Chapitre 2
Il se réveilla en sursaut. Il était en sueur. Il venait encore une fois de faire un cauchemar. Cela faisait trois mois que nuit après nuit, il rejouait cette horrible scène. Il revivait sans cesse le jour où sa muse avait été la cible d'un sniper. Et chaque fois, il se revoyait lui avouer ses sentiments, elle lui souriait et avec effroi, il la sentait quitter ce monde.
Dieu merci, ce n'était qu'un horrible rêve. Elle avait survécu…
Mais il était perturbé. Il n'avait plus eu de ses nouvelles depuis le jour où il était allé lui rendre visite à l'hôpital. Elle lui avait dit avoir tout oublié des événements qui avaient précédés son agression. Elle n'avait donc plus aucun souvenir de sa déclaration. Puis, Elle lui avait demandé du temps. Il avait alors accédé à sa demande, pensant la revoir quelques jours plus tard.
Mais elle ne l'avait pas recontacté…
Au début, il avait continué à aller tous les jours au 12th pour aider Ryan et Esposito à enquêter sur le tireur. Puis, il avait espacé ses visites jusqu'à ce que le nouveau capitaine lui interdise définitivement de mettre les pieds au commissariat. S'il l'avait voulu, il aurait pu plaider sa cause auprès de son ami le Maire, mais il y avait renoncé.
A quoi bon poursuivre ses investigations, alors que la principale intéressée n'en avait cure. Avec le temps, son inquiétude pour la détective s'était transformée en colère. Pourquoi se morfondre pour une femme qui ne s'en souciait guère.
Et pourtant, ses nuits étaient hantées par ces cauchemars.
Il tourna la tête sur sa droite pour lire l'heure sur son radio-réveil. Il affichait 7H37. Il ne devait pas trop tarder à se lever. Aujourd'hui, le dernier tome de sa saga allait faire sa sortie officielle.
Il avait eu du mal à le terminer. Suite à tous les événements, il avait été en manque d'inspiration. Mais il avait trouvé une belle fin. Il avait réussi à faire passer tous les sentiments qu'il avait éprouvés, et il était assez content du résultat.
Il se leva, se dirigea vers la salle de bain, fit couler l'eau dans la douche et se dévêtit. Il pénétra dans la cabine et se laissa asperger par le liquide bien chaud. Il tenta de se relaxer et de faire disparaître les contractures acquises pendant la nuit. Il ferma les yeux.
Immédiatement et contre sa volonté, ses pensées se tournèrent à nouveau vers la jeune détective. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle. Où était-elle ? Que faisait-elle en ce moment ? Pourquoi ne lui donnait-elle pas de ses nouvelles ? Et si elle était en danger et dans l'incapacité de le contacter ?
A cette idée, il se sentit envahir par l'angoisse, et son cœur ainsi que sa respiration se mirent à accélérer sans qu'il puisse les maitriser. Il appuya ses deux mains contre un des murs de la cabine. Il se força à reprendre le contrôle de ses sentiments. Il y parvint doucement et soupira pour évacuer le reste de son stress.
Il fallait qu'il arrête de penser à elle…
Il se releva, et sentant les raideurs musculaires le quittaient petit à petit, il se savonna. Après s'être rincé, il sortit en saisissant une serviette avec laquelle il s'essuya puis qu'il enroula autour de la taille.
Se passant les doigts dans les cheveux pour les remettre en place, il fit face au miroir et commença à se raser. Une fois terminé, il se brossa les dents, puis se coiffa. Il termina sa toilette en s'aspergeant de son eau de toilette.
Il sortit pour rejoindre sa chambre où après quelques minutes d'hésitation, il choisit de s'habiller d'un pantalon de complet de flanelle bleue, d'une chemise blanche et de la veste qui complétait le costume.
Satisfait du résultat, il quitta sa chambre et descendit vers la cuisine où Alexis et sa mère l'attendaient. La plus jeune des rouquines releva la tête à son arrivée et lui adressa un sourire joyeux.
« Bonjour papa, bien dormi ? »
« Très bien Pumpkin, je te remercie » lui mentit-il.
Il s'approcha de sa fille et l'embrassa sur le front en lui caressant les cheveux. Puis, Il se tourna vers sa mère et lui déposa un baiser sur la joue.
