"Nezumi !"
La lycéenne sursauta quand sa meilleure amie vint bondir sur elle dans son dos, prise au dépourvus, pour l'étrangler dans ses larges bras. Remarquant que Nezumi ne se retourna pas pour lui briser les côtes contre son cœur, Maiko la lâcha et alla devant elle inspecter du regard le regard inhabituellement neutre de son amie.
"Qu'est-ce-qui t'arrive ? Tu en fais une drôle de têtes, pour un mardi.
-Un mardi n'a rien d'exceptionnel, comparé aux autres jours.
-Mais ce mardi est différent ! Nous allons suivre désormais les cours du plus beau prof du lycée ! Notre ancienne prof de maths aurait dut partir plus tôt en congé maternité, si j'aurais sus qu'elle serait aussitôt remplacé par ."
Nezumi se rappelle de ce professeur. Un grand homme au visage charismatique qui captive le regard de son amie chaque fois qu'elles le croisent dans les couloirs. Il a dans la quarantaine, d'après des élèves de leur classe qui l'auraient déjà eus en professeur principal, mais il paraît deux fois moins plus âgé. Maiko trépigna d'impatience quand les deux filles s'approchèrent de leur salle de cours habituel.
"Jamais je n'aurais crus le voir un jour derrière un bureau. Je te préviens tout de suite, on monopolise d'office le bureau collé au sien. Je tiens à être au plus près du magnifique .
-Toi qui me supplie en temps normal d'occuper les tables du fond...
-Déjà tu vas mieux. Allez, sourie et profitons de ce merveilleux miracle qui ne se reproduira plus une fois que nous aurons quitté le lycée. C'est notre seule chance de partir dans la vie active en gardant en tête les sublimes cours qu'il nous aura prodigué."
Nezumi se mit à sourire. Une fois que sa meilleure amie est lancée, elle se lance dans de longues tirades qu'elle dédie aux hommes qui lui ont un jour accordé de l'attention. Il aura fallut que ramasse un livre qu'elle a fait tomber accidentellement de ses bras pour devenir son prince charmant. Maiko sautilla autour d'elle, le cœur amoureux aussi léger qu'une plume.
Mais ce sourire ne se conserva pas très longtemps. Nezumi laissa son amie prendre de l'avance et réservée pour elles leur bureau pour les deux prochaines heures d'arithmétiques. Elle se stoppa devant les toilettes et y entra. Des filles papotent paisiblement en attendant la sonnerie pour ensuite se précipiter en cours et prétexter qu'elles ont raté leur train ce matin. Nezumi se tourna vers un miroir et détacha sa queue de cheval pour la refaire. Mais aussi pour prendre le temps de se raisonner. Depuis qu'elle est sortie de chez elle, ses sens sont en alertes. Chaque fois qu'elle croise un regard marron, elle baisse les yeux et accélère sa vitesse de marche. Après une vingtaine de pas elle a couru jusqu'à son école pour ne plus avoir à attarder son regard dans ceux lui rappelant les yeux du jeune homme à la faux. A son visage d'enfant impassible, a son visage de poupée figé. A son regard perçants. A son corps dégoulinant du sang qui n'a laissé aucune trace de son passage. A ce sang puant qui lui donne des nausées quand l'odeur lui revient en mémoire.
Elle se retrouva seule aux toilettes, elle pencha son visage au dessus du lavabo mais aucune bile amère ne remonta. Elle se passa de l'eau sur le visage, se donna des claques humides puis se sécha avec ses manches. Elle ne peut laisser cet incident détruire son quotidien. Si celui-ci a l'intention de la revoir et de gâcher son existence, autant en profiter quand elle le peut encore. Nezumi sortit des toilettes et reprit la direction de la salle de mathématiques.
Elle regarda droit devant elle, sans prendre attention aux regards se posant sur elle. On la devine nerveuse. Nezumi n'a plus peur des élèves. Ce n'est pas... comme si... elle allait de nouveau... croiser le regard noisette d'un adolescent me frôlant le bras avant de disparaître dans la foule.
*** Nezumi
"Non mais tu l'as vus ? Je n'ai pas rêver, tu l'as bien pus poser son regard sur moi ?"
Je hochai péniblement de la tête. Pour la treizième fois de la journée je dois confirmer à Maiko que notre nouveau professeur de mathématiques a posé son regard sur elle dès son entré dans la salle. Ca ne veut pas dire grand chose, mais ça lui fait plaisir. Je fixai mes baguettes, songeuse. Ces yeux noisettes... Comment est-ce possible que je les retrouve ici ? Ce jeune homme est donc un lycéen de mon établissement ? Il est en âge d'être en première année, mais je n'ai jamais pensé que je puisse le recroiser ici. J'aurais pus ne jamais le croiser dans l'enceinte du lycée. M'a-t-il reconnu ?
"Nezumi ?
-Excuse-moi, je pensai à quelque chose.
-Tu ne pensais pas à quelqu'un ?
-A quelqu'un... répétai-je.
-Ce n'est pas , au moins ? Il y a intérêt, car il m'est réservé !"
Maiko poussa sa barquette de carottes râpées du bras. Les légumes finement tranchés tombèrent devant un groupe d'élève qui protesta. Elle échangea des jurons avec ceux-ci, je conservai mon visage tourné vers mon plat de riz et le consomma en sommant d'ignorer ma susceptible amie. Je remarquai des griffes sombres sur la table, face à moi. Je levai mon menton et sursauta en voyant une hideuse créature installée à proximité de moi. J'en tombai de ma chaise, ce qui attira l'attention de Maiko et des garçons. Ces derniers ricanèrent et s'éloignèrent en pointant dans leur dos un doigt d'honneur dans notre direction.
"Qu'est ce qu'il t'arrive, Nezumi ?"
Quelle est cette chose ? Elle est hideuse, me fixe avec des yeux globuleux et arbore un sourire avec des canines acérées. Je me relevai et pris la fuite. Loin du réfectoire. Loin de ce monstre qui aurait put me boulotter sans que Maiko ne le remarque si elle aurait continuer son échange verbale avec les élèves. Je sortis dans la cour, partis écraser mon torse contre un arbre et m'affalai au sol. Je levai mon nez vers le ciel clair. Qu'est ce que j'ai vus ? Le croque-mitaine ? Un fantôme qui voulait me demander une requête pour qu'il puisse connaître le repos éternel ? Un démon ?
Des pas se rapprochèrent de moi. Je gardai le menton levé, faisant mine d'ignorer ce vagabond. Il se stoppa, je dus le regarder. Je ne pus ravaler ma salive devenue glacée en reconnaissant le jeune homme croisé dans les couloirs. De près, je remarque qu'il ne ressemble pas à l'homme à la faux. Il est plus grand, ses cheveux sont plus sombres et son regard plus vivant. Plus conciliant.
"Tu n'as jamais vus de dieux avant ?"
