Chapitre 21 Le contrôle de soi-même

Partie 2

Pendant ces deux semaines j'avais beaucoup réfléchi sur ma relation avec Amanda, ses sentiments envers notre nouvel ennemi ainsi que sur mon plan actuel afin de pouvoir rester auprès d'elle. C'était de plus en plus difficile, alors pour essayer de faciliter la chose au maximum je pris un peu mes distances évitant d'aller déjeuner quand elle y était, de me retrouver dans le même couloir du lycée qu'elle par exemple. Je supposais que pour elle ce devait être une vraie torture mais je n'avais pas d'autre choix.

Je n'avais pas repris contact directement avec mon père car je n'avais pas grand chose à lui dire surtout qu'il voyait tout de chez nous donc aucun détail ne pouvait lui échapper pourtant j'aurais beaucoup aimé savoir ce qu'il voyait sur Amanda quand je n'étais pas avec elle mais ce ne serait pas correct, j'avais déjà fait assez de dégâts comme cela. Il n'y avait aucune manifestation de notre ennemi pour le moment, pas depuis le massacre qui avait eu au lycée. Nous continuions de mener chacun notre enquête mais rien c'était vraiment frustrant. J'eus tout de même l'occasion d'avoir des nouvelles de ma soeur qui allait de mieux en mieux mais je devais me concentrer sur ma mission pour le bien être de l'humanité.

La matinée commença comme toutes les autres avec des cours plus compliqués pour nous préparer à l'université, choix que je n'avais pas toujours étudié car mon esprit était affairé ailleurs gérant des éléments bien plus importants qu'un cursus universitaire. Choisir quel programme je souhaite étudier pour mon avenir n'allait sûrement pas sauver l'humanité.

Assise devant sa table attendant que le cours débute, je la regardais feuilleter les brochures d'universités qu'elle avait dû recevoir chez elle. Je ne pouvais m'empêcher de la regarder, pourtant je savais que c'était malsain et à la limite de la perversion mais c'était plus fort que moi, la voir si concentrée sur son éventuel avenir était attendrissant. J'aurais dû être à ses côtés en train de parler d'un futur potentiel que nous offraient les portes du bonheur mais malheureusement ce n'est plus une otpion envisageable. Au moment où je la vis tourner sa tête vers moi je baissais la mienne gêné d'avoir été surpris mais c'était trop tard je pense. Sur ce coup je n'avais vraiment pas assuré, il fallait vraiment que je prenne plus de distance.

- Bien je vois que vous avez tous la tête dans vos brochures, c'est parfait car ce cours va être consacré à vos futurs projets d'études.

Notre professeur venait d'entrer dans la salle de classe.

Emily et Michaël venaient de passer le pas de la porte pour savoir si comme eux nous allions parler des dépliants. Amanda leur répondit positivement avant de se retourner vers le professeur qui avait bien entendu remarqué la présence des deux intrus.

- Maintenant que miss Emily est retournée à ses occupations nous allons pouvoir commencer, dit-il sans me regarder mais je savais que cette remarque était pour moi.

Certains rigolaient gentiment de la situation, d'autres ne relevaient même pas.

- Bien, vous savez tous depuis le début de cette année scolaire où vous souhaitez aller d'où ces brochures différentes pour chacun. Sofia, as-tu une préférence parmis tes sélections ?

Sofia était l'une des filles les plus appréciées du lycée pour sa gentillesse et sa sincérité. Elle était brune aux cheveux mi-longs, les yeux d'un vert émeraude absolument magnifique qui se mariaient avec n'importe laquelle de ses tenues.

- Eh bien, il y a l'université de Vancouver qui propose exactement les options dont je rêve mais d'un autre côté, j'aimerais me prendre une année pour moi et aller découvrir une partie des Etats-Unis donc pour le moment je suis indécise.

- Indécise certes, mais avec deux objectifs bien précis. Reste plus qu'à choisir.

- Tout à fait monsieur.

Amanda continuait de regarder les papiers qui se trouvaient sur sa table les divisant en deux tas sans pour autant ne pas écouter Sofia. Les deux tas étaient bien distincts : d'un côté, toutes les brochures, de l'autre une seule.

- Et vous Amanda, quel est votre projet ?

- Université de Toronto.

Toute la classe chuchotait excepté moi qui restait plus que surpris par ce choix que nous n'avions jamais évoqué jusque là mais je me devais de rester inerte face à cet aveu. L'innocence devait me sier à merveille car tout le monde me regardait avec une telle incompréhension que j'avais limite envie de rire. Finalement je devrais me présenter aux oscars peut-être. J'avais envie de tout envoyer valser et de la questionner sur ce choix, un choix qui n'avait jamais fait partie de nos discussions. Le plus dur je crois était de voir que cette unievrsité qu'elle vanait de citer était celle la plus isolée des autres.

- Vous apparaissez surpris ?

- En effet, je le suis. Je pensais que comme c'était un projet commun avec Slevin, tu avais abandonné l'idée à sa mort.

Un coup de poignard en plein coeur, je ne l'avais absolument pas vu venir. Jamais elle ne m'avait parlé de cette université encore moins que c'était là qu'elle avait choisi d'aller avec Slevin. Venais-je de créer un fossé infranchissable entre nous deux ? Ma position changea, je trifouillais les recoins d'une de mes brochures car j'étais vraiment pas bien à l'annonce de cette nouvelle et le cacher là maintenant dans l'état que je me trouvais n'étais pas possible. Parfois, je détestais vraiment mon humanité et ses réactions.

- Pour être honnête, mes amis ont leurs propres projets qui sont différents des miens donc comme plus rien ne me retient ici, j'ai décidé de faire ce que nous avions comme projet avec Slevin.

Tout le monde la regarda avant de me regarder. Je n'eus plus aucune réaction quelconque, je restais figé sur mes brochures attendant désespérement que la sonnerie retentisse. Mais je sentais son regard sur moi et quelque chose, je ne sais quoi, se passait. Avait-elle compris ? Intérieurement, je décidai une fois de plus de mettre le plus de distance possible entre nous.

Nous nous retrouvâmes fréquemment dans la semaine pour un travail d'étude en groupe sur l'histoire de notre pays et ses catastrophes comme l'attaque d'une banque, les feux de forêts ou autres. Nous n'étions pas tous seuls contrairement au dernier devoir qui nous avait rapprochés. Cette fois, Emy, Michaël ainsi que Shannon nous accompagnaient. Les deux premières séances nous servirent à faire des recherches, nous étions allés à la bibliothèque municipale dans une atmosphère plus que tendue, pour la deuxième séance nous avions profité de notre pause déjeuner au lycée, quant à la troisième, Peter proposa de venir la faire chez lui.

- Pas besoin de vous indiquer où il se situe, leur avais-je dis suite à leur visite le jour de mon retour.

- Merci beaucoup pour cette invitation mais je ne serais pas des vôtres cet après-midi mais tenez, c'est ce que j'ai fait hier soir dans mon coin. Je voulais prendre un peu d'avance, on dirait que j'ai bien fait.

Pourquoi ?

Cela serait plus facile qu'elle ne soit pas là il est vrai, mais ne pas savoir où elle allait me rendait un peu nerveux et je comptais beaucoup sur sa meilleure amie pour l'interroger devant nous. Peut-être qu'elle allait rejoindre Slevin... non je devais me sortir cette idée de la tête.

- D'accord. Merci d'avoir bossé dessus en tout cas.

Le soulagement qui se faisait entendre dans ma voix était trop vindicatif.

Une pointe de jalousie ? A vrai dire, je ne savais pas ce que je ressentais en ce moment même mais je n'étais pas rassuré.

- De rien.

Elle se dirigea sans perdre de temps vers la sortie du lycée.

