Chapitre 43 Faire taire la douleur
Domicile de Jethro Gibbs. Salle de bain. Le lendemain.
Complètement nue, enfermée dans la salle de bain, ses cheveux relevés, Ziva s'observa dans le miroir. Son corps n'était clairement plus celui qu'elle avait à son arrivée au NCIS. Elle avait fini par s'accepter comme elle était, mais ça n'avait pas été simple. Et encore aujourd'hui, elle se demandait comment Tony pouvait la trouver attirante. Oh ses formes étaient harmonieuses, à en faire pâlir n'importe quel homme mais nue, son corps était zébré de cicatrices. Son dos et son flan à cause de Saleem, son épaule à cause de l'ours, son oreille jusqu'à son épaule par l'explosion et maintenant ce bandage à la main pour avoir passé la main à travers une porte fenêtre... Elle sentit le malaise l'envahir et son cœur se tordre de douleur. Attrapant son pyjama de satin, elle l'enfila en vitesse pour ne plus voir ce corps qui lui faisait si mal, fouillant dans les affaires de Gibbs, elle récupéra une lame de rasoir puis se laissa tomber à terre. Les nerfs en pelote, elle se mit à se balancer d'avant en arrière. Tenant la lame le long de son poignet gauche, elle hésita quelques secondes quand l'image de Tony s'imposa à elle. Tony… Son seul repère dans la vie. Elle avait la sensation que lui aussi n'en pouvait plus qu'elle était devenue un boulet pour lui dans son entreprise de sauver Alaina. Elle observa quelques instants le bandage de sa main gauche puis enfonça la lame dans la peau pâle de son poignet partant de la base et remonta doucement. Elle se sentit mieux à l'instant même ou le sang commença à perler le long de sa peau. Le précieux liquide rouge accéléra doucement sa course vers le sol. Ziva se sentit nauséeuse et d'un coup brusquement la crise démarra, se roulant sur elle-même, Ziva se mit à hurler. La douleur lui vrillait les tympans.
Pendant ce temps…
Installé dans le salon, Gibbs récitait avec Louanne des comptines et des devinettes en langue des signes au plus grand plaisir de l'enfant. Mais l'agitation de Jack empêchait clairement Gibbs de se concentrer sur le jeu.
Louanne : Il a un problème Jack ?
Gibbs : Je ne sais pas.
Louanne : A la maison il fait rarement ça. Sauf quand maman…
Gibbs : Jack ! Va te coucher !
Mais le chien ne fit que gratter encore plus fort à la porte de la salle de bain, laissant échapper des gémissements à fendre le cœur.
Gibbs : Jack ? Un problème ?
L'animal poussa un hurlement, avant que le cri de sa maitresse ne déchire le silence.
Gibbs : Merde !
Il signa à Louanne de ne pas bouger. Et se dirigea vers la porte de la salle de bain. Comme il s'en doutait, celle-ci était verrouillée de l'intérieur.
Gibbs : Jack conduit Louanne dehors !
Mais l'animal continuait à faire les cent pas devant la porte, voulant absolument entrer dans la petite pièce. La plainte de Ziva stoppa enfin pendant que Gibbs enfonçait la porte. Le spectacle qui découvrit lui glaça le sang. Ziva en boule sur le sol, quasiment inconsciente ou du moins inconsciente du monde qui l'entourait, baignant dans une marre de sang. Il entra dans la pièce en même temps que l'animal.
Gibbs : Ziva…
Il ne voyait pas le visage de la jeune femme, mais son teint était livide. Sortant son téléphone portable il composa le 911, et attendit.
Gibbs : Jack si tu veux que je sauve ta maitresse, sauve toi !... Oui, une ambulance au…
Il observa le husky se positionner à l'entrée de la pièce pendant qu'il attrapait des serviettes propres, son portable coincé contre son oreille. Enroulant le poignet de Ziva pour faire pression, puis il vérifia ses constantes.
Gibbs : Merde Ziva, qu'est ce tu nous fais ?!
Il préféra ne pas la toucher, composant un autre numéro, avant de raccrocher. Il ne pouvait pas prévenir Tony, il aurait pris des risques inconsidérés pour la rejoindre. Non, si, il fallait qu'il l'appelle, il risquait de lui en vouloir sinon. Il se trouvait devant un dilemme, la relation entre ses deux là était trop complexe et il n'était clairement pas psychologue. Tant pis, il composa le numéro de son agent et attendit, au loin, il entendait déjà les sirènes de l'ambulance.
Tony : DiNozzo.
Gibbs : DiNozzo, dépose Alaina à la base militaire et rejoint moi à Bethesda.
Tony : Qu'est ce qui se passe ? Est-ce que Zi est… ?
Il sentait clairement l'affolement et l'angoisse dans la voix de l'italien, comme si la mort de sa compagne était la pire chose qui puisse arriver. Et à bien y réfléchir d'après ce que lui avait dit Ducky, il s'agissait de la pire chose qui puisse lui arriver. La mort de l'un entrainera la mort de l'autre, voilà ce qu'on lui avait dit. Non, il ne fallait pas que ça arrive. Jamais ! Il pressa un peu plus fort sur la plaie donc le sang avait coloré le tissu éponge de sa couleur rouge sombre et commençait déjà à suinter entre ses doigts, apparemment elle ne s'était pas loupé.
