CHAPITRE 7 : prendre le temps
« Sanji ?
- Hum ?
- Nous devrions peut-être rentrer maintenant…
- Hum… »
J'étais bien là, dans une torpeur rassurante, loin des agressions des mots et des gestes mais il fallait admettre qu'il n'avait pas tort. La lumière s'assombrissait à vue d'œil, grisant la neige étendue à nos pieds, et je ne tenais pas à dormir dehors. Je me levai et jetai un dernier regard, amusé, à ce petit abri de fortune que je n'aurais pas supporté bien longtemps.
Il me rejoignit, me prit la main et nous avions commencé à marcher en silence. En chemin (que je prenais bien soin de choisir moi-même puisqu'apparemment l'orientation n'était pas le point fort de mon nouvel amant), un détail me revint en mémoire.
« Au fait, tu es au courant pour cette histoire de comble ? »
Il me résuma rapidement les bêtises de nos nakamas et je réfléchis un instant à un tout autre projet que « finir en hachis »… En arrivant sur l'île, j'avais déjà mis les pieds dans le plat avec Zoro et mon histoire de cocktail. Après notre dispute, je n'avais franchement pas été dans mon assiette pour ne pas dire carrément dans le potage. Oui, je crois que je n'avais pas à m'en faire, j'avais déjà eu mon lot de combles pour la journée.
Nous avions ensuite croisé un lac et il en avait profité pour le trancher en deux. Oui, le lac. Je n'avais pas eu le temps de comprendre ce qu'il s'était passé, que son sabre avait déjà regagné son fourreau. Il avait alors expliqué, mal à l'aise, que quitte à faire des choses stupides, autant les faire avec classe et nous étions d'accord sur ce point.
Arrivé à vue du navire, Zoro essaya doucement de retirer sa main de la mienne mais un regard qui sous-entendait : « tu essaies encore, je repars en courant », l'en dissuada et je sentis qu'il commençait à craindre la confrontation avec le reste de l'équipage.
Nous nous attentions à un hurlement de Luffy pour nous accueillir ou à apercevoir des lumières inquiètes continuer de nous chercher mais, étrangement, le navire était plus silencieux que jamais. Brusquement, une minuscule silhouette nous rejoignit en criant, bientôt suivie par deux nouvelles, l'une aux membres élastiques, l'autre au long-nez. Chacun portait un masque peint de noir et de rouge.
« AAaaaAAAAaaaAAAaaaAAAAaaaAAAH, JE… JE VAIS… VOUS MANGEEeeeEEER ! fit la voix tremblo-hurlante de Chopper.
- Pourquoi notre médecin masqué se précipite-t-il sur nous en criant et en étant pourtant effrayé qu'on ne le reconnaisse pas et donc de prendre un coup de pied ou de sabre ? demandai-je à l'intéressé. »
Celui-ci se débarrassa de son attirail et se jeta sur moi en pleurnichant. Je lâchai la main de mon bretteur pour réceptionner le renne dans mes bras. Je n'avais pas quitté mes nakamas bien longtemps, mais la simple idée de ne plus les retrouver peut parfois tout changer et j'étais heureux de revoir les trois nigauds qui avaient tenté de nous effrayer.
« Saaaanjiiiiii, tu es revenu !
- Zoro te l'avait promis, non ? Et tu ne réponds pas à ma question !
- Tu n'as pas encore fait ton comble alors on s'était dit que le comble pour un coq, c'était d'avoir la chaire de poule…
- Et tu comptais vraiment me faire peur avec ça et pourquoi toi tout seul devant ?
- Ben je suis un monstre, alors c'est plus facile…
- Tu aurais du changer de forme alors ! Là, tu es un monstre bien trop mignon pour me faire peur ! »
Chopper me fit sa plus adorable bouille en bredouillant quelques insanités. Mais Zoro se racla la gorge, interrompant ces retrouvailles presque émouvantes. Alors comme ça, le fier second de l'équipage pouvait être jaloux d'une boule de poils ? Je reposai gentiment la bestiole en question pendant que les deux autres abrutis nous rejoignaient et chuchotai à l'oreille de mon bretteur :
« Tu veux aussi que je te prenne dans mes bras ? »
Il rougit et se contenta de reprendre timidement ma main. Je m'adressai donc à nos quelques camardes ainsi réunis :
« J'ai une annonce à vous faire. »
Je sentis la main de Zoro serrer la mienne davantage.
