Chapitre 19 La fin de tout espoir
POV Amanda
C'est Michaël qui se mit à mon niveau en premier comprenant que j'étais trop mal pour avoir la moindre réaction. Mon premier sentiment fut la colère puis vint la tristesse, c'était comme si me dire qu'il était de retour ne lui avait pas paru logique, comme si je ne comptais plus comme avant mais que sa présence n'était liée qu'à son rôle de protecteur et qu'il avait l'obligation de me prévenir alors qu'il était mon protecteur il était obligé de me prévenir de son retour ne serait-ce par rapport à notre mission mais non, il en fut autrement c'est en allant au manoir et le voyant les bras remplis de trois cartons que je sus qu'il était de retour revenu.
- Ca ne va pas mademoiselle ? Me demanda-t-il en lâchant ses cartons tout en s'approchant vers moi.
Mademoiselle ? Il me fait quoi là ?
Mes amis me regardaient sans aucune autre réaction, tout comme moi ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait ils étaient tout aussi choqués, mais Emy prit la parole. Dans ces moments là, c'est la plus forte du groupe pour percer un abcès.
- Peter, c'est nous... tes amis.
- Je suis désolé mais vous devez faire erreur.
- Tu... étais parti, réussis-je enfin à prononcer.
- J'avais des soucis familiaux, j'ai dû partir de la ville quelques temps.
- Peter, nous ne faisons pas erreur, nous sommes devenus amis peu de temps après ton arrivée au lycée il y a de cela plusieurs mois, Amanda et toi avez de suite sympathisé et pour finir vous êtes sortis ensemble. Vous étiez toujours en couple lorsque tu es parti soudainement. Tu as même une soeur, qui est aussi notre amie : Maya.
Ses yeux se détournèrent et je vis quelque chose d'étrange dans son regard mais je ne mis pas longtemps à comprendre. C'était le même regard que le jour où je l'ai surpris à pleurer seul dans sa chambre, le souvenir de la mort de sa mère.
- Que lui est-il arrivé ?
- Elle s'est fait agressée dans la rue, on l'a retrouvée à l'aube poignardée.
Je regardai mes amis. Ainsi en plus de ce lui que j'aimais, on m'enlevait une alliée, mon amie. Je voulus pleurer à mon tour, ce que je fis sans m'en rendre compte jusqu'à ce que je sente une larme se poser sur ma lèvre inférieure.
- Est-elle... morte ?
- Dans le coma. Les médecins ne savent pas si elle va s'en sortir, les organes vitaux ont été touchés.
Lorsque je le touchais posai ma main sur son bras pour lui témoigner ma sollicitude et ma compassion, je ressentis une décharge électrique et lui aussi, je le vis à l'expression de son visage.
- C'était quoi ça ?
- Tu ne te souviens de rien, vraiment ?
- Am' !
- Quoi ? Demandai-je à ma meilleure amie.
- Il a plus de tatouage.
Je leur avais expliqué où se situait celui de Peter et je regardai à mon tour furtivement, elle avait raison.
Mon tatouage, je n'avais rien senti de manifestation en sa présence, depuis notre arrivée au manoir comme si il n'avait plus…
- Les fils de pute !
- Quoi ? Me demanda ma meilleure choquée par mon langage.
- Voilà pourquoi nous sommes inexistants dans sa mémoire, dans sa vie, ils l'ont rendu humain. Cent pour cent humain, il ne possède plus aucun pouvoir.
- Comme ce que Slevin avait essayé de faire ?
- Je les hais ! Dis-je ne serrant les dents.
- De quoi parlez-vous ?
- Regarde-moi, Peter ! C'est moi, Amanda. Tu ne te souviens vraiment pas ?
- Vous devriez partir, j'ai beaucoup à faire.
Il se releva, reprit ses cartons puis entra dans le manoir sans nous regarder et ferma la porte derrière lui.
- La bibliothèque !
- Il ne verra rien de magique, ils ont dû tout enlever. C'est certain même.
- Comme si elle n'avait jamais existé, souffla Emy.
- Comme nous quoi ! Répondu Michaël.
- Comment on va faire pour savoir comment Oraïa...
Michaël la regarda comme si sa question était déplacée.
- Que vas-tu faire ? Me demanda Shannon.
- Trouver un moyen de combattre Oraïa et de bloquer ses va et viens d'un corps à un autre.
- Oui, mais pour Peter ?
- Je ne les laisserai pas gagner. Ils se croient plus fort sauf que notre amour l'est beaucoup plus. Ce qu'il y avait entre lui et moi avant leur intervention puérile était exceptionnel et c'est ce qui leur a fait peur. Je ne laisserai pas tomber, c'est hors de question. Peter était à moitié humain c'est ce qui le rendait bon et différent de tous, c'est ce que j'aimais chez lui une partie comme moi et une autre totalement différente qui découvrait chaque jour quelque chose de nouveau dans notre monde malgré sa venue sur terre il y a de cela des années. J'ai perdu Slevin à cause de leur guerre misérable, je ne perdrais pas Peter ! C'est hors de question.
Je me relevai et me dirigeai vers la voiture.
- Où va-t-on ?
- Tant qu'il est dans le manoir, je ne peux avoir accès à rien autant rentrer.
- Et pour Maya ?
- C'est un Destroyer qui l'a blessée, un métamorphe s'étant fait passé pour un proche sans doute mais je ne sais pourquoi elle ne l'a pas senti, dans tous les cas, je suis persuadée qu'elle est dans leur Royaume entre les mains de leur meilleur guérisseur. Leur père ne la laissera pas mourir, je ne me fais aucune inquiétude pour cela. Elle est plus forte que n'importe qui, elle survivra j'en suis persuadée.
Emy fit demi-tour de façon à ce que nous puissions sortir de la cour. Je regardai par me fenêtre et je vis Peter derrière la sienne, nous regardant quitter la cour du manoir.
Je ne laisserai pas tomber, je te le promets !
Ne voulant pas me retrouver seule après ce que je venais de découvrir, j'invitai mes amis à venir chez moi quelques heures, histoire que je digère un peu tout cela. C'étais une journée pas évidente à vivre, gérer pour eux comme pour moi et nous avions besoin de rester souder, demain la reprise de l'école serait douloureuse pour tout le monde, d'ailleurs je me demande si Peter avait une idée de ce qui s'est passé. Quoique cela figure dans la presse et il a la télévision donc il ne doit pas être ignorant de toute cette histoire.
Nous entrâmes dans mon appartement tout en posant nos affaires à l'entrée. Quelque chose était posé sur mon canapé, je m'avançai pour voir ce dont il pouvait bien être question quand je vis trois gros livres anciens presque poussiéreux. Je savais sans mal d'où ils venaient. Un morceau de papier était déposé sur l'un d'entre eux, que je pris pour le lire à voix haute à mes amis :
C'était la condition que j'ai imposée à mon père avant qu'il ne s'apprête à faire ce que tu as toujours redouté et dont tu m'as sauvé il y a quelques mois. Ces livres devraient pouvoir t'aider sans la bibliothèque.
