

- On cherche quoi exactement ?

- Mon dernier entrainement avec Peter était physique, je devais à la base apprendre plus de formules pour neutraliser quelques secondes un Destroyer mais j'ai préféré savoir mettre une raclée à Slevin ce que j'ai pas encore eu la chance de faire.

- Et nous, on cherche quoi ?

Je ne savais pas trop quoi chercher exactement, quelles formules, quelles informations mais il me fallait quelque chose pour contrer Slevin la prochaine fois qu'il se présentera à nous, je ne prendrais pas le risque de voir mes amis à nouveau blessés.

- Il faudrait peut-être trouver une formule de protection non ? Demanda Emy.

- Pour nous protéger ? Demanda Shannon pour être sûre de bien comprendre.

- Le manoir, il avait un sort de protection non ? Me rappela Emy. Retrouver le sort qui a permis d'empêcher toute personne maléfique d'entrer et d'approcher la demeure nous permettrait d'être tranquille je pense.

- C'est pas une mauvaise idée sauf que Peter avait mis ce sort en place avant que l'on se connaisse, je ne suis pas certaine qu'il existe dans les livres, je pense que c'est une formule spécifique à son peuple.

- Ah !

- Regardez ! Nous dit Mickaël en pointant du doigt vers ce qui était la porte magique. On aurait dit que quelqu'un se trouve derrière une porte et a fait glisser cette feuille dessous sauf que je n'ai vu personne ni de porte. Tu nous aurais pas expliqué, ce truc ce serait vraiment flippant.

- Oui c'est le mot qui convient, dit Emy.

Je me levai du sol pour aller chercher la feuille qui se trouvait de l'autre côté de la pièce. Ce n'était pas une feuille blanche ordinaire, celle-ci était comme jaunie par la lumière du soleil, la vieillissant de plusieurs dizaines d'années voire des milliers. Seulement quatre lignes de plusieurs mots dans une langue tout à fait différente de la notre mais que Peter m'avait apprise étaient inscrites sur ce bout de papier.

- Est-ce que tu crois que cela protègerait nos maisons aussi ?

- Eh bien, ce n'est pas spécifique au manoir sinon ce serait marqué, je pense.

- On pourra essayer alors ?

- Ca ne coûte rien.

Je dus devenir pensive car je n'entendais plus rien autour de moi. En fait, je ne comprenais pas pourquoi ils m'avaient envoyé la formule plutôt que de nous laisser chercher. Je leur avais tourné le dos, traité de tous les noms possibles et imaginables, leur fierté aurait dû en prendre un coup !

A moins que...

- La terre appelle Amanda !

- Désolée, j'étais ailleurs.

- Tu pensais à quoi ? Me demanda Shannon.

- Au fait qu'ils nous aient envoyé cette formule.

- Et...?

- Ce passage est inactif depuis le départ de Peter et là, on reçoit cette feuille avec exactement ce dont nous avons besoin...

- Peter ! C'est lui qui nous l'aurait envoyé tu penses ?

- C'est fort possible !

Un sourire se dessina sur mon visage, voilà des jours entiers que ce n'était pas arrivé, cependant je n'oubliais pas qu'il était toujours de l'autre côté et que ce bout de papier fut mon seul et unique contact avec lui depuis des jours.

- Ne perdons pas de temps !

- Faisons ce que nous avons à faire, le temps n'est pas en notre faveur, dit Emy.

- Comment ça ?

- J'ai un drôle de pressentiment.

- Ok ! On va aller au pied des escaliers, je réciterai la formule.

- Pourquoi à cet endroit précisément ? M'interrogea Mickaël.

- C'est le centre du manoir. Mon instinct me dit que c'est là que je dois être pour que ce soit le plus efficace.

- Allons-y !

Nous descendîmes les escaliers après être sortis de la pièce. Le pressentiment d'Emily s'avéra juste, en regardant par la fenêtre qui était juste à côté de la porte, je vis au loin le ciel noircir ainsi que deux ombres avancer vers nous.

- Je déteste avoir raison !

- Remontez à l'étage !

- Quoi ?

- Non, il est hors de question qu'on te laisse seule.

- Je préfère être seule que vous savoir morts à cause de ta fierté.

- Amanda...