Cela faisait presque quarante-cinq minutes que nous étions rentrés au manoir pour travailler. Nous étions sidérés par le travail qu'avait effectué Amanda pour nous avancer au maximum, cela nous était d'une aide précieuse qu'on ne pouvait ignorer. A les regarder, je étais persuadé qu'eux aussi se demandaient où elle avait bien pu aller. Peut-être voulait-elle tout simplement éviter une proximité avec moi qui lui rappellerait notre histoire en fait, ce que je pouvais tout à fait comprendre car cela aurait été dur pour moi aussi de l'avoir près de moi sans pouvoir la toucher ni lui parler normalement comme avant.

- Ces quelques pages qu'Amanda a faites vont beaucoup nous aider, fit Peter.

- C'est vrai que ça va nous permettre d'avancer plus vite, répondit Emily.

- Elle vous a dit pourquoi elle ne pouvait pas venir ?

Ils se regardèrent tous les trois connaissant déjà la réponse.

- Il faut que je vous parle de quelque chose, leur dit Peter.

- Ca a pas frappé ? Demanda Michaël.

Nous étions dans la chambre qui autrefois était celle où Amanda dormait quand elle restait tard le soir après nos entrainements ou nos travaux scolaires. Je l'avais à mon retour transformer par une formule en un bureau tout simple histoire de vraiment faire croire que le Peter d'avant avait totalement disparu.

- Je n'ai rien entendu, répondit Peter.

Un bruit plus fort et sourd se fit entendre.

- Là vous avez entendu ? Insista Michaël.

- Oui, répondit Shannon.

Nous descendîmes ensemble.

- Ca frappe vraiment fort je trouve, dit Emy.

Les trois amis échangèrent un regard.

Je savais exactement ce à quoi ils pensaient. Les démons pouvaient être assez vicieux pour se faire passer pour des humains en agissant comme tels, un peu comme dans la série préférée d'Amanda.

- Appelons-la juste au cas où, dit Michaël.

Je m'apprêtais à ouvrir pour en avoir le coeur net. De toute façon le manoir était toujours protégé.

J'ouvris la porte pour tomber nez à nez avec Amanda qui était dans un sale état. Emily suivie de Michaël courut vers elle pour la soutenir car elle ne tenait vraiment plus sur ses jambes et à voir le sang qu'elle avait sur ses mains et la façon dont elle se tenait, elle était blessée. Une fois sur le seuil de l'entrée et tenue par ses amis, elle perdit pratiquement connaissance. Nous l'allongeâmes sur le canapé qui était le plus proche de nous.

- Qu'est-ce qui lui a fait ça ? Demanda Shannon.

- A ton avis ! Répondit sèchement Emily.

- Il faut la soigner pour que la blessure ne s'infecte pas, dit Michaël.

- Je vais m'en occuper, dis-je tout en étant à ses côtés sans la quitter des yeux.

Elle luttait pour ne pas fermer les yeux, je le voyais. Sans réfléchir ma main droite se positionna au dessus de son abdomen. Un léger fil électrique s'en dégagea pour aller se loger dans la blessure qui saignait abondamment. Elle ne se rendit pas compte de ce qu'il se passait mais nos amis oui.

- Oraïa, c'est... lui qui... ça.

Elle ferma enfin les yeux, laissant son corps se détendre la douleur s'apaisant.

J'annulai ma formule magique pour que la chambre rose redevienne ce qu'elle était. Michaël déposa Amanda dans le lit, la recouvrant de la couverture pour qu'elle n'ait pas trop froid étant en état de choc. J'avais soigné sa blessure, elle devait se reposer à présent. Nous descendîmes au rez-de-chaussée, je me dirigeai vers la cuisine pour leur faire à manger. Je savais pertinemment que c'était l'heure des explications et que mon père ne serait pas non plus très content.

- Alors... tu n'as jamais été à cent pour cent humain ?, demanda Shannon.

- Non.

- Ni amnésique ?, demanda Emy.

- Non.

- Pourquoi ?, demanda Michaël.

Leur réaction n'était pas du tout celle à laquelle je m'attendais. Ils étaient calmes, pas du tout énervés comme si ils se doutaient quelque part que tout cela n'était que mensonge.

- Pour pouvoir revenir auprès d'Amanda et la protéger.

- On en voit le résultat, répondit sèchement Emy.

- Une idée de ton père ?, demanda Michaël.

- A vrai dire... non. Ce fut la mienne. C'était la seule et unique possibilité qu'il me laisse revenir sur Terre auprès d'elle.

- C'est quoi son problème avec elle ?

- Avec nous tu veux dire !

- Je ne comprends pas, dit Emy.

- Il pense que nos sentiments ont pris plus d'importance que notre mission.

- N'importe quoi. Il s'est cogné la tête ou quoi ?

- Crois moi, j'ai essayé plus d'une fois de lui faire comprendre mais quand il a une idée en tête... J'ai tout vu d sans rien pouvoir faire, j'ai vu l'état dans lequel elle était, l'hôpital et j'en passe c'était insupportable. Heureusement que vous étiez là pour elle, surtout lorsqu'elle vous a tout révélé.

- Ce ne fut pas simple au départ mais nous devions être forts pour elle, répondit Michaël.

- Et Maya ?, demanda Shannon.

- Mon père l'a éloignée pour que je n'aie aucun contact avec elle. D'ailleurs, je n'ai pas eu le droit de la voir.

- Elle est vivante ?

- Oui mais en grande convalescence.

Je leur avais servir une omelette aux champignons avec des morceaux de bacon frit, ils se régalaient. Me confier à eux était un réel soulagement car le plus dur, serait de le faire auprès d'Amanda.

- Tu vas lui dire ? Parce qu'il est hors de question qu'on lui mente. Et votre espèce de lien de connexion...

- En tant qu'humain à part entière je n'ai plus aucun lien avec donc plus de connexion.

- Donc normalement, là tout est revenu à la normale ?

- Normalement oui.

- Elle a aperçu le jet électrique juste avant de fermer les yeux. Quand elle se réveillera et qu'elle verra que la pièce est redevenue normale, elle comprendra que quelque chose ne va pas, dit Michaël.

- Elle sera groguie avec un peu de chance, du moins je l'espère pour toi parce que nous, on a déjà du mal à digérer tout ce qu'elle nous a révélé mais ce que tu viens de nous révéler est pire et crois-moi qu'Amanda...

- Ne te le pardonnera pas, finit Michaël.

- Peter, mets toi deux minutes à sa place. Elle s'est réveillée et tu n'étais plus là parce qu'on t'avait ramené de force dans ton Royaume sans lui donner la moindre explication. Certes, ce point-là, tu n'en es pas trop responsable. Mais as-tu la moindre idée de ce qu'elle a enduré Peter ?

- Oui Emy, je le sais, je pouvais la voir tous les jours mais je n'avais vraiment aucun moyen de la contacter. La moindre petite aide que je vous ai fournie était surveillée. Revenir en tant qu'humain était la seule solution pour être de nouveau près d'elle.

- Sauf que tu ne l'as jamais été... humain ! Dit Michaël d'un ton neutre.

C'est alors que nous entendîmes un bruit sourd venant d'une autre pièce. Nous nous dirigeâmes dans le couloir et là je vis Amanda par terre avec la petite table juste à côté d'elle qui dû tomber ne même temps qu'elle. Elle avait tout entendu j'en fus persuadé.

Emily se pencha vers sa meilleure amie pour s'assurer qu'elle n'était pas blessée.

- Tu as trébuché ? Me demanda-t-elle.

Je savais que non rien qu'à son regard rempli d'une telle fureur que si je l'avais vu je me serais caché dans un trou de souris.

- Non, répondis-je froidement en regardant Peter.

Sa meilleure amie comprit que le ton qu'elle avait emprunté n'était pas dirigé contre elle.

- Oh !

Elle s'effaça tout en s'assurant qu'Amanda tenait correctement assise sans aucun vertige apparent, me permettant de m'approcher un peu plus.

Son attitude envers moi était d'une telle froideur que cela me glaça le sang. Une gêne sans précédent s'empara de moi, je voulais trouver les mots pour essayer de réparer les choses mais je savais fort bien qu'avec une telle réaction de sa part il était impossible d'en tirer quoi que ce soit. Sa réaction était parfaitement justifiée, je ne pouvais l'en blâmer. J'avais voulu la protéger mais je l'avais tout de même trahie et ça jamais elle ne me le pardonnerait mais je savais quelles conséquences cela engendraient, je ne pouvais plus faire machine arrière.