« C'est le grand jour aujourd'hui mon fils » déclara l'actrice avec un sourire crispé, « tu te sens nerveux ? »
« Non mère, contrairement à toi, je suis très serein. »
« Et bien tu devrais Richard. Tu sais le succès ça vient, ça part, j'en sais quelque chose ! » répliqua Martha.
« Oh grand-mère ! »
« Laisse faire chérie, ta grand-mère est plus nerveuse que toi et moi réunis. C'est sa façon à elle d'évacuer son stress, et de me préparer au pire. Mais tu sais mère, je suis personnellement satisfait du travail que j'ai fourni. Maintenant, si mes fans n'apprécient pas mon dernier roman, que puis-je y faire ? De toute façon c'est trop tard. Mais je te rassure, ils vont l'aimer. »
« J'espère que tu as raison mon fils » rétorqua la plus âgée des rouquines.
Castle se servit un café, prit quelques pancakes préparés par sa fille et s'installa sur le tabouret libre à côté de sa mère. Ils prirent leur petit-déjeuner en conversant avec bonne humeur.
Pendant leurs échanges, Martha ne cessait de scruter son fils. Elle n'était pas dupe. Elle était sûre qu'il avait encore passé une très mauvaise nuit, et il avait les yeux tristes et éteints. Elle en connaissait la raison et ça n'avait rien à voir avec la sortie de son dernier roman.
« As-tu des nouvelles du lieutenant Beckett ?» demanda-t-elle à brûle pourpoint.
« N …Non…» bredouilla-t-il surpris par la question. « Et je ne compte plus en avoir. Pour être franc, c'est mieux ainsi. »
« A qui veux-tu faire croire cela Richard ? »
« Je suis d'accord avec lui, Grand-mère. Papa a pris des risques inconsidérés pour la protéger, et pour le remercier, elle ne daigne même pas lui donner de ses nouvelles. J'appréciais le lieutenant Beckett, mais là, je trouve que son comportement est inexcusable. De plus, si ça peut éviter à papa d'aller se faire tuer… » commenta Alexis une larme à l'œil.
« Eh Pumpkin, ne te fais plus de bile ! Je m'en suis sorti indemne et je ne risque plus rien. Mais par contre, je ne veux pas que tu en veuilles à Beckett. C'est une affaire entre elle et moi, et tu n'as pas à y prendre part. »
« Et puis tu sais ma chérie, on ne sait pas ce qui s'est réellement passé. Le détective Beckett a peut-être de très bonnes raisons pour ne pas donner de ses nouvelles. » ajouta l'actrice
« Oui, peut-être… » répondit l'adolescente peu convaincue.
« Bon, de toute façon, ça ne regarde que moi, je ne veux plus en parler et le sujet est clos» coupa l'écrivain sur un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu.
« Comme tu veux mon fils, mais ne me dis pas que ça ne te préoccupe pas ! »
Castle préféra ne pas relever la dernière remarque de sa mère. Ils terminèrent leur collation en abordant d'autres sujets plus joyeux. Alexis fut la première à quitter la table pour se préparer pour sa journée. Elle fut immédiatement suivie par sa grand-mère qui avait décidé de faire le tour des librairies pour jauger du succès du dernier roman de son fils.
Quant à Rick, il demeura quelques instants de plus assis, les deux coudes appuyés sur le bar, la tête reposant entre ses mains. Il était perdu dans ses pensées. Il songeait à la discussion qu'ils avaient eue sur sa muse. Il était certes en colère contre elle, mais le fait qu'Alexis lui en veuille aussi le perturbait. La jeune détective avait été une confidente pour l'adolescente à plusieurs reprises, en offrait ainsi à sa fille, une figure maternelle qu'elle n'avait jamais trouvée chez Meredith ou même auprès de sa propre mère. C'est pourquoi il ne voulait pas que cette relation de confiance se détériore. Il devrait avoir une discussion sérieuse avec Alexis.
Finalement, sa mère avait raison. Il ne pouvait s'empêcher d'être obnubiler par la jeune détective. Dès qu'il se retrouvait seul avec ses pensées, son image apparaissait.
Elle lui manquait terriblement !
Il ressentait un terrible vide. Sans elle, il n'avait plus le goût à rien. Sans elle, il ne vivait plus. Il l'aimait comme il n'avait jamais aimé, et comme sans doute il n'en aimerait jamais une autre. Elle était l'Amour de sa vie.
Mais elle, que ressentait-elle pour lui ?
Cette question le hantait depuis qu'il avait eu le courage de lui déclarer son amour. Certes, elle l'avait oublié, mais qu'en était de ses sentiments ?