Ambulancier : (à l'entrée de la maison) Y'a quelqu'un ?
Gibbs : Ici ! (à Tony) Dépose d'abord Alaina. David n'est pas morte.
Tony : D'accord.
Encore une fois il sentit les émotions transparaitre dans sa voix, une forme de soulagement mêlé d'inquiétude.
Bethesda. Deux heures plus tard.
Les enfants David-DiNozzo dispersés, Alaina à la base militaire, Louanne chez Abby, Tony et Gibbs s'étaient retrouvés dans le couloir de l'hôpital à attendre des nouvelles de leur collègue et amie. Tony était calme, un peu trop calme peut-être. Debout, appuyé contre un mur, il semblait perdu loin dans ses pensées. Dans un passé, plein de tortures psychologiques, de douleur, d'obéissance et d'amour. Un amour qui avait tout défié envers et contre tout et tous. Un amour, son amour, son âme sœur. Lui aussi avait connu la sienne, Shannon, après elle il n'avait été qu'un mort en sursis, et puis Kate était entrée de manière fracassante dans sa vie, et il n'avait rien trouvé de mieux que de lui offrir un poste au lieu de l'inviter à diner. La peur d'un nouvel échec peut-être. Mais avec ce qu'il savait aujourd'hui, ça n'aurait pas vraiment marché entre eux. Coincée dans une spirale sans émotion, Tony lui avait dit qu'elle avait commencé à aimer grâce à lui mais que ça aurait prit du temps. Des années surement. La vie était cruelle et injuste, il le savait aujourd'hui.
Gibbs : Tony.
Tony : Ne m'adresse pas la parole Gibbs, je ne suis pas sûr de pouvoir me contenir.
Gibbs : Il faut pourtant bien que ça sorte.
Tony : Ah tu veux que ça sorte ! D'accord ! (haussant la voix) Pourquoi ? Pourquoi tu l'as laissé seule ? Je t'avais dit qu'elle n'allait pas bien ! Si elle…
Infirmière : Un peu de silence, vous êtes dans un hôpital !
Le jeune agent observait son ainé avec colère. S'il avait pu il lui aurait mis son poing sur le nez. Au lieu de ça, il garda sa rage en lui, se contentant de la colère.
Gibbs : Si elle quoi ? Dis-le !
Tony : Si elle meurt, je… C'est trop dur. Ca ne peut pas arriver, pas elle.
Gibbs : Elle vivra, j'en suis certain. Elle est forte.
Tony : Pas tant que ça.
Gibbs : Fais lui un peu confiance.
Tony : Elle a toujours dit qu'elle partirait avant moi.
Gibbs : Tony ! Cesse un peu !
Un médecin les sortit de leur échange plutôt houleux pour la plus grande satisfaction des deux. Tony n'appréciait pas vraiment d'affronter ainsi celui qu'il s'était choisi pour Contrôleur. Et Gibbs tolérait modérément cet excès de colère même s'il savait qu'il était inévitable et permettait à Tony d'évacuer son stress.
Médecin : Monsieur DiNozzo ?
Tony : C'est moi.
Médecin : Je suis le docteur Sam Giraudoux. J'ai été en charge de votre femme à son arrivée.
Tony : Comment va Ziva ?
Médecin : Madame David-DiNozzo a eu de la chance qu'elle soit prise à temps, mais son état psychologique m'inquiète un peu. J'ai eu accès à son dossier médical et j'ai vu qu'elle a été victime de tortures, a perdu l'audition dans une explosion et a eu une pneumonie après plusieurs semaines en pleine nature.
Tony : Oui, je sais dans les deux derniers cas, j'étais avec elle.
Gibbs : Docteur, l'état psychologique de l'agent David est sous contrôle. Le docteur Mallard qui doit arriver se charge personnellement d'elle.
Médecin : Comprenez que son état est grave, elle a fait une tentative de suicide…
Tony : Ca n'en était pas une ! Je veux voir Ziva !
Médecin : Calmez-vous… Madame DiNozzo s'est ouvert le poignet sur pratiquement huit centimètres et…
Gibbs : Tony va faire un tour une minute.
Tony : Non.
Gibbs : C'est un ordre.
De mauvais gré, le jeune homme s'éloigna quelque peu laissant Gibbs et le médecin en tête à tête.
Gibbs : L'agent David subit des graves bouleversements dans sa vie en ce moment. Elle vient juste de retrouver sa fille qu'elle pensait morte et l'adaptation est très difficile ajoutez à ça le passé comme vous l'avez dit, assez lourd de Ziva vous comprendrez qu'elle finisse par craquer. Mais si vous mettez tentative de suicide dans son dossier, elle perdra son travail. Et il ne le vaut mieux pas pour elle. Elle a travaillé dure pour en arriver où elle est et…
Médecin : Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne vous garantie rien.
Gibbs : Merci.
TBC