J'essayais à nouveau de m'approcher d'elle mais je sentis comme un mur invisible qui s'était glissé entre nous, c'était une sensation absolument étrange que je ne saurais expliquer correctement mais c'était très désagréable. Je croisai son regard et je compris que ce mur venait d'elle, Amanda ne voulait pas que je l'approche chose que je ne mis pas longtemps à comprendre étant donné qu'en moins de dix secondes je me retrouvai transporté par les airs aux pieds de l'escalier du manoir. La chute provoqua une forte douleur dans le bas de mon dos, celle-ci disparut aussitôt mais pas dans mon coeur. Elle m'en voulait à un tel point que je n'avais plus le droit de l'approcher ni même de la toucher. Ahuris, nos trois amis nous regardèrent à tour de rôle mais ne pouvaient rien faire sans se mettre leur amie à dos et c'était de loin ce que je ne voulais pas.

- Amanda, on va te ramener chez toi ! Lui dit calmement son amie.

- Nous, on va rester là, me dit Michaël.

Elle me jeta un regard noir, aussi sombre qu'une nuit d'hiver. Michaël leva les mains pour clamer son innocence auprès de son amie qui après m'avoir regardé le plus froidement qu'il était possible, le jaugeait avec incompréhension et colère.

- Il a eu tort mais c'était involontaire, il n'a pas eu vraiment le choix. Je ne suis ni pour l'un ni pour l'autre, seulement Emy est la seule à pouvoir te calmer donc je vais rester parce qu'il vient d'être propulsé à l'autre bout de la pièce sans pouvoir se défendre.

- J'ai pas appelé le vent !

- Mais ta colère oui, dis-je en me relevant doucement.

- C'est surtout le goût de la trahison, dit-elle avec indifférence.

Je savais au fond de moi que c'est ce qu'elle ressentait mais l'entendre sortir de sa bouche n'avait pas l'effet que j'imaginais. Ma poitrine fut transpercée d'un choc si douloureux que je me retins de ne pas m'évanouir. Ce fut l'instant précis où je sus que je l'avais perdue à jamais.

- Finalement, il n'y a pas qu'à Slevin qu'on ne peut pas se fier !

Cette phrase provoqua l'accentuation de ma douleur mais je ne pouvais lui en vouloir c'est moi qui avait créé ces sentiments en elle. Un jour peut-être me pardonnera-t-elle, du moins je l'espère.

Sans le moindre regard en arrière, elle disparut dans la voiture qui la ramena chez elle, alors que je restais aux pieds de mes escaliers avec Michaël et Shannon à mes côtés pour tenter de me consoler même si au fond d'eux il savaient fort bien qu'ils ne pouvaient pas faire grand chose malheureusement.

- Il va lui falloir du temps beaucoup de temps, me dit Michaël.

- Je le sais Mais ce regard et cette phrase qu'elle a lâché avant de quitter le manoir c'est...

- Un jour elle comprendra Peter, il sera peut-être trop tard mais elle comprendra.

- Ce fut une journée des plus éprouvantes, nous devrions aller nous coucher.

- Oui tu as raison Shannon. Prenez une douche si vous le souhaitez. Je vais allez me détendre un peu dans la bibliothèque. Faites comme chez vous.

- Bonne nuit Peter.

Ils se levèrent pour monter les escaliers et se diriger dans la chambre à gauche des escaliers juste en face de la chambre rose non loin de ma propre chambre.

Je me levai à mon tour pour me rendre dans la bibliothèque qui était redevenue comme auparavant. Nos deux tatouages étaient de nouveaux gravés sur les murs l'un en face de l'autre mais ils ne brillaient plus, nous n'étions plus du tout connectés désormais. Mon tatouage réagit tout de même à mon entrée dans la pièce, me chatouillant légèrement ma peau. Je fermai la porte, pris un moment pour moi et regardai paisiblement la pièce dans laquelle reposaient beaucoup de souvenirs communs avec celle que j'aimais éperdument. Assis en tailleur au milieu de la pièce, je fermai les yeux et laissai mon énergie me transporter dans un univers parallèle à celui-ci où tout n'est que beauté, joie et paix bien différent de ce monde ci. Des champs avec des fleurs de toutes les couleurs, des personnes qui en cessaient de sourire effaçant toute trace de tristesse sur leur visage puis vint mon Amanda, toujours aussi belle et joyeuse, heureuse d'être entourée de ses parents et de pouvoir se promener dans la rue en mangeant une glace avec eux tout en riant des banalités de la vie. L'étincelle dans ses yeux était indescriptible mais elle me fit tomber encore plus amoureux d'elle, me donnant encore plus envie de la protéger et de la prendre dans mes bras. Je la regardai passer devant moi le sourire au lèvres, l'essence de eau de parfum venant caresser mes narines puis je rouvris les yeux, apaisé.

Une fois dans mon lit après une douche tiède, je fermai les yeux dans l'espoir que ma bien-aimée me pardonnerait un jour.

Aujourd'hui était une nouvelle journée au lycée, une journée pas des plus banales car je devrais faire face à l'hostilité de ma protégée mais j'étais prêt à l'affronter, à repousser les limites de sa colère pour qu'elle me pardonne enfin. Bien entendu, ce ne serait pas chose aisée mais après tout ce que nous avions traversé jusqu'à aujourd'hui, je ne m'avouais pas vaincu.

Michaël, Shannon et moi-même attendions les filles du côté de la cafétéria au coin fumeur pour que mes toxicos d'amis puissent se remplir les poumons de leur poison de nicotine qui un jour aura leur peau.

- Vous croyez qu'elle sera de meilleure humeur ?, les questionnai-je.

- Euh... ne te fais pas trop d'espoir mon pote.

- Ta sollicitude me touche mon... pote.

- Excuse-moi Peter. Oui tout va bien aller, elle va te prendre dans ses bras comme si de rien n'était.

- Arrête Michaël, il est assez stressé comme ça le pauvre.

- Excuse-moi vieux mais c'est que je n'ai pas l'habitude la voir dans cet état là.

- Pas de souci.

Nous continuâmes à patienter en attendant leur arrivée. Je me doutais bien qu'Amanda essayait de reculer l'inévitable d'où leur venue tardive.

Elles arrivèrent enfin discutant de quelque chose visiblement sérieux qui ne plaisait pas tant que ça à Emily.

- Y'a quoi à Londres ? Demanda Michaël une fois que nous fûmes arrivés à leur banc.

- Une guerre, répondit-elle normalement.

- Tu ne vas pas y aller ? Lui demanda son ami inquiet.

Emy nous raconta tout ce qui s'était produit lorsque qu'elles avaient quitté le manoir la veille. Pas une seule fois elle ne baissa les yeux face à mon regard plus qu'insistant je dois l'avouer,. En fait pour être honnête j'étais même très fier qu'elle ait tenu tête de cette façon à mon père qui a dû être plus que surpris que quelqu'un détourne son autorité.

- Tu as botté les fesses de son père ? Lui demanda Michaël sous le regard éberlué de Shannon. Tu as réalisé le rêve de Peter.

- Elle ne l'a pas touché. Elle a eu beaucoup de mal à contrôler son regard mais Slevin...

Visiblement elle ne voulait pas évoquer ce détail.

- Slevin quoi ? Demanda notre ami impatient.

- Il a réussi à me calmer en me rappelant que cette colère me serait plus utile là où je vais et que je valais mieux que ça.

- Et il m'a protégée, dit Emy.

- Am', on dirait que ton pouvoir est devenu plus important, me dit Shannon.