- Emy, je ne vous ai pas tout avoué pour vous voir mourir. Que tu ne veuilles pas me laisser me touche mais si le sort ne fonctionne pas pour je ne sais quelle raison, je ne veux pas que vous soyez à la portée de ces monstres. Au parc, j'étais pas concentrée, je ne ferai pas deux fois la même erreur.

Le manoir se mit à trembler, des éclairs déchirèrent le ciel me confortant un peu plus dans l'idée que mes amis ne devaient pas rester là.

- On va où ? Me demanda ma meilleure amie.

- Dans la bibliothèque !

- Quoi ? Mais Slevin...

- Slevin a plus de pouvoirs que ces deux trucs, et ils ont laissé Peter me donner la formule, ils vous protègeront, leurs pouvoirs sont plus concentrés dans cette pièce.

- Fais attention à toi.

- Promis.

Je n'eus plus le temps de prononcer le moindre mot, ils étaient beaucoup trop proches.

- Je sais que vous m'entendez, s'il leur arrive quelque chose, je vous tue ! Et croyez-moi que je le ferai, j'ai trouvé le moyen de me retrouver en face de vous une fois, j'y arriverai une deuxième fois.

Mon avertissement fait, je mis la formule dans une des poches arrières de mon jean, ouvrit la porte du manoir que je refermai derrière moi. Ils se trouvaient à peine à cinq cents mètres de moi. Mon coeur se mit à battre tellement fort que je crus qu'il allait exploser à l'intérieur de mon corps.

Moches, c'était le seul adjectif possible pour les décrire, gros aussi car dire que c'était leur musculature serait leur faire un trop beau compliment. Ils n'avancèrent plus mais continuèrent de me fixer avec leurs regards maléfiques et agressifs. Ils étaient un peu plus grands que moi, leur manucure laissait franchement à désirer et j'ordonnai à mon cerveau d'éviter leurs griffes de peur de me chopper une infection quelconque.

- Que c'est mignon, tu as caché tes amis.

- Très touchant.

- On sort les mouchoirs ?

- Oh, un brin d'humour. Ton arrogance ne sera pas sans faille.

- Vous brassez de l'air plus qu'autre chose !

- Tu te crois plus forte avec tes réflexions ? Ton arrogance ne durera pas.

- Je ne crois pas être forte, je le suis !

Je leur fis un signe de tête pour leur montrer que je ne bluffais pas. Lorsqu'ils virent le vent souffler fortement derrière eux chassant même les éclairs, je pus lire l'étonnement dans leurs yeux accompagné par la suite d'un peu de peur. J'étais tellement en colère depuis plus d'une semaine que cela renforçait la puissance de mes dons ; Peter m'avait toujours dit que les émotions pouvaient être un bon atout et, en ce moment, c'était effectivement le cas !

- Nous aussi, on a quelques petits...

Ils n'eut pas le temps de finir sa phrase que ma mini rafale les projeta contre le muret.

Un point pour moi !

- Allez, on se relève, un peu de dignité messieurs !

- Je vais te faire jongler, tu vas pas comprendre ta douleur pétasse.

J'ordonnai à voix basse au vent de se diriger vers l'un d'eux. Si j'en tuais un, l'équilibre serait rétabli, un combat un contre un et cela déstabiliserait peut-être son copain.

Le vent continua de tourbillonner au dessus de leurs têtes pendant qu'ils se levaient, c'est à cet instant précis lorsque je prononçai le mot "maintenant" que le vent souffla plus fort au point de diriger la foudre sur le moins bavard.

En plein dans le mille.

Le plus timide se retrouva grillé comme une merguez ce qui fit paniquer son compagnon quelques secondes. Son regard passa de moi au cadavre et du cadavre à moi, un sourire malicieux se dessina sur son visage, je compris que la peur était passée et que mon temps de répit était terminé. J'essayai de me souvenir de chaque formule magique que j'avais apprise avec Peter, mais ma mémoire ne voulait absolument pas m'aider, à mon grand désespoir. Utiliser les éléments n'avait plus l'effet de surprise, je devais avoir recours à la force physique. Un conseil provenant de la dernière fois que j'ai vu Maya me revint à l'esprit et je fus persuadée que ça allait beaucoup m'aider dans tous mes combats (pas trop quand même) et notamment dans celui-ci : ne pas prendre les devants.

