Chapitre 18 Échappatoire

POV Maya

Voilà deux semaines que j'étais coincée en Europe sans que je puisse avoir le moindre contact avec mon frère, chose qui ne nous était jamais arrivée jusque-là. Ne pas pouvoir entrer en contact avec Amanda ne me plaisait pas non plus, j'avais pris l'habitude de la voir tous les jours et de discuter avec, or depuis deux semaines, on m'empêchait de tout cela. La pauvre, je me doute fortement qu'elle devait être perdue et très en colère surtout mais je suis persuadé qu'elle surmontera cette épreuve, elle a connu pire enfin je l'espère pour elle, sinon elle vacillera du mauvais côté et mon peuple aura perdu sa seule chance de vaincre Oraïa. Mais, me doutant un peu de son caractère, elle a dû leur donner du fil à retordre ; quant à Peter, la voyant sûrement à travers le cristal, il ne doit pas être plus serein.

Cela faisait quelques jours que nous étions à Londres pour chasser le plus de métamorphes possible. Oraïa, que l'on pensait tous mort, avait déployé un bon nombre de ses sous-fifres un peu partout dans le monde, nous rendant la tâche plus difficile, voilà pourquoi mon père m'avait entre autre éloignée d'Amanda. Bien entendu la principale raison était son désaccord face au rapprochement de Peter et l'Élue de peur qu'ils ne faillent à leur mission.

- Tu en es sûr ?

- Oui, j'ai réussi à entrer en contact avec l'un des nôtres et c'est lui qui m'a informé.

- Mon père a réussi alors ? Me demandai-je à voix haute, étonnée.

- Elle ne s'est pas laissé faire pour autant mais les premiers jours elle était dans un sale état, pire qu'à la mort de Slevin !

- Comment ça ?

- Lorsqu'elle était à l'hôpital après avoir refusé de se battre avec son ex-petit-ami, elle a réussit à congédier, avec une formule, le bras droit de ton père, plus aucun Defender ne peut passer une porte dans n'importe quelle pièce où elle se trouve.

- Ca n'a pas dû plaire à mon père ni aux membres du Conseil...

- Oh ce n'est pas le pire qu'elle ait fait !

- Ah bon ?

- Elle a tout révélé à ses amis.

- Elle a quoi ? Demandai-je ahurie par ce que je venais d'entendre.

- Ils savent tout sur nous, Slevin, bref tout. Elle a voulu se venger et se rebeller et c'est chose faite. Ils ont même eu la malchance de tomber sur Slevin, ils ont pu se rendre compte qu'il n'avait vraiment plus rien à voir avec celui qu'ils ont connu pendant toutes ces années.

- Je n'en reviens pas de ce que tu me dis !

- Ce n'est pas tout.

- Encore ? Ba décidément vaut mieux être son ami plutôt que son ennemi.

- Elle a réussi à créer de nouveau le sort de protection du manoir mais surtout à l'étendre jusqu'aux maisons de Mickaël, Shannon et Emilie.

- Comment ? Ses pouvoirs sont limités, elle n'a pas encore toutes les notions suffisantes pour arriver à un tel degré de magie.

- Il faut croire que c'est l'exception qui confirme la règle.

- A qui le dis-tu ! Eh bien, pour être honnête et je sais que cela ne plaira à ceux qui nous espionnent mais je suis contente qu'elle se soit rebellée de cette façon.

- Tu avais peur qu'elle bascule du mauvais côté, me dit-il pour confirmer ce qu'il savait déjà.

- Nous savons que, quelque part, c'était un test et elle a l'air de l'avoir réussi sauf que sa haine envers mon peuple sera aussi forte que celle qu'elle éprouve envers Oraïa.

- C'est ce qui lui a décuplé ses pouvoirs.

- Je ne peux l'en blâmer. Peter était plus pour elle que ce qu'elle voulait s'avouer. Attends ! Tu as dit décuplé ?

- Oui. Hier, aux pieds du manoir, elle a tué deux Destroyers et pas des débutants qui plus est, ils faisaient partie de l'armée d'Oraïa. Enfin, de Slevin maintenant.

- Comment a-t-elle fait ?

- En suivant les conseils d'une grande guerrière qui lui est chère.

Je souris à cette réponse avant d'avoir cette pensée nostalgique à notre dernière journée ensemble lorsqu'à sa demande, je lui avais enseigné certaines techniques qu'elle n'avait pas mis longtemps à maîtriser. Une certaine fierté s'empara de moi lorsqu'il évoqua ce combat qui a eu lieu la veille à Vancouver, de savoir qu'elle avait réussi à gagner par le biais de mes méthodes, ainsi que certaines qu'elle avait apprises avec Peter me remplissait de joie sachant que la vie de ses amis était en danger cela a dû doubler sa rage lui donnant plus de courage et de bravoure qu'il ne lui en fallait.