Elle paraissait un peu angoissée face à cela mais je sais qu'elle refuserait mon aide donc je devais rester là assis à écouter les récits de la veille sans intervenir. Amanda avait donc décidé de faire partie de la bataille à Londres, bizarrement je ne fus pas surpris, elle avait besoin de se défouler et d'exercer ses connaissances physique et intellectuelle face à nos ennemis c'était l'occasion ou jamais et je saurais l'accompagner même si je me doutais qu'elle mettrait une certaine distance entre nous.

- Tu vas à Londres donc...

- Oui et Peter restera ici au cas où !

- Ah bon ? Fit Michaël.

Pardon ?

A nouveau je la regardais, triste.

- Oui, j'emmène Maya avec moi. Elle a une vengeance à assouvir. Je vous retrouve en cours, je dois aller me renseigner pour l'université.

Tous les quatre, nous la regardions comme si elle avait parlé une langue que nous ne connaissions pas.

Je savais qu'elle m'en voulait depuis qu'elle avait découvert mon petit secret mais de là à m'évincer de la bataille de façon à ce que je sois loin d'elle ne me plaisait absolument pas, malheureusement que je proteste ou non sa décision restera la même donc je pris sur moi et attendis la fin des cours impatient.. Car certes ma soeur avait une vengeance à accomplir mais moi j'étais son protecteur et je devais assister à ses combats à chacun d'entre eux pour m'assurer qu'il ne lui arrive rien, être sur le banc de touche n'était pas une option. Mais aurais-je vraiment le choix ?

Visiblement non !

Ce qui m'intriguait le plus c'était son choix pour l'université et je me doutais que nos amis allaient lui tirer les vers du nez sans plus attendre. Il est vrai qu'ils n'étaient pas là au cours durant lequel notre professeur nous avait chacun interrogé sur nos hypothétiques choix universitaires.

Elle entra dans la salle de classe peu de temps après nous. La voyant passer la porte, nous la fixâmes attendant une quelconque justification de sa part. Emily la regardait avec insistance mais cela n'avait nullement l'air de la perturber.

- On croyait que tu ne voulais pas aller à l'université, me dit Emily.

- Beaucoup de choses ont changé et puis une fois que j'aurais botté le cul à nos ennemis, nous pourrons reprendre le cours de notre vie comme si de rien n'était.

Le cours commença avant que l'on puisse dire quoi que ce soit mais je savais qu'Emy ne s'avouait pas vaincue pour autant.

Lorsque la cloche retentit pour nous annoncer la fin du cours, Amanda sortit sans perdre de temps accompagnée de Joshua Martins qui pendant le cours lui avait proposé de façon qu'il considérait discrète de passer un peu de temps tous les deux afin de prévoir un week-end dans leur éventuelle université. Mais à l'heure du repas, impossible de nous échapper. Si elle ne mangeait pas à notre table, elle savait qu'elle s'attirerait les foudres de ses amis et ce n'était aucunement ce qu'elle voulait.

- Celle où nous voulions aller avec Slevin, je n'ai jamais regardé les autres car c'était la seule qui nous correspondait. Avec Joshua, on ira ensemble un week-end lors des portes ouvertes comme elle fait partie de l'un de ses vœux.

- Il nous a plus trop parlé depuis le mort de Slevin et là c'est reparti ?

- Chacun a fait son deuil. Au fait, je ne vais pas au cours de sport cette après-midi j'ai un rendez-vous. Amusez-vous bien.

Sans s'occuper de nous, elle sortit de la cafétéria sous nos regards intrigués.

Un week-end avec Joshua... ?

L'après-midi fut bien longue. Chacun essayait de deviner où elle avait bien pu aller mais aucune réponse possible nous vint à part l'hypothétique et improbable idée qu'elle ait rejoint Slevin pour avoir de plus amples réponses suite à son comportement lors de leur entretien impromptu derrière la patinoire. Impossible de me concentrer pendant les cours, je simulai un léger mal être et quittai les cours pour rentrer chez moi, prévenant mes amis pour ne pas qu'ils s'inquiètent mais ils se doutaient bien du véritable mal être qui m'habitait.

Après plusieurs heures d'entrainements magiques et physiques, je me détendis dans un bain comme le font les trois quarts des êtres humains de cette planète ; n'oublions pas que je le suis à moitié je me devais d'agir tel quel par moments. Je réfléchissais au message que je lui avais envoyé, aucune réponse ne m'était parvenue. Même si je m'en doutais un peu cela m'attristait horriblement. Ce poids qui pesait sur mon coeur me fit de plus en plus mal alors que j'étais allongé dans cette eau chaude et moussante censée me détendre. Sans attendre une seconde de plus, j'écoutais cette pulsion en moi que j'essayais tant bien que mal de contrôler depuis des minutes voire des heures : je sortis de mon bain, m'habillais et me téléportais. En moins d'une minute j'arrivais à destination et je frappais à la porte. Cette dernière s'ouvrit face au visage fermé de celle que j'aimais.

- Je vois que tu regardes enfin ton téléphone, lui dis-je.

- Je sors de ma douche et je comptais me coucher, me répondit-elle froidement.

- Je suis désolé mais comme tu ne réponds à aucun de mes messages depuis hier, j'ai osé me déplacer.

- Et tu frappes à la porte ? Que c'est... humain.

- Ta colère je la conçois mais ne me repousse pas Amanda, je... j'ai besoin de toi. Et je m'inquiète pour ce combat à Londres.

- Pas la peine, Maya sera avec moi.

- Tu l'as vue ? lui demandai-je plus que surpris.

- Toi non ?

- Je n'y étais pas autorisé.

- Elle pète la forme mais elle devait beaucoup se reposer c'est peut-être pour ça qu'il ne t'a pas autorisé à la voir. Ou alors elle est chez toi alors que tu es là.

- Je la verrai avant votre départ alors.

- Super ! Bon je vais me coucher maintenant, les humains ont besoin de dormir vois-tu.

- Combien de temps...

Elle me regardait comme si cette question n'avait pas lieu d'être.

- Pour que tu me pardonnes ?

- Demande à Slevin ! Il paye toujours le fait de m'avoir trahie.

- Il a tué tes parents Amanda, ce n'est pas la même chose.

- C'est vrai ce n'est pas la même chose parce que toi, c'est moi que tu as tuée. Même dans l'état dans lequel je me trouvais Slevin n'a pas eu la force de me tuer tant je lui faisais pitié. Je ne laisserai personne me remettre dans cet état, plus jamais. Il va me falloir beaucoup de temps pour digérer. Tu m'as menti Peter.

Les larmes montaient, je ne pouvais le contrôler mais elle ne changea pas d'attitude pour autant. La connexion était rompue, je le savais car à cet instant précis mon tatouage tout comme le sien ne s'activait pas. J'avais tout détruit pour tenir tête à mon père. Voilà les frais de mon ego.

- Ma disparition...

- Oh je sais que tu n'y étais pour rien. Et je te remercie pour les coups de mains en douce.

Je souris légèrement.

- Je ne pouvais pas faire grand chose d'autre malheureusement.

- Faut vraiment que je me couche Peter.

- Je ne t'importune pas plus longtemps.

Sa froideur me glaçait le sang mais je voulais qu'elle sache que j'étais désolé et que c'était pour elle que j'avais fait cela, pour personne d'autre. Certes je voulais tenir tête à mon père mais mon objectif principal était Amanda.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer et si je pouvais tout effacer je le ferais ne serait-ce pour ne pas lire cette douleur dans tes yeux mais je ne le peux pas. C'était la seule condition pour que mon père me laisse rentrer auprès de toi... cette fausse... humanité.

Elle était extrêment en colère, son pouvoir se réveillait. La porte de sa chambre claqua d'un seul coup me faisant presque surtout car je ne m'y attendais pas, je compris que le souvenir de tout ce qu'il s'était passé depuis ma disparition était tellement douloureux qu'elle ne contrôlait plus rien, elle laissait ses sentiments déborder sur son pouvoir de façon à ce qu'il prenne le contrôle.

- Amanda, je t'ai dit une chose hier tu dois t'en souvenir !

Je sursautai, Slevin venait de se présenter à mes côtés. Pourquoi je ne l'avais pas senti ? Sûrement parce que j'étais trop préoccupé à me faire pardonner auprès d'Amanda ou à réaliser l'étendue de ses pouvoirs, dans tous les cas il s'était matérialisé et voilà qu'il essayait de calmer sa colère comme si il voulait me protéger tout en la protégeant elle. Je restais tout de même sur la défensive.

- Ton père n'a pas de chance Peter, il est sur plusieurs listes d'hommes à abattre.

- J'ai cru comprendre.

- Ca compromet encore plus votre relation, surtout que tu lui as menti pour lui.

- Ne me cherche pas Slevin. Si je ne t'ai toujours pas tué c'est pour elle, elle ne le supporterait pas.

- Faux si tu ne m'as pas tué, c'est parce que tu n'es pas assez fort pour le faire, elle oui.

Elle se calma ensuite et tout redevint net comme si il ne s'était rien passé mais ma jalousie envers Slevin était un peu trop voyante je devais me calmer. Il avait ce contact avec elle, un contact que j'avais désormais perdu.

- Ba voilà, suffit de demander, dit Slevin en me regardant.

Je l'interrogeai du regard.

- Notre petite prise de tête l'a calmée parce qu'elle avait peur du résultat. Maintenant, j'y vais avant qu'on ne s'aperçoive que je me suis éclipsé.

Il disparut comme il était arrivé, en coup de vent.

- Il est bizarre.

- Je sais. Mais il a sauvé ton père hier.

- Sers-toi de cette colère à Londres.

Je lui tournai le dos et parti de la même façon que j'étais arrivé.

En rentrant au manoir, je m'étais installé dans le canapé sans bouger je réfléchissais à cette entrevue et à l'intervention de Slevin, ce retournement de situation était vraiment bizarre, pourquoi du jour au lendemain il avait changé de comportement ? J'avais beau essayer plusieurs options aucune ne me convenait peut-être parce que j'avais tellement de rancœur et de jalousie je ne pouvais être objectif.

Je pris mon téléphone portable pour envoyer un message à Amanda qu'elle lira peut-être ou qu'elle décidera de supprimer.

"Je prendrai soin de nos amis."

A ma grande surprise elle me répondit un simple mot mais une réponse tout de même.

"Merci."

Je montai ensuite dans ma chambre pour essayer de trouver le sommeil car une nouvelle journée au lycée aura lieu et pour un maximum de concentration sur notre mission je me devais d'être le plus concentré possible et pour cela il me fallait beaucoup de sommeil, du moins un minimum.

La matinée me parut durer une éternité, j'avais eu vraiment du mal à écouter ce que les professeurs disaient alors lorsque la pause déjeuner arriva malgré le peu d'appétit, j'étais content de me retrouver de nouveau à sa table. Amanda était ailleurs et n'entendit pas que Michaël l'appelait.

- La terre appelle Amanda !

- Allôoooo, fit Michaël.

Elle sortit de ses pensées.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, si ce n'est que nous sommes honorés de ta présence, lui répondit Emily.

- Désolée.

- A Londres ? demandai-je.

- Oui, en partie.

- En partie, comment ça ?

Emily ne lâcherait pas le morceau Amanda le savait, elle n'y échapperait pas à moins qu'elle réponde vraiment aux questions de son amie. Cependant, je vis qu'elle était agacée par cet interrogatoire mais Emy ne se laissa pas démonter, elle avait une totale confiance en son amie, elle était persuadée qu'elle se contrôlerait pour ne pas mettre à sac la cafétéria.

- Slevin ! Elle se pose beaucoup de questions sur son attitude.

Arf !

Je n'avais pas su contrôler ma jalousie.

- Pas toi peut-être ? me demanda-t-elle sur un ton presque neutre.

- Non, parce que je n'ai définitivement pas confiance en lui.

- C'est vrai qu'avant hier il m'a... protégée, on va dire et il t'a empêchée de te mettre tous les Defenders à dos en t'évitant de tuer le père de Peter ! Dit Emy.

- Je ne voulais pas le tuer, juste je ne me contrôle pas !

- Peu importe, on ne peut pas vraiment savoir de quel côté il est, c'est encore trop flou. Certes, il a été blessé par Oraïa, il peut désormais s'introduire dans tes rêves mais...

- Ah Bon ? J'interrogeai.

- Petit détail qu'on a oublié de te dire, lui répondit Michaël gêné.

- J'en apprends tous les jours, répondis-je à ce dernier.

Je détestais ce genre de situation qui mettait nos amis mal à l'aise mais elle était en colère et moi ma jalousie me bouffait intérieurement mais surtout la tristesse de l'avoir perdue alors si le seul moyen de pouvoir lui parler était la confrontation alors soit.

- Maya vient te chercher à quelle heure ? Me demanda Shannon pour essayer de combler le silence.

- Je dois la retrouver au manoir juste après les cours.

- On va pouvoir y aller tous ensemble alors.

Elle regardait Emy sans comprendre.

- C'est l'endroit le plus sûr pour les protéger. Si jamais ils tentent quoi que ce soit...

- Très bonne idée et puis au mois tu seras sur place si il y a le moindre problème, tu pourras les mettre à l'abri à la bibliothèque.

- J'espère que je n'aurais pas besoin de le faire.

Emily applaudit de ses deux mains, nous la regardâmes tous.

- Ba quoi ? On est le seul sujet à propos duquel ils se parlent gentiment c'est à marquer d'une pierre blanche.

Je souris face à son enthousiasme.

- On s'attend tous sur le parking alors. A tout à l'heure.

Shannon se leva, embrassa Michaël et se dirigea vers le gymnase.

Nous étions dans les mêmes cours cet après-midi à l'exception de Michaël, Emy et Shannon. Amanda alla s'asseoir à sa place, deux tables loin de la mienne relisant son dernier cours comme si je ne faisais pas partie de la pièce. Lorsque le professeur arriva pour commencer le cours je sentis les regards se poser de temps à autre sur moi ou bien sur Amanda mais je décidais de ne pas y prêter attention me concentrant sur le sujet principal de la matière.

Quand le cours fut terminé j'avais retrouvé Emily et les autres sur le parking attendant Amanda qui était partie comme une fugitive à la fin du cours cherchant à tout prix à m'éviter. Lorsqu'elle nous vit sur le parking tous ensemble, elle ne fut bizarrement pas surprise ni en colère.

- Je monte avec toi.

- Je ne m'en serais pas douté, lui répondis-je par un sourire amical.

- Allons-y, dit-elle.

Nous mirent nos moteurs respectifs en route et nous dirigions vers le manoir.

Shannon et Michaël étaient montés avec moi.

Après à peine vingt minutes de route, nous étions arrivés au manoir, lieu qui je me doutais n'étais pas le numéro un dans la liste actuelle des favoris d'Amanda mais pour la protection de nos amis durant son séjour à Londres elle ne pouvait espérer mieux comme endroit et elle le savait, voilà la raison pour laquelle elle prenait sur elle en venant ici.

- Je ne suis vraiment pas rassuré de savoir que tu vas aller dans la fosse aux lions.

- Nous n'avons pas vraiment le choix, il faut que nous agissions au plus vite. Tout se passera bien.

Emily n'était vraiment pas rassurée face au départ imminent de sa meilleure amie pour Londres mais tout comme nous elle devrait faire avec, Amanda était plus que décidée à partir et cela faisait partie de sa mission.

- On va leur botter les fesses tellement vite qu'ils n'auront pas le temps de comprendre ce qu'il s'est passé, dit Maya essayant de rassurer mes amis en voyant les têtes inquiètes de Michaël et Shannon.

- Aucun doute là-dessus mais c'est tout de même frustrant que Peter n'ait pas le droit à la moindre information tant que ce ne sera pas fini.

- Pas de nouvelles bonnes nouvelles comme on dit.

Elle avait beau essayer de la rassurer, au fond d'elle, Amanda savait que c'était peine perdue.

- Ecoutez, tout va bien se passer nous avons l'avantage de l'effet de surprise en plus de cette formule qui devrait nous donner un sacré avantage pendant dix minutes, il n'y a aucune raison pour que le plan foire.

- Tu as raison, nous devons rester positifs, nous inquiéter ne t'aidera pas, dit Michaël le plus calmement possible.

- Nous devons y aller Amanda, la rappela Maya.

Dans le couloir non loin de la porte de la bibliothèque ils se disaient au revoir comme si elle partait pour un long voyage d'où elle ne reviendrait pas mais ils étaient tellement angoissés que je comprenais très bien leur étreinte collective à l'exception de ma soeur et moi qui par respect préférions rester en retrait.

A mesure qu'Amanda s'avançait vers la porte de la bibliothèque, la lumière ne cessait de s'illuminer comme si la pièce et son pouvoir ne faisaient qu'un, c'était incroyable, encore plus impressionnant que la première fois où je lui avais fait découvrir cette pièce. Maya me prit dans ses bras, c'était le moment ultime, il était temps pour elles de traverser le portail et de se retrouver de l'autre côté. J'espérais seulement que la cohabitation éphémère avec notre père ne serait pas trop insupportable pour Amanda. Maya ouvrit la porte. L'Elue de mon coeur s'arrêta net comme si un mur invisible l'empêchait d'avancer ; à l'expression de son visage je ne mis pas longtemps à comprendre que revenir dans ce lieu était beaucoup plus douloureux que je ne le pensais et cela me fendit le coeur. Elle y voyait nos deux symboles magiques qui quelques semaines auparavant étaient effacés comme si rien de tout cela n'avait existé, les étagères ainsi que les livres avaient retrouvé leur place, pareil pour le tapis de sol en mousse, c'était comme neuf. Mais pas pour Amanda, cela réveillait cette vieille blessure qui en réalité n'a jamais été endormie depuis ce jour là. Alors, n'ignorant pas l'urgence de la situation je pris les devants aux risques de me faire envoyer valser par le vent qu'elle aurait appelé peut-être sans s'en rendre compte, mais je pris le risque. Je m'avançais pour arriver juste à ses côtés de façon à ce qu'elle sache que encore une fois je suis là, non pas pour lui remémorer la douleur de se souvenir mais pour qu'elle n'oublie pas que quoi qu'il arrive, quoi qu'elle ressente pour moi, je serais toujours à ses côtés. A ma grande surprise, je ne fus pas envoyé valser à l'autre bout du couloir, elle était sereine. D'un geste calme elle essuya la larme qui coulait puis s'avança pour suivre Maya.

- On se revoit dans deux jours, dit-elle en se retournant. Fais bien attention à eux, me dit-elle sur un ton neutre.

- C'est promis, lui répondis-jel avec un sourire qui était hésitant.

Pour être honnête, je ne savais plus trop comment agir sans créer une réaction en chaine mais je fus content que nos deux derniers contacts soient plutôt amicaux si puis-je dire.

Maya referma la porte derrière nous.

Nous étions installés confortablement dans mon canapé qui se trouvait au rez-de-chaussée attendant patiemment d'avoir des nouvelles. Tant bien que mal nous essayions de nous concentrer sur nos cours avec une grande difficulté car il ne fallait pas se leurrer nos esprits étaient totalement ailleurs. C'est alors que mon oncle put entrer en contact avec moi, mes amis savaient qu'il se passait quelque chose car mes yeux se voilaient mais ils eurent la décence d'attendre que ma vue redevienne normale pour m'interroger. Je leur expliquai que mon oncle était le plus grand magicien de mon royaume et qu'il les accompagnait pour bloquer l'ennemi ne serait-ce pour leur arrivée au manoir. Je leur informai aussi qu'Amanda allait bien, que pour le moment elle ne paraissait pas stressée et surtout qu'elle avait l'arme que je lui avais créée. Ils étaient près à entrer dans le manoir des Destroyers.

Il fallait donc attendre.

POV Defenders

- Ils sont au manoir mon seigneur.

- Bien. Pramaïs sortez. Le cristal je vous prie, nous devons surveiller au cas où bien que je n'aie aucune crainte sur cette mission, je veux m'assurer qu'il arrive rien à ma fille ni à Amanda.

- Comme nous, fit Pramaïs après avoir activé les portes du cristal au centre de la pièce. Assurons-nous aussi que le manoir de Peter soit sécurisé.

- Votre méfiance est quelque chose que j'apprécie en ces circonstances. Faites donc, je pressens tout comme vous la prochaine crise de folie de notre ennemi.

- Mieux vaut jouer la prudence il est vrai.

Le cristal s'alluma.

- Silence maintenant ils entrent dans la demeure, le bouclier va être désactivé.

Plus aucun son ne sortit de leur bouche. Tous fixèrent l'écran, concentrés, imperturbables.

POV des amis

- Je n'en peux plus, c'est interminable comme situation.

- Peter, tu veux faire ton truc comme tout à l'heure avec tes yeux bizarres, dit Emily.

- Non !

- Mais pourquoi ?

- Parce qu'ils étaient à l'entrée du bâtiment et que maintenant ils doivent probablement être dedans et que je ne prendrai pas le risque de déconcentrer mon oncle, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences dans leur combat. Il faut s'armer de patience même si c'est dur.

- On ne peut pas aller voir avec ton père ?

- Aucun humain n'a accès à notre Royaume sauf en cas de force majeure.

- Quand ça vous arrange quoi !

- Emily...

- Désolée, je me défoule sur toi parce qu'elle est là bas et ça me stresse de rien pouvoir faire. Ce n'est pas la meilleure des attitudes.

- Emily je sais que tu me tiens responsable de son départ sur le terrain mais...

- Tu te trompes Peter, dans tous les cas elle y serait allée. Je t'en veux de l'avoir fait souffrir mais j'en veux encore plus à ton père et à ce démon qui est venu saccager sa vie en tuant ses parents. Amanda est forte, elle se remettra de ce que tu lui as fait mais je ne peux pas te garantir son pardon. Mais sache qu'en aucun cas, je ne te tiens pour responsable de sa volonté de vouloir détruire l'armée de Ora truc, cela fait partie de sa mission, chose que nous avons eu beaucoup de mal à admettre mais que nous comprenons mieux aujourd'hui.

- Ses pouvoirs sont devenus si exceptionnels en si peu de temps. Je ne valide en aucun cas ce que mon père a fait mais je n'ai nul doute sur le fait que sa colère l'a rendue beaucoup plus forte et plus...

- Dangereuse ?, demanda Michaël.

- Oui mais je ne me fais pas de souci à ce propos, elle arrivera à contrôler cette nouvelle faculté. Elle est douée, forte, j'ai toute confiance en elle.

Le trio l'écoutait parler d'Amanda comme si c'était la septième merveille du monde. Il n'avait pas émis une seule fois le moindre soupçon quand à ses sentiments pour leurs amis et aujourd'hui, Amanda elle-même n'avait plus le droit d'en douter mais il était hors de question pour eux de lui dicter sa conduite. Ils ne l'avaient jamais fait et ne le feront jamais sous aucun prétexte, ils se permettraient seulement de la conseiller et d'accepter ses choix sans la juger comme tout ami qui se respecte.

- Pourquoi vous me regardez comme ça ?

- C'est juste que tu as une façon de parler d'elle, je n'ai jamais entendu quelqu'un parler de la sorte à part...

- Slevin?, dit-il sans être étonné.

- Non, je pensais plutôt à ses parents vois-tu. Slevin était fou amoureux d'elle, mais ce n'était pas le même amour que ce que tu peux ressentir pour elle, vous êtes différents à bien des niveaux comme tu as pu le remarquer. Cependant, vous avez le même objectif et ça je l'ai compris lorsqu'il m'a sauvé, que ce soit le démon ou son humanité bien cachée vous la voulez elle.

- Qu'entends-tu par son humanité cachée ?, demanda-t-il intrigué.

- Il est démoniaque mais l'humain qu'il était ne cesse de lutter de toutes ses forces pour reprendre le dessus afin de ne pas la tuer. Il a comme des moments de lucidité je dirais et dans ces moments là il fera tout pour l'aider au maximum sans qu'Oraïa le sache mais quand le démon reprend le dessus... Enfin c'est comme ça que je vois les choses.

- Tu as parlé de cette théorie à Amanda ?

- Non mais je pense qu'elle a elle-même compris, du moins elle se doute de quelque chose. Honnêtement on a juste parlé de ses sautes d'humeur et de ce qu'il s'est passé à la patinoire. Ton père a dû t'en parler ?!

- Oui. Il est intervenu hier quand je suis allé la voir. Il a réussi à la calmer avant de s'évanouir dans la nature.

- C'est vraiment bizarre tout de même ce changement soudant d'attitude, constata à voix haute Michaël tout en caressant l'épaule de Shannon.

- Je trouve aussi, il me faudra beaucoup plus que cela pour lui faire confiance, dit Peter.

- Il faudrait trouver un moyen de savoir si c'est calculé ou si c'est bien son humanité qui reprend le dessus.

- Peut-être que c'est une question de rivalité, suggéra Shannon.

- Comment ça ?, demanda Peter essayant de comprendre où elle voulait en venir.

- Je veux dire qu'il se rallie à nous pour le moment de façon à évincer définitivement Oraïa tout en semant le trouble dans l'esprit d'Amanda pour ensuite nous la mettre à l'envers.

- Impossible, dit Emily.

Shannon la regardait attendant une explication.

- Lorsqu'elle a eu son "entrevue" surprise avec l'un des membres du Conseil, ce dernier lui a expliqué que Slevin et Oraïa étaient liés et que Peter ignorait ce détail dans tous les cas si l'un meurt l'autre aussi. Ayant été crée par Oraïa, Slevin a un lien très particulier avec lui voilà pourquoi il était bizarre lorsqu'elle l'a vu à la patinoire. Il s'affaiblit à mesure que son disciple meurt.

- Mais il se peut que son humanité essaye de reprendre le dessus et que pour sauver Amanda il serait prêt à se sacrifier comme il l'a fait il y a quelques mois.

- C'est une éventualité, fit Peter avant de se figer.

Les trois amis le regardaient ne comprenant pas ce qu'il se passait. Il avait le regard dans le vide comme si il était un robot qu'on avait court-circuité.

POV Amanda

Je les sentais tous sans la moindre exception, ils devaient être une trentaine à l'intérieur avec un nombre d'otages inférieur au leur mais juste assez pour faire de gros dégâts tout de même.

Un jeune Defender passa devant moi, il était de taille moyenne avec des cheveux tressés vers l'arrière. Il était à l'avant comme un éclaireur. Charaïs ne nous avait pas rendus visibles aux yeux de nos ennemis, ce qui nous permit de nous positionner stratégiquement. L'effet de surprise allait fonctionner à merveille grâce à cette discrétion innée chez des soldats non humains. Charaïs restait à l'entrée de la propriété entouré de deux guerriers chargés de sa protection.

Maya se trouvait à l'autre bout de la pièce avec cinq soldats qui l'accompagnaient. A eux six, ils encerclaient quatre Destroyers qui ne se doutaient pas de ce qui allait leur arriver. Une équipe de dix Defenders était dispersée dans la pièce afin de faire évacuer un maximum d'otages.

La conversation plutôt brève de nos ennemis attira notre attention.

- Oraïa a dispersé des troupes un peu partout dans la ville pour un plus grand carnage, dit une voix rauque.

- Ils ne vont pas comprendre ce qui leur arrive. Rien que de penser à ces trainées de sang, ça me donne faim. La protégée humaine de nos ennemis va voir sa petite conscience qui ne supportera pas de n'avoir rien pu faire.

Il se mit à rire, ce qui me donna la chair de poule mais je ne savais que c'était le moment idéal pour intervenir et détruire leur petite utopie. Qui plus est, je sentais mon pouvoir réagir au fond de moi suite à leur propos. Maya dut penser comme moi car je la vis dire d'un signe de tête à son oncle que c'était le moment opportun pour passer à l'action. Il ne se fit pas prier.

Le sang versé des victimes allait être vengé.

Je me trouvais non loin de l'entrée accompagnée de quatre soldats tandis que les autres étaient dispersés dans la pièce et à l'étage. Charaïs récitait à voix basse la formule nous permettant de devenir à nouveau visibles.

J'ai hâte de voir la tête qu'ils feront.

Il venait à peine de finir de la réciter que les Destroyers se figèrent, nous dévisagèrent paniqués de nous voir apparaître de cette façon.

Un point pour nous !

C'était tout bonnement jouissif, Maya se délectait aussi de la réaction de nos ennemis.

Mais ils retrouvèrent vite leurs esprits et commencèrent à nous attaquer. Le problème c'est qu'avec le nombre qu'ils étaient, détecter les métamorphes des humains n'était pas d'une très grande facilité. Il nous fallait juste gagner un peu de temps. Charaïs devait répéter trois fois la formule, il terminait à peine de la prononcer pour la première fois.

- Nous avons la chance d'avoir l'Elue avec nous ainsi que leur chère guerrière censée être morte.

- Désolée de vous décevoir, dit Maya.

- Que voulez-vous, elle est bien plus coriace que vous le pensiez, répondis-je à mon tour.

Ma réponse ne leur plut pas du tout si bien qu'il chargea. Je jetai un coup d'oeil à mon équipe qui était en plein combat. Celui avec lequel je me battais était bel et bien un Destroyer, mon tatouage s'activa, le frisson à travers ma colonne vertébrale se fit plus intense ce qui me donna encore plus envie de le tuer. Je regardai notre magicien qui en croisant mon regard me sourit, je compris donc que la formule avait fonctionné et que c'était le moment idéal pour libérer les otages. Nos ennemis se trouvaient à nouveau désarçonnés.

Un nouveau point pour nous !

Celui qui se battait avec moi fit la grave erreur de me tourner le dos pour voir ce qu'il se passait. J'en profitai pour lui perforer sa peau rocailleuse. Pas très fairplay je vous l'accorde, mais si les rôles étaient inversés, il n'aurait pas hésité un seul instant. Nous sommes en guerre, pas de place pour la pitié.

Les innocents étaient désormais libres ce qui me soulagea, je pouvais dorénavant me concentrer entièrement sur nos ennemis.

La pointe de mon épée se trouvait toujours dans le corps du Destroyer qui essayait d'en échapper. En vain. Une décharge électrique me parcourut le bras puis arriva jusqu'à mes doigts, l'épée s'illumina et le corps de ma victime s'embrasa. Maya venait d'en tuer deux, devenus poussière, le mien était désormais un tas de cendres.

Je me concentrai sur un autre pendant que mon amie faisait la misère à trois autres combattants qui n'avaient aucune chance contre elle. Elle prenait sa vengeance très à coeur et ne leur laissait pas la moindre chance. Certains essayaient d'emprunter les sorties comme nous l'avions pressenti mais lorsqu'ils comprirent qu'ils étaient cernés, ils n'essayèrent plus de sortir.

- J'ai rendu le bâtiment ilocalisable, nous dit Charaïs.

- Vous pouvez faire ça ?

- Je peux tout faire Amanda.

- Si vous le dites.

La seule chose qui m'importait c'était que personne ne puisse venir gâcher cette petite fête de façon à ce que nous puissions les anéantir comme il se doit. Pourtant je ne sais pas pourquoi mon instinct n'était pas des plus confiants, certain qu'Oraïa trouverait un subterfuge pour réussir à entrer si jamais il avait l'audace de venir ici.

Dès que dix de nos ennemis furent neutralisés par nos coups qui leur étaient fatals, le magicien prononça la formule pour les détruire définitivement ne leur laissant aucune chance de pouvoir revenir.

