Chapitre 22 L'ours

Le soleil se levait réchauffant doucement l'air. Tony s'éveilla fourbu et resserra machinalement les bras autour du corps chaud. Il respira son odeur. Dieu qu'il l'aimait. Elle était tellement tout. La jeune femme dos à lui, sentant sa présence, se retourna pour se blottir un peu plus dans ses bras. Tendrement il lui vola un baiser auquel elle répondit sans ouvrir les yeux. Elle ne voulait pas reprendre pied dans la réalité de la situation pour le moment. Elle avait juste envie d'être avec lui. Il la laissa replonger. L'avantage dans leur aventure c'est qu'au moins elle ne se levait plus à cinq heure du mat', le froid les empêchant bien souvent de trouver un sommeil correct. Il ne savait pas s'il devait définir leur relation de couple pour le moment. Oui, ils étaient proches, oui ils passaient régulièrement la nuit ensemble, mais étaient-ils un couple ? Les frontières dans leur relation n'étaient pas vraiment très clairs et ne l'avaient jamais vraiment été mais là ils naviguaient dans un brouillard épais. Il se laissait aller, voir ce que ça pouvait bien donner. Finalement il décida de la lever, il fallait trouver du secours rapidement, il avait trop mal aux poumons et ne savait pas encore combien de temps, il tiendrait pour la mettre à l'abri. Ils se mirent en marche en silence, le ventre vide. Le feu qui les avait maintenus en vie toute la nuit avait fait fuir le potentiel gibier qu'ils auraient pu attraper. Ils prirent soin d'éteindre le feu correctement puis rassemblèrent leurs affaires avant de se mettre en marche.

Cinq heures plus tard…

Le vent soufflait, rendant la marche assez difficile aujourd'hui, après plusieurs heures de marche, Tony abandonna la jeune femme à l'abri d'un arbre et décida de partir en chasse. Ziva, de son coté peinait à allumer un feu. L'air était humide et froid aujourd'hui et le vent n'arrangeait rien. Plus loin et après quinze bonnes minutes infructueuses, Tony repéra enfin un lapin. Celui-ci n'était pas très gros mais tant pis, ils avaient trop faim. Pourtant une quinte de toux s'empara de lui au moment ou il allait se saisir de l'animal. Épuisé, il s'adossa à un arbre, et toussa violemment. Sa toux commençait sérieusement à l'inquiéter. A ce niveau là ça n'était plus un simple rhume, ni même une bronchite et il le savait. Il ne souhaitait qu'une chose, trouver du secours à temps où il mourait. Non il ne pouvait pas mourir. Cela signifierait la mort de Ziva également. Bien des fois, il maudissait cette dépendance qu'ils avaient l'un envers l'autre. Soudain un grognement puissant déchira le silence et une nuée d'oiseaux non loin de là s'envolèrent affolés. Ziva ! Une sueur froide lui coula dans le dos pendant qu'il se mit à courir pour rejoindre sa compagne. Ses poumons le brulaient menaçant d'exploser, mais il s'en fichait et accéléra le pas. Approchant de l'endroit où il avait laissé Ziva, il ralenti le pas et vit avec horreur l'ours debout défiant Ziva. La jeune femme paraissait calme et déterminée. Il avait peur de la réaction de la jeune femme, et il n'était pas sûr qu'elle sache comment se comporter. Mais soudain la jeune femme fit un pas en arrière et l'ours lui donna un violent coup de patte. Projetée contre un arbre tout proche, Ziva perdit connaissance. Réagissant à la seconde, Tony s'empara d'une branche qui dépassait du petit feu de camp qui avait du mal à prendre et l'agita fortement devant l'ours qui finit par rendre les armes et filer au pas de course. Tony reposa la branche dans le feu avant de se précipiter vers Ziva, ce n'était pas le moment de perdre leur seul moyen de défense. Sa partenaire était affalée, inconscience son pull mauve déchiré et ensanglanté. Lui qui n'avait pas prié depuis longtemps, les récitait à mi voix à défaut. Il tâta son pouls en posant sa main sur la blessure. Son cœur battait. Il remercia le ciel. Et lui tapota la joue pour lui faire reprendre conscience. Quand elle ouvrit les yeux, il vit l'espace d'un instant toute la fragilité de sa compagne.

Ziva : Tony, il faut que je te dise quelque chose…

Tony : Plus tard amour. Il faut que je te soigne…

Ziva : Écoute-moi…

Tony : Garde tes forces.

Ziva : Je suis désolé Tony. Désolé de ne pas t'avoir fait confiance pour Jeanne et pour Michael.

