Précédemment : Après avoir passé la nuit à l'Institut Jefferson, Brennan retourne chez elle sans le sou et son mac l'apprend. Au moment où les choses étaient sur le point de tourner au vinaigre, un homme apparut à la porte de Brennan.
Chapitre 5
« Mademoiselle Scallion? » Avait demandé d'un ton timide un homme à la porte que je ne pouvais voir derrière la carrure de Viktor. Lorsque celui si se tourna pour voir de qui il s'agissait, mes yeux ne purent que s'écarquiller de surprise à la vue de ce qui se trouvait à ma porte.
Portant une chemise à carreaux qu'il avait boutonné jusqu'au cou et de très grosses lunettes à large cadre, Booth se tenait le dos rond, les épaules relevées et la tête baissée comme un ado sans grande confiance en lui. Il avait séparé ses cheveux au centre de sa tête avec du gel, ce qui lui donnait pratiquement une coupe au champignon. Je ne pus m'empêcher de sourire devant cet œuvre; il avait l'air du parfait rat de labo de mes années de scolarité.
« T'es qui, toi? Demanda avec impolitesse Viktor.
- Jon… Jonathan Sm-Smith, monsieur, balbutia-t-il en lui tendant la main. Ravi de vous rencontrer
- Tu fais quoi, là? Répondit le grand blond.
- Je venais… je venais payer… m-miss Scallion pour la nuit… monsieur, continuait-il de bégayer me fournissant un spectacle divertissant avant de s'avancer vers moi. Alors, c'était combien déjà?
- Un dépucelage? Dis-je en embarquant dans son jeu. C'est 1000$.
- C'est ça. Donc 100, 200, 300, commença-t-il à compter les billets d'une impressionnante pile qu'il venait de sortir de sa poche. Voilà, 1000. C'est correct, ainsi?
- Oui, la prochaine fois, je préférerais des petites coupures, dis-je toujours dans mon rôle.
- Oh! Bien sûr, bien sûr, suis-je bête, avait-il répété en se tapant le front et je dus me retenir pour ne pas éclater de rire à son subterfuge qu'il maitrisait parfaitement bien. Je vais vous laisser à votre journée, maintenant ».
Sans le vouloir, je ne pus qu'être déçue par sa proposition de partir. J'ignorais pourquoi, mais je ressentais un drôle de sentiment de sécurité lorsqu'il était auprès de moi. Malgré tout, je souris un sourire que je réservais à ces jeunes puceaux que j'avais introduit au monde du sexe et j'hochai la tête d'approbation. Il se tourna pour sortir, mais ne manqua pas de me lancer un dernier regard parlant avant de sortir de mon champ de vision.
Ramenant mon attention à cet horrible personnage qu'était Viktor, je gardai un billet et lui remis le reste de la pile.
« Ça ira pour cette semaine et la semaine prochaine », dit-il en me pointant le billet de 100$ que je tenais entre mes doigts.
J'hochai la tête, obéissante.
« Ta copine dort?
- Elle est complètement stone. Elle en a jusqu'à demain.
- Excellent, dit-il de cet air possédé que je détestais. Je savais ce qu'il voulait, j'aurais reconnu ce visage entre mille… et de tous les hommes horribles avec qui j'avais été obligée de coucher dans ma vie, c'était le seul qui me donnait vraiment envie de vomir.
- Vik, tu sais ce que Dimitri en pense.
- Si tu ne dis rien. Il n'en saura rien.
- Tu sais qu'il sait tout.
- Merde, c'est pas lui qui va me dire avec qui je vais coucher.
- T'as vu ce qu'il a fait à Joseph quand il m'a forcé sans sa permission… tu veux vraiment vivre le reste de ta vie ainsi?
- Je…
- Mademoiselle Scallion? Demanda à nouveau Booth en cognant encore à ma porte.
- Putain, mais c'est une vraie tâche de merde, ce type! Chuchota Viktor en se reculant de quelques pas de peur d'être pris un peu trop près de moi.
- Oui euh… je tentai de me rappeler du nom qu'il avait dit plutôt.
- Jonathan, dit-il afin de rafraîchir la mémoire de Brennan.
- Oui, c'est ça, Jonathan. Tu voulais quelque chose?