Les innocents étaient évacués ce qui me soulagea, me permettant à nouveau de me concentrer sur mes deux adversaires qui ne me laissèrent pas une minute de répis. La formule d'identification n'agissait plus puisqu'elle avait une durée limitée mais il ne restait plus que les méchants et nous donc peu importait. Je ne quittais pas leurs corps en mouvement des yeux, essayant de contrer au maximum leurs gestes afin que leurs armes ne me touchent pas ou que leurs griffes ne viennent me blesser. Leur effet ne serait peut-être pas aussi fortes que celles d'Oraïa mais seraient néanmoins tout aussi douloureuses et je voulais absolument éviter de revivre cette désagréable expérience. Je perçus du coin de l'oeil Maya qui venait d'amputer de leur bras droit à tour de rôle deux combattants du côté ennemi. Deux Defenders étaient blessés et à terre, protégés par Charaïs qui je ne sais comment ni avec quelle technique arrivait à faire deux formules à la fois, c'était tout à fait impressionnant. Ses yeux étaient voilés par un bleu pâle, même couleur que l'espèce de bulle qui entourait les deux blessés pour les protéger. J'évitai de peu la lame d'un couteau de l'un de mes adversaires et faillis perdre l'équilibre en heurtant le tas de poussière qui se trouvait derrière moi. D'un geste rapide et vif, je réussis à blesser l'un deux à l'abdomen faisant apparaître un beau petit trait coloré qui ne cessait de couler. Il émit un bruit de colère mais pas de douleur comme si je l'avais seulement effleurer. Le regard furieux, il me toisait d'un regard plus que narquois.

Pris de légères convulsions, je savais qu'il changeait de physique mais je fus surprise de voir que ces deux là pouvaient se métamorphoser sans aucune difficulté et aussi discrètement contrairement à leurs camarades que j'avais vaincus devant le manoir il y a quelques semaines.

Le changement ne dura pas longtemps bien que j'aurais préféré plutôt que de perdre du temps face à ces deux énergumènes qui essayaient de m'impressionner, en vain.

Ses cheveux couleurs chocolat tombaient sur ses épaules, se terminant par de légères petites boucles fines. Son sourire était toujours le même, le plus angélique et le plus sincère. Quant à l'homme, il avait toujours ses cheveux poivre et sel coiffés en bataille, il portait encore sa chemise beige en lin, la même que le jour de sa mort. Mes deux parents étaient devant moi comme si ils n'avaient jamais disparu. Ma force s'évapora laissant place à la faiblesse. Le chagrin qui m'envahit était douloureux et incontrôlable. Je savais pourtant que ce n'était pas eux mais qui serait insensible à ce genre de passe-passe ? Je voulais tant les serrer dans mes bras. Mes jambes se dérobèrent sous mon poids et je tombai dans le tas de poussière qui était derrière moi.

- Amanda !

J'entendais mon amie m'appeler mais je n'étais capable d'aucune réaction et elle ne pouvait pas venir jusqu'à moi laissant les autres prendre le dessus. Puis, quelque chose m'interpella, j'avais mal mais physiquement parlant, je ne sentais plus le bas de mon ventre, je regardais et je compris pourquoi je m'étais écroulé. Il m'avait ouvert le ventre assez profondément pour que la blessure soit critique et m'affaiblisse de minute en minute. Le sourire narquois se changea en un sourire arrogant d'un sportif qui gagnait sa propre victoire. Je savais que ce n'était pas mes parents, jamais ils ne m'auraient blessée. Mes muscles se tendirent à mesure que mon souffle ralentissait. Mon corps se réchauffa de la pointe des pieds jusqu'à mes oreilles, mon épée devint bleue et avant même que je prononce le moindre mot, elle embrasa mes deux ennemis qui se consumèrent et explosèrent en un feu d'artifice orange, il n'y avait besoin d'aucune formule pour les détruire. Trois Destroyers vinrent sur moi mais l'épée les foudroya, l'énergie qui en sortait était plus violente qu'il y a quelques secondes, le feu embrasa non seulement ceux que nous combattions mais aussi le bâtiment, ma rage et mon chagrin étaient incontrôlables. Ils devaient évacuer pendant que j'anéantissais la vermine que nous combattions pour éviter d'être à leur tour blessé. Mes tremblements se firent plus intenses, je commençais à avoir froid malgré la chaleur de mon pouvoir. Tous les Defenders étaient sortis et bloquaient la sortie principale pour qu'aucun de nos ennemis de s'échappe. Il ne restait plus qu'une dizaine de déchets à détruire, je savais que Maya avait la capacité de les détruire mais je n'arrivais pas à m'arrêter c'était comme-ci qu'on me contrôlait de l'intérieur, qu'il suffisait d'un bouton "stop" pour que l'embrasement s'arrête. Les flammes viraient au rouge puis au violet avant de devenir bleu comme la couleur des yeux de nos magiciens.

- Amanda...

Maya n'était pas sortie avec les autres.

- J'arri...ve pas à l'a...rrêter Maya.

Je parlais difficilement, mon souffle se faisait de plus en plus lent, et je saignais toujours autant au niveau de mon ventre.

- Charaïs, il faut qu'on sorte d'ici, cria-t-elle à son oncle.

- C'est ce que j'essaye de faire mais avec les flammes qu'elle ne contrôle pas, ce n'est pas évident.

- Amanda, regarde-moi. Ouvres les yeux. Mon oncle, elle va perdre connaissance.

Les flammes prenaient des dimensions qui n'étaient pas naturelles.

- Arrête ton champ d'invisibilité qu'on nous ramène.

- J'ai déjà essayé ! Maya, tu ne comprends pas ce qui est en train de se passer ? Elle absorbe involontairement mes pouvoirs dès que je les utilise.

- Je ne... fais... pas... ex...près.

Mon souffle ralentissait je le savais. Je commençais à me sentir légère comme le vent, insouciante, libre de tout. Cette colère et cette douleur qui m'habitaient depuis quelques jours n'étaient plus qu'un mauvais souvenir, j'avais l'esprit et le coeur léger.

Je n'avais plus mal.

- Essaie de la guérir.

- Tu sais très bien que...

- Tout de suite !, cria Maya.

Son oncle s'approcha de moi, posa ses mains sur mon ventre et une douleur affreuse me foudroya à travers chaque organe. Je hurlai de douleur.

- Je suis désolé Maya, je n'ai pas assez de pouvoirs ici. Vu la couleur de son sang c'est bien plus grave et quelque chose me bloque l'accès.

- Alors fais nous sortir d'ici et vite.

- Amanda, écoutez-moi. Dites à votre pouvoir de s'en aller, il n'y a plus aucun Destroyer.

- Ils sont... morts je sais. Mais... mon pouvoir... est trop... fort pour moi.

- C'est faux. Il est fort parce que vous l'êtes aussi. Il continue d'embraser le manoir parce que vous le voulez. si vous ne le rappelez pas nous allons tous les trois brûler et cette bataille n'aura servi à rien.

- Je... suis... si fatiguée.

- Vous devez essayer. Je vous en prie Amanda, vous êtes plus forte que vous le pensais. Essayez.

- Je... vais... ess... ayer.

Mes forces me lâchaient, mon ventre n'était plus douloureux car je ne sentais plus rien. Ma vue se brouillait de plus en plus. Je distinguais à peine Maya qui était à côté ni même son oncle d'ailleurs. Je réunis le peu de force et de souffle qui me restaient pour prononcer les mots suivants d'une traite.

- Feu, je t'en conjure retourne d'où tu viens. Maintenant !

La chaleur disparut, les flammes se dissipèrent laissant un bâtiment aux murs cramoisis à la limite de l'effondrement. La fumée ne resta pas longtemps. Mes deux compères cessèrent de tousser.

Je souris.

- Vous voyez, vous êtes plus forte que vous le pensiez.

- On va te ramener, me dit Maya.

- D'accord.

Je ne pus prononcer rien d'autre. A présent, je ne distinguais qu'une simple lueur qui disparaissait au fur et à mesure que les secondes passaient.

Mes yeux restaient ouverts mais je ne perçus ni n'entendis plus rien.

Mon âme s'éloignait petit à petit de mon corps.