Pardonne-moi Amanda mais je n'ai pas le choix...
Un jour peut-être tu comprendras mon choix. Je l'espère.
Quoi qu'il arrive, même si je vais tout oublier, mon coeur t'appartiendra toujours.
Gagne cette guerre.
A jamais.
Peter.
Je m'assis sur le rebord du canapé laissant tomber la lettre par terre sans en oublier les moindres mots écrits à la main sur cette feuille blanche. Il s'était sacrifié, bon certes il ne devait pas avoir le choix, mais en sachant que c'est ce qu'Oraïa attendait depuis le début je ne pouvais tolérer cette décision. Pour le moment, j'étais plus en colère que consternée, je lui en voulais d'accepter un choix ou plutôt un ultimatum imposé quelques mois plus tôt par Slevin sous les bons ordres du chef des Destroyers. Qu'il accepte une fois pour toute cette bataillée soit passée cela ne m'aurait pas fait le même effet car je suis persuadée que n'ayant plus de mission en cours, il ne lui aurait paso ôté sa mémoire. D'ailleurs je me fis moi-même une réflexion : savait-il qu'il n'aurait plus aucun souvenir ?
- Amanda, à quoi tu penses ? Me demanda Michaël mais je ne répondis pas de suite trop absorbée par mes réflexions.
- Am' ? M'interpella à son tour Emily.
- Euh oui désolée, j'étais partie loin.
- Tu pensais à quoi ?
- Eh bien je me disais que Peter n'aurait sûrement pas accepté de devenir humain sans aucun souvenir de nous, perdre le souvenir de notre histoire, je ne pense vraiment pas qu'il aurait été d'accord.
- Qu'as-tu prévu de faire ?
- Moi, je dis qu'il faut en chopper un de là haut et l'interroger, dit Michaël.
- L'idée n'est pas mauvaise mais faut-il encore qu'ils parlent.
- Choppe son père alors, ça fait des semaines que tu rêves d'un entretien avec, c'est le moment opportun tu crois pas ?
- Ba justement je ne pense pas que ce soit une super idée que je me retrouve face à face avec lui actuellement. Vaut mieux éviter.
- A ce point ?
- Je le hais plus que je ne pourrais haïr Oraïa alors oui crois moi, il ne vaut mieux pas !
- Bon, mais comment savoir alors ?
- Ca me tue de dire ça mais ce n'est pas la priorité, nous devons savoir pour Oraïa de façon à ce que le massacre au bahut ne se reproduise pas.
- Tu as raison, tu dois savoir mieux que nous ce que nous devons faire. Mais on ne va pas laisser Peter de côté ?
- Em', est-ce que tu crois franchement que je vais laisser cette histoire en suspens ? Je n'abandonnerai pas !
- Désolée c'est ce que ça fait un peu trop d'un coup.
- Vous savez quoi ? Vous allez rentrer chez vous ou aller au cinéma, peu importe mais vous sortez d'ici, aller vivre une soirée normale digne de ce nom.
- On ne va pas te laisser...
- Ce n'est pas négociable ! Vous avez besoin d'oxygène, de faire des choses normales plutôt que de respirer la poussière de livres parlant de mythologie, sorcellerie ou je ne sais quoi d'autre. Ecoutez, votre soutien et la force que vous dégagez face à tout cela depuis que vous savez tout m'ont beaucoup aidé, vous êtes mon meilleur soutien et vous m'avez permis de trouver le courage qui me manquait. Mais je ne peux pas être plus égoïste que je ne le suis déjà, alors je vous conjure pour ce soir, de souffler, d'être des étudiants comme les autres.
- Là tu rêves ma grande. Ca fait des années qu'on vit normalement et pour quoi ? Perdre notre meilleur ami et l'amour de ta vie dans un faux accident de voiture, voir des personnes que nous avons côtoyées au quotidien démembrées par un psychopathe démoniaque ? Qu'est-ce que ça changerait dans tous les cas qu'on fasse semblant ? Rien ! Donc il est hors de question que l'on te laisse seule à ruminer dans ces livres de trois tonnes poussiéreux. On t'a déjà enlevé Peter, on ne nous enlèvera pas à toi.
- Bien dit mon chéri.
- Eh ba dis donc Michaël, je ne te connaissais pas ce côté si patriotique, lui dit Emily.
- Ca doit venir des Français, dis-je à mon tour en me moquant.
Il leva les yeux au ciel ce qui nous fit tous rire détendant un peu cette atmosphère pesante. J'ai toujours su que je pouvais compter sur mes amis et ce que venait de dire Michaël, ce discours épique qu'il a tenu me montrait que j'étais ignorante jusqu'à maintenant de ce qu'ils étaient capables pour moi. Pourtant, j'eus l'impression d'être une incroyable égoïste d'accepter leur aide, ils y risquaient leur vie, certes avant aussi mais ils n'en avaient pas conscience alors que là... De toute façon, je ne pouvais pas trop lutter contre eux, je savais très bien que je n'aurais pas le dernier mot. Parfois Michaël pouvait se montrer plus têtu que ma meilleure amie et dans ces moments là, je ne pouvais rien faire ou dire pour lui faire changer d'avis, c'était comme heurter à un mur. Donc comme à chaque fois, je capitulais, toute façon, je me battais suffisamment avec mes ennemis, je n'allais pas en plus mener un combat contre les personnes qui comptent le plus à mes yeux.
Toujours assise sur mon canapé qui j'en suis sûre est devenu poussiéreux à cause des livres, je me saisis de l'un d'entre eux et le tend à Emily qui, d'un sourire satisfait, le saisit et alla s'asseoir au niveau de la table basse ne perdant pas de temps pour feuilleter chaque page les unes après les autres sans pour autant ne laisser échapper aucun détail. Je confiai à Michaël le livre qui se trouvait à ma droite, deux fois moins gros que celui donné à mon amie mais pas obligatoirement moins important de par son contenu. Mon meilleur ami était doué pour les langues, spécialement comme vous pouvez vous en douter pour le français et donc par conséquent le latin, ce qui je pense pourrait nous être utile, du moins je l'espère. Shannon étant la fouine du net, je lui confiai la mission de fouiller tous les sites de chaque pays éventuel où les armées d'Oraïa pourraient être, savoir si il y a eu des tueries comme celle de chez nous. Je lui avais conseillé de regarder prioritairement les pays ou continents où le nombre de population est le plus important et d'imprimer toute information qu'elle jugeait importante pour nos recherches.
Quant à moi, je me concentrai sur le livre qui contenait un nombre considérable de formules magiques. Il ne me manquait plus que ma baguette magique et je pouvais changer de patronyme et m'appeler Harry Potter.
Cela faisait à peu près deux heures et demi que nous étions dans nos recherches quand mon ventre cria famine, il n'était visiblement pas des plus discrets car mes amis relevèrent la tête avec un sourire qui en disait long sur leurs propres estomacs.