- Il y a des blessés ?

- La bande d'amis va bien et Amanda a eu quelques écorchures mais rien de très grave comparé dans l'état dans lequel se trouvaient nos chers ennemis.

- J'imagine la réaction de Slevin en apprenant leur mort...

- Sauf ton respect, Maya, je redoute plus la réaction d'Oraïa.

- Pourquoi ? Oraïa n'est plus le leader des Destroyers depuis qu'il a failli mourir et il a tout fait pour que Slevin prenne sa place, pourquoi redouterais-tu sa réaction ?

- Un conflit serait né entre nos deux ennemis. Oraïa trouve que Slevin met trop de temps à tuer Amanda, or ce dernier estime que la rigueur et l'acharnement est une méthode sure pour la pousser à bout, c'est une information que nous avons réussi à soutirer à l'une de nos victimes de la veille.

- Elle aurait déclenché la colère du dieu de l'enfer...

- J'en ai bien peur et ça risque de faire très mal.

- Nous devons retourner à Vancouver par n'importe quel moyen.

POV Slevin

- Deux... elle en a tué deux sans avoir la moindre blessure.

- Elle a tout de même saigné un peu.

- Un peu ? Quelques gouttes seulement ce qui aux yeux d'Oraïa ne sera pas assez et il voudra des représailles qui seront à marquer dans les anales.

- Elle était trop forte, trop en colère pour avoir la moindre faiblesse et maintenant qu'elle a le soutien de ses amis à défaut de son Protecteur, elle a une double motivation !

- Venger son départ et nous détruire.

- Slevin... Maître, tu ne dois pas te laisser euh bouffer je dirais pas Oraïa. Il t'a choisi pour être celui qui réécrira notre histoire, c'est à toi seul de tirer les rênes de notre destin désormais et de la façon qui te paraît la plus juste.

- Que veux-tu dire Sirk ?

- Eh bien, tu la tortures mentalement pour la pousser à bout afin qu'elle fasse un faux-pas la rendant plus faible mais à chaque fois elle reprend le dessus te rendant la tâche plus difficile. Peut-être qu'au fond de toi, tu veux te venger d'Oraïa de la façon dont il vous a séparé et que pour cela tu fais exprès de manquer de la tuer. C

- La bête qui est en moi ne peut m'aider à faire une chose si absurde !

- Alors pourquoi ne pas l'avoir tuée dans la bibliothèque pendant qu'elle était à ta merci sans défense comme un pauvre petit chien abandonné ?

- Assez ! Criai-je sur celui qui autrefois était mon meilleur ami dans ce monde maléfique.

- Il faudra te montrer plus sournois qu'Oraïa, si tu veux arriver à quelque chose car je suis persuadé qu'il t'a déjà devancé pour certaines choses de façon à ce qu'elle te déteste une bonne fois pour toutes.

Il sortit de cette grande pièce qui autrefois j'en suis sûr était utilisée pour recevoir des dizaines de personnes lors de grand repas, aujourd'hui, elle me servait de pièce principale et sa décoration était vraiment à désirer entre les tâche de sang incrusté dans les murs et les bouts de cervelles qui trainent par ci par là de ceux qui nous ont trahis ou n'ont pas été capables de mener à bien leur mission.

Je fermai la porte et m'assis sur mon fauteuil pour réfléchir.

POV Maya

- Je m'en moque de vos plans stupides ! Je retournerai à Vancouver que vous le vouliez ou non, elle a besoin de nous. Oraïa ne passe plus par Slevin, il va la détruire de n'importe quelle manière que ce soit. Etes-vous si égoïstes ou aveugles ?

- J'en ai assez ! C'est nous qui décidons et pas vous.

- Père !

- Non Maya, j'en ai marre entre ton frère et toi... si nous procédons de cette façon, ce n'est pas contre elle, bien au contraire. Son combat était épique, elle les a mis à terre plus rapidement que n'importe qui aurait pu le faire parce que tu lui avais donné de vrais conseils et sa magie était forte, sa colère lui a permis d'être plus forte que jamais et c'est ce dont nous avons besoin pour vaincre Oraïa et ses disciples.

- C'est n'importe quoi ! Vous ferez quoi quand elle ne sera plus en colère ?

- Ne t'inquiète pas pour cela, nous passerons pour les méchants mais tant que l'humanité est sauve les petits détails ne comptent pas.

