Chapitre 11
« On m'a dit que tu avais retrouvé Tempérance Brennan.
- Sully! »
Il se tenait debout à l'entrée de la salle d'observation la poignée de la porte toujours dans la main et le regard frénétique. Tout son être indiquait qu'il avait retrouvé quelqu'un qu'il recherchait depuis longtemps. Pourtant, tout ce que Booth voyait était la personne pour qui il ressentait le plus d'irritation et de colère. Serrant les poings, Booth lui lança un regard assassin.
« Je croyais t'avoir averti que, pour ta santé, il serait préférable que tu te tiennes loin de moi. Je suppose que tu as croisé Caroline!
- Alors, c'est vrai?
- Dis-moi pourquoi je te donnerais cette information-là!
- Par fraternité policière.
- Ta fraternité, tu peux bien te la fourrer où je pense.
- Booth!
- Dis-moi, t'en avais de la fraternité quand tu as décidé de baiser ma femme et de me voler mon fils?
- Stop-là, Seeley! Primo, Beccy et toi n'avez jamais été mariés. Secundo, vous n'étiez plus ensemble quand elle et moi avons commencé à nous fréquenter. Tertio, on est marié aujourd'hui, Booth. Parker, Beccy et moi, on forme une famille, Seeley.
- Tu as marié la femme que j'aimais et tu agis comme si tu étais le père de mon fils. De mon point de vue, tu as volé ma famille. Tout ça fait de moi un homme dangereux et de toi, une cible facile. Alors, je vais te laisser une chance, parce que je te trouve plutôt brave de t'être enfermé avec moi dans un endroit restreint et sans témoin, et je vais te donner un conseil. Ne viens pas te présenter devant moi pour me demander des informations sur une enquête en cours. Tout ce que j'apprends sur Bones ne te concerne pas et ne te concernera jamais. Fie-toi là-dessus.
- Bones? Tu parles de Brennan?
- Ta gueule Sully, avait-il lâché avant de contourner Sully et de prendre la porte.
- Elle t'a dit qu'il ne lui en restait que pour un mois, hein? Qu'elle avait enfin fini et qu'elle allait prendre sa retraite? Peut-être poursuivre une carrière en science? Booth arrêta net son pas. Tu sais pourquoi je te demande ça, Seeley? Parce qu'elle m'avait dit la même chose… il y a sept ans! Hé oui, Seeley! Exactement la même chose. Alors, si tu veux mon avis, ne prend rien de ce que cette pute te dit au sérieux, parce que c'est tout ce qu'elle est… une pute! »
Il n'avait pas daigné se retourner, partiellement parce qu'il ne pouvait soutenir la vue de Sully et partiellement parce qu'il avait peur de ce que son propre visage trahirait.
« Que vas-tu faire, maintenant, Seeley?
- La laisser partir; je n'ai pas de preuve. Ensuite, je vais aller questionner la famille de la victime. Je suppose que tu ne viendras pas au souper du FBI samedi.
- Non, j'ai une famille à m'occuper ».
Il lui avait pris tout ce qui lui restait de bonne volonté pour ne pas se retourner et lui asséner le coup de poing qu'il avait rêvé de lui envoyer depuis qu'il avait appris qu'il vivait une relation avec son ex. Plutôt, il reprit son souffle et s'enferma dans son bureau. Là, au moins, il n'avait pas d'envie de meurtre.
Il lui avait pris plusieurs minutes pour se remettