Chapitre 21 Le contrôle de soi-même

Partie 1

- Je ne suis vraiment pas rassurée de savoir que tu vas aller dans la fosse aux lions.

- Nous n'avons pas vraiment le choix, il faut que nous agissions au plus vite. Tout se passera bien.

Ma meilleure amie n'était vraiment pas rassuré était vraiment inquiète de me voir partir comme ça tout en sachant très bien où j'allais.

- On va leur botter les fesses tellement vite qu'ils n'auront pas le temps de comprendre ce qu'il s'est passé, dit Maya essayant de rassurer mes amis en voyant les têtes inquiètes de Michaël et Shannon.

- Aucun doute là-dessus mais c'est tout de même frustrant que Peter n'ait pas le droit à la moindre information tant que ce n'est pas fini.

- Pas de nouvelle, bonnes nouvelles comme on dit.

Je voulus les rassurer mais c'était peine perdue.

- Ecoutez, tout va bien se passer nous avons l'avantage de l'effet de surprise en plus de cette formule qui devrait nous donner un sacré avantage pendant dix minutes, il n'y a aucune raison pour que le plan foire.

- Tu as raison, nous devons rester positifs, nous inquiéter ne t'aidera pas, dit Michaël le plus calmement possible.

- Nous devons y aller Amanda, me rappela Maya.

Dans le couloir non loin de la porte de la bibliothèque nous nous dîmes au revoir comme si je partais une semaine alors que nous serons de retour le dimanche si ce n'est avant mais ils étaient tellement angoissés que je comprenais très bien leur étreinte collective à l'exception de Maya et Peter qui part respect restèrent en retrait.

Toujours en accord avec mes pouvoirs, la lumière éclairait le seuil de la porte à mesure que je m'avançais vers elle. Après avoir prit une dernière fois son frère dans les bras, Maya me devança et ouvrit la porte de la bibliothèque. Je m'arrêtai net. Nos deux symboles étaient de nouveau dessinés sur les deux murs, tout était comme avant avec les grandes étagères remplies de livres, le tapis de sol en mousse pour les entraînements, tout était à sa place comme si ce moment douloureux n'avait jamais eu lieu. Or c'est loin d'être le cas. Mon coeur s'en souvenait encore.

Je me figeai sur le seuil fixant l'intérieur de la pièce me souvenant dans le moindre détail de ce jour où mon âme s'est brisée. Ce jour où seul mon symbole était représenté sur le mur, des heures à pleurer la perte de celui que j'aimais sans que l'on vienne m'en expliquer la raison ; puis il y eut l'affrontement avec Slevin durant lequel j'aurais été plus qu'heureuse qu'il me tue. Tout cela refit surface remplissant mes yeux de cette eau salée qu'on appelait des larmes. Maya me regardait avec une patience sans fin, je lui fus grandement reconnaissante de me laisser tout le temps dont j'avais besoin malgré l'urgence de la situation. Je percevais le regard de mes amis qui ne savaient pas trop quoi faire puis je le sentis juste à côté de moi, hésitant ne sachant pas comment j'allais réagir mais bizarrement, aucune tempête ne s'agita en moi peut-être parce que à un moment précis j'étais plus triste qu'en colère. D'un geste calme j'essuyai la larme qui coulait puis je m'avançai pour suivre Maya.

- On se revoit deux jours, dis-je en me retournant. Fais bien attention à eux, dis-je à Peter sur un ton neutre.

- C'est promis, me répondit-il avec un sourire qui était hésitant.

Il ne savait plus trop comment réagir face à mon caractère de ces derniers jours. Maya referma la porte derrière nous.

- Ca va aller ?

- Une fois que l'on sera sorties de cette pièce oui.

- Euh...

- Je vais me contrôler Maya !

- J'espère, je n'ai pas envie d'être celle qui te forcera à te faire.

- De toute façon, mes pouvoirs ne peuvent pas interagir sur vous.

- Non, mais vu leur force, je préfère me méfier.

- Si c'est le cas faudrait que ça arrive chez Oraïa.

- Tu es suicidaire maintenant ? Ne perdons pas une minute, il est temps de traverser.

Nous avancions vers ce passage invisible pour un humain. Comme la première fois, je crus que les deux côtés de la bibliothèque bougeaient pour nous laisser passer mais ce n'était qu'un effet visuel. Je continuai d'avancer en suivant la cadence de mon amie qui restait à côté de moi, voyant que j'appréhendais fortement de me retrouver de l'autre côté.

Sans que je le réalise, nous étions de l'autre côté. Je le compris en me retrouvant face à ces grands fauteuils et à leurs occupants qui m'observaient, méfiants. Je laissai Maya prendre la parole pour être sûre de ne rien dire qui pourrait les contrarier même si je savais très bien je ne tiendrais pas longtemps.

- J'espère que nous ne sommes pas trop en retard père ?

- Non, nous nous doutons bien que ce n'est pas facile pour ses amis.

Ben voyons, on devient compréhensif maintenant !

- C'est surtout de rentrer dans la bibliothèque qui fut dure, dis-je sèchement.

Les membres du Conseil se raidirent, craignant la suite.

Voilà c'est dit.

Maya regarda pour vérifier que je me contrôlais. Ce qui fut le cas car je ne ressentis aucune manifestation de mon pouvoir, ce qui ne m'étonna pas puisqu'il était bridé ici. Par chance pour lui, il ne répondit pas à ma remarque, il dut anticiper ma réaction ce qui lui valut un bon point mais pas mon estime pour autant.

- Es-tu prête Amanda ?

- Oh que oui je le suis, lui répondis-je.

- Vous allez avoir trente Defenders avec vous plus un magicien pour les formules et guérir les éventuelles blessures. Amanda voici notre magicien Charaïs, il est celui qui a enseigné une partie de son savoir à Peter.

- Ravi de vous rencontrer Amanda.

- De même, je lui répondis avec un sourire chaleureux.

- Vraiment ?

- Oui, je n'ai rien contre vous.

- Heureux de l'apprendre, notre collaboration n'en sera que plus aisée.

- Je n'ai pas le moindre doute. Quand est-ce que nous partons ?, demandai-je au père de Maya.

- Maya va vous expliquer comment va se faire le... transfert et vous irez choisir votre arme et nous pourrons y aller, me répondit Charaïs.

Il faisait à un ou deux centimètres près la taille de Peter. Il avait des cheveux mi longs qu'il attachait en chignon, le blond caramel de sa chevelure s'accordait parfaitement avec ses yeux noisette.

- Bien, il n'y a plus qu'à nous y mettre alors.

- Maya te guidera jusqu'à l'armurerie, me dit son père.

- A l'occasion, si nous en avons le temps ainsi que l'opportunité, j'aimerais que nous nous entretenions au sujet de votre pouvoir et de son ascension de ces derniers jours..., me dit le magicien.

- Je ne suis pas contre.

- Bien, je vous dis à tout à l'heure.

Je suivis Maya qui m'emmenait à l'armurerie.

- Je l'aime bien.

- Vraiment ?

- Tu as l'air surprise !

- Un peu.

- Pourquoi ?

- J'oubliais que tu n'avais jamais vraiment rencontré Oraïa.

- Quel est le rapport ?

- C'est son frère.

Je m'arrêtais net, la dévisageant choqué parce que ce qu'elle venait de me révéler.

Elle se mit à rire.

- Tu verrais ta tête.

- C'est une plaisanterie ?

Elle était tellement hilare par ma réaction qu'elle n'arrivait plus à parler. Je lui tapais l'épaule en guise de mécontentement représailles ce qui la fit rire d'avantage.

- Quand tu seras capable de marcher sans te plier en deux fais-moi signe, raillai-je.

- C'est bon je me calme. Désolée mais c'était...

- Oui ba c'est bon.

- Oh Amanda, c'est pas là-bas que nous pourrons rire...

- Ah non, ne recommence pas.

- Franchement, le frère d'Oraïa !

- Maya...

- Allez continuons d'avancer avant que grincheux ne râle.

- Ton père ?

- Oui. Pourquoi tu n'es pas allée voir Peter quand tu es revenu ?

- Tu avais plus besoin de moi que lui.

- Merci.

- De rien.

- J'y suis ! C'est le frère de ton père n'est-ce pas ? Il a le même regard que... Peter, finis-je par dire à voix basse comprenant enfin ce qui m'avait troublé.

- En effet, avec des personnalités bien distinctes.

- Comment ça ?

- Charaïs s'est opposé à mon père quand ce dernier t'a enlevé mon frère. Il n'a jamais douté une seule fois de votre amour et votre intérêt pour la mission.

- Ils se sont pris la tête ?

- Non mais ça n'était pas loin. On y est. Choisis celle qui te parle le plus, qui te donne confiance en toi et une assurance démesurée. Crois-moi tu repèreras très vite celle qui est faite pour toi. Chaque arme est crée pour une personne bien précise.

- D'accord.

- Pour le transfert, je te laisse la surprise.

- Pourquoi ?

- Sinon tu vas stresser encore plus.

- Ba me laisser dans l'ignorance ne me rassure pas plus.

J'avais une totale confiance ne Maya, ce qui m'évitait toujours de lui poser des questions inutiles qui nous feraient perdre du temps mais pour le coup, j'aurais bien voulu la harceler d'interrogations.

Elle ouvrit la porte de ce qu'ils appelaient l'armurerie. La pièce était tout simplement immense, plus grande que la bibliothèque, c'était un château rempli de trésors. Je ne savais pas trop où regarder, j'étais tellement subjuguée par toutes ces épées, les lances, les couteaux et plein d'autres armes dont je ne connaissais même pas les dénominations.

- Il y en a tellement, soufflai-je d'étonnement.

- En effet, il y a du choix mais une seule te conviendra tu verras.

- Comment ça ?

- Cherche-là et tu comprendras.

Intriguée par ses propos, je me dirigeai à l'intérieur détaillant chaque allée et chaque étagère. Allez savoir pourquoi, je fus automatiquement attiré par les épées qui étaient juste sublimes. Les couteaux étaient tout aussi attirants mais l'épée était l'arme qui me convenait le plus et digne d'une guerrière, le couteau lui était plus traître, facile à cacher mais surtout pratique dans l'art de finaliser de façon théâtrale la mort d'un ennemi, tandis que l'épée était plus franche et directe dans ses blessures, elle tuait plus qu'elle ne blessait sans passer par quatre chemins.

Les allées étaient immenses, mais mon regard fut attiré par quelque chose qui brillait au loin comme quand j'approchais de la bibliothèque. Je regardais Maya qui me souriait m'encourageant à aller voir. Dans tous les cas j'y serais allée pour assouvir ma curiosité. Je continuais de m'en approcher sachant que Maya me suivait. Plus je m'approchais, plus elle scintillait et je pouvais sentir mon tatouage se manifester dans le bas de mon dos, elle m'était destinée, je ne pouvais en douter mais surtout, je sentais mon pouvoir qui réagissait à mon approche. Maya me fit comprendre du regard de la prendre. J'étais excitée mais aussi effrayée par ce futur contact. J'eus un petit moment d'hésitation mais sentais l'empressement de mon amie, je ne perdis alors pas une seconde de plus et m'emparai de l'arme blanche qui me revenait.

Ma main droite entra en contact avec le manche de l'arme en acier forgé. Une décharge électrique me parcourut. Mon symbole apparut sur la lame et brilla avec une telle intensité que nous aurions pu devenir aveugles. Je sentais mon pouvoir monter à la surface. Une flamme apparut non loin de Maya qui de surprise cria, puis ce fut l'eau qui se manifesta par quelques gouttes, suivit de la terre qui fit trembler la pièce alors que nous étions hors limite, puis se fut le vent, léger mais suffisamment fort pour soulever nos cheveux et faire bouger les autres armes. Puis le calme revint. L'énergie magique qui m'habitait me quitta doucement, l'épée perdit de son éclat mais pas de son charme.

Je regardais Maya qui à voir sa tête savait qu'il y aurait quelque chose avec l'épée mais pas ce genre de choses. Moi même je ne réalisais pas trop ce qu'il venait de se passer.

- C'est...

- Bizarre ?, me demanda-t-elle.

- Tu savais que ça ferait ça ?

- Aucunement. Nous nous doutions qu'il y aurait une connexion mais pas à ce point. Nul doute que l'épée t'appartient.

- Comme tu dis !

- C'était juste incroyable, tu t'es approché et déjà elle sentait ton pouvoir puis quand tu l'as touchée... Amanda, je ne sais pas si tu réalises que tes pouvoirs ont traversé le champ de protection de notre Royaume. Mon père va être...

- Inquiet ?

- Stupéfait, répondit une voix masculine que je commençais à bien connaître.

Je me retournai.

- Vous avez fait trembler les membres du Conseil Amanda !

- Pas fait exprès.

- Je ne prétendais pas que vous l'ayez fait exprès. Vous devez être surprise par l'intensité de vos pouvoirs. surtout qu'ils ont...

- Traversés le champ de protection ?

Il sourit.

- En effet.

- Donc je peux traverser celui d'Oraïa ?

- A supposer qu'il en est un !, me répondit le père de Maya.

- Vous pensez qu'il n'en a pas ?

- Il est tellement persuadé que son armée est imbattable que cela ne m'étonnerait pas. Lorsque Maya était en reconnaissance, elle a pu passer sans problème alors qu'elle était sous l'influence de la magie de notre peuple.

- Je vois.

- Terrassons-les à Londres, ensuite nous verrons. Maintenant il est temps d'y aller. Chaque minute nous est précieuse. Prenez l'épée.

Je pris l'arme qui me revenait et suivit Maya qui était derrière son père. Arrivés dans la salle du Conseil je vis l'armée qui nous accompagnerait. Je croisai les doigts pour qu'ils s'en sortent mieux que leurs amis.

- A ce que j'ai compris vous êtes bien armée, me dit Charaïs.

- Oui, il paraît.

Il avait la même tenue et n'avais pas quitté son air décontracté.

- Vous n'êtes pas inquiet, ni même un tant soit peu tressé ?

- A quel propos ?, me questionna-t-il.

- Le sortilège.

Son sourire s'effaça.

- Gardez-le pour vous, mais j'espère fortement que vous arriverez à être très vite en colère.

- Vous ne me mettez pas du tout la pression, lui répondis-je ironiquement.

- Désolé, ce n'était pas mon intention.

- Vous n'y croyez pas ?

- Disons que j'ai peur de ne pas être assez puissant.

- Comment ça ?

- Leur magie est très puissante et c'est un sort que l'on ne connait pas en dehors de ce livre.

- Ne vous en faites pas on va leur botter les fesses et puis ils n'auront pas le temps d'utiliser leur magie vu qu'ils ne s'attendent pas à notre visite.

- J'aime votre optimisme.

- Allons y, dit Maya.

Je la suivis, derrière nous les combattants et Charaïs qui se devait être en retrait.

- Quand nous allons franchir le portail, Charaïs commencera son sort d'invisibilité pour se protéger mais il ne durera pas assez longtemps donc deux de nos hommes le protègeront une fois dans le bâtiment. Il lancera ensuite le sort cinq minutes après notre arrivée pour bien les déstabiliser. Amanda ça va ?

- Oui. Explique-moi la traversée.

- C'est un portail comme dans la bibliothèque sauf que le voyage est beaucoup plus agité. Comme tu es humaine... à quatre-vingt-dix pour cent on va dire, tu risques d'avoir le mal de mer. Surtout ne ferme pas les yeux ce serait pire.

- J'ai déjà pris le bateau.

- Rien à voir ! La nausée s'arrêtera une fois de l'autre côté.

- Ca le fera à chaque fois ?

- Plus tu traverseras, plus tu t'y habitueras.

- Et pourquoi quatre-vingt-dix pour cent ?

- La magie Amanda. Et encore je dirais un peu moins humaine qu'il y a une semaine.

Je pris une profonde inspiration.

- Allons-y.

- Une fois là-bas, tu le sentiras si ils sont métamorphosés étant donné la grandeur de ton pouvoir.

- C'est pas sûr Maya, ils seront des dizaines.

- On fonce dans le tas dans tous les cas.

- Faut évacuer les humains.

- Raïs et Senphi vont s'en charger. Ils sont là pour ça.

Je regardais les deux Defenders de la même taille, avec leurs cheveux roux et leur peau blanche comme du lait. Ils étaient à leur ressemblance, sans aucun doute frères.

- Il faut quelqu'un pour les couvrir.

- Amanda tout est bon.

- D'accord. Désolée.

- Allez on y va. Nous avons perdu assez de temps.

Solidaires et déterminés, nous la suivîmes pour traverser le portail. J'avais peur je le savais ; combattre trois Destroyers en même temps est une chose, mais une centaine ç'en est une autre. Je pensais à mes amis que je savais en sécurité avec Peter, ce qui me détendit un peu. Je commençais à ressentir les symptômes du mal de mer et la nausée se fit ressentir immédiatement ce qui était très désagréable mais je fis un effort pour rester concentrée. Maya m'informa que la "torture" allait durer encore cinq bonnes minutes, autant vous dire que c'était attendre une éternité mais je n'avais pas le choix, je devais prendre mon mal en patience pour le bien de l'humanité. Je commençais à avoir le tournis avec toutes ces rivières de couleurs qui formait des cercles interminables. Je fermai donc les yeux pour calmer cette sensation de mal-être malgré les conseils avisés de Maya qui me dit de ne pas le faire. Je regardai donc l'épée que je tenais dans ma main droite après avoir rouvert les yeux. J'étais toujours stupéfaite de sa beauté ainsi que de sa légèreté. Ce qui m'impressionnait le plus, c'était mon tatouage gravé dessus avec une telle minutie que cela dut prendre des heures voire des jours de travail à son créateur. Peu profond mais suffisamment ancré dans l'acier de la lame, je pouvais sentir le creux qui se dessinait du bout de mes doigts, la finition était juste parfaite. L'auteur était doué. Le symbole s'illumina, me surprenant. Un voile se formait devant mes yeux. Je vis un homme qui me tournait le dos assis devant une sorte d'établi sur lesquels tout plein d'outils y étaient dispersés. Le dos courbé, il était penché sur quelque chose que dans un premier temps je ne vis pas, je me décalai sur le côté mais n'arrivais toujours pas à voir son visage par contre, j'aperçus sur quoi cet homme qui m'était pour le moment inconnu travaillait sur mon épée. C'était drôlement bizarre, on aurait dit lorsque je l'ai touchée, qu'elle avait lu dans mes pensées et avait compris que je voulais connaître l'identité de la personne ayant réalisé la gravure. Je n'osais pas m'approcher, je craignais qu'il ne me remarque or étant dans un moment du passé je savais pertinemment que c'était impossible, ma crainte était donc ridicule je le savais, je fis un effort pour la faire taire et m'avançai de trois pas sur le côté puis de deux vers l'avant. Je me figeai sur place.

Le voile se dissipa, nous étions arrivés. Ils me regardaient tous comme si j'étais une bête de foire. Mon épée était par terre, je l'avais lâchée par réflexe tant j'avais été surprise.

- Amanda ça va ?, me demanda Maya. Tes yeux étaient bleus pâles, tu n'étais plus avec nous, tu as raté l'arrivée.

Je regardais où nous nous trouvions : une rue déserte sans aucun bruit comme si nous étions coupés du monde. J'étais un peu déboussolée. Prise de vertiges, je m'assis par terre.

- Tu as des vertiges ?

Je hochai positivement la tête en guise de réponse.

- Tu es un peu secouée, c'est normal la première fois, les vertiges vont cesser d'ici peu. Charaïs, tu veux bien la soulager s'il te plaît.

- Bien entendu mais je pense que c'est surtout ce qu'elle a découvert qui l'a choquée.

- Découvert ?

- Elle a touché la gravure et tu as vu ses yeux... Elle a vu qui l'a faite.

- Ah !

Je compris à l'intonation de sa voix qu'elle savait depuis le début qui avait fait la gravure. Les mains du magicien cessèrent d'effleurer mes tempes et ma tête ne tourna plus, je me sentais beaucoup mieux. Je pris appui sur mes jambes pour me relever, tout en récupérant mon épée.

- Pourquoi ?, demandai-je calmement.

- Il a appris à te connaître, il savait que tôt ou tard tu voudrais aller sur le terrain, il savait aussi que tu ne voudrais pas de lui car tu le détesterais pour ce qu'il a fait alors la meilleure façon de te donner le plus de force possible et de soutien était de graver ton symbole avec une formule magique qui pousserait l'épée à réagir en ta présence et à te protéger. Notre père lui a expliqué pourquoi il vous a séparé.

- Peter était en colère mais sachant qu'il n'avait aucune chance contre mon frère, il a tiré avantage de la sa séquestration en voulant vous rendre encore plus forte et il a eu raison. Je ne suis pas fier de ce que mon frère a fait, ce n'était pas la meilleure des méthodes mais il faut avouer que ce fut un bien petit mal pour sauver le monde.

Je pleurais. Peter n'avait cessé de croire en moi malgré notre éloignement et cela me touchait beaucoup. Je n'étais pas en colère juste profondément touchée par ces révélations même si cela n'enlevait en rien à ce goût amer qu'a la trahison, je me sentais beaucoup moins en colère contre lui mais pas contre son père.

- Je comprends mieux pourquoi elle a réagi avec les éléments dans la salle des armes.

- Euh non, ça ce n''était que toi Amanda.

- Oh !