Je le laissai s'approcher de moi tout en restant sur la défensive et me méfiant de ce qu'il serait capable de faire. La moindre seconde d'inattention de ma part pouvait me faire perdre ce duel, faisant plaisir à Slevin et il en était hors de question. Moi aussi j'avais ma fierté.

- Le mérite de ta mort me reviendra et Oraïa sera fier de moi.

- Oraïa ?

- Oui. C'est un peu la guerre au Royaume entre lui et Slevin.

- Il n'est pas mort ?

- Juste un énorme trou dans la poitrine qui l'a fortement affaibli. Ce qui ne devrait pas tarder à t'arriver, me dit-il d'un ton vraiment cruel. Oraïa trouve que ton ex petit chéri met trop de temps à te tuer.

- Je ne vais pas m'en plaindre.

Stop ! J'ai eu des informations mais là il essaye surtout de me déconcentrer et j'avais raison car sa main griffue arriva droit sur moi, je l'esquivai de justesse et le fis tomber par terre en lui décrochant un bon coup de pied dans le ventre. Il se releva aussitôt et me bondit dessus à une vitesse tellement rapide que ce fut à mon tour de tomber au sol tout en me débattant. Je dus me prendre plus de deux coups de poing dans la figure avant d'être envahie d'une telle colère que j'en vins à appeler le feu qui le brûla au visage, le faisant rouler par terre, enlevant son poids d'éléphant de mon corps. Je devais reprendre le dessus, je devais le tuer mais je n'avais pas d'arme blanche cachée dans mon jean.

Il m'en fallait une. Je cherchai du regard mais je ne trouvai rien qui pourrait y ressembler et si j'entrais dans le manoir, je prendrais le risque de le laisser entrer dans le manoir et ce n'était pas concevable !

- Emilie, criai-je de toutes mes forces.

Je lui remis un coup de pied dans le visage, de façon à le sonner un peu, histoire de gagner du temps. Je criai à nouveau le prénom de mon amie qui arriva au niveau de la porte d'entrée.

- Une épée, il m'en faut une !

- Où ?

- Bibliothèque, chambre de Peter, j'en sais rien. Fouille mais dépêche-toi.

Je sentis son haleine fétide empester mes narines au point de me donner la nausée. Me retournant à peine, je contrai son coup de pied mais ne vis pas venir le coup de poing dans mon ventre ; je me pliai en deux, essayant de reprendre ma respiration. Son compagnon ne bougeait toujours pas mais si je ne lui plantais pas une épée dans leur espèce de cœur, je me retrouverais à nouveau avec deux adversaires. Profitant de mon manque de respiration le visage toujours enflammé, il me mit un coup de coude dans les reins, j'en criai de douleur tellement j'eus mal, je redoublai l'intensité le faisant à son tour crier. Emilie apparut avec quelque chose dans ses mains qu'elle faisait presque trainer par terre.

- C'est vachement lourd ce truc !

- Envoie-la moi.

- Et comment ? Je ne suis pas super woman.

- Ne bouge pas !

Et un petit appel du vent pour bloquer mon camarade pendant que je courais prendre l'épée des mains de ma meilleure amie.

- Maintenant retourne avec les autres !

- C'est toi qui fais ça ?

- Oui.

- La vache, ça déchire.

Je la regardai amusée et impatiente.

- Oui oui je retourne avec les autres.

- Tout de suite !

Je lui tournai le dos pour retrouver mon ennemi. Je l'entendis parler en partant mais je ne répondis pas.

- Achève-le Am' !

La lévitation était ce que je maîtrisais le moins... jusqu'à maintenant. A peine s'était-il jeté sur moi que je me retrouvai tel un marsupilami à sauter au dessus de lui et sans me retrouver tout de suite par terre, par contre, une fois arrivée au niveau de son camarade, c'est là que se fit mon atterrissage et niveau stabilité on repassera. Par chance, mes chevilles résistèrent à ma superbe chute. Je n'avais pas lâché l'épée des mains, si bien que je ne perdis pas de temps pour la planter dans la cavité thoracique où se trouvait leur batterie. Monsieur merguez ne se désintégra pas car je n'avais pas prononcé la formule et je ne l'avais pas en tête mais il était bien mort ma certitude fut confirmée par ce liquide visqueux qui sortait de sa blessure. Ne pouvant le réduire en poussière, une idée me vint en tête que je décidai d'essayer avant que son compagnon revienne à la charge, après tout peut-être que la force de ma colère permettrait au feu de le détruire totalement.