« Nous en avons terminé avec les combles ! »
Il me jeta un regard qui voulait dire : « abruti, arrête de jouer avec moi », sauf que, ayant eu tellement de mal à enfin l'avoir à mes côtés, je ne comptais absolument pas arrêter de jouer avec lui, justement. Et nous rentrâmes tous au Merry où nos deux demoiselles attendaient tranquillement, n'ayant pas souhaité participer aux bêtises des hommes de l'équipage. Certains n'avaient pas manqué ces deux mains entremêlées mais personne ne fit de remarque, n'osant sans doute aborder le sujet par eux-mêmes. Je m'étais réfugié dans les cuisines pour assouvir plus que de raison les insatiables appétits de mes nakamas et, après un incroyable festin, m'attendait évidement une toute aussi incroyable quantité de vaisselle. Je m'en débarrassai aussi vite que possible, pressé de rejoindre Zoro. Sortant de la cuisine à sa recherche, j'entendis le groupe qui conversait d'un sujet qui ne me plaisait qu'à moitié…
« Zoro, tu es sûr de toi ? demanda Chopper.
- Que se passera-t-il si Sanji apprend que vous aviez une relation conflictuelle ? s'inquiéta Usopp.
- Il le sait déjà… répondit calmement mon bretteur.
- Mais pourtant on devait… poursuivit le menteur de première.
- Et qu'est-ce que ça va donner quand il retrouvera la mémoire ? coupa Nami. Tu y as pensé au m… »
Elle s'était tue en m'apercevant et ils avaient baissé la tête, gênés, excepté Luffy qui riait et Robin, en bon spectateur. Je pris la parole, aussi calmement que Zoro, cherchant à leur faire accepter notre décision.
« Ne jugez pas Zoro, il a tout fait pour me rejeter, c'est moi qui ai voulu cette situation, en connaissance de causes. Nous en avons discuté longuement… et je sais ce que je fais. C'est gentil de vous inquiéter pour moi mais je crois que ce choix nous appartient. Par contre, je comprends tout à fait que vous ne l'acceptiez pas et dans ce cas, on ne vous…
- Moi, je trouve ça cool ! intervint enfin le capitaine avec un grand sourire.
- Ne t'inquiète pas, Sanji ! ajouta le petit renne. On avait juste peur pour vous…
- Oui, voilà, confirma la navigatrice.
- Je vais de ce pas vous aménager un coin de la chambre… proposa le bricoleur en s'échappant.
- Et tu peux compter sur nous pour te laisser en paix lorsque tu te rappelleras de tout… conclut étrangement l'archéologue. »
Zoro s'autorisa alors à me prendre dans ses bras et nos mines inconsciemment réjouies eurent l'air de vaincre tout à fait leurs derniers doutes. Je m'éclipsai un peu plus tard avec une fausse excuse qui ne persuada presque personne et j'attendis, impatiemment, que Zoro me rejoigne à notre petit coin de navire, à notre rendez-vous implicite.
« Tu es en retard !
- Mais on n'avait pas de rendez-vous !
- Alors pourquoi tu es là ? Qu'est-ce que tu faisais ?
- Tu sais que t'es chiant en couple, toi ? fit-il en m'embrassant, provoquant. On peut même plus aller pisser ? Ou tu veux m'accompagner peut-être ? »
Je rougis. C'est vrai que j'avais réagi comme une gamine mais j'avais tellement besoin de profiter de nous deux. Après un silence, je ne pus m'empêcher de remarquer :
« Alors… Ils avaient tous compris ?