- Vous êtes aussi fous que votre ennemi.

- Tu retournes à Londres et tu continues ta mission.

- Je veux voir Peter.

- Il n'est pas là.

- Comment ça il n'est pas là ? Je croyais que vous ne vouliez pas qu'il sorte d'ici.

- Maya, ton frère n'est pas dans ces lieux pour le moment, c'est tout ce que tu as à savoir.

- Il s'est enfui ? Il a réussi à se jouer de vous, j'en suis persuadée.

- Tu te trompes, il est allé quelque part à notre demande.

- Vous croyez vraiment que Peter resterait là à la regarder sans pouvoir lui apporter aucune aide ?

- Je n'ai rien contre Amanda, elle est une Elue absolument exceptionnelle, cependant, sa romance avec ton frère l'a affaiblie. Nous devions faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard !

- Diviser pour mieux régner. Sauf qu'elle vous déteste à présent. C'est un très gros risque que vous avez pris, elle aurait pu se retourner contre nous et se ranger du côté de l'ennemi.

- Et perdre à jamais le coeur de Peter ? Je ne pense qu'elle aurait fait une telle chose. Vois-tu, l'amour qu'elle lui porte est notre assurance pour sa volonté à vaincre l'ennemi.

- Vous êtes naïf !

- Crois-tu ?

- Ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre était écrit dans l'histoire avant même qu'ils ne se rencontrent, c'est beaucoup plus fort que n'importe quelle magie ou je ne sais quel sortilège ou guerre. Qu'ils soient séparés d'une galaxie à une autre n'y changera absolument rien. Même votre amour pour mère est faible comparé au leur. Vous aurez beau les séparer, ils arriveront toujours à se retrouver même au delà de la mort.

- Je n'ai jamais eu de doute là-dessus, c'est pourquoi, les avoir séparés il y a presque deux semaines désormais ne m'affecte pas autant que vous. Pour gagner une guerre, il faut savoir mettre ses états d'âme de côté.

- Au risque de perdre l'amour et la confiance de votre fils ?

- Plus tard, il comprendra et pardonnera.

- Si vous le dites.

- Maintenant retourne à Londres, combats le plus de métamorphes possible. Oraïa ne doit en aucun cas réussir son invasion, c'est hors de question.

- Certes.

Sans un mot, je franchis le seul du passage qui me ramenait dans ma demeure londonienne.

Fatiguée mais avant tout blasée de cette conversation avec mon père, je décidai de me coucher à mon retour, après un bref débriefing avec mes guerriers. Le sommeil me tomba dessus comme un coup de massue, si bien que je ne mis pas longtemps à fermer mes paupières. Je rêvais de la conversation avec mon père jusqu'à ce que je voie Peter apparaître poussé par une masse importante. Son visage était en sang, il tenait à peine sur ses jambes, s'avançant un peu plus vers moi, je vis le visage déformé d'Oraïa plus important et moche que jamais. D'un geste vif, il brisa les cervicales de mon frère sous nos yeux impuissants.

Je me réveillai en sursaut, le corps en nage. Ma respiration commençait à se calmer quand je vis ma couette bouger. Je voulus sortir du lit mais j'étais paralysée, quelque chose me retenait les chevilles et m'empêchait d'ouvrir la bouche pour crier. Seuls mes bras étaient encore mobiles, mais pour combien de temps ? La chose sous ma couette arriva au niveau de ma taille m'irritant la peau comme si je venais d'être piquée par un insecte. Par fierté, je ne criais pas, je retenais mon souffle, stressée d'être incapable de bouger pour me défendre. Sa tête sortit de sous la parure du lit et je déglutis en voyant sa tête difforme de cette espèce de serpent humain avec plein de petites pattes à moitié atrophiées comme le tyrannosaure. Sa tête était plus grosse que son corps, ses yeux étaient petits mais de couleur suffisamment claire aux reflets différents permettant de percevoir son regard. Son corps continua de ramper jusqu'à moi afin que sa tête se retrouve à la hauteur de la mienne. Je sentais peu à peu mes jambes retrouver leur usage sans pour autant pouvoir me débattre car en fait ses toutes petites mains me faisaient peur, je n'avais aucune idée de ce qu'elles pouvaient faire si je faisais le moindre mouvement. Il ouvrit alors la bouche pour me parler, ses paroles ? vinrent comme un sifflement à mes oreilles. Je n'avais jamais vu Oraïa en vrai et cette représentation n'était pas très flatteuse.