- Les éléments, dernièrement fonctionnaient avec vos émotions alors que l'épée fonctionnera avec ce qu'il se passera autour de vous comme un bouclier si vous voulez, m'expliqua Charaïs. Ce qu'il s'est passé dans la salle des armes n'est qu'un avant-goût de ce qu'elle peut faire avec vos pouvoirs.

- Eh bien, aujourd'hui sera le grand test.

- En quelque sorte oui.

- Comment procède-t-on ?

- Nous sommes à environ cent mètres de leur QG, la barrière d'invisibilité vient d'être activée. A la base, nous devions nous retrouver dans un centre commercial gigantesque mais le portail a changé notre destination or c'était beaucoup trop voyant et surtout ils ont kidnappé des personnes dont ils ont usurpé les identités donc nous allons sauver les otages, ils en auront écho et quitteront Londres rapidement si ils ne sont pas trop bêtes, me répondit mon amie.

- Et si ils sont trop bêtes ?

- Franchement, je ne pense pas qu'Oraïa risquerait la destruction d'une armée entière, il se vengera ailleurs, c'est un risque à prendre malheureusement. Mais n'aie aucune crainte, nous avons prévu du monde là où il faut juste au cas où.

- Vous savez ce que vous faites.

- On y va. Charaïs prononcera la formule pour transformer ? le plus de Destroyer possible en poussière.

- Il ne va pas falloir être en rade de salive !

- J'ai une formule de groupe ne vous inquiétez pas, je ne vais pas me déshydrater, me dit-il avec son sourire si chaleureux.

Je ne pus m'empêcher de sourire.

- Trêve de bavardages, on y va !

Maya prenait son rôle de chef d'armée très à coeur, je fus rassurée de voir qu'elle n'avait pas perdu son assurance et son esprit combatif. Nous étions tous très concentrés. Mon coeur battait de plus en plus fort au fur et à mesure que nous approchions. J'essayai tant bien que mal de contrôler ma respiration, mes mains devinrent moites puis un calme Olympien m'envahit, je respirais calmement, mes mains ne collaient plus mais la gravure brillait. Je regardai autour de moi, Charaïs me fixait et je compris qu'il était le lien entre Peter et moi à travers cette bataille. J'en eus la certitude en voyant ce regard que je ne connaissais que trop bien.

- C'est lui qui vous a soufflé ces paroles tout à l'heure !

- Aucunement. Il était convenu qu'on entre en contact lorsque nous nous apprêtions à... débarquer, ce qui est le cas.

La sincérité dans ses yeux ne pouvait mentir.

- Il y a un problème ?, demanda Maya.

- Non aucun, répondis-je à mon amie.

- Bien. Nous y sommes. On encercle la maison. Je veux une dizaine d'entre vous à chaque issue. Le reste, vous venez avec Amanda et moi au centre du bâtiment. Crog et Solaïs vous êtes chargés de protéger Charaïs.

Ils acquiesçaient en guise de réponse. Une discrétion à toute épreuve. L'harmonie et la coordination de l'équipe me rassurait sur le fait que chacun savait ce qu'il avait à faire. Bien entendu, je restai persuadée que le souvenir de la dernière bataille était resté ancré dans leurs mémoires et qu'ils souhaitaient en plus de venger leurs frères d'arme, venger Maya, leur chef. Ils avaient tous le même but aujourd'hui et la même envie : la vengeance. Sans pour autant laisser de côté les vies humaines.

- Charaïs, défais le bouclier quand on sera devant la porte principale, nous y serons pile dans deux minutes.

Les quatre groupes de dix étaient déjà dispersées : trois aux portes arrière du manoir et un sur le toit. Aucun d'entre eux n'était dans le jardin. Le manoir n'était pas beaucoup plus grand que celui de Peter, mais les quartiers n'étaient pas aussi serrés que là où se trouvait Maya la dernière fois.

Nous étions arrivés devant la porte et Charaïs allait nous dévoiler.

La bataille commençait ici et maintenant.

POV Peter

Je ne quittais pas le cristal des yeux depuis que je l'avais vue succomber à l'élan de crise de nerfs de Slevin qui ne supportait pas qu'elle ne réagisse pas à sa confrontation verbale. Amanda était restée aussi impassible qu'un mur de pierre au regard froid et distant, on pouvait lui affirmer que la Terre allait se désagréger suite à un astéroïde que cela aurait eu le même effet, elle ne réagissait pas et cela me faisait un mal de chien. Je ne supportais pas de la voir comme ça et j'en voulais énormément à mon père.

Une attente insoutenable se faisait dans mon être la voyant allongée sur le sol, immobile et personne de mon peuple ne venant la secourir. La cruauté n'a jamais fait partie de notre culture mais mon père me prouva désormais le contraire, pour sa fierté personnelle il serait prêt à la laisser inerte sur le sol entre la vie et la mort. A moins qu'il n'ait vu ou senti quelque chose se produire. Ce fut là que je vis à travers le cristal Emily arriver près du corps de sa meilleure amie et Michaël sur le seuil de la porte choqué par l'état dans lequel se trouvait la bibliothèque. Tout était s'en dessus dessous. Mais ce qui l'interpella le plus ce ne fut pas le désordre mais le dessin représenté sur le mur exactement le même que leur présentait le bas du dos d'Amanda.

Je ne pouvais bouger, je continuai de fixer le cristal géant attendant un mouvement de ses doigts mais rien ne vint et je dus rester ici de force sans pouvoir l'aider ; ma colère me rongeait de l'intérieur. Plus que toute autre chose au monde, je souhaitais que ce soit l'un des membres de mon peuple, inconscient à sa place, qu'ils comprennent une bonne fois pour toutes ce qu'ils lui faisaient endurer car le temps que ses amis appellent les secours il serait peut-être trop tard.

- Vous n'allez rien faire ? Demandai-je outré de les voir immobiles sur leurs sièges respectifs.

- Nous devons agir comme si nous n'existions plus de façon à la forcer pour qu'elle se batte ! Me répondit un des membres du Conseil.

- Ma parole vous êtes de vraies girouettes !

- Modère tes paroles !

- Allez au diable. Vous vous prenez pour les gentils mais l'êtes-vous vraiment ? En cette minute précise, j'en doute fortement.

Je levai mon index droit lorsque l'un des membres allait prendre la parole, le stoppant dans son élan.

- Il y a quoi, à peine une heure vous teniez un discours sur le pourquoi de la laisser seule : qu'il fallait la motiver, que la colère serait le facteur clé. C'est ce qu'elle vient de faire, mais comme elle ne l'a pas fait à votre manière ba vous la laissez là à peine consciente. Excusez-la de ne pas être l'un de vos pantins. Sa réaction a attisé la jalousie de Slevin, un sentiment humain, elle marque un point.

- Pour se retrouver inconsciente comme tu l'as si bien précisé.

- Non mais je rêve, c'est pas le pays des bisounours, elle ne va pas s'en sortir sans blessure alors qu'elle l'a affronté physiquement et vous le savez. Vous êtes de mauvaise foi parce que vous enragez du fait que j'avais raison et que vous aviez tort. Soyez honnêtes avec vous-même, Slevin, lui même n'a pas réussi à la...réanimer ! Ouvrez dont les yeux !

- Ca suffit Peter ! Thayer, reconduisez mon fils à son appartement et fournissez-lui un nouveau cristal qu'il ne cassera pas cette fois-ci.

- Oui monsieur.

J'allai ouvrir la bouche lorsque je me ravisai. A présent, je n'étais plus en colère, seulement triste et déçu.

Si seulement je pouvais joindre Maya...

Le cristal sous mes yeux, j'étais assis sur la banquette qui se trouvait à droite de la porte d'entrée de mon logement. Cela faisait une minute que je l'avais vue bouger ses doigts et je continuai à fixer la scène dans l'espoir de la voir refaire le mouvement. Un poids énorme disparut de ma poitrine lorsque j'entendis la voix d'Emilie appeler Amanda, c'est là que je vis un nouveau mouvement au niveau de sa main gauche. Une lueur d'espoir me fit légèrement sourire, heureusement que nos amis étaient de notre côté, enfin, façon de parler.

- Amanda ? Appela à nouveau Emilie.

- On devrait peut-être aller voir à l'étage, proposa Mickaël.

- Ba c'est un peu privé, lui répondit son amie.

- Tu as raison Emy mais au vu de l'absence de réponse des copains et de la porte d'entrée ouverte, je me fiche de savoir ce qui est privé ou non, intervint Shannon.

Leurs ombres apparurent sur le sol du couloir ce qui me permettait de les situer tout en entendant leur voix.

- Amanda ? Appela à nouveau Emy.

- Peter? Appela Mickaël.

Amanda bougea de nouveau en gémissant pour que ses amis l'entendent je suppose. Elle essaya de se relever mais, comme si elle avait perdu toutes ses forces, elle ne réussit pas.

- Vous avez entendu ? Demanda Shannon à l'intention de ses compagnons.

- Ca venait de notre droite, répondit Mickaël.

- Allons-y, dit Emilie.

Ils arrivèrent devant l'entrée de la bibliothèque et la virent par terre à peine consciente. Les deux filles étaient agenouillées à ses côtés tandis que Mickaël restait debout à fixer le mur et vit le dessin gigantesque qui y était représenté puis baissa les yeux sur sa meilleure amie qui, sans le savoir, laissait apparaître la moitié de son tatouage. Mickaël était trop choqué voire déboussolé pour répondre lorsqu'Emilie lui parla.

- Tu fixes quoi comme ça ?

Du doigt, il désigna le mut et fut rejoint par les deux amies.

- C'est un gros dessin et alors ?

Il montra le bas du dos d'Amanda.

- C'est trop bizarre, fit Shannon.

- On verra plus tard pour les explications, dit Emilie.

- Ces livres sont vraiment bizarres, dit Mickaël qui en tenait un dans ses mains.

- Laisse ça et appelle une ambulance car elle est dans un sale état.

- Tu crois que c'est Peter ? Demanda Shannon.

- Tu veux rire ? Peter serait incapable de lui faire le moindre mal.

- C'est vrai mais il est où ?

- Ils me l'ont pris ! Souffla Amanda avant de fermer les yeux à nouveau.

- L'ambulance sera là dans moins de dix minutes.

Je me souvenais que trop de bien de cette scène dans la salle du Conseil, depuis cet instant je n'avais pas décoléré et encore moins la sachant à l'hôpital sans aucune défense ni certitude que les médecins puissent la guérir à temps pour le prochain ring parce qu'il ne fallait pas se leurrer, Slevin ne la laissera pas tranquille, il profitera de sa faiblesse physique pour l'attaquer par surprise.

Cela faisait maintenant plusieurs jours que je la regardais allongée sur ce lit qui n'avait pas l'air très confortable au vu de toutes les fois où elle bougeait pour y trouver une place confortable. Elle se forçait à manger mais sans grande conviction, la nourriture ne devait pas être très bonne. Je voulais lui faire un venir un met bien plus savoureux pour le palet mais c'était au risque de m'attirer un peu plus les foudres de mon père qui pourrait décider de m'enlever le cristal et alors je ne pourrais plus voir ce qu'il se passe et lui arrive. Chose qui m'était douloureuse rien que d'y penser car c'était le seul contact qu'il me restait avec elle. A sens unique certes, mais je ne pouvais rien faire d'autre pour le moment.

Je me figeai sur mon lit quand je vis que l'un des membres du Conseil, bien entendu ce n'était pas mon père c'était trop lui demander, se présenter devant sa chambre la regardant comme si il attendait sa permission pour entrer. Bien entendu l'accueil d'Amanda ne fut pas des plus chaleureux et l'on ne pouvait l'en blâmer c'était tout à fait adéquat au vu de la situation actuelle.

- Sortez !

Sa voix était aussi glaciale que la banquise et son regard aussi dur qu'un mur de pierre.

L'allier de mon père habillé en civil ne cilla pas pour autant.

- D'abord, j'ai à vous parler et ensuite je partirai Amanda, l'informa son interlocuteur d'une voix neutre.

- Il y en a au moins un qui n'est pas lâche !

Je compris immédiatement de qui elle parlait.

- Votre colère ne vous mènera nulle part.

- Ma colère ? Cela fait une semaine que vous me l'avez pris parce que vous ne supportez pas le fait que nous soyons capables de nous aimer tout en menant à bien notre mission. Voyez-vous ma colère est passée à un tout autre sentiment, lui dit-elle calmement.

- Slevin est animé par la jalousie, votre colère est votre meilleure arme.

- Ma meilleure arme, c'était l'enseignement de Peter et les tactiques de Maya, que vous avez au passage fait disparaître aussi. Il était ma force et vous me l'avez enlevé. Si vous ne vouliez pas qu'il ressente des choses, il ne fallait pas lui donner une partie humaine.

- Votre mission reste la même et vous devez faire ce qu'on vous dit.

Elle ne lui répondit pas. Parfois le silence pouvait en dire plus long que de simples mots.

- Comment avez-vous fait pour qu'on ne puisse pas nettoyer la mémoire de vos amis ?

Arrogante comme jamais, elle le regardait sans détourner la tête et le fixa avec un sourire narquois. Elle le provoquait.

- Amanda ?

- Ca fait quoi là, en cet instant précis de se sentir impuissant, comme si on vous avait enlevé quelque chose ?

- Nous défier ne vous le ramènera pas.

- Je ne vous défie pas, je vous ignore la nuance est là. Vous n'existez plus pour moi, pouf invisible. Et le pire pour vous, c'est que vous ne pouvez m'interdire l'accès au manoir, donc croyez-moi, on se retrouvera face à face pour me destituer de mes pouvoirs.

- Impossible, on ne peut pas les enlever.

- Peu importe ! Fabriquez une autre Elue car je démissionne.

- Amanda !

- Gin jha elm.

Je restai abasourdi par ce que je venais d'entendre. Elle avait eu l'audace et l'arrogance de faire sortir par une formule magique l'un des membres de mon peuple qui plus est haut placé car il fait partie du Conseil sans le moindre battement de cil, comme si que pour elle c'était naturel. Elle l'avait banni de sa chambre d'hôpital par une formule que je lui avais apprise pour bannir les ennemis mais je ne m'étais jamais douté que mon peuple pouvait y être sensible. Plus aucun membre du Conseil ne pouvait entrer dans sa chambre d'hôpital, c'est dire à quel point elle détestait ma communauté à présent.

Il y avait tout de même un avantage qu'elle ne pouvait ignorer, il lui avait évité le questionnement de la police sur le pourquoi du comment elle avait fait une telle chute et un tel désordre dans une simple pièce remplie de livre. Mais elle ne pourrait pas échapper aux interrogations de ses amis car leurs mémoires n'avaient pas été modifiées, mon père restait persuadé qu'Amanda trouverait un subterfuge pour les rassurer et qu'ils y croiraient. C'est mal connaître ses amis mais surtout c'est mal la connaître elle. Je savais qu'elle leur raconterait tout, d'abord par colère et surtout par amitié, elle ne supportait pas de leur cacher la vérité depuis le début et c'était l'occasion idéale pour tout leur avouer.

Mais l'accepteraient-ils ?

Elle se mit à pleurer et cela me fit mal au coeur, je voulais tellement la consoler, la prendre dans mes bras pour faire sécher ses larmes mais j'étais bloqué ici et je ne pouvais rien faire. Fou de rage je balançais le cristal à travers la pièce, trop solide il ne se brisa pas.

- Amanda ?

C'était la voix d'Emily accompagnée de ses deux autres amis.

- Emy !

Emilie la prit dans ses bras et Amanda pleura de plus belle. Les avoir à ses côtés était sa seule source de réconfort et sa force.

- Ma chérie, on n'aime pas te voir comme ça. La seule fois où tu étais dans cet état...

- C'était à la mort de tes parents, même pour Slevin tu n'étais pas aussi dévastée.

A l'énonciation de ce prénom, son corps se raidit.

- Je vous dois quelques explications.

- Amanda, on ne veut pas tous les détails mais nous souhaitons savoir ce qui s'est passé, me répondit Emilie.

- Et où est Peter ? Me demanda Mickaël.

Elle contrôlait l'émotion qui la submergeait mais il lui en faudrait peu pour la laisser sortir de nouveau et fondre en larmes encore une fois.

- Et aussi pourquoi tu n'as plus aucune blessure et que personne ne s'en inquiète, me questionna Shannon.

- En fait, on veut tout savoir, dit Emilie.

- Oui, répondirent en coeur les deux amoureux.

J'avais raison, ils ne pourraient pas rester sans réponse et ils méritaient de connaître la vérité, ils s'étaient montrés plus que loyaux envers leur amie. Amanda prit une profonde inspiration pour se donner tout le courage nécessaire afin de tout leur avouer.

C'était quitte ou double : soit ils acceptaient soit elle les perdait.

- Peter est... parti.

Ils se regardèrent sans vraiment comprendre.

Les larmes se mirent à inonder son visage mais elle réussit à les stopper tant bien que mal, afin de ne pas être coupée dans son élan.

- Comment ça, parti ? Me demanda Emy, après quelques secondes de silence.

- Vous devriez vous asseoir, leur dit-elle.

- Amanda, tu me fais peur, lui dit sa meilleure amie.

Son interlocuteur banni venait de se manifester au seuil de la porte mais il était toujours bloqué, elle l'ignora pour rester concentrée sur ses amis.

- C'est assez compliqué, je ne sais pas trop quoi dire mais je vais commencer par le début, ce sera plus simple pour vous comme pour moi. Enfin en partie.

- Oui, le début c'est une bonne idée, me dit Mickaël de façon à m'encourager.

- Fermez la porte et assoyez-vous.

- C'est qui ? Me demanda-t-il en voyant ce membre du Conseil.

- Tu le sauras bien assez tôt.

Il ferma la porte sans aucune hésitation, lui accordant toute sa confiance.

Elle commença son récit par le début sans éviter le sujet Slevin qui serait le plus dur pour eux tout comme cela fut le cas pour elle il y a quelques mois.

Depuis qu'elle leur avait tout dévoilé sur ce qu'elle était désormais depuis quelques mois, elle n'avait pas eu de nouvelles de ses amis qui je pense avaient sincèrement besoin de digérer les informations qu'elle leur avait communiquées au plus grand dam de mon père qui était fou de rage mais qui ne pouvait plus rien faire se doutant qu'elle les ait protégés par un sort quelconque ce qui ne m'étonnerait pas non plus. Elle avait pris un gros risque en leur révélant tout mais se rebeller était la seule façon de se faire entendre ce qui fut le cas vu la colère déclenchée ici.

Je me sentis rassuré en la sachant à nouveau chez elle sur ses deux jambes sans plus aucune trace de ses blessures, c'était comme si il ne s'était rien passé mais physiquement seulement car moralement... Elle ne cessait de surveiller son téléphone à chaque fois qu'elle finissait de faire quelque chose. Je sentais la tristesse qui pesait dans son coeur ne recevant aucune nouvelle de ses amis. Fatiguée, elle se coucha pour essayer de dormir un peu avant de retourner au lycée le lendemain mais le stress qu'elle ressentait ne lui permit pas de dormir beaucoup. Son réveil sonna, elle se dirigea vers sa salle de bain pour prendre une bonne douche afin d'essayer de se détendre et de lui enlever ce mal de ventre qu'elle ressentait à l'idée de revoir ses amis ne sachant pas comment ils allaient l'accueillir. Sortant de sa douche, elle jetait un coup d'oeil à ses mails, messages ? mais toujours rien.

Cela me fit beaucoup de peine pour elle. Et être impuissant était horriblement frustrant.

En ouvrant les portes de son dressing, elle tomba nez à nez sur la veste que lui avait offert Maya, alors sans plus attendre, elle prit le premier jean qui se présentait ainsi que la première chemise et son gilet puis referma l'armoire. Vingt minutes plus tard, ses converses bleues aux pieds, elle sortit de son appartement prenant la direction du lycée l'angoisse faisant à nouveau surface. Je le voyais à son visage et à sa façon de serrer son sac de cours de sa main droite.

Lorsqu'elle se trouva non loin du manoir, elle se figea sur place. Elle dut s'asseoir sur le trottoir pour ne pas perdre l'équilibre et le temps de retrouver ses esprits. Je n'eus aucun mal à deviner ce qu'elle pouvait ressentir car en regardant le lieu où je vivais il y a encore quelques jours, je fus saisi de tous ces merveilleux souvenirs que nous avons vécus à l'intérieur surtout la nuit passée ensemble peu de temps avant qu'on m'arrache à elle. La plus belle nuit de toute ma vie. Je donnerais mon âme si il le fallait pour me retrouver à ses côtés et la prendre dans mes bras, sentir à nouveau son parfum si délicat, sentir son pouls battre contre le mien, son tatouage vibrer à l'approche de mon corps. Si seulement...

Elle arriva enfin au lycée accompagné par Joshua Martins l'une des rares personnes avec qui je parlais sachant qu'autrefois il était ami avec Slevin mais c'était aussi une manière stratégique pour moi d'en apprendre plu sur notre ennemi. Sur le parking du lycée il lui souhaita une bonne journée avant de prendre la direction du terrain de sport. J'aimais beaucoup ce garçon et pour le coup je lui fus surtout reconnaissant d'avoir accompagné Amanda au lycée.

Elle prit la direction de sa classe évitant le moindre regard des gens qui la fixaient avec pitié ou avec indulgence ne sachant pas trop si ils devaient aller lui parler ou non. Elle continuait d'avancer traversant les couloirs qui la mèneraient à sa salle de cours lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec ses amis. Elle stoppa le pas ne sachant quoi dire.

Emilie qui brisa la glace à ma grande surprise car je pensais que Shannon aurait fait le premier pas. .

- Bon retour parmi les intellos, lui dit sa meilleure amie.

- Merci.

- Tu es venue à pieds ?

- En partie oui, j'ai croisé Joshua Martins sur la route, il m'a prise en chemin.

- Cool, répondit Mickaël.

- Oui c'était super gentil à lui.

Le silence s'installa à nouveau juste avant que la sonnerie retentisse pour les informer qu'il était l'heure d'aller en classe. Shannon qui n'était pas dans les mêmes cours qu'eux prit une direction toute autre. Aujourd'hui était le jour où chaque binôme devait rendre son devoir d'histoire, bien entendu elle était sans partenaire puisque j'étais prisonnier dans mon Royaume. A l'évocation de mon prénom lors de l'appel, elle sentit tous les regards se poser sur elle attendant la moindre réaction : pleurs, cris, ou je ne sais quoi. Heureusement, Emily intervint montrant ainsi le soutien qu'elle était capable d'apporter à sa meilleure amie.

- Monsieur, Peter risque d'être absent un petit moment pour des raisons familiales, intervint Emily.

- Oh ! Rien de grave j'espère ?

- Nous ne savons pas monsieur.

- Prenez-lui ses cours tout de même.

-Ca sera fait.

- Merci, dit-elle à sa meilleure amie.

- Pas de quoi, lui répondit-elle en lui souriant.

Après leur cours, je les regardai se diriger vers la cafétéria.

- Nous sommes désolés, me dit Mickaël.

- Pourquoi ?

-On a pris la fuite...

- Et on t'a donné aucune nouvelle.

- Après ce que je vous ai balancé, c'est compréhensif.

- Non ce n'était pas normal, notre réaction fut indigne de notre amitié. On comprend pourquoi tu as dû nous cacher tout ça et que ça a dû être dur de...

- Vous mentir chaque jour ?

- Oui, répondit Emilie.

- Je suis désolée, sincèrement.

- Nous le savons Amanda, lui répondit Emilie. Même si on ne comprend pas tout, nous avons bien compris que ce n'était pas facile pour toi et que nous avons été idiots de ne pas te donner de nouvelles ces derniers jours.

- Ecoutez, cette situation est dure pour vous autant que pour moi, surtout que je risque d'avoir les représailles du peuple de Peter. Alors, est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de passer une journée normale ? Leur demanda-t-elle en faisant la moue.

- Normale ? L'interrogea mon meilleur ami.

- Oui. Pourquoi ? Lui demanda-t-elle.

Il saisit son téléphone portable envoyant un message sans pour autant répondre à son interrogation. Au loin on pouvait voir Shannon arriver alors qu'elle était supposée être en classe.

- Pourquoi Shannon n'est pas en classe ? Demanda Amanda.

- Tu voulais une journée normale, tu l'auras très chère copine, lui répondit sa meilleure amie.

- De quoi vous parlez ?

- Les jeunes d'aujourd'hui, normaux, que font-ils ? La questionna Shannon qui était arrivée auprès d'eux.

- Ils boivent, fument, se droguent ! Répondit Amanda.

- Quelle joie de vivre dis donc ! Répondit Emilie amusée par sa réponse.

- Ba c'est vrai.

- Oui mais pas pour tout le monde.

- Ce qui veut dire pas pour nous. Alors chers amis, qu'est-ce que des jeunes normaux de notre âge font de nos jours ? Leur demanda-t-elle sur le ton de la moquerie qui les fit sourire.

- Ils sèchent, répondit Shannon.

- Et emmènent leur meilleure amie à la patinoire, lui dit Emy.

- Oh, bien entendu aucun refus n'est recevable, continua Shannon.

Les larmes aux yeux, tant elle était touchée par cet instant, elle leur sourit et se leva.

- Let's go !

C'était exactement le genre de soutien dont Amanda avait besoin, prouvant ainsi que leur amitié était plus forte et importante que n'importe quelle tempête et que quoi qu'il puisse arriver ils ne laisseraient pas tomber leur amie.

Cela ferait une semaine et quelques jours bientôt que je me retrouvais coincé dans ce Royaume qui était loin de m'être familier, je m'efforçais chaque jour de prendre sur moi, cherchant une solution pour réussir à partir d'ici, en vain. Créer le contact avec ma soeur fut totalement impossible, ils ne laissaient trainer aucun indice, mes recherches n'aboutissant à rien, je décidai de laisser tomber pour le moment et repris la seule que je pouvais faire en étant coincé ici : la regarder.

Ce qui s'était passé à la patinoire avec Slevin qui menaçait ceux qui autrefois étaient ses meilleurs amis ne m'avait pas le moins du monde rassuré et je devais absolument trouver une solution pour sortir d'ici, cela ne pouvait plus durer. Mon père prenait un risque considérable. Je laissai donc un peu tomber mon visionnage de la vie terrestre pour trouver une réponse à mon problème.

Pourtant je me remémorais une certaine conversation qui je ne l'étais pas sûr m'apporterai quelques réponses.

FLASHBACK

Ce fut peu de temps après avoir vu la scène à l'hôpital. Une colère, plus monstrueuse que ce je n'avais jamais ressentie de toute ma vie s'empara de moi et sans m'en rendre compte, je fus en moins de deux secondes dans la salle du Conseil face à mes nouveaux ennemis qui pourtant étaient censés être ma famille.

- Eh bien en voilà une entrée fracassante !

- Vous avez vu ce que vous avez provoqué ? Est-ce que vous rendez compte de quelle stupidité vous faites preuve ?

- Ca suffit Peter, on a supporté bien plus que ce que nous pouvons accepter de ta part. Nous t'avons expliqué nos choix et il n'y aura pas autrement. Elle pleure parce qu'elle est humaine, elle s'en remettra, elle a perdu l'amour de sa vie une fois, en perdre un deuxième ne la tuera pas.

Mon sang ne fit qu'un tour.

Sans comprendre comment je me retrouvai face à mon père, ma main presque autour de son cou, je n'avais qu'une envie : l'étrangler mais alors je me rabaisserais au niveau de Slevin. Je me contrôlai mais c'était vraiment dur, ses dernières paroles furent d'une telle cruauté que ça m'avait mis hors de moi.

- Vous parlez comme lui ?

- Comme qui ?

- Slevin. Vous me dégoutez.

- Peter...

- Assez ! Criai-je. Pour la première fois, j'ai honte d'être votre fils.

- Tu tiens vraiment à elle, tes sentiments prennent le dessus sur tes émotions, intervint un des membres. Lorsque je lui ai rendu visite, j'ai pu constater à quel point elle était... perdue. Exactement comme toi.

- Encore un reproche !

- Non, je constate Peter.

- Eh bien si cela ne vous convient pas, il ne fallait pas me faire cadeau d'une moitié humaine.

- Retourne dans tes quartiers te calmer, nous reparlerons plus tard.

- Je n'ai plus rien à vous dire. Et que cela vous plaise ou non, je retournerai sur Terre !

Je regardai mon père pour la dernière fois, je vis dans ses yeux le malaise qu'il ressentait suite à la colère et à la tristesse que je venais de montrer.

- Mère avait plus de coeur.

Et je partis sur ses derniers mots regardant plus calmement mon cristal et je la vis toujours dans sa chambre d'hôpital, elle ne pleurait plus et s'apprêtait à faire quelque chose qui ne plairait pas du tout au Conseil, alors je revins sur mes pas.

" - Je vous dois quelques explications.

- Amanda, on ne veut pas tous les détails mais nous souhaitons savoir ce qui s'est passé, me répondit Emilie.

- Et où est Peter ? Me demanda Mickaël. "

J'entrai de nouveau dans la pièce, les regards se posèrent sur moi y compris celui de mon père.

- Tu es revenu exprimer ta colère ?

- Non, juste regarder la vôtre !

- De quoi parles-tu ?

Le membre qui m'avait parlé quelques minutes plus tôt disparut.

- Je parle de ce pourquoi il vient juste de partir.

Il regarda alors le cristal et son visage se décomposa.

" - Peter est... parti.

Nos amis se regardèrent sans vraiment comprendre.

Les larmes se mirent à inonder le visage d'Amanda mais elle réussit à les stopper tant bien que mal, afin de ne pas être coupée dans son élan.

- Comment ça, parti ? Lui demanda Emy après quelques secondes de silence.

- Vous devriez vous asseoir, leur dit-elle.

- Amanda, tu me fais peur, lui dit sa meilleure amie.

Elle va vraiment le mettre en colère mais pour le coup, il aura tout ce qu'il mérite.

- C'est assez compliqué, je ne sais pas trop quoi dire mais je vais commencer par le début, ce sera plus simple pour vous comme pour moi. Enfin en partie.

- Oui, le début c'est une bonne idée, dit Mickaël de façon à l'encourager.

- Fermez la porte et asseyez-vous.

- C'est qui ? Lui demanda-t-il, en voyant le membre du Conseil.

- Tu le sauras bien assez tôt.

Il ferma la porte sans aucune hésitation, accordant toute sa confiance à sa meilleure amie. "

- Comment ose-t-elle ? Demanda-t-il à peine énervé.

- De la même façon que vous l'avez fait se sentir seule.

- Je ne tolèrerai...

- Vous ne tolèrerai pas quoi ? Vous ne pouvez plus effacer leur mémoire, et elle a bloqué l'accès à sa chambre d'hôpital. Elle a été plus maline.

Je lui tournai le dos et retournai dans ma chambre sans prêter la moindre attention à ses appels. Tout expliquer à ses amis serait fort compliqué mais elle le voulait depuis longtemps, mon père venait simplement de lui tendre une perche.

FIN DU FLASHBACK

Sans réfléchir, j'ouvris la porte en laissant le cristal sur ce qui me servait de lit et me dirigeai vers la salle du Conseil. Ils me regardaient tous sans la moindre exception, mon père prit la parole.

- Je sais ce que tu vas me dire et il y aura une condition.

Comment pouvait-il se douter de ce que j'allais lui proposer il n'avait pas le don de lire dans les pensées ou alors il me l'avait bien caché durant toutes ces années.

Sans que je le lui dise il entra dans la pièce principale qui me servait de pièce à vivre et s'assit sur ce que sur terre nous appelons une banquette. Celle-ci était aussi transparente que le cristal qui me servait à surveiller Amanda à la différence que je ne pouvais rien voir dessus.

Il me toisait de son regard accusateur, je savais exactement ce qu'il pensait et il se trompait gravement.

- Vous avez faux depuis le début sur nos intentions et vous le savez, seule votre fierté vous fait refuser de l'admettre. Elle vous tient tête et vous ne le supportez pas mais qu'elle genre d'Elue serait-elle si elle était incapable de tenir tête à un ennemi ?!

- Je ne suis pas son ennemi Peter.

- Vous croyez vraiment qu'elle vous voit autrement depuis ?

- Elle comprendra un jour.

- Mais ne vous le pardonnera pas.

- Je pense que je m'en remettrai.

- Et le fait que votre fils vous déteste tout autant, ça aussi vous arriverez à vous en remettre ?

- Ne dis pas de sottise Peter, tu es en colère.

- En colère ?! Oh je suis bien plus que ça voyez-vous, je suis indigné par votre manque de compassion pourtant vous avez vécu des années sur terre avec les mêmes sentiments humains vous devriez être en mesure de comprendre ce que nous pouvons tous les deux ressentir mais vous faites tant preuve de discernement à cause de cette guerre que vous en devenez aveugle, insensible tout le contraire de ce que mère aimait en vous.

- Il suffit Peter. Tu me dois le respect.

- Vous l'avez perdu depuis le jour où vous m'avez enlevé à elle, à notre mission.

- Vos sentiments...

- Nos sentiments n'entravaient en rien la mission, elle s'entraînait durement et apprenait sans relâche la magie et tout ce qui l'entoure seulement votre besoin de tout contrôler a été plus fort que de nous faire confiance. Savez-vous ce que je peux ressentir de la voir chaque jour sans pouvoir lui parler ni même l'aider ?

- Oh mais tu as réussi pourtant ?

- Je ne vois pas de quoi vous parlez !

- Peter c'est mon Royaume ici, crois-tu que je peux tout ignorer ou que l'on peut tout me cacher ? Te servir de Thayer pour lui faire parvenir sur une feuille blanche la formule dont elle avait besoin pour protéger ses amis et de nouveau le manoir ? Me crois-tu si naïf que cela ?

- Aucunement mais je n'ai jamais dit que je ne ferai pas tout pour l'aider.

- On en vient donc au sujet dont tu voulais me parler au moment où tu allais franchir cette porte.

Nul doute il savait ce que je voulais mais me l'accorderait-il ? Telle était la question.

Le cristal scintilla pour nous informer qu'il se passait de nouveau quelque chose. Je le pris et je le regardai tout comme mon père.

Le manoir se mit à trembler, des éclairs déchirèrent le ciel.

"- On va où ?, demanda Emily.

- Dans la bibliothèque !

- Quoi ?! Mais Slevin...

- Slevin a plus de pouvoirs que ces deux trucs, et ils ont laissé Peter me donner la formule, ils vous protègeront, leurs pouvoirs sont plus concentrés dans cette pièce.

- Fais attention à toi.

- Promis."

Alors elle prononça les mots suivant qui étaient destinés à mon père.

"- Je sais que vous m'entendez, s'il leur arrive quelque chose, je vous tue ! Et croyez-moi que je le ferai, j'ai trouvé le moyen de me retrouver en face de vous une fois, j'y arriverai une deuxième fois."

Je le regardais pour guetter sa réaction, il me toisait comprenant sans mal qu'elle ne plaisantait pas et moi non plus quand je lui certifiais que jamais elle n'avait laissé tomber la mission. Lui maintenait qu'il avait eu raison de la pousser à bout car c'est ce qui allait lui permettre de tuer ses ennemis en approche.

Ils étaient désormais plus proches d'elle.

"- Que c'est mignon, tu as caché tes amis.

- Très touchant.

- On sort les mouchoirs ?

- Oh, un brin d'humour. Ton arrogance ne sera pas sans faille.

- Vous brassez de l'air plus qu'autre chose !

- Tu te crois plus forte avec tes réflexions ?! Ton arrogance ne durera pas.

- Je ne crois pas être forte, je le suis !"

Nous ne pouvions détourner les yeux de la scène que nous étions en train d'observer. Colérique et arrogante à souhait elle les déstabilisait au plus haut point si bien qu'ils ne se rendirent même pas compte de la rafale qui vint les projeter contre le muret.

"- Allez, on se relève, un peu de dignité messieurs !

- Je vais te faire jongler, tu vas pas comprendre ta douleur pétasse."

Nous regardions chaque détail de ce qu'il se passait. Elle les anéantit un par un sans aucun scrupule et ne se laissa pas distraire par leurs tours de passe-passe, les éléments étaient son point fort et elle se savait c'est pourquoi elle se servait d'eux pour essayer d'affaiblir ses adversaires mais si elle pouvait prononcer la formule magique que je lui avais apprise dès les premiers entraînements cela l'aiderait beaucoup mais dans le feu de l'action et n'ayant jusque là jamais eu l'occasion de la pratiquer, se souvenir de ce qu'elle est n'était pas aisé.

Comme j'aimerais la lui souffler...

"- Le mérite de ta mort me reviendra et Oraïa sera fier de moi.

- Oraïa ?

- Oui. C'est un peu la guerre au Royaume entre lui et Slevin.

- Il n'est pas mort ?

- Juste un énorme trou dans la poitrine qui l'a fortement affaibli. Ce qui ne devrait pas tarder à t'arriver, lui dit-il d'un ton vraiment cruel. Oraïa trouve que ton ex petit chéri met trop de temps à te tuer.

- Je ne vais pas m'en plaindre."

Elle lui remit un coup de pied dans le visage, de façon à le sonner un peu, histoire de gagner du temps. Elle cria à nouveau le prénom de son amie qui arriva au niveau de la porte d'entrée.

"- Une épée, il m'en faut une !

- Où ?

- Bibliothèque, chambre de Peter, j'en sais rien. Fouille mais dépêche-toi."

Peu de temps après Emy revint avec l'arme demandée.

"- C'est vachement lourd ce truc !

- Envoie-la moi.

- Et comment ? Je ne suis pas super woman.

- Ne bouge pas !"

Amanda appela à nouveau le vent pour que celui lui apporte l'arme blanche sans faire déplacer son amie afin de la protéger au maximum.

"- Maintenant retourne avec les autres !

- C'est toi qui fais ça ?

- Oui.

- La vache, ça déchire."

Amanda la regarda amusée et impatiente.

Mon père lui n'était pas amusé du tout par la situation, il n'avait toujours pas digéré le fait que ses amis sachent.

Nous la regardâmes réduire à néant celui qu'elle avait fait griller grâce au feu.

Le corps inerte s'embrasa. A peine trente secondes s'étaient écoulées, le cadavre n'existait plus.

Celui qui était toujours vivant se métamorphosa sous les yeux d'Amanda qui n'avait jusque là pas encore vu comment cela se passait. Ce n'était pas du tout esthétique et pouvait donner la nausée.

Il se redressa sans mal mais lui tournait toujours le dos, cependant il se passa quelque chose d'anormal, son corps convulsait comme s'il était pris d'un malaise. Restant en retrait, elle assistait à la scène hésitant à profiter du moment pour lui porter un nouveau coup, lorsque elle comprit tout comme nous ce qui était en train de se passer : sa peau rocailleuse se disloqua prenant une couleur plus pâle et une texture plus lisse, ses espèces de mains griffues devinrent tout aussi lisses et pâles que l'ensemble de son corps, il se métamorphosa en un être humain mais nous n'arrivions pas à distinguer de qui il s'agissait. A sa carrure, nous comprimes qu'il s'agissait d'un homme, puis comme nous elle vit de qui il s'agissait, ce qui la fit tomber par terre : le tatouage. Il se retourna tout en lui souriant, pas un sourire machiavélique mais un sourire angélique à l'identique de moi.

C'était moi par chaque parcelle de mon corps.

Mon père et moi nous regardâmes choqués par ce qui était en train de se passer. Je lisais dans son regard le regret de cette situation, il craignait désormais le pire. Me voir physiquement même si ce n'était pas moi pouvait être la faiblesse d'Amanda la mettant en danger bien plus qu'elle ne l'était déjà.

Son corps s'immobilisa à la vue de mon double qui bien entendu était maléfique mais dans son désarroi saurait-elle faire la différence ? Pour être franc, nous craignîmes le pire ici je le savais, la tension devant le cristal était plus que palpable, elle devait se ressaisir pour que le pire n'arrive pas. Je fixais mon père espérant que cela le ferait réagir, changer d'avis à propos de la situation mais rien n'y fit il était hors de question que j'aille l'aider ce qui me mit hors de moi vous le comprenez bien mais je devais faire abstraction de cette rage et me concentrer sur ce que nous voyions même si de là où je me trouvais, j'étais dans l'impuissance totale.

Emilie se retrouva dehors à côté de sa meilleure amie alors que celle-ci lui avait formellement interdit de sortir du manoir pour des questions de sécurité. Mais je me doutais qu'elle était sortie car elle s'inquiétait pour son amie et que c'était pour lui remettre de l'ordre dans ses idées qu'elle ne se laisse pas avoir par ce leurre. Cela pourrait lui être fatal. Le sourire angélique de mon double disparut au vu de la présence de la jeune femme et il jeta en sa direction une boule de feu qu'elle évita grâce à l'intervention d'Amanda.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- On a vu ce qu'il se passait ! Oui, je sais, on devait rester en haut mais c'était intenable !

- Rentre ! Tu as failli te prendre une boule de feu.

- Certes mais au moins tu as réalisé que ce n'est pas Peter !

Que pouvait-elle répondre à ça ? Emily avait raison, elle devait se ressaisir.

- Et au passage, dit-elle en s'adressant à mon ennemi, c'est à vomir cette façon de vous transformer. Pas glamour du tout.

Amanda rit face à la remarque de son amie qui était très drôle quand on était habitué à côtoyer l'humour humain donc forcément cela m'amusa aussi ce qui n'était pas le cas de mes congénères. Emy rentra à nouveau dans le manoir certaine d'avoir éclairé les idées de son amie. Amanda se saisit à nouveau de l'épée qu'elle avait lâchée en découvrant mon clone maléfique. Alors je vis dans son regard quelque chose que je n'avais pas vu depuis des jours, mon père dut le remarquer aussi car un léger rictus se dessina sur son visage. Une étincelle qui me redonnait espoir, je vis la rage s'inscrire dans ses yeux et au petit tressaillement qui longeait sa colonne vertébrale je compris qu'elle n'était plus enchantée par la vision qu'elle avait sous les yeux, elle avait compris qu'il ne s'agit aucunement de moi et qu'il fallait agir maintenant.

Le combat ne fut pas de tout repos mais elle réussit tout de même à le vaincre avec plusieurs mouvements différents : avec sa jambe droite, elle fit un mouvement circulaire qui vint à la rencontre de ses jambes, le faisant tomber par terre.

- Ca fait pas du bien mon amour.

Il était très mécontent de se faire battre de cette façon, elle reprenait le dessus et il n'avait pas d'autre choix que de contrer ses attaques mais malheureusement pour lui elle était beaucoup plus rapide, légère dans ses mouvements et surtout, détail important très coordonnée dans ses déplacements. Je fus surpris lorsque je la vis léviter au dessus de lui et d'un geste vif sans aucune hésitation porter un coup avec son épée le blessant fortement à l'épaule, ce qui provoqua un cri de douleur à vous détruire les tympans ce qui, à le voir sur son visage lui provoqua un délicieux instant de plaisir.

A sa position et à la tête qu'elle faisait je compris qu'elle se concentrait pour appeler le feu mais bizarrement elle ne le faisait pas de la même façon qu'en temps normal. Je ne savais pas trop ce qu'elle faisait mais je me doutais bien qu'elle pensait à quelque chose de précis pour avoir l'effet de surprise, mon instinct ne pensait à rien d'autre. Alors je vis le vent maintenir à distance son ennemi et nous l'entendions prononcer une formule magique, la formule que je lui avais apprise.

Phu jin far tha

Kha fui sti rha

Phu jin khasitao

Comme si un volcan était en irruption, une forte chaleur avait l'air de se faire sentir, nous vîmes la terre trembler sous ses pieds formant ensuite une petite bosse qui s'ouvrit laissant échapper une flamme de la même couleur que ce liquide qui sortait de ses blessures comme si elle pouvait contrôler un élément démoniaque qui était tout à l'opposer de ce qu'elle était. La flamme suivait le moindre de ses mouvements, il voulait la fuir mais c'était impossible. Profitant de sa peur et de son inattention, elle le blessa un minimum avec son épée. Elle devait craindre l'effet que la flamme pourrait avoir sur elle car elle avançait vers lui avec une telle prudence que cela pouvait se jouer contre elle mais elle réussit à s'approcher assez près alors que lui aussi essayait de la blesser. La lame de son arme blanche fut attirée comme un aimant par cette flamme à la couleur bizarre. Quand celle-ci se trouva trop près, quelque chose se passa, la flamme se dissipa dans la lame de l'épée pour y disparaître.

Nous étions tous ahuris par ce que nous venions de voir et au vu de la tête d'Amanda, elle était tout autant surprise que nous par ce qu'il venait de se passer. Son ennemi était en colère et elle désarmée. A peine eut-elle le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'elle était allongée par terre, sonnée.

- On va voir quel effet cela te fait de te prendre ça dans l'épaule !

Il fallait qu'elle réagisse maintenant si elle ne voulait pas à son tour être blessée. Ce fut l'arme qui réagit pour elle, comme si elle était contrôlée par une force invisible qui protégeait Amanda. C'était incroyable la façon dont elle s'est arrêtée à quelques millimètres de son épaule. Le Destroyer ne comprenait absolument pas ce qu'il se passait, la frustration qu'il ressentait était palpable. D'un coup de pied, elle lui fit perde l'équilibre, rebondissant sur ses jambes, elle récupéra l'épée et vint la lui planter en plein milieu de la cage thoracique. La flamme sortit de la lame pour pénétrer à l'intérieur du corps du métamorphe qui fut réduit en cendres en moins de trois minutes. Le ciel reprit alors sa couleur normale comme si rien n'avait eu lieu.

Un soulagement immense m'envahit et je vis du coin de l'oeil l'air satisfait de mon paternel. Il était plus que ravi de la tournure des évènements c'était indéniable.

- Vous réalisez qu'elle aurait pu y passer ?

- Mais ce n'est pas le cas. Je suis pleinement satisfaitd'avoir eu raison sur le fait que sa rage est le moteur de sa puissance, elle est forte et tout aussi dangereuse ce qui est un fort avantage pour nous.

- Cette rage que vous aimiez tant pourrait se retourner contre vous !

- Alors tu feras ce qu'il faut à ce moment là !

- Cela reste à voir !

- Ne dis pas de sottise Peter.

Il sortit de la salle du Conseil convaincu de ses dires. Je continuai à fixer le cristal.

Je n'avais toujours aucune nouvelle de ma soeur et dès que j'en parlais à mon père il ignorait ma question me certifiant qu'elle servait notre cause et que si je ne pouvais avoir aucun contact avec elle c'était pour le bien fondé de la mission. Vous l'aurez compris, il a réponse à tout excepté que ses réponses ne me satisfaisaient plus du tout. Il fallait absolument que je réagisse, que je cesse de me faire marcher dessus, que je me rebelle un peu.

Pourtant je sentais au plus profond de moi que quelque chose n'allait pas avec ma soeur, lorsque j'en ai parlé avec mon père il m'a dit ne pas m'en inquiéter qu'elle était désormais en sécurité.

- Comment ça en sécurité, que s'est-il passé ?

- Oraïa s'est manifesté à Londres !

- Et vous êtes resté là sans rien faire ?

- Je n'en peux plus de ce ton condescendant Peter. Ta sœur a été blessée en perdant toute son équipe sur le terrain. Ils ont profité de sa faiblesse pour lui porter un coup qui aurait pu être fatal si les médecins humains n'étaient pas arrivés à temps pour prodiguer les premiers soins. Bien entendu ils ne pouvaient pas soigner son côté magique nous avons donc dû intervenir et la ramener dans un lieu sûr.

- Je veux la voir.

- Hors de question elle doit se reposer et je ne veux pas que vous maniganciez quoi que se soit pour que tu retournes auprès d'Amanda. Je vous connais que trop bien.

- C'est ce que vous croyez mais il n'en est rien.

Je sentais la colère monter en moi, je voulais voir ma soeur mais il m'en empêchait, à son réveil Maya serait tout aussi en colère si ce n'était déjà le cas. En plus de ce qu'il venait de se passer au lycée j'étais en alerte, tout le monde était choqué ici même. On ne s'attendait vraiment pas à un tel massacre ni même qu'ils en seraient capables. On se demandait tous comment nous pouvions arrêter cela avant qu'il ne soit trop tard il y avait eu beaucoup trop de sang et d'innocents perdus à cause d'une rivalité incessante depuis des années entre nos deux mondes que tout oppose. Les décès et souffrances des humains ne devaient pas être les conséquences de nos actes.

Je ne quittais pas le cristal des yeux de là où j'étais accompagné des autres membres du Conseil tout aussi choqués par ce qu'il s'était passé dans l'établissement scolaire où j'avais débarqué quelques mois plus tôt pour commencer correctement la mission. Nous avions compris tout comme mes camarades qui se dirigeaient vers le manoir que Slevin n'était pas la causse de ce massacre il était beaucoup trop subtil dans ses gestes pour créer un tel désordre, c'était l'œuvre de celui que l'on pensait tous anéanti mais visiblement ce n'était pas le cas. Amanda l'avait par ailleurs compris, voilà pourquoi elle voulait absolument se rendre à mon domicile afin de consulter certains ouvrages que je lui avais vaguement fait lire pour la plupart.

Je ne pouvais bien entendu pas rester ici à ne rien faire, mon père avait compris la dernière fois où je voulais en venir et aujourd'hui après ce qui était arrivé à ma soeur, sa fille il était prêt à reconsidérer la chose.

- Tu ne devras jamais lui révéler Peter, tu es conscient de cela ? Vivre à ses côtés chaque jour que le lycée vous le permettra ainsi que cette guerre en faisant semblant de ne te souvenir d'absolument rien pas même de votre histoire, le pourras-tu vraiment ?

- Je sais ce à quoi je m'engage père.

- Même dans l'état le plus critique elle ne devra rien savoir est-ce clair ?

- Vous la détester donc à ce point ?

- Faire semblant n'est pas si facile que cela semble l'être Peter en as-tu vraiment conscience ou ta colère envers moi t'aveugle-t-elle ? Tu n'auras plus aucune connexion avec elle, vos tatouages ne pourront plus se manifester en votre présence sinon cela fausserait tout fort heureusement mon frère est un magicien hors paire. Cependant, si elle venait à découvrir le subterfuge sa magie ne tiendrait plus.

- Faire semblant peut être plus facile que l'on peut le penser quand il s'agit de sauver la personne que l'on aime le plus dans cet univers. Mais si il lui arrive quoi que ce soit, je ferai à ma manière c'est moi son protecteur pas vous.

- Alors fais en sorte qu'il ne lui arrive rien.

Je n'eus pas le temps de répondre que je me trouvais déjà dans la cabane en bois au fond du jardin que je devais ranger depuis plusieurs mois déjà j'avais donc l'excuse pour débarquer chez moi avant qu'ils arrivent mais il était trop tard non seulement ils étaient déjà garés mais en plus je la vis descendre de la voiture fixant la mienne juste à côté.

Elle était désemparée mais tellement magnifique à la fois que j'eus le souffle coupé un instant si bien que je faillis suffoquer. Elle saisit les clés de son sac pour se diriger vers la porte d'entrée c'était là que je devais intervenir ; cela n'aurait absolument rien de facile et surtout je devais jouer l'ignorance totale ce qui me parut impossible sur le moment mais je devais le faire pour rester auprès d'elle et pouvoir la protéger mieux que je ne l'avais fait jusque là.

J'apparus donc sur le côté du manoir.

Elle mit quelques secondes à se rendre compte que c'était moi et quand ce fut le cas elle tomba les fesses par terre sur le perron de la porte ahurie par l'image que reflétaient ses yeux. Chamboulée elle n'osait croire que j'étais bien là, cela me fendit le coeur mais je fis style de rien et jouai le garçon surpris et inquiet de voir une jeune fille tomber.

- Ca ne va pas mademoiselle ? Lui demandai-je en lâchant mes cartons tout en m'approchant d'elle.

Le trio la regardait cherchant à comprendre ce qu'il passait, Amanda était tellement abasourdie qu'elle ne put dire le moindre mot, ce fut donc sa meilleure amie qui parla à sa place.

- Peter, c'est nous... tes amis.

- Je suis désolé mais vous devez faire erreur.

- Tu... étais parti, réussi-t-elle enfin à prononcer.

- J'avais des soucis familiaux, j'ai dû partir de la ville quelques temps.

- Peter, nous ne faisons pas erreur, nous sommes devenus amis peu de temps après ton arrivée au lycée il y a de cela plusieurs mois, Amanda et toi avez de suite sympathisé et pour finir vous êtes sortis ensemble. Vous étiez toujours en couple lorsque tu es parti soudainement. Tu as même une soeur, qui est aussi notre amie : Maya.

A l'évocation de ma soeur je ne pus cacher la douleur que je ressentis à ce moment là, Maya était entre la vie et la mort parce que mon père avait jugé bon de l'envoyer seule avec son équipe combattre nos ennemis tout ça pour l'éloigner de moi de façon à ce qu'elle ne fasse pas capoter son plan et voilà où nous en sommes aujourd'hui, ne pas savoir si elle va survivre à ses blessures aussi bien physiques que psychologiques car il faut être honnête c'est une guerrière certes mais une guerrière qui n'a pas su protéger ses hommes et ça c'est le pire aux yeux d'un chef d'armée.

- Que lui est-il arrivé ?

Je devais trouver une réponse, je me souvins alors de ce dont mon père m'avait informé sur ce qui paraîtrait dans les journaux humains.

- Elle s'est fait agressée dans la rue, on l'a retrouvée à l'aube poignardée.

Amanda se retient mais je vis bien dans son regard le chagrin qui l'envahissait à l'annonce de la probabilité qu'elle ne puisse jamais plus revoir son amie, son alliée depuis le début dans cette guerre.

- Est-elle... morte ?

Je ne devais pas trop rester sur ce sujet là ce n'était pas prudent du tout, je lui répondis le plus évasivement possible.

- Dans le coma. Les médecins ne savent pas si elle va s'en sortir, les organes vitaux ont été touchés.

Par sollicitude Amanda me toucha le bras c'est alors que je ressentis et elle aussi une décharge électrique, détail auquel nous étions habitués depuis le temps mais qui n'aurait plus dû avoir lieu avec mon nouveau statut d'humain. Je devais jouer l'innocence la plus totale ainsi que la surprise.

- C'était quoi ça ?

- Tu ne te souviens de rien, vraiment ?

- Am' !

- Quoi ? Demanda-t-elle à sa meilleure amie.

- Il a plus de tatouage.

Oh si il est toujours là mais pas pour vos yeux.

- Les fils de pute !

C'était de bon coeur et je ne pouvais lui en vouloir car si elle découvrait le subterfuge c'est moi qu'elle insulterait de la sorte mais je savais qu'elle venait de comprendre.

- Quoi ?! Lui demanda sa meilleure choquée par mon langage.

- Voilà pourquoi nous sommes inexistants dans sa mémoire, dans sa vie, ils l'ont rendu humain. Cent pour cent humain, il ne possède plus aucun pouvoir.

- Comme ce que Slevin avait essayé de faire ?

- Je les hais ! Dit-elle ne serrant les dents.

- De quoi parlez-vous ?

- Regarde-moi, Peter ! C'est moi, Amanda. Tu ne te souviens vraiment pas ?

- Vous devriez partir, j'ai beaucoup à faire.

Je repris mes cartons et entrai dans le manoir sans les regarder et je fermai la porte sous leur yeux ahuris par mon attitude. Une fois à l'intérieur je dus retrouver un calme olympien pour ne pas craquer et aller lui révéler que je n'étais pas humain que c'était un stratagème pour pouvoir revenir sur Terre et me retrouver à ses côtés sans que mon père pense que nous délaissions la mission. Mais je ne pouvais pas le faire c'était tout simplement impossible, je devais assumer jusqu'au bout mon choix car c'était moi qui avait voulu cela, je devais être fort et résister à ses charmes.

Bon courage.

Je m'affairai à beaucoup de choses au manoir durant ces quelques jours qui précédèrent mon retour au lycée. J'avais envoyé un message codé à Amanda sur feuille de papier lui expliquant pourquoi j'étais désormais comme ça et surtout je lui avais fait parvenir des livres qui je l'espérais l'aideraient à trouver une solution pour Oraïa.

Aujourd'hui était le jour où je devais retourner au lycée ainsi que tous les élèves après l'évènement tragique qui y avait eu lieu. Je me demandais comment seraient les élèves psychologiquement cela ne devait vraiment pas être évident de retourner dans ce lieu où plusieurs de leurs camarades avaient été massacrés sans aucune pitié. Et me voyant revenir ils se poseraient sûrement des questions auxquelles je ne pourrais malheureusement pas répondre. J'avais cru comprendre qu'une sorte de réunion de groupe avait lieu dans plusieurs classes pour que les élèves puissent parler sans gêne de ce qu'il s'était passé, n'étant pas là au moment du crime je fus donc épargné par ces séances mais pas dispensé de présence au lycée.

Arrivé sur les lieux, je me rendis à la bibliothèque de l'établissement pour rattraper mon retard sans même avoir croisé Amanda, je ne voulais pas la rencontrer de suite dans l'enceinte de l'école même si je n'aurais pas forcément le choix je m'en doutais bien. J'avais principalement rattrapé la matière que j'affectionnais le plus : l'histoire. Mais je n'avais pas pour autant laissé les autres matières de côté. Ayant beaucoup bûché sur les mathématiques, j'avais passé du temps aussi sur l'économie car c'était une matière qui me passionnait beaucoup. Si nous avions la chance d'aller à l'université j'envisageai de choisir un cursus qui a cette matière en option pour ensuite me perfectionner dans un domaine plus spécifique. Mais cette question sur notre avenir restait pour le moment en suspens.

Mon ventre chantait la douce musique répétitive chaque jour à la même heure me faisant comprendre qu'il était l'heure de laisser mon cerveau se reposer pour aller manger quelque chose. Avoir un côté magique ne servait à rien, dans ces conditions mon humanité ressortait. Mais j'aimais beaucoup ce côté de moi même si j'aimais mes pouvoirs, l'humanité est quelque chose de fascinant. Cela a beau faire des années que je suis sur cette planète, je ne m'habituerai jamais à la complexité de l'être humain.

Avant de me diriger à la cafétéria je devais me rendre dans le bureau du proviseur afin de lui montrer le travail que j'avais effectué durant cette matinée. Il fut content de voir que je n'avais pas perdu de ma rigueur et satisfait du travail que j'avais effectué. Lorsque j'en sortis, je vis Amanda et ses amis. Je devais agir nonchalamment pour ne laisser paraître aucun soupçon ce qui n'était pas forcément évident car je détestais devoir lui mentir. Ne plus sentir l'activité de mon tatouage lorsqu'elle se trouvait à proximité me faisait toujours un effet bizarre. Je devrais m'y habituer malheureusement. C'était tellement difficile de me retrouver à ses côtés et de ne pas pouvoir la toucher comme avant, de devoir cacher l'amour que j'ai pour elle et de faire de sa personne une inconnue à mes yeux ainsi que nos amis. Je détestais cette situation mais malheureusement c'était ma seule option.

Je les regardais en essayant d'avoir l'air désorienté quant à l'attitude à avoir avec eux suite à ce qu'ils m'avaient balancé en pleine figure la veille aux pieds de mon domicile. Amanda me fixa un instant avant de me tourner le dos et de prendre une direction opposée. La voir réagir ainsi me fit beaucoup de mal mais je ne pouvais l'en blâmer, elle devait être affectée par mon nouveau statut. Je les regardais se diriger vers la cafétéria lieu où je devais moi aussi aller.

Assis à une table différente d'eux, je parlais avec Joshua qui voulait des explications sur mon absence. J'avais beau lui dire que c'était pour des raisons familiales il ne voulait pas s'arrêtait là, il voulait comprendre ce qui avait bien pu se passer entre Amanda et moi, savoir pourquoi il y avait tant de tension et pourquoi elle nous fixait à ce point pensant qu'on ne la remarquait pas. Mais je restai assez vague sur mes explications de façon à être sûr de ne pas faire de gaffe. Je sortis de table ayant fini de déjeuner saluant mon camarade de classe et sortis de la cafétéria mais j'oubliai de prendre mon sac de cours donc je dus y retourner pour le récupérer. Il y avait des murmures à la table d'Amanda mais n'étant pas un vampire doué d'une ouïe extraordinaire je n'entendis pas ce dont ils parlaient mais le sujet ne devait pas être compliqué à deviner.

Je rentrai au manoir pour paufiner mes recherches sur le meurtre du lycée car je restais irrévocablement convaincu que ce n'était pas l'oeuvre de Slevin, je ne sais pourquoi mais mon instinct m'indiquait une toute autre direction à suivre et je décidai de l'écouter. L'ex d'Amanda était beaucoup plus subtil, il n'y a qu'à repenser à la mort de ses parents et pour comprendre immédiatement que l'assassin s'est appliqué dans le moindre détail de leur mort or les images que nous avons pues voir de ce qu'il s'est passé au lycée résultaient d'un véritable massacre donc impossible qu'il en soit responsable.

Je me rendis dans mon Royaume pour faire part de ma théorie à mon père qui à ma grande surprise de ne me contredit pas.

- Ne sois pas choqué, je sais écouter aussi.

- Je vois ça ! Mais pourquoi, qu'est-ce qui vous amène à croire ce que je vous dis ?

- Eh bien d'abord tes arguments et aussi ce que nous venons de voir.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien Amanda, a quitté le lycée elle n'est pas allée à cette réunion de groupe. Elle est passée par la route qui longe la patinoire et pour faire court et il y avait des Destroyers.

- Il y a des victimes ?

- Seulement des blessés mais rien de grave fort heureusement.

- Il s'est passé quoi, Amanda va bien ?

- Oui mais elle a rencontré Slevin à l'arrière de la patinoire. Elle voulait sauver un pompier qui a été éjecté de la patinoire sauf que Slevin est intervenu et il a sauvé l'homme sous les yeux d'Amanda.

- Il a fait quoi ?!

J'en étais abasourdi, celui que nous considérions comme notre ennemi venait de changer de camp ? Non ce n'était pas possible il y avait forcément anguille sous roche.

- C'est un nouveau tour pour amadouer Amanda ?

- Eh bien honnêtement nous avons pensé la même chose que toi vois-tu et nous pensons que son... lien avec Oraïa se brise peu à peu.

- Peter, il était dans un état pathétique comme si sa vie s'épuisait d'heure en heure, intervint un des membres.

- Que faisons-nous ?

- Pour le moment on laisse faire les choses, c'est à elle de gérer cela pas à nous.

- Donc vous pensez vraiment qu'Oraïa est celui qui a créé ce désastre au lycée ?

- Slevin a révélé que c'était le cas à Amanda et qu'il avait désormais une espèce de formule qui lui permettait de quitter le Royaume.

- C'est lui qui a presque tué ma soeur ?

- Oui !

Mon sang se glaça ma théorie était donc la bonne.

- Je vais retourner au manoir.

- Quelque chose ne va pas ?

- Nous avons des réponses maintenant attendons vu que c'est que vous voulez que nous fassions.

Je quittai la salle sans me retourner.

Lorsque je revins au manoir, je sortis dans le jardin pour m'asseoir sur le banc où pour la première fois Amanda et moi avions sans le savoir mis nos pouvoirs en contact au plus grand désarroi de Slevin. Oraïa avait donc trouver un stratagème pour pouvoir sortir mentalement de son lit malgré le trou énorme dans sa poitrine, qui plus est sa relation avec Slevin n'était pas au beau fixe poussant ce dernier à trahir son camp. Oraïa voulait donc reprendre sa place mais pour quoi ? Peut-être parce qu'Amanda était toujours vivante...

Beaucoup d'interrogations et tellement peu de réponses. Mais ce qui me taraudait le plus c'était que le risque qu'Amanda se rapproche de celui qui autrefois fut ce grand amour soit aujourd'hui plus grand que jamais. Et pourtant je devais continuer de faire semblant d'être humain à mon plus grand dam après ce que je venais d'apprendre.

Je restai là un moment à regarder vers la forêt.