- Non, du tout ! Les deux filles s'en doutaient déjà… Robin, je le savais, et elle avait du en discuter avec Nami… Sinon, seul Usopp avait tilté mais Luffy a voulu lui prendre la main car il trouvait que c'était une bonne idée, alors il a du lui expliquer… et c'est notre capitaine qui a vendu la mèche à Chopper. Il n'arrivait pas à croire que je ne puisse pas te faire un enfant… Donc pour vérifier…
- J'aurais donné n'importe quoi pour voir la tête de Chopper à ce moment-là… Heu… attends, pourquoi moi, d'abord ?
- J'ai bien ma petite idée, blondinette ! »
Je lui mordillai le cou un peu trop fort en signe de profond désaccord, lui soutirant malgré lui une grimace. Il s'assit, m'attirant au sol avec lui et nous profitâmes, sans un mot de plus, de notre instant partagé. Evidemment, Zoro s'endormit bien vite… et je décidai de me venger de mon tout premier mauvais souvenir. Je m'échappai un instant de ses bras et me retournai, contemplant ce visage qui m'appartenait à présent et dont je commençais doucement à comprendre le paradoxe. Je lui saisis le menton d'une main et glissai mes autres doigts sur ses boucles d'oreilles, sur sa joue et jusqu'à son torse où, à nouveau, son cœur battait d'un rythme régulier. J'approchai mes lèvres, profitant déjà de cette semi-victoire. Alors que je comblais la maigre distance qui nous séparait encore, je le sentis se réveiller sous mes doigts. Le battement de sa vie avait accéléré et sa main avait rejoint ma nuque accompagnant tendrement notre baiser. Lorsqu'il le rompit, il plongea intensément dans mon regard et déclara :
« Satisfait maintenant ?
- Pleinement. »
Et il reprit nos caresses avant de se laisser à nouveau aller dans le sommeil. Ainsi endormi contre moi, il me parut brusquement d'une cruelle fragilité. La crainte sourde de me rappeler et de le rejeter s'insinua sournoisement en moi. Qui étais-je ? Pourquoi avais-je refusé un tel bonheur ? Je me jurai de faire tout mon possible pour ne plus jamais nous faire souffrir comme j'avais fait par le passé.
« Zoro… soufflai-je doucement, si tu veux que notre histoire continue quand je me rappellerai de tout, aide-moi. Aide-moi à construire mes plus beaux souvenirs. Montre-moi qu'il n'y a que dans tes bras que je saurais atteindre un tel bonheur, à un point que sans toi, la vie me paraitra fade, bien trop fade pour que je puisse à nouveau te résister. »
Et je ne tardai pas à le rejoindre dans son repos. Tout compte fait, je dormirais dehors ce soir.
Le lendemain, je me réveillai en éternuant. Je savais bien que ce n'était pas une bonne idée, une nuit en plein air. Pourtant, mon amant ne semblait absolument pas perturbé par la température environnante. Je le laissai là, prêt à répondre aux responsabilités de mon poste au sein de ce fantasque équipage. Après un copieux petit déjeuner, nous organisâmes une expédition pour, enfin, refaire nos provisions. A contrecœur, Zoro et moi avions choisi de ne pas partir seuls afin de rassurer nos camarades : ce n'était pas parce que nous étions en couple que nous comptions laisser de côté nos amitiés avec chacun d'eux. Robin avait donc regardé partir tout le reste de l'équipage, gardant un œil sur le Merry et un autre, de plus loin, sur nous tous.
Pendant notre petit périple, j'avais discuté avec Nami et regardé Zoro ; j'avais blagué avec Usopp et reluqué Zoro ; j'avais amusé Chopper et observé Zoro ; j'avais chanté avec Luffy et contemplé Zoro. Mais j'avais la tête ailleurs et Nami me rappelait parfois à l'ordre, Usopp me réexpliquait certaines de ses farces, Chopper tirait de temps en temps ma chemise et Luffy me reprenait sur quelques paroles. Pourtant, ils avaient tous l'air enchantés de nos efforts et c'était l'essentiel. Zoro, lui, avait répondu intensément à chacun de mes regards et je brûlais d'envie de rejoindre le navire pour me coller violemment à son corps, pour le couvrir de baisers et de caresses, pour… Je rougis bêtement face à mes pensées adolescentes que je ne me sentais pas prêt à assumer et jetai discrètement un énième coup d'œil à mon bretteur. Lui aussi avait les joues bien trop colorées et le souffle court.
Le désir brûlant que nos retenues n'empêchaient plus, semblait réveiller en nous, bien plus qu'une flamme curieuse, un brasier ardent que je craignais incontrôlable. Cette chaleur n'était pas qu'une douce envie de tendresse mais un appétit insatiable de son corps, une avidité de sa débauche. J'espérais, je voulais, je convoitais la tendre violence de nos plaisirs jusqu'à l'extase. Cette même soif d'ivresse que je lus en mon partenaire m'enivra puis me dérouta et me ramena finalement à la réalité en même temps que lui. Nos envies, troublantes de brutalité, me parurent brusquement dangereuses de part leur démesure. Elles étaient bien plus profondes que je ne l'imaginais et ne pouvaient remonter à seulement quelques jours. Non, ces envies que je n'osais encore envisager d'assouvir avaient du me tirailler depuis bien longtemps déjà.
Sur le retour, je me concentrai pour ne plus penser à ce torse puissant et ses muscles si bien tracés que j'avais eu le loisir bien trop court d'apercevoir… Ne plus songer à ce qui devait fatalement se trouver un peu plus bas, d'un côté comme de l'autre… Ne plus m'inventer les caresses qui le feraient frémir et celles qui le feraient soupirer…
Mais… c'était peine perdue.
Rêver de notre union si parfaite de virilité qui scellerait notre choix… Deviner les paroles qu'il m'offrirait au bord de la jouissance… Ecrire notre explosion de bonheur et son apaisement soudain dans la félicité…
« SANJI !
- Ah heu… Excuse-moi Nami… J'avais la tête un peu… ailleurs ?
- Pas que la tête si tu veux mon avis !
- Tu disais ?
- Et bien… C'est juste que nous sommes arrivés… On t'aide à ranger ou tu préfères trier toi-même ? Bien sur les autres vont porter ça jusqu'à la cuisine mais… »
Elle avait du continuer un moment son monologue car j'entendais encore le son de sa voix sans en comprendre le sens. Rien d'autre n'avait atteint mon cerveau que ces quelques mots : « nous sommes arrivés »… Au navire, pour eux, bien évidemment. Mais ces paroles avaient sonné en moi comme une évidence, comme une fatalité… Il ne s'agissait pas d'un simple retour mais, au contraire, d'un aller simple, d'un envol… Zoro et moi étions arrivés en salle d'embarquement pour nos rêves, nos fantasmes. Et sans doute le septième ciel. J'avais l'intuition qu'il n'y aurait pas d'escale.
Soudain, j'eus peur, terriblement peur. De cette passion bien trop sauvage. De lui. De moi. De nous…
Car je n'étais pas en mesure de contrôler quoique ce soit…
Finalement, l'équipage avait suivi mes consignes de rangement (que je devrais sans doute recommencer par la suite) pour me permettre de préparer au plus vite le repas de midi. Une fois nos estomacs bien remplis, nous nous rassemblâmes sur le pont pour voir disparaître cette île si étrange.
« Au fait, intervint Chopper, vous saviez quel était le comble du vieux croûton ?
- J'y ai réfléchi aussi, répondit Usopp, je ne vois qu'une seule chose… Mais ça serait vraiment trop bête…
- Dis toujours !
- Et bien, d'être assis, non ?
- Rassis… … … Tu crois que c'est pour ça qu'il… reste là ?
- Il n'a quand même pas l'intention de réaliser ce comble jusqu'à la fin de sa vie ? ajoutai-je.
- Il ne pourrait pas simplement se relever ? supposa Nami.
- Il n'y a peut-être pas pensé… termina Robin dans un sourire.