- Ssssi tu continues de blesssser mon armée, je tuerai un à un tes hommes ssssans la moindre pitié. Je ssssuis ausssssi un grand guerrier que toi Maya !

- Comment avez-vous pu vous transformer alors que vous êtes blessé ?

- Je ssssuis plein de resssssources. Il faut bien que j'accccélère les choses Ssssslevin prend un peu trop sssson temps à mon goût comme ssssi il ne voulait pas la tuer alors qu'il n'a plus aucune humanité en lui.

- Peut-être n'est-il pas le bon Elu !

Je ressentis une violente douleur dans mes jambes qui me fit crier de douleur tant j'avais mal comme une impression que l'on était en train de me broyer les os. Il devait bloquer par je ne sais quelle formule, la vue sur le cristal car je n'eus aucune aide de mes guerriers ou des membres du Conseil.

- N'insssssuslte pas mon intelligence sssssur le choix judicccccieux que j'ai fait.

- Si il est tellement judicieux comme vous dites, pourquoi Amanda est toujours en vie ? Aaaaaaaaaaaaaaah !

- Trop d'arroganccccce Maya, cccc'est ce qui a tué ta chère mère !

Une rage folle s'empara de moi.

- Con sto paï.

- Aaaah !

Dix minutes que je cherchais le dernier mot qui était sur le bout de ma langue mais impossible de retrouver la prononciation exacte, je fis une tentative qui visiblement fut couronnée de succès si je me fiai au cri qu'il vint d'émettre.

- Attaquer ses adversaires dans le dos, ccce n'est pas très loyal !

- Venant de toi, cette réflexion me fait légèrement sourire. Ghe nim peo.

Son corps qui servait de vaisseau à son âme se tordit de douleur me libérant de ma paralysie. Je quittai mon lit afin de m'éloigner de ce corps qui allait se liquéfier dans les secondes qui suivirent la prononciation de la formule. Je pouvais me trouver un autre endroit où dormir. Une fois son corps reptilien disparu, je quittai ma chambre pour me rendre dans la pièce principale de notre quartier général quand je glissai par terre, atterrissant sur le dos manquant de ma cogner la tête sur le sol. Je voulus me relever, je m'arrêtai net en voyant mes mains couvertes de ce liquide rouge et visqueux dégageant une odeur de fer : du sang, il y en avait partout dans la pièce et à présent mon corps en était presque recouvert. Me relevant doucement pour ne pas glisser à nouveau, je vis peu à peu les corps démembrés de mes hommes. J'étais sous le choc, ce n'était pas possible, ils étaient plus doués que n'importe quel combattant chez les Destroyers, ils ne pouvaient se trouver morts comme ça, je ne voulais pas y croire. Que faisait mon père pendant ce temps là, n'est-il pas censé nous protéger ?

- Maaaayaaaa...

Je venais d'entendre un son faible suffisamment audible pour y comprendre mon prénom.

Je cherchai duquel de mes hommes cela venait jusqu'à ce qu'un mouvement dans le fond de la salle m'indique où aller. Je m'y rendis sans plus attendre peut-être que je pourrais le sauver mais en voyant son corps je compris que c'était impossible, je ne pouvais faire repousser des membres qui n'étaient plus sur le corps. Je me baissais pour mieux entendre ce qu'il me disait, collant presque mon oreille à sa bouche.

- Oraïa, me dit de te dire qu'il a gagné cette manche haut la main ! Tu... tu n'as pas su les protéger.

Les ?

Je me reculai mais il était trop tard, la lame en acier ressortit de mon abdomen pendant que celui que je pensais être un de mes hommes retrouvait sa peau rocailleuse ainsi que ses membres manquants, se relevant sous mes yeux.

Affolée par la vision de cette scène horrible, je manquais de concentration et n'avais pas su reconnaître un ennemi, incapable de le distinguer de l'un de mes hommes. Oraïa venait de prendre un avantage considérable.

- Peter... Soufflai-je avant de fermer les yeux.

POV Amanda

La semaine avait été dure pour tout le monde et mon instinct me certifiait que ce que nous avions vu quelques jours plus tôt n'était que le début d'un horrible bain de sang. Nos yeux avaient photographié les moindres détails de chaque corps démembré qui gisait sur le sol dans ce liquide rougeâtre. Leur visages restés intacts permettaient l'identification de chacun avec un regard d'horreur fixé à jamais. L'école avait fermé ses portes pendant quelques jours, le temps que les forces de l'ordre puissent évacuer chaque morceau des corps, prendre en photo chaque recoin de la scène de crime mais aussi pour essayer de nous permettre de nous remettre de la vue des images cauchemardesques. Bien sûr, à la vue de ces trois cadavres, je n'avais aucun doute sur l'identité de l'auteur, détail que je ne pouvais révéler à la police.