- Feu, réduis le en cendre, soufflai-je.

Le corps inerte s'embrasa et je regardai mon seul ennemi restant de mon regard le plus froid qui le fit douter de son assurance. A peine trente secondes s'étaient écoulées, le corps n'existait plus.

"Gros muscles" essaya de me saisir mais je réussis à l'éviter de justesse l'effleurant à peine avec mon épée. Je reculai alors qu'il s'avançait manquant de trébucher sur un caillou, j'étais vraiment engourdie aujourd'hui mais ce n'était pas plus mal comme ça cela faussait le duel et ça montrait aux abrutis de là haut qu'il me manquait quelque chose qui s'appelle : motivation. Sauver mes amis en était une bien entendu mais ce n'était pas pareil, je ne saurais comment l'expliquer de la meilleure des façons, ils étaient là depuis le début de mon enfance mais Peter, lui, était là depuis le début de cette nouvelle vie et c'est lui qui avait fait en sorte que j'arrive à ce que je était devenue.

Pourtant ma patience commençait sérieusement à me faire défaut et ma rage prenait peu à peu le dessus. J'évitai les coups comme je pouvais mais il se déplaça à une vitesse folle me faisant par moment presque perdre l'équilibre, petite faiblesse qui aurait pu me coûter la vie. Par chance, je réussis de nouveau à léviter pour atterrir juste derrière lui, portant dans le bas de son dos un coup d'épée qui le fit crier de douleur faisant ainsi couler ce liquide coloré et visqueux de sa plaie. Il se redressa sans mal mais me tourna toujours le dos, cependant il se passait quelque chose d'anormal, son corps convulsait comme s'il était pris d'un malaise. Restant en retrait, j'assistai à la scène hésitant à profiter du moment pour lui porter un nouveau coup, lorsque je compris ce qui était en train de se passer : sa peau rocailleuse se disloquait prenant une couleur plus pâle et une texture plus lisse, ses espèces de mains griffues devinrent tout aussi lisses et pâles que l'ensemble de son corps, il se métamorphosait en un être humain mais je n'arrivais pas à distinguer de qui il s'agissait. A sa carrure, je compris qu'il s'agissait d'un homme, puis je vis ce qui me fit tomber par terre : le tatouage. Il se retourna tout en me souriant, pas un sourire machiavélique mais un sourire angélique à l'identique de Peter.

C'était lui par chaque parcelle de son corps.

Mon cerveau se mit instinctivement en mode pause, incapable du moindre mouvement, figé de se retrouver face à celui que j'avais perdu une semaine plus tôt. Pourtant, au plus profond de moi, je savais que ce n'était pas lui mais j'étais incapable de faire le moindre mouvement jusqu'à ce qu'Emilie se retrouve à mes côtés, là le sourire angélique de mon ennemi disparu pour laisser place à ce côté démoniaque qui me permit de me reprendre Il projeta en sa direction une boule de feu qu'elle évita de justesse par mon intervention.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- On a vu ce qu'il se passait ! Oui, je sais, on devait rester en haut mais c'était intenable !

- Rentre ! Tu as failli te prendre une boule de feu

- Certes mais au moins tu as réalisé que ce n'est pas Peter !

Que pouvais-je répondre à ça ? Elle avait raison.

- Et au passage, dit-elle en s'adressant à mon ennemi, c'est à vomir cette façon de vous transformer Pas glamour du tout.

Je rigolai à cette remarque et lui fis comprendre par mon regard qu'elle devait rentrer dans le manoir sans perdre de temps, pendant que je me relevais. Mes esprits retrouvés, je saisis l'épée que j'avais lâchée des mains tout en vérifiant qu'Emy était bien rentrée dans le manoir. Une sensation qui ne m'était plus familière depuis presque deux semaines désormais s'empara de moi. Ma colonne vertébrale se contracta lorsque ce frisson glacial me parcourut de la tête aux pieds ; je sus qu'il se trouvait juste derrière moi et je cherchai la meilleure façon d'esquiver son attaque. Peut-être ne m'avait-il pas vu me saisir de mon épée mais cet espoir fut mince car j'étais encore face à lui à ce moment là. Sans perdre une seconde de plus à réfléchir, je me baissai de nouveau tout en me retournant pour me retrouver à nouveau face à lui puis avec ma jambe droite, je fis un mouvement circulaire qui vint à la rencontre de ses jambes, le faisant tomber par terre.