- Je me demandais… si ça ne vous dérange pas, bien sûr, si je pouvais, vous savez, passer la journée avec vous.
- Euh… hésitai-je. Je savais qu'il voulait simplement me sauver des griffes de Viktor, mais je n'étais pas sûr de savoir où il s'en allait avec cela.
- Je vais vous payer, évidemment.
- Si! Dit Viktor soudainement jovial avec l'homme. Allez, va t'amuser avec la superbe Roxie. Moi, je vais continuer ma tournée. Bonne journée, dit-il avant de quitter.
- Merci, dis-je une fois que je m'étais assurée qu'il était au loin.
- Il n'y a pas de quoi.
- Alors…
- Alors? Répéta-t-il ne semblant pas certain de comprendre ma question.
- Vous pouvez m'expliquer ce qui se passe?
- Pardon?
- Le déguisement, l'argent, je suis certaine de ne pas vous avoir quitté dans cet état il y a dix minutes!
- Oh ça! Eh bien, j'ai vu votre mac arriver. J'ai réalisé que vous seriez dans le pétrin puisque je ne vous avais pas laissé d'argent. Je me suis changé et voilà! Ce n'est pas la première fois que je fais ça.
- Comme je peux le constater. Et vous traînez toujours sur vous des liasses de billets?
- Ah! Ça, c'est à moi de le savoir!
- Je vais vous rembourser!
- Quoi?
- C'est votre argent, je suppose. À moins que le FBI rembourse les frais de prostituée, si c'est le cas, je peux vous faire un reçu, si vous voulez, dis-je à la blague.
- Oui, c'était mon argent, mais…
- Alors, je vais vous rembourser.
- Bones, j'ai gagné mon pognon dans une partie de cartes, hier. Je ne savais pas quoi faire de ce fric de toute façon.
- Mais…
- Il n'y a pas de mais, dit-il en s'approchant de moi. J'ai un problème de jeu. Si je peux aider quelqu'un avec mes problèmes, ça me fera plaisir de le faire! Donc, vous allez garder cet argent, d'accord?
- Ok… acceptai-je finalement. Merci. Vous voulez boire quelque chose?
- Qu'avez-vous?
- De l'eau… si vous n'avez pas trop peur de la boire!
- De l'eau, ça me va, dit-il en s'avançant dans mon appartement.
- Faites comme chez vous, l'invitai-je en lavant le verre que j'avais pris pour boire plus tôt.
- Merci, dit-il en jetant un œil vers la chambre à coucher. Est-ce qu'elle dort à travers tout ce boucan?
- Elle est totalement givrée, dis-je en m'avançant vers la salle à coucher pour en allumer la lampe. Kelly ne bougea pas d'un cheveu.
- Waouh. Est-ce qu'elle respire toujours? S'inquiéta-t-il en s'approchant de ma colocataire étendue à plat sur son ventre.
- Ouais. Elle me la fait tous les jours.
- Désolé, avec tous vos efforts, vous ne méritez pas de vivre ça au quotidien.
- On s'habitue, levai-je les yeux sur lui. Nos regards se croisèrent et le sien me sembla si intense que j'eus de la difficulté à l'analyser. Après un court instant, prenant un air coupable, il baissa les yeux et se retourna vers un mur où il tomba face-à-face avec ma bibliothèque.
- Waouh! Dites donc! Vous en avez des bouquins pour une…
- Une prostituée?
- … j'allais dire une personne avec peu de moyen.
- Lorsqu'un étudiant abandonne ses cours, il lui arrive souvent de vendre ses bouquins à des coopératives ou à des œuvres de charité. On peut trouver des trésors pour rien du tout.
- Gray's anatomy, dites donc, ce n'est pas de la petite bière!
- Je l'ai trouvé absolument passionnant. Très éducatif. Beaucoup plus que le DSM IV que j'ai trouvé pour le mieux vague.
- Vous avez lu le DSM IV au complet?
- Bien sûr et j'y ai appris que je n'aimais pas du tout la psychologie.
- C'est Sweets qui aimerait entendre ça! Sourit-il en parcourant mes bouquins. Vous aimez vraiment la lecture ».
Il était vrai que ma bibliothèque était particulièrement bien garnie. Parfois, lorsqu'un client généreux donnait plus que sa part, je gardais les profits et allait m'acheter un livre au rabais dans les ventes de la bibliothèque de la Americain University.