A cette question, l'image du motorcycle boy s'imposa à lui. Et si elle était vraiment amoureuse de Josh ? Son cœur se serra. Y penser, lui faisait trop mal. Il ne supportait pas la savoir dans ses bras.
Peut-être était-ce pour cela qu'elle ne lui donnait pas de nouvelles, parce qu'elle était avec lui…
Il serra les poings. Il les imaginait ensemble, dans les bras l'un de l'autre. Cette image mettait son cœur en miette. Mais que pouvait-il y faire ? Si elle l'aimait, ne devait-il pas vouloir son bonheur avant tout et s'effacer pour qu'elle soit heureuse ?
Sa raison lui dictait que c'est ce qu'il devrait faire, mais son cœur refusait à envisager cette éventualité. Il ne pourrait survivre à cela.
Il fut sortit de ses réflexions par la sonnerie de son téléphone. Il regarda qui était son correspondant et poussa un soupir de résignation.
« Castle »
« Rick, c'est Gina »
« Oui Gina, que puis-je faire pour toi ? »
« Je t'appelle juste pour te confirmer les dates des séances de dédicaces »
« Ah, oui, la corvée… »
« Rick, tu te dois un minimum à tes fans ! »
« Oui, je sais Gina, tu as raison. En plus ça me changera les idées finalement… »
« Pourquoi Rick, tu n'as pas le moral ? C'est encore ta détective qui te fait des misères ? »
« Gina, ne recommence pas avec ça ! »
« Ecoute, chaque fois que tu es dans cet état, c'est quand vous vous engueulez. Alors c'est quoi cette fois ? »
« Ben pour une fois tu te trompes. Ce ne peut pas être à cause d'elle. Ça fait trois mois que je n'ai pas vu Beckett, alors tu vois je ne risque pas de me prendre la tête avec elle ! Et puis cesse d'être jalouse. Je te rappelle que nous ne sommes plus ensemble, et qu'il n'y a jamais rien eu entre Beckett et moi. D'autant qu'elle est elle-même en couple ! »
« Rick, à qui tu veux faire croire ça ? Il n'y a peut-être rien aujourd'hui, mais ce n'est pas l'envie qui t'en manque. Mais bon, tu as raison, ça ne me regarde plus. Pour en revenir à la première séance de dédicaces, je te confirme qu'elle a lieu demain à partir de seize heures. Tu as toujours l'adresse. »
« Oui, ne t'inquiètes pas, je l'ai enregistrée sur mon Iphone. Je serai à l'heure, je te le promets »
« Tu as intérêt ! Bon, de toute façon on se voit ce soir à la soirée de lancement »
« Oui, comme prévu »
« Alors à ce soir Rick »
« A ce soir Gina »
Il raccrocha. Il mit son portable dans la poche intérieure de sa veste.
Pourquoi tout son entourage le ramenait sans cesse vers elle, alors que lui s'efforçait, sans vraiment y parvenir, à oublier sa muse. Il avait parfois l'impression qu'une force inconnue s'ingéniait à le pousser à penser à Kate. Sauf que pour lui c'était une vraie torture.
Non, il devait l'oublier !
N'est-ce pas ce qu'elle-même avait fait ? Sinon, quelle que soit la situation dans laquelle elle se trouvait, au nom de leur amitié, de leur partenariat, elle l'aurait recontacté. Elle ne l'avait pas fait. Il n'y avait donc aucune autre explication. Ella avait décidé de mettre fin à leur relation, quelle qu'elle fut.
Cette idée le rendait furieux. Par cet acte elle bafouait les trois années qu'ils avaient traversées ensemble. Elle n'avait pas le droit de faire ce genre de chose. Mais force était de constater qu'elle ne s'en souciait guère. Elle n'avait donc aucun égard pour lui. Dans un sens, il était content qu'elle ait oublié sa déclaration. Il avait évité l'humiliation gênante d'un refus.
Il était décidé, il ferait tout pour l'oublier, et pour y parvenir, il ne la reverrait plus.
Il jeta un œil sur sa montre. Il avait pris un peu de retard. Il devait se hâter s'il ne voulait pas arriver trop en retard à son rendez-vous avec Paula. Il devait la rejoindre pour mettre au point les derniers arrangements pour la soirée. Il se dirigea vers son bureau. Il récupéra quelques papiers, ressortit de la pièce et d'un pas décidé il quitta le loft.