- On se fait livrer quelque chose ?
- Non ! Je ne veux pas être paranoïaque mais je préfère éviter les étrangers chez moi.
- Oui en effet c'est pas bête.
- Même si nous avons le sort de protection, nous en sommes pas à l'abri à cent pour cent donc il faut rester sur nos gardes.
- D'accord, mais on mange quoi ?
- Eh bien, j'ai des pizzas au congel'.
- Perfecto !
On le regarda, surpris.
- Ba quoi ?
Nous rigolâmes.
Pendant que je préparais les pizzas pour les mettre au four, ils continuèrent leurs recherches comme de studieux élèves. D'ailleurs, heureusement que nous n'avions pas eu cours quelque part, parce que avec les devoirs à faire ou à rendre cela pourrait légèrement compliquer les choses et je me voyais mal expliquer la situation à leur parents. Shannon avait un tas de feuilles imprimées à côté d'elle, j'en déduis qu'elle a dû trier les informations qu'elle a pu trouver et son côté méthodique lui a fait classer des plus importantes au moins importantes.
Je sortis les pizzas du four, les servant dans trois assiettes avant de les poser sur la table accompagnées de soda.
- Je sais où était Maya !
Je venais juste poser les verres sur la table quand elle nous informa de ce détail. La feuille sortit de l'imprimante avec en gros titre anglais "Murder on the city". Elle vint nous rejoindre à table avec sa feuille de papier qu'elle me tendit. On ne voyait pas les visages des corps étalés dans cette vaste salle qui malgré l'impression en noir et blanc me paraissait fort élégante, mais on voyait bien les taches foncées qui se détachaient de chaque cadavre et des morceaux de chaque extrémité disposés un peu partout tout autour comme si l'auteur de ce massacre procédait à une sorte de puzzle, qu'il voulait jouer avec les forces de l'ordre qui s'occuperaient de cette affaire. Aucun nom n'était cité car bien entendu aucune de ces personnes n'était connue à Londres venant d'un autre monde, qui plus est leurs accoutrements devaient forcément attirer l'oeil à moins que les grands seigneurs du Royaume de l'hypocrisie ait fait un joli tour de passe-passe dans tous les cas aucune identité n'a pu être révélée. Cependant la description d'une jeune femme retrouvée poignardée en plein milieu de toute cette rivière de sang attira mon attention et je reconnus Maya :
"Chaque corps démembré avait perdu tous les litres de sang qu'il pouvait contenir. C'est en passant dans la rue où se trouvait ce logement qu'une personne âgée d'une trentaine d'année a vu au seuil de la porte d'entrée couler sur les trois marches qui donnaient sur le chemin menant au portail un liquide bizarre s'arrêtant à mi chemin. La personne trouvant cela étrange a immédiatement appelé les forces de l'ordre qui à leur arrivée comprirent qu'il s'agissait de sang et imaginaient déjà la gravité de la scène qu'ils allaient voir en ouvrant la porte.
Munis de bottes en caoutchouc, ils entrèrent dans la demeure et furent horrifiés de voir tout ce massacre, c'en était à vomir tant cela l'odeur de décomposition était plus forte qu'à la normale tout comme la perte de sang. C'est en inspectant le couloir puis la grande pièce principale où se trouvaient les trois quarts des corps qu'un jeune policier perçut une jeune femme dans le fond allongée sur le sol aucunement démembrée. Une arme blanche était logée dans son abdomen à quelques millimètres de son coeur ralentissant fortement son pouls, elle était inconsciente mais respirait encore, légèrement certes mais toujours. Les secours médicaux ayant été appelés après la découverte de cette rescapée qu'ils emmenèrent à l'hôpital le plus proche. Deux jours après elle disparut de la chambre où elle se trouvait, toujours inconsciente.
Les autorités ont signalé que cette jeune femme avait une particularité qui aiderait sûrement à la retrouver : un tatouage avec un symbole peu commun sur l'intérieur de son poignet gauche.
Qui plus est, la déduction d'un règlement de compte entre gang, ce qui est très rare dans la ville luxueuse qu'est Londres, serait la principale motivation de ce massacre suite à des dizaines d'armes blanches retrouvées à côté de chaque cadavre comme si une guerre avait eu lieu.
Une enquête est ouverte."
Je venais de lire à haute voix à mes amis ce que contenait l'article afin qu'eux aussi aient conscience des informations trouvées un peu partout.
- Eh bien au moins nous savons qu'elle est en sécurité avec son peuple.
- Nous n'en savons rien à vrai dire, on sait juste qu'elle a disparu de sa chambre d'hôpital, dit Emy.
- Je ne pense pas qu'elle aurait eu la force d'après ce qui est écrit, de se déplacer seule dans un hôpital à la vue de tout le monde et de disparaître comme ça. Je pense qu'un des sbires de son père est venu la chercher... du moins je l'espère parce que je n'ai aucun moyen de la retrouver à part Peter qui la croit morte et tout aussi humaine que lui.
- Ce qui ne nous aide pas beaucoup, conclut Shannon.
- Est-ce que tu as vu d'autres massacres de ce genre ?
- Oui un seul, en Allemagne à Berlin.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas !
- Quoi Michaël ?
- Maya est la grande guerrière de son peuple pas vrai ?
- Oui !
- Comment a-t-elle pus se retrouver dans cet état avec l'instinct infaillible dont elle dispose. C'est à n'y rien comprendre.
- Je pense qu'elle a vu l'horreur du massacre est a baissé sa garde, c'est la seule explication plausible qui me vient, répondis-je.
- Qui pourrait l'en blâmer ? Tu vois toute ton équipe qu'elle devait considérer pour certains comme des amis, démembrés gisant dans un bain de sang, moi personnellement je pense que je serais tellement choquée que je ne ferais attention à rien d'autre.
- C'est vrai qu'on réagirait tous de la même façon, humain ou pas.
- Bon mangeons tant que c'est chaud, proposa Shannon.
- D'accord.
Je ne quittais pas la feuille des yeux et repensais au fait que le même genre de massacre avait eu lieu en Allemagne et que je n'avais pas posé de question à Shannon là dessus, trop occupée à m'inquiéter pour mon amie, Maya.
- Shannon, tu disais qu'en Allemagne il y avait eu le même genre de tuerie.
- Oui.
- Où ça et quand ?
- Hier soit trois jours après l'agression de Maya.
- C'est rapproché dis donc.
- Oui ca l'est. Où ?
- Dans un lieu plus connu que pour Londres. Dans le Parc Victoria à Berlin.
- Pourquoi ce parc ? Réfléchissais-je à voix haute.
- Eh bien sûrement à cause de son emplacement.
Je la fixai l'invitant à continuer ses explications.
- Le Parc Victoria se situe dans le quartier de Kreuzberg qui fut aménagé par Herman Mächtig entre 1884 et 1894. Il est situé sur la plus haute colline de la ville, permettant aux promeneurs de jouir d'une agréable vue sur les quartiers alentours et donc d'être un peu comme à New York au sommet des deux tours jumelles. D'ailleurs, un monument est situé au point culminant de cette colline en souvenir des Guerres de Libérations. Je pense que c'est un appel à la provocation.
- Sauf que les Allemands vont mener une enquête dans tous leurs pays ennemis ou alliés et ça risque de faire des dégâts.
- C'est peut-être justement ce que cherche Oraïa, commencer le boulot et laisser les humains finir sa petite guéguerre.
- Cette idée me déplait fortement mais me parait être la seule piste que nous ayons pour le moment.
- Il est tard, nous devons nous coucher, demain il y a école. Nous continuerons demain soir ou pendant la pause déjeuner peu importe, il nous faut des réponses et trouver comment il se débrouille pour se déplacer !
Après le départ de mes amis de mon appartement, je me retrouvai seule dans mon lit essayant de trouver le sommeil mais c'était sans compter sur l'aide de mon cerveau qui ne cessait de cogiter et de penser au retour de Peter... humain.
POV Maya
Mes paupières étaient lourdes et collées, j'eus du mal à les faire cligner pour pouvoir ouvrir mes yeux mais quand je réussis je les refermai aussitôt aveuglée par cette lumière émanant de rayons lumineux aveuglants. J'étais allongée sur un matelas fort bien confortable qui me soulageait des douleurs que je ressentais dans le bas de mon dos. Dans cet hôpital londonien j'avais des fils de branchés à mon cœur, à mon nez pour l'oxygène et à mon bras pour me nourrir et m'hydrater, là je n'avais plus rien mais je savais à l'odeur que je ne me trouvais plus dans cette chambre aux multiples bruits de machines qui me maintenaient en vie.
J'essayai à nouveau d'ouvrir les yeux et cette fois je ne ressentis aucune violente douleur, la lumière qui m'éblouissait quelques secondes auparavant n'était plus là, il faisait clair mais pas aussi violemment, l'ambiance était tamisée de façon à ce que je puisse voir autour de moi mais de sorte à ce que je ne sois pas foudroyer de douleur lorsque je clignais les paupières. Je m'accommodais fort bien de cette basse luminosité, j'étais chez moi dans mon Royaume, je le reconnus de suite au décor de la pièce dans laquelle je me trouvais. Je grimaçai de douleur en essayant de me relever, mon abdomen me faisait encore terriblement souffrir.
La pièce était vaste pouvant encore accueillir trois lits comme le mien, les murs étaient un coup sur deux d'une couleur claire dont sur l'un était représenté le symbole de notre peuple tatoué à un endroit de chacun de nous sur nos corps. Une voix se fit entendre lorsque je finis de grimacer tout en me tordant de douleur.
- Tu devrais rester allongée, ta guérison est difficile, tu dois rester un maximum au repos.
Je reconnus sans mal cette voix fortement masculine et autoritaire mais qui se voulait malgré tout légère avec un brin de douceur.
- Depuis combien de temps suis-je ici ?
- Nous t'avons enlevé de cet hôpital il y a de cela presque deux jours. Les soins qu'ils t'apportaient n'étaient pas suffisants. Loin de là leur faute, ils ne pouvaient savoir qu'une seule partie de toi est humaine et l'autre magique. Ils t'ont maintenue en vie et je les en remercie pour cela, mais il fallait que l'on réusse à soigner cette blessure en profondeur, elle a attaqué certains des tissus de tes organes.
- Un poison ?
- Je pense oui, mais pas assez fort pour te tuer, seulement pour ralentir tes organes vitaux te tuant à petit feu. Fort heureusement cette humaine est passée devant la demeure et a vu ce sang qui coulait en dehors de la maison.
- Quelle pagaille !
- Reste allongée mon enfant, il faut te ménager.
- Où... où est Peter ?
- Nous en reparlons plus tard.
- N...
Je fermais à nouveau les yeux mais cette fois mon coeur battait normalement.
POV Amanda
C'était le jour J, nous devions tous retourner à l'école après ces quelques jours de fermeture. Une cellule psychologique avait été mise en place classe par classe, tout se passerait en groupe pour parler de ce que nous avions vu une semaine auparavant afin d'être sûr qu'aucun traumatisme ne nous affecte. Shannon serait donc séparée de nous pendant ses séance collectives n'étant pas dans les mêmes cours que nous, fort heureusement la première séance ne durait qu'une matinée ce qui nous laissait l'après-midi pour reprendre le cours d'une vie normale, pour ce qu'il en restait.
Le psychologue qui se chargeait de notre classe était grand, les cheveux noirs en bataille maintenus par un peu de gel, une tenue habillée tout en étant décontractée, détail important : il ne portait pas decaractéristiques qui dis "je suis psy"contrairement à tous ces collègues de cette profession que l'on pouvait voir en costume trois pièces avec leurs chaussures noires cirées et leur cravate pour leur donner un style plus sérieux. Nous étions tous installés en cercle sur nos chaises, les tables qui nous servaient de bureaux pendant les cours étaient poussées dans le fond de la classe afin de nous laisser un maximum de place que l'on ne soit pas tous les uns sur les autres. Par je ne sais quel sens intuitif il avait deviné les personnes proches les unes des autres et les avait séparées dans le cercle je ne sais pour quelle raison, sûrement pour que cette réunion soit plus constructive, je n'en sais rien mais du coup Emily se retrouva en face de moi et Michaël fut placé sur ma gauche, trois personnes nous séparaient. La séance se déroula dans une ambiance tendue, personne ne voulait parler de ce qu'il s'était passé, c'était encore trop frais dans les esprits de chacun, bien entendu, nous avions tous les trois une autre raison de ne pas pouvoir parler de ce que nous avions vu mais rester là assis sans pouvoir bouger à attendre que cette séance interminable se termine. C'était plus horrible que de passer trois heures dans un cinéma à regarder le titanic je ne sais combien de fois. Nous n'avions pas vu Peter en arrivant au lycée ce matin, en même temps, il n'avait pas réellement besoin de participer à ces réunions de groupe puisqu'il n'était pas là lorsque ce drame a eu lieu, D'ailleurs, les gens étaient-ils au courant de son retour ? Car personne n'en parlait.
Il était presque onze heures et nous étions toujours assis à écouter les ressentis de chacun prenant sur nous pour ne pas péter un plomb en revivant cet événement douloureux et fortement désagréable. C'était au tour de Cindy Marquel de prendre la parole, à peine avait-elle prononcé un mot qu'elle pleurait déjà. Il faut dire que c'était plus que compréhensible, un de ses amis était l'une des victimes, la pauvre. Mesurant environ un mètre soixante-dix, les cheveux mi-longs d'un marron virant au roux selon les reflets de la lumière, elle était assise juste en face de moi et ne cessait de verser des larmes tout en essayant de raconter ce qu'elle pouvait ressentir face à la disparition tragique de son ami ainsi que des autres personnes. Ses yeux verts ne cessaient de fixer le sol comme si il allait s'ouvrir sous nos pieds. Elle nous expliqua qu'aux premiers abords on aurait dit une scène tirée d'un livre religieux faisant passer un message quelconque, avec mes deux amis nous échangeâmes un bref regard parce que la notion du message n'était pas religieux mais voulait tout de même dire quelque chose. Quelque chose qui m'était destiné. Nous seuls savions qui était l'auteur de cette atrocité sanguinaire. Ensuite, bien que ce fût inutile elle évoqua les litres de sang autour des corps ainsi que leurs membres répartis un peu partout. Elle se souvenait tellement du moindre détail que c'en était flippant comme si c'était elle qui avait provoqué tout cela. Le psychologue l'écoutait avec attention et l'interrompit qu'une seule fois pendant son monologue.
- Merci beaucoup Cindy. Comment vous-sentez ?
- Ça fait beaucoup de bien de pouvoir en parler librement.
- C'est ce qui est important dans ce type de regroupement commun, de pouvoir parler sans tabou de ce que l'on ressent parce que vous avez tous partagé la même chose à ce moment précis. Cela vous permet en quelque sorte d'enlever un certain poids qui pèse sur votre cœur sans être jugé. Dommage que certaines personnes ne veuillent pas en parler, dit-il en me regardant ainsi que les trois autres élèves qui n'avaient pas déliés leur langue non plus.
Cette réflexion m'énerva quelque peu et étant à fleur de peau je pris vite la mouche comme on dit.
- Certaines personnes préfèrent intérioriser, c'est un crime ? Demandai-je si froidement que toute l'assemblée me regarda surprise même mes amis.
- Ce n'était pas un reproche, juste un constat. Je suis là pour vous aider à...digérer ce qu'il s'est passé, il n'y a aucune obligation de vous confier tant que cela vous aide d'entendre vos camarades.
- Donc, je peux sortir ?
Il prit un air désolé.
- Vous pouvez tous sortir, la réunion est terminée pour le moment.
Sans perdre de temps, je sortis de la salle de classe pour retrouver Shannon qui nous attendait dans le couloir. Emy et Michaël nous rejoignirent tout en me dévisageant.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Shannon.
- Amanda a perdu patience, répondit Emy.
- Comment ça ?
- C'était pas contre lui mais c'était un peu trop pour moi du coup je me suis emportée.
- Tu n'étais pas la seule à bouillir, Sullivan était une vraie boule de nerfs et crois moi, il fut bien content de ta petite scène.
- On a vécu ce même type de réunion à la mort de Slevin plus mes parents pour mon cas donc au bout d'un moment... surtout que je sais qui a fait ça.
- Mais eux non, répondit Michaël.
- Je vais être convoquée à tous les coups.
- Je ne pense pas.
- Et toi, comment ça s'est passé ? Demandai-je.
- J'ai parlé de l'horreur que j'ai vue, qu'il fallait être tordu pour faire un tel massacre, désolée mais c'était sur le moment, dit-elle à mon intention puis celle de nos amis.
- Tu n'as pas à t'excuser tu le connaissais pas et quand tu l'as vu il était démoniaque.
- Et après avoir décrit ce que j'ai vu, j'ai pleuré. Bien sûr aucun d'eux ne m'a vue me coincer le doigt sous ma chaise et c'est pour ça que je pleurais. Mais ne me demandez pas comment j'ai fait car je ne le sais pas moi-même.
Ce petit moment de légèreté et la façon innocente dont elle nous le racontait nous fit rigoler.
- Nous allons manger ou pas ?
- Allons-y, cromagnon a faim.
Nous nous rendions à la cafétéria quand je vis Peter sortir du bureau du proviseur il passa devant nous tout en nous saluant puis s'arrêta devant son casier. Ne plus sentir mon tatouage en sa présence me faisait toujours aussi bizarre que la veille, mais ce à quoi je ne m'habituerais jamais c'est que tout soit effacé à cause d'eux là haut. Mon cœur se serra en le voyant mais je décidai de passer outre. Je continuai d'avancer vers la cafétéria comme si je n'avais jamais croisé son chemin.
- Tu ne vas pas lui parler ? Me demanda ma meilleure amie.
- Pourquoi ? Hier il s'est enfui comme si nous étions contagieux.
- Je ne vais pas contester parce que je sais que tu n'es pas d'humeur, mais tu as tort !
Je m'arrêtai pour faire face à mon amie.
- Non, c'est eux qui ont eu tort, ils ont désormais un nouvel ennemi : moi.
Nous reprîmes notre chemin vers la cafétéria sans dire le moindre mot.
- Il nous regarde, dis-je tout bas. Non ne vous retournez pas.
- Comment tu le sais ?
- Regarde discrètement là-haut.
Le plafond était une sorte de dôme miroitant, donc voir au delà de mon épaule n'était pas un problème, mais allez savoir pourquoi, c'était la seule partie du lycée qui avait un plafond de la sorte.
- Ba écoute, peut-être qu'on l'intrigue.
- Ou qu'on lui fait peur, répondis-je.
Assis à notre table habituelle, nous mangions notre repas presque dans le calme car tout le monde parlais de cette réunion de groupe mais certaines parlaient aussi du retour de Peter et que c'était étrange de ne plus nous voir ensemble. Quand un de nos camarades de classe vint lui parler de moi, il se leva et sortit de la cafétéria. Ils avaient donc effacé sa mémoire à mon sujet et celui de tout ce qui nous entourait à l'exception de certaines personnes du lycée avec qui il précisait à chaque fois en pas vouloir parler de moi, que de toute façon il ne me connaissait pas. Les gens étaient choqués mais respectaient ses choix. Pas moi, car je savais d'où cela venait. Vous en conviendrez que rien que d'y penser cela me donna la nausée à un tel point que je cessai de manger. Mes amis me regardaient quand il revint chercher son sac dans le réfectoire. Je pris la parole avant qu'ils ne me disent d'aller le voir.
- Tout pour te déstabiliser jusqu'au bout, dit ma meilleure amie.
- Je ne crois pas qu'il le fasse exprès, dit Shannon.
- Peu importe, répondis- je. Je pense que je vais sécher cet après-midi.
- C'est nouveau ça ! S'exclama Michaël.
- En quel honneur ? Me demanda ma meilleure amie.
- Je ne retournerai pas à cette réunion et je préfère continuer mes recherches.
- D'accord, on vient avec toi alors !
- Hors de question. Mon absence peut s'expliquer par mon coup de gueule de ce matin mais pas la vôtre. Qui plus est, j'ai besoin de vous pour garder un œil sur Petrer juste au cas où.
- Mais nous ne pourrions rien faire si il y a un je ne sais quoi qui l'attaque..., me dit Shannon.
C'est pas faux.
Je ne répondis pas, je pris mon plateau afin de le déposer sur le chariot qui partirait à la plonge. Mes amis firent de même.
- Amanda ?
- Vous ne comprenez donc pas ?
- Comprendre quoi ?
Je continuai à marcher en direction de mon casier pour prendre mes affaires alors qu'ils me suivaient toujours.
- Elle espère qu'en se retrouvant confronté à l'un de nos ennemis il retrouve ses réflexes de Defender.
- Mais c'est dangereux, imagine que ce ne soit pas le cas. Tu pourrais vivre avec sa mort sur la conscience ?
- Michaël, crois-tu vraiment que monsieur je suis parfait là-haut laisserait son fils seul se battre au péril de sa vie humaine sans intervenir ? Moi non ! Voilà pourquoi je prends le risque, lui dis-je d'une voix calme. Et puis pour être honnête, je ne pense pas qu'ils attaqueront à nouveau le lycée, ils ont fait un peu trop de dégâts ces derniers jours.
- D'accord, excuse-moi je ne voulais pas mettre tes intentions en doute.
- Euh Amanda, tu oublies un détail, me fit remarquer Shannon.
- Lequel ?
- Peter ne sera pas au lycée cet après-midi, d'ailleurs il n'y a plus sa voiture et il ne sera pas là parce qu'il n'a pas besoin de participer à la réunion.
- C'est vrai, j'ai totalement oublié ce détail... ba vous êtes tranquilles alors, vous avez juste à écouter blablater ou avec un peu de chance il y aura cours.
Je leur fis un clin d'œil avant de monter dans ma voiture et de démarrer.
- Je vous tiens au courant si j'ai du nouveau.
Je quittai le parking du lycée sans perdre de temps.
Je ne pris pas la même route que d'habitude pour rentrer chez moi, je ne voulais pas passer par le manoir, donc je pris un petit détour qui me ferait passer par la patinoire.
Après dix minutes de route, j'arrivai à quelques mètres de ce lieu rempli de souvenirs lointains et récents. Je dus freiner derrière une dizaine de voitures qui ne bougeaient plus attendant je ne sais quoi. Puis, j'aperçus en sortant un peu la tête de la voiture des gyrophares de police qui faisait barrage.
C'est quoi ce bordel ?
Reprenant le volant, je fis marche-arrière en vérifiant bien qu'il n'y pas de voiture derrière moi pour prendre la petit ruelle que j'avais vue sur ma droite quelques mètres plus tôt, Elle était étroite mais suffisamment large pour laisser passer une voiture comme la mienne mais pas une de plus. J'avais mis la radio et je rehaussai le son lorsque j'entendis un flash info parler de la glace fondue à la patinoire bloquant ainsi la route principale menant au centre commercial parce que les portes avaient été laissées ouvertes et que l'eau inondait pratiquement la route. La patinoire fermerait bientôt ses portes étant la fin de saison mais il n'était jamais arrivé le moindre accident depuis son ouverture c'était vraiment étrange. Toutefois, cela me permettait de mieux comprendre le barrage policier ainsi que les pompiers qui avaient dû intervenir. L'information terminée je baissai le son de la radio tout en arrivant dans une nouvelle rue qui cette fois ci était plus large donnant sur l'arrière de la patinoire tout de même avec une rue entre nous. Avec un peu de chance seule l'avant de la patinoire était inondé.
J'entendis un bruit sourd résonner à l'intérieur de ma voiture. Du coin de l'œil tout en restant concentré sur ma conduite, je cherchai d'où cela provenait mais je ne vis rien. Une nouvelle résonance se fit entendre sans que je puisse trouver d'où elle émanait. J'arrêtai la voiture tout en enlevant ma ceinture de sécurité pour essayer de trouver, tout en restant à l'intérieur du véhicule jusqu'à ce qu'un homme vêtu d'un uniforme tombe sur mon pare brise le fissurant. Sans plus attendre, je me dirigeai vers lui m'assurant qu'il respirait toujours. Il devait avoir une trentaine d'années et portait une alliance, c'était pas le chef de la caserne sinon son grade se trouverait sur son uniforme or ce n'était pas le cas.
Son pouls était faible sûrement à cause du choc.
- Regardez moi qui est là !
Je me retournai, connaissant la voix de celui qui se trouvait derrière moi.
- Je devrais être surprise mais bizarrement je ne le suis pas ! Lui répondis-je tout en faisant volte-face.
Sauf que je ne me trouvai rien d'autre à dire lorsque je fus face à lui. Ce n'était plus le même physiquement, il lui était arrivé quelque chose qui le rendait différent mais je en saurais dire quoi. Il était presque à plaindre, sauf qu'on ne blâme pas son ennemi.
- Il respire encore,
- Qu'est-ce que cela peut bien te faire ?
- Je me tiens au courant de la qualité de ma...chère équipe.
- Parce que ce n'est pas toi qui a fait ça ?
- Amanda, mon amour, me connaîtrais-tu si mal ? Penses-tu réellement une infime seconde que je puisse faire autant de bazar ? Je suis beaucoup plus minutieux, reconnais-le !
- Il est vrai que l'on peut te reconnaître cette qualité, mais si ce n'est pas toi alors qui a donné cet ordre ?
- Oh ça, je pense que tu le sais ! Je crois que l'on t'a fourni pas mal d'informations lorsque tu t'es battue au manoir. D'ailleurs beau combat pour quelqu'un qui ne voulait pas défendre lors de notre dernière entrevue.
- Je protégeais mes amis.
Le pompier devait reprendre connaissance car je l'entendis gémir. Je jetai un coup d'œil dans sa direction pour m'en assurer et je le vis bouger. Mes yeux se reposèrent immédiatement sur Slevin.
- Vas-y tu peux aller le voir, je ne ferai rien.
Je le regardai méfiante.
- Je ne lèverai pas le petit doigt, c'est promis.
Pouvais-je avoir confiance sur ce coup-là, je n'étais pas complètement sûre mais quelque chose dans son regard me donnait envie d'y croire. Sans plus attendre, je me dirigeai vers le pompier.
- J'ai mal.
- Vous avez fait une sacrée chute mais ça ira. Il vous faudra tout de même aller à l'hôpital.
Mon corps se raidit. Slevin s'était rapproché. Je le sentis grâce à ce frisson qui me parcourait, il se trouvait juste à côté de moi à présent. Je lui bloquai sa main droite qui se trouvait au-dessus du pompier.
- Laisse-moi faire !
- Faire quoi ? Demandai-je sur la défensive.
- Comment crois-tu que nous pouvons guérir assez rapidement de certaines blessures ? Il n'y a pas que Peter qui a des tours de magicien.
- Comment puis-je être certaine que ce n'est pas une entourloupe ?
- Écoute ton instinct.
-Pffff
Pourtant, sans pouvoir l'expliquer quelque chose me certifiait que je pouvais avoir confiance. Je lâchai sa main. Il la passa de la tête aux pieds du pompier après m'avoir esquissé un sourire victorieux. Une sorte de chaleur émanait de sa main, je surveillais le pompier qui ne gémissait plus de douleur mais de soulagement. Il souriait. Puis il posa sa main sur la tête de l'homme.
- Que fais-tu ?
- J'efface le souvenir de nous deux.
- Il nous voit là.
- Regarde !
Ses yeux se voilèrent légèrement une fois qu'il se releva. Slevin lui indiqua quel chemin prendre pour retrouver la patinoire, qu'il s'était égaré et qu'il verrait normalement une fois qu'il sera arrivé au bon endroit mais qu'il ne souviendrait pas de nous avoir vu. Même pas de sa chute. Il partit sans poser de question tel un robot qui savait où il devait aller.
- Pourquoi as-tu fait ça après tout ce bordel dans le monde ?
- Ce n'est pas moi qui ai commandé ses attaques.
- On dirait que tu as raté ton coup en lui arrachant le cœur.
- On dirait bien oui.
- Mais il ne peut pas déplacer ?
- En effet.
- Alors comment ?
- Je te le laisse le soin de le découvrir dans tes bouquins. Quoi que je ne suis pas sûr que tu y trouves de réponse car c'est plutôt inédit.
Je compris que je n'obtiendrais pas de réponse donc je choisis de changer de sujet pour avoir la réponse à une autre question qui me taraudait depuis le début de cette rencontre.
- Et ça, c'est lui ?
- Une petite vengeance.
- Pourquoi ça ne cicatrise pas ?
- Parce que je le veux bien. Je te l'ai di, on en peut cicatriser de toutes les blessures. Ça fait plus viril tu ne trouves pas ?
Je ne pus me retenir de sourire, il n'en fit pas la remarque pour autant. Malgré la brûlure qui s'étendait de sa joue gauche jusqu'au début de son torse cela ne gâchait rien à la beauté de son visage qui autrefois était si angélique.
- Pourquoi tu as sauvé cet homme, et pourquoi tu n'essaies pas de me tuer ? C'est pour ça que tu as été recruté je te rappelle.
Son regard était plongé dans le vide avant de croiser à nouveau le mien.
- Peut-être que je suis las de ça.
Décontenancée par cette réponse, je ne trouvai rien à dire car je ne m'attendais pas à ce genre de réponse.
- Humain, hein ?
- Quoi ?
- Peter, il est revenu mais différent.
- Faut croire que tout le monde aime m'abandonner. Tu dois être heureux ?
- Pas spécialement. A vrai dire, cela ne me fait ni chaud ni froid. Mais la douleur que je peux lire dans tes yeux...
- Je te trouve bizarre aujourd'hui.
- L'étrangeté est un mystère que tu voudras résoudre mon amour. Je te connais trop pour ça. Tu peux rentrer chez toi, j'ai stoppé le massacre, il n'y a pas de morts mais des blessés. C'est toujours ça.
Sans que je puisse réaliser ce qu'il venait de me dire, je le vis disparaître sous mes yeux. Je ne savais vraiment pas quoi penser de cette entrevue, c'était vraiment trop bizarre.
Deux semaines, qu'il était bizarre au point d'éviter chaque endroit où je me trouvais. Lorsque j'étais réfectoire eh bien il attendait mon départ pour pouvoir y aller il n'y a que la salle de classe qu'il ne pouvait pas éviter. Mais hier, il est venu me voir pour me proposer une soirée en amoureux en allant voir un fil d'action, ba oui les films je t'aime moi non plus c'est pas notre truc. Heureuse de cette proposition malgré un certain malaise qui s'installait en moi, je ne pouvais me résoudre à lui dire non. Avant et après le film, nous discutâmes de tout et de rien jusqu'à ce qu'il s'arrête inopinément en plein milieu de notre conversation. Sans un mot, je le fixais attendant une explication de sa part, son attitude était devenue plus bizarre que ces dernières semaines, il avait la même attitude qu'à la mort de mes parents, il a de cela un an.
J'en avais des frissons.
Son regard devint celui d'un autre pendant quelques secondes. Nous étions au bord de la route et lorsque je lui demandai de nous mettre sur le trottoir, ses muscles se tendirent. Je regardai dans la même direction que lui mais je ne vis rien.
- Il faut que nous parlions.
Au fond de moi, je le pressentais depuis des mois mais je ne voulais pas me l'avouer, j'espérais tellement que cette soirée sauverait notre histoire. Je sentais les larmes me monter mais je contrôlais ma déception et je décidais de l'écouter par respect.
- Amanda, je suis désolé pour mon comportement de ces derniers jours, de ces derniers mois même. Je t'aime, sois en sûre mais je dois t'avouer quelque chose...
- Aaaah ! Entendis-je une fois ses paroles prononcées.
Les cris se rependaient autour de moi mais je restais figée sur place pendant que l'amour de ma vie se faisait culbuter par une voiture qui sortait de je ne sais où.
- De l'aide, appelez de l'aide vite !
Sa main rouge et gluante vint se poser sur ma joue droite. Nos regards se remplirent de larmes tout en nous regardant. J'approchai mes lèvres des siennes comprenant que ce serait notre dernier baiser car les secours n'arriveraient pas à temps. Mon monde était en train de s'écrouler autour de moi.
- Je te sauverai, je te le promets, me dit-il.
Ses yeux se fermèrent et sa poitrine cessa de se soulever.
Ce fut en sursaut que je me réveillai le visage mouillé. Je n'avais jamais revécu cette soirée entièrement ne me souvenant de presque rien, tellement choquée que mon subconscient avait dû l'isoler dans un coin de ma tête pour que certains détails ne soient pas trop douloureux. Mais désormais, je ne savais plus distinguer le réel de l'imaginaire. Mon corps ne voulait pas s'arrêter de trembler, ce rêve paraissait tellement réel comme si je venais de revivre en vrai la scène. La rencontre de cet après-midi avait dû m'atteindre plus que je ne voulais le penser.
J'essayai de me remémorer ce rêve qui autrefois était la réalité mais seule la phrase « je te sauverai, je te le promets » ne cessait de se répéter dans ma tête or je ne me souvins plus que suffisamment de cet instant où il avait fermé les yeux à jamais. Pas une seule fois, il n'avait prononcé ce genre de parole. Cela me perturbait au plus haut point.
Je n'arrivais pas à me rendormir, la seule personne vers qui je voulais me tourner ne se souvenait plus de moi et donc n'avait plus aucun pouvoir pour vivre mes rêves comme auparavant et donc ressentir ce trouble qui m'habitait. Il était deux heures du matin lorsque je m'étais réveillée en sursaut, passée la torpeur, je sortis de mon lit pour prendre une douche sans pour autant réussir à me calmer.
- Je suis désolée de t'avoir réveillée, dis-je à ma meilleure amie assise sur son lit.
- Ne dis pas n'importe quoi. Qu'importe l'heure nous avons toujours été là l'une pour l'autre, le jour comme la nuit et ce n'est pas aujourd'hui que tout ça va changer.
- Merci.
- Tu es sûre qu'il n'avait jamais prononcé cette phrase ? Je veux dire, il savait ce qu'il allait devenir et aurait voulu te protéger ou te prévenir de ce qui allait suivre.
- Je n'arrête pas depuis que j'ai les yeux ouverts de me repasser la scène de long en large, pas une seule fois il n'a prononcé ces mots. Il avait trop de sang dans la bouche pour pouvoir dire quoi que ce soit. Peut-être que c'est de l'avoir vu cet après-midi et tout ce qu'il se passe avec Peter qui me taraude je ne sais pas, ça n'a pas de sens tout ça. Son attitude était vraiment bizarre, pas agressif du tout vois-tu contrairement à la dernière fois au café mais plutôt calme, amical je dirais même.
- Et en ce qui concerne Oraïa ?
- Il a esquivé toutes les réponses qu'il aurait pues me donner.
- Je n'ai qu'un seul conseil à te fournir mais tu ne vas pas aimer.
- Ne te bile pas avec ça, j'en suis venue à la même conclusion que toi sur le chemin. Il faut que je parle à un des membres du Conseil.
- Et le plus tôt serait le mieux.
- On n'a rien dit sur mon absence de cet après-midi ?
- Non, ça n'a choqué personne.
Je m'étais assoupie aux côtés de ma meilleure amie pendant quelques heures quand son réveil sonna. Aujourd'hui, nous avions classe, finie la séance de psychanalyse gratuite et groupée mais cela voulait donc dire que je me retrouverai dans trois cours similaires avec Peter à moins que son entretien de la dernière fois avec le proviseur n'ait pas été que pour parler de son absence mais aussi pour demander à changer de classe.
Ma gorge se serra, prise d'une angoisse certaine à l'idée de ne même plus pouvoir être avec lui en classe, lui faire raviver (l'espoir fait vivre mais sait-on jamais) certains souvenirs serait alors quasi impossible et je le perdrai définitivement. C'est en réalisant cette soudaine peur que je me souvins comment était notre première vraie conversation. C'était à l'infirmerie, je me remémorai son regard lorsque je lui avais parlé de mon histoire avec Slevin, le soir où il mourrait dans mes bras. J'avais peut-être une carte à jouer, seulement il me fallait trouve le bon moment ce qui n'allait pas être évident.
Emily expliqua à Michaël et Shannon le rêve que j'avais fait cette nuit et ce que je m'apprêtais à faire en demandant un entretien avec l'un des membres du Conseil. Ils n'étaient pas franchement ravis de cette nouvelle mais ne firent aucune remarque voulant respecter ma décision.
La matinée se déroula comme toute autre, les cours commençaient à se compliquer un peu, arrivant à quelques mois de la fin de l'année scolaire c'était tout à fait normal. Les notes comptaient désormais pour nos inscriptions à l'université, tout le monde y trouvait son intérêt. Le stress était l'attitude numéro un de chacun, pas pour moi. Mon intérêt pour l'université était... hors sujet. Déjà faudrait-il que je survive à cette guerre entre deux mondes différents et puis avec Slevin nous avions un projet bien particulier qui n'avait plus lieu d'être désormais alors à quoi bon... Je pensais pouvoir y aller avec Peter mais puisque lui aussi on me l'a enlevé! Tout cela n'était que superflu à mes yeux, ce que je devais faire pour préserver l'humanité avait beaucoup plus d'importance à mes yeux que de vulgaire dossiers de papiers qui soi-disant devaient nous donner un avenir prodigieux si tu suivais correctement les règles. Je devais pourtant être assidue dans mes cours pour ne pas louper ma chance au cas où tout de même. Peut-être que je survivrai à ma douleur après tout. Le seul problème, c'est que de toutes ces brochures, aucune ne me donnait vraiment envie à part une. Ma motivation devait être en veilleuse. Cependant, je feuilletais chacune d'entre elles attendant que quelque chose fasse tilt en moi mais rien en se produit. Assise à ma table de classe, je sentis un regard sur moi, je relevai la tête et je le vis assis à une autre table non loin de la mienne qui me regardait tenant aussi dans ses mains la même pile de documents comme les trois quarts des élèves. Il baissa la tête lorsque je relevai la mienne dans sa direction comme si il était gêné de me regarder.
Je baissai à nouveau la tête dans mes brochures me disant que peut-être il regardait sans aucun intérêt mais j'eus à nouveau cette sensation que je connaissais trop bien mais décidai de l'ignorer volontairement, lui résister allait peut-être l'attiser puis je me souvins de mon objectif. Une idée me vint quand le prof entra dans la sa classe.
- Bien je vois que vous avez tous la tête dans vos brochures, c'est parfait car ce cours va être consacré à vos futurs projets d'études.
Emily et Michaël venaient de passer le pas de la porte pour savoir si comme eux nous allions parler des dépliants. Après ma réponse positive, ils quittèrent ma salle de classe pour se rendre dans la leur. C'était l'un des rares cours où nous n'étions pas ensemble.
- Maintenant que miss Emily est retourné à ses occupations nous allons pouvoir commencer, dit-il sans me regarder mais je savais que cette remarque était pour moi.
Certains rigolaient gentiment de la situation, d'autres ne relevaient même pas.
- Bien, vous savez tous depuis le début de cette année scolaire où vous souhaitez aller d'où ces brochures différentes pour chacun. Sofia, as-tu une préférence parmis tes sélections ?
Sofia était l'une des filles les plus appréciées du lycée pour sa gentillesse et sa sincérité. Elle était brune aux cheveux mi-longs, les yeux d'un vert émeraude absolument magnifique qui se mariaient avec n'importe laquelle de ses tenues.
- Eh bien, il y a l'université de Vancouver qui propose exactement les options dont je rêve mais d'un autre côté, j'aimerais me prendre une année pour moi et aller découvrir une partie des Etats-Unis donc pour le moment je suis indécise.
- Indécise certes, mais avec deux objectifs bien précis. Reste plus qu'à choisir.
- Tout à fait monsieur.
Tout ne l'écoutant, j'avais continué à regarder les papiers qui se trouvaient sur ma table les divisant en deux tas. D'un côté, toutes les brochures, de l'autre une seule.
- Et vous Amanda, quel est votre projet ?
- Université de Toronto.
J'eus l'effet escompté. Ils chuchotaient etre eux ou me regardaient sauf un qui ne comprenait ce tel remue ménage.
- Vous apparaissez surpris ?
- En effet, je le suis. Je pensais que comme c'était un projet commun avec Slevin, tu avais abandonné l'idée à sa mort.
La position de Peter changea, il trifouillait les reocins d'une des brochures comme si il y avait un malaise quelconque comme si il se souvenait de quelque chose, mais pas de ce projet car je lui en avais jamais parlé. Les gens pensaient tous que Peter et moi étions plus que fâchés donc ma réponse n'allait pas les surprendre.
- Pour être honnête, mes amis ont leurs propres projets qui sont différents des miens donc comme plus rien ne me retient ici, j'ai décidé de faire ce que nous avions comme projet avec Slevin.
Tous me regardèrent avant de regarder Peter qui ne réagit pas, la tête figée sur ses brochures, je sentis que quelque chose se passait en moi.