- … »
Et sur ces mots difficilement qualifiables, le rivage disparut dans la brume. Après un silence, mes camarades quittèrent le pont pour reprendre leurs activités : Nami à ses cartes, Robin à ses livres, Chopper à ses traitements, Usopp à ses inventions et Luffy à la tête du Merry, la sienne résolument tournée vers l'horizon. Ils avaient du sentir la tension qui régnait entre Zoro et moi car ils étaient partis bien vite, parfois sans réels projets. Mon amant ne put se retenir plus longtemps et se glissa derrière moi, m'enserrant de ses bras. Je sentis la même fièvre qu'un peu plus tôt, nous reprendre, bien trop forte.
« J'en pouvais plus… T'avoir à portée toute la matinée et ne rien pouvoir faire… Je crève d'envie de…
- Tu avais pourtant l'habitude d'attendre avant…
- Oui mais là, je n'ai plus rien pour me retenir… »
Ses lèvres s'étaient déposées dans mon cou, aussi tendrement que sauvagement. Il poursuivit :
« Usopp m'a dit qu'il avait… terminé d'aménager notre chambre… On devrait peut-être aller jeter un œil et on y serait… plus tranquilles. »
Ça va aller.
Il m'avait entrainé jusqu'au dortoir que nous avions redécouvert. Une cloison avait été ajoutée, réduisant l'espace commun mais nous offrant ainsi une petite zone d'intimité où il y avait juste la place d'installer un lit, spécialement conçu pour l'occasion. Zoro, trop heureux, m'avait poussé gentiment, me forçant à m'allonger, prenant place à son tour au-dessus de moi.
Ça va aller.
Il avait joint nos lèvres tendrement pendant que ses doigts couvraient mon corps de caresses appuyées. Son baiser se fit plus bestial et ses mains plus douces. Je le sentais tiraillé entre passion et tendresse. La chaleur m'avait aussi submergé, bien trop vite, et j'avais répondu, hésitant, à ses attentions, aussi violent qu'affectueux.
Ça va aller.
Brusquement, il commença à enlever un à un les boutons de ma chemise. Lentement, il la fit glisser de mes épaules pendant que sa langue avide découvrait mon cou. Brutalement, je retirai son t-shirt, dévoilant son torse si désirable, si désiré. Doucement, je retraçais ses muscles lui soutirant de légers râles et d'embarrassants frissons.
Ça va aller.
Mes mains, empressées, regagnèrent son dos nous rapprochant l'un de l'autre et descendirent discrètement. Mon cœur, égaré, battait à tout rompre. Mon souffle, affolé, se fit irrégulier. Mon corps, effrayé, se mit à trembler.
« Ça va aller. »
Zoro avait suspendu ses gestes puis s'était redressé, se libérant de mon emprise avide. Il me dévisagea longuement après avoir murmuré ces quelques mots rassurants. Il attendit que je calme ma peur et mon ardeur à la fois avant de serrer ma main dans la sienne. Puis il s'étendit à mes côtés et me prit délicatement contre lui, veillant à ne pas rallumer le brasier qui prenait beaucoup trop facilement entre nous. La chaleur qui nous couvrait maintenant n'avait plus rien d'excessif, elle est douce et rassurante, à l'image de ce que mon amant avait toujours été pour moi. Soulagé, je lâchai honteusement mon excuse de trop vouloir et de ne pas pouvoir :
« Pardon…
- Chut… Nous avons le temps, n'est-ce pas ? »
Alors que je ne contrôlais plus rien, il avait su nous arrêter, contre nos grés, pour notre bien. Il avait raison, ce n'était pas la peine d'aller plus vite que ce que nous étions prêts à accepter. Nous avions seulement à profiter de l'instant présent. Le reste viendrait naturellement. Je sentis une douce torpeur s'emparer de moi. Oui, tout était parfait.
Trop perdu dans ses propres détresses, Sanji n'avait voulu voir dans la voix de Zoro que son assurance et sa sérénité. Il omit pourtant cette sourde inquiétude qui s'insinuait aussi surement en son amant que l'évidence que celui-ci ne serait bientôt plus capable de se passer de son homme. Zoro serra le corps de son amant un peu plus fort contre lui, cherchant à se rassurer lui-même. Ils avaient le temps, n'est-ce pas ?