Je l'observai un court instant pendant qu'il scrutait mes bouquins et comprit qu'il n'attendait qu'une chose.
« J'aime apprendre des choses, répliquai-je donc avant de déboutonner la chemise qu'Angela m'avait prêtée. Alors, on va chez vous ou à l'hôtel?
- Quoi? Pardon? Dit-il en se retournant avant d'écarquiller mes yeux devant ma chemise ouverte. Wô! S'exclama-t-il en se tournant à nouveau vers ma bibliothèque. Bones, pourquoi vous déshabillez-vous?
- Vous avez payé! Vous pouvez réclamer votre dû! Affirmai-je.
- Quoi? Non! Vous voulez dire… NON!
- Quoi? Vous ne me trouvez pas attirante?
- Quoi? Bien sûr que si, vous êtes attirante! Vous êtes magnifique, Bones, c'est juste que… je ne suis pas ici pour… vous savez? Je ne peux pas…
- À cause de votre boulot au FBI? … Vous ne seriez pas mon premier agent fédéral! C'est même plutôt commun.
- Je … ce n'est pas ça, Bones. Je ne couche pas… euh… comment dire… Pour coucher avec quelqu'un, je dois ressentir une connexion avec cette personne…
- Vous ne ressentez rien pour moi?
Il se tut un instant.
- Bones… ce ne serait pas bien…
- Oh! Alors, c'est votre moral…
- Non!
- C'est ce que vous venez de me dire!
- Non… enfin oui… mais, dit-il en se retournant le visage un bref instant pour jeter un coup d'œil sur moi. Pouvez-vous, pour l'amour du Ciel, vous rhabiller, s'il-vous-plait?
- D'accord, dis-je roulant mes yeux au ciel avant de boutonner mon chemisier.
- Merci, dit-il en se retournant vers moi. Bones, lorsque je vous ai donné cet argent plutôt, je ne voulais absolument rien en retour. Je voulais simplement vous éviter des ennuis. C'est de ma faute si j'ai dû vous amener cette nuit. Vous avez fait la bonne chose en appelant les autorités et j'ai failli vous mettre dans un pétrin qui aurait pu vous coûter votre vie! Je vous devais bien cela!
- Mais est-ce que vous êtes attiré par moi? Dis-je en levant mon regard pour croiser le sien. J'ignorais pourquoi, cette question à laquelle j'étais habituellement indifférente me semblait de la plus haute importance à ce moment-là. Je voulais être belle à ses yeux, je voulais qu'il soit séduit par moi.
- Plus que vous le pensez, dit-il avant de sourire vainement. C'est pourquoi il ne se passera rien du tout entre nous deux.
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
- C'est parfait comme ça, sourit-il à ma confusion. Qu'est-ce que vous diriez d'aller prendre une glace.
- Une glace?
- Oui, vous savez, cet aliment fabriqué, le plus souvent, de substances laitières modifiées glacées que l'on place sur un cornet et que l'on mange les journées chaudes d'été afin de se rafraichir.
- Je sais ce que c'est une glace, mais j'ignore le but de cette requête.
- Vous tenir compagnie? Suggéra-t-il avant de reprendre son sérieux. Écoutez, je ne peux pas partir sans vous, vous êtes probablement surveillée actuellement, et sincèrement, votre coloc me fout les jetons! Venez, Bones, je connais l'endroit idéal pour manger une glace avec vous! »
Je réfléchis un instant à sa requête. Sa proposition était déstabilisante et c'était sincèrement la première fois en plus d'une décennie que je rencontrais un homme qui ne voulait pas coucher avec moi. Malgré son insistance au fait qu'il était attiré par moi, il ne semblait aucunement ouvert à l'idée de passer quelques heures en ma compagnie dans une chambre d'hôtel quelconque. C'était ce qui était confondant. S'il était attiré, pourquoi ne voulait-il pas aller plus loin? Je ne comprenais pas.
Malgré tout, manger une glace dans un endroit spécial avec cet homme me semblait être une excellente idée.
« Ok », acceptai-je enfin sa requête.
Il laissa s'échapper un sourire, puis m'offrit son bras afin de me reconduire jusqu'à la porte de mon horrible appart.
À suivre…