Tony : Ziva ne m'oblige pas à te donner un ordre.

Ziva : Et le pire dans tout ça, c'est qu'il n'y a toujours eu que toi. Et que tu as toujours été là, même quand je t'ai repoussé, que j'ai souhaité ta mort. Tu ne me m'as pas lâché, tu es venu me sauver.

Tony : Chut, mon amour, ne bouge pas. Tu me fais confiance ?

Elle le fusilla des yeux. Mais il ne put y lire que la souffrance. Pourtant il devait le faire, pas le choix.

Tony : Tu me laisses regarder ta plaie ?

Elle hocha la tête et il ramassa un petit bout de bois qu'il glissa entre les mâchoires de la jeune femme. Doucement il s'obligea à retirer sa main. La plaie saignait, il fallait absolument qu'il stoppe l'hémorragie. Le coup de griffe n'était pas très profond. S'il arrivait à trouver les bonnes plantes, il pourrait très certainement empêcher l'infection qui dans tous les cas gagnerait sa compagne si elle restait comme ça. Par chance, il en avait vu à moins d'une heure de marche mais pour ça il faudrait revenir sur leurs pas. Il irait plus vite seul mais… Il avait affaire à un cruel dilemme. Ziva cracha le bout de bois pour pouvoir parler.

Ziva : Commence par le commencement.

Tony : Oui. Sans anesthésique tu vas souffrir.

Ziva : Fais le, j'ai vu bien pire.

Tony : Je n'en doute pas.

Il récupéra sa besace et en sortit du fil et une aiguille d'une doublure dissimulée, il aimait avoir en plus de son ordinateur, de quoi faire. Un peu à la MacGyver. Il désinfecta l'aiguille dans les flammes et remit le morceau de bois dans la bouche de Ziva et après avoir épongé le sang avec un linge, il se mit à la recoudre. La plaie était longue et elle garderait certainement une cicatrice, une de plus sur son corps frêle. Son dos, son oreille jusqu'à son épaule, et maintenant son autre épaule. Ziva souffrait en silence. Elle était tellement courageuse, elle était capable d'endurer tellement… Il se demandait quel pouvait être son point de rupture. Il fit le plus vite possible, et quand il noua le dernier point, Ziva était au bord de l'inconscience. Il lui tapota les joues pour la faire revenir. Elle ouvrit les yeux.

Tony : (en langue des signes) Ziva, je vais devoir partir, je vais te laisser là.

Ziva : Reste…

Tony : (en langue des signes) Il faut des herbes médicinales, sinon tu vas être très malade…

Ziva : Ne me laisse pas seule…

Tony : (en langue des signes) Ziva, je n'ai pas le choix. Je vais te laisser mon ordinateur. Je veux que tu veilles dessus.

Ziva : Ton truc… Il marche même plus.

Tony : (en langue des signes) Il est quand même précieux.

Elle serra l'ordinateur de son bras valide contre elle, pendant qu'il ravivait les flammes pour faire une belle flambée. Au moins si l'ours revenait, il n'approchait pas d'elle.

Tony : (en langue des signes) J'en ai pour au moins deux heures.

Elle lui signa un « Je t'aime » et il lui posa un baiser sur le front avant de partir.

Trois heures plus tard…

Il avait mit du temps, trop de temps à son gout mais il avait eu du mal à retrouver la piste qu'ils avaient suivit. Il avait peur, mais il la savait robuste. Et quand il revint, elle était là appuyée contre l'arbre, où il l'avait laissé. Elle semblait épuisée et serrait l'ordinateur sous son bras, il esquissa un sourire et mit de l'eau à bouillir. Doucement il y glissa les herbes médicinales, puis remua avec un petit bout de bois. Quand il jugea que le temps accordé était écoulé, il les récupéra, et fit un cataplasme avec. Avec mille précautions, il le posa sur la blessure de la jeune femme qui grimaça de douleur.

Ziva : Alors toubib' ?

Tony : Tu as de la chance que j'ai suivi le stage du Mossad sur les soins médicaux !

Ziva : Je l'ai fait aussi…

Tony : Tu as dormi sur toute la partie sur les plantes.

Ziva : Parce que s'était assommant !

Tony : Oui et bien aujourd'hui ça va t'éviter la septicémie.

Ziva : Il faut repartir…

Tony : Tu as besoin de repos.

Ziva : Je…

Rassurée par sa présence, Ziva se laissa aller dans les limbes de l'inconscience contre lesquels elle luttait depuis des heures. Tony la déplaça doucement après avoir installé leur couche de fortune.

TBC