Durant tout le trajet, aucun de nous ne prononça un seul mot encore trop choqués par ce que nous avions vu. Nous étions tous les quatre vêtus de noir, nous rendant à l'église puis au cimetière pour l'enterrement de nos camarades d'école. Une fois le passage à l'église effectué, nous nous rendîmes tous dans le cimetière qui se trouve à peine à une centaine de mètres de là où nous étions. Jusque là, je ne sentais aucun poids sur ma poitrine ne pensant pas au lieu où nous nous trouvions jusqu'à ce que l'on passe devant la tombe de mes parents puis quelques pas plus loin celle de Slevin. Emy me prit la main en guise de soutien mais avant tout pour être sûre que je ne peterai pas un câble sur la stèle de mon cher ennemi et je lui en fus fortement reconnaissante de me connaître aussi bien quoique cela m'aurait fait un bien fou de me défouler dessus, j'en conviens.

Par un signe de tête, le prêtre donna l'ordre aux hommes qui l'accompagnaient de faire baisser les cercueils dans les emplacements qui leur étaient réservés. Je ne pouvais ressentir que de la colère en voyant les familles et amis pleurer sans se douter que quelque part, j'étais responsable de la mort de leurs proches. Mickael avait tout de même soulevé un détail auquel je n'avais pas voulu penser :

- Peut-être que ce Ora truc veut faire croire que le responsable est Slevin pour faire accélérer les choses.

- Sauf que Oraïa est à moitié en vie, avais-je répondu à ce moment-là.

Je n'y avais pas repensé depuis mais en voyant la tombe de mes parents puis celle de Slevin, je me suis souvenu des blessures causées par l'auteur de leur assassinat ; Slevin n'était pas un barbare, il était plutôt méthodique même avec le démon en lui, c'était une qualité qu'on ne pouvait nier. Cette tuerie ne pouvait pas être de lui. Certes, il savait torturer mais il ne laissait aucune trace. Seulement Oraïa ne peut plus se déplacer, il est presque invalide, comment aurait-il pu... la réponse fut comme immédiate, je l'avais vu au tout début de mon apprentissage avec Peter dans les livres, il y a de cela plusieurs mois maintenant.

- Ce n'est pas Slevin qui est responsable de leurs morts, chuchotai-je à mes amis en regardant notre voiture.

- Comment peux-tu en être certaine ? Me demanda Shannon.

- Slevin, même dans ses mauvais jours est un maniaque invétéré, je ne pense pas que le démon en lui ait pu changer ce trait de caractère.

- Qui alors, Oraïa ? Me demanda Emily. Il ne peut plus bouger.

- Mais il peut sûrement à l'aide de je ne sais quelle formule, faire aller son âme dans le corps de quelqu'un ou quelque chose...

- C'est dégoûtant !

- Je suis d'accord. Je vais aller au manoir pour regarder un peu dans les livres, retrouver celui que j'avais étudié avec Peter.

La voiture démarra avec Emily au volant, nous emmenant au manoir.

Le trajet dura à peine une vingtaine de minutes grâce aux routes qui étaient dégagées. Elle gara la voiture dans la cour du manoir qui n'était pas vide. Une BMW de couleur bleu nuit, un modèle qui datait de quelques années était présente dans la cour.

- Ne me regardez pas, je n'ai jamais vu cette voiture et celle de Peter n'est pas comme ça, vous le savez.

- Ils lui ont peut-être donné une nouvelle voiture.

- En gage de remerciement pour avoir réussi à partir et ne plus me contacter ?

- Désolée.

Je descendis de la voiture.

- En plus, s'il était revenu il m'aurait contacté. Enfin je pense.

- Bien sûr qu'il t'aurait contacté Am'.

Ils me suivirent en direction de l'entrée de la demeure.

Ayant toujours les clés du manoir, je les sortis de mon sac pour ouvrir la porte. A peine je les avais dans mes mains que je vis une silhouette apparaître sur le côté du manoir mais les rayons de soleil qui se posaient dessus ne me permettaient pas de voir dans l'immédiat de qui il s'agissait.

- Oh merde ! Dit Emy ce qui ne me rassura pas pour autant.

Elle me regarda. Je m'avançai et je le vis, il était là devant moi, des cartons plein les bras. Choquée et déboussolée, je tombai par terre atterrissant sur les fesses, laissant tomber sur le sol les clés qui se trouvaient dans mes mains.

Peter était revenu et n'avait pas pris contact avec moi !