- Ca fait pas du bien mon amour.

Il avait aussi pris la même voix, mais je ne me laissai pas perturber par ce détail, pour ne pas perdre ma concentration une deuxième fois. A ma grande surprise, je lévitai au dessus de lui et, d'un geste machinal, je lui portai un coup avec mon épée le blessant fortement à l'épaule, ce qui provoqua un cri de douleur à vous détruire les tympans ce qui, je ne vous le cacherai pas, me fit vraiment plaisir. Je me posai à une centaine de mètres de lui pour invoquer le feu mais pas comme je le faisais à mon habitude, cette fois, je me souvenais d'une formule que mon Protecteur m'avait apprise, je comptais bien l'utiliser cette fois. Je me servis tout de même du vent pour le tenir à distance pendant que je prononçais ce texte incompréhensible pour toute personne ne l'ayant étudié.

Phu jin far tha

Kha fui sti rha

Phu jin khasitao

Comme si un volcan était en irruption, une forte chaleur se fit ressentir, je vis la terre trembler sous mes pieds formant ensuite une petite bosse qui s'ouvrit laissant échapper une flamme de la même couleur que ce liquide qui sortait de ses blessures comme si je pouvais contrôler un élément démoniaque c'était très déroutant mais si j'étais du côté du mal cette flamme ne se dirigerait pas vers lui mais plutôt vers mes amis, ce qui me rassura alors. Elle suivait le moindre de ses mouvements, il voulait la fuir mais c'était impossible. J'en profitai alors pour le blesser un minimum avec mon épée bien que je redoutais l'effet que cela pouvait produire si elle touchait la flamme. Je réussis à m'approcher de lui alors qu'à son tour il essayait de me blesser. Ma rage d'en finir rapidement me donnait des ailes et une agilité que je ne me connaissais pas encore. La lame de mon arme blanche fut attirée comme un aimant par cette flamme à la couleur bizarre. Quand celle-ci se trouva trop près, quelque chose se passa, la flamme se dissipa dans la lame de l'épée pour y disparaître. Je restai bouche bée, je venais d'échouer à mon propre plan, pourtant j'étais persuadée que cette formule était faite pour la combustion, or elle venait de rentrer dans la lame de mon arme me laissant presque démunie face à la colère que j'avais provoquée chez mon ennemi. J'eus à peine le temps de réaliser ce qu'il se passait que je me retrouvai allongée par terre, des étoiles plein les yeux.

- On va voir quel effet cela te fait de te prendre ça dans l'épaule !

Je ne répondis pas, essayant de retrouver mes esprits lorsque je le vis approcher violemment la lame à mon épaule qui d'un coup s'immobilisa alors qu'il transpirait sous l'effort, luttant pour que celle-ci vienne perforer ma peau. C'était comme si l'épée refusait de lui obéir. Ne visualisant plus de petites étoiles, d'un coup de pied, je le fis perde l'équilibre, rebondissant sur mes jambes, je récupérai l'épée et vint la lui planter en plein milieu de la cage thoracique. La flamme sortit de la lame pour venir à l'intérieur du corps du métamorphe qui fut réduit en cendres en moins de trois minutes. Le ciel reprit sa couleur normal.

Dans la voiture, nous parlâmes de ce qui s'était passé la veille et de la réussite des sorts de protection. Mes amis furent choqués de tout ce que je pouvais faire mais fiers de la raclée que j'avais mise à mes deux ennemis.

Lorsque nous arrivâmes au lycée, je sentis tous les regards sur moi. Nous ne comprenions pas pourquoi jusqu'à ce que les personnes s'écartent et nous laisse passer.

Je restai figée sur place, incapable de dire quoi que ce soit.

J'étais comme on le dit vulgairement : sur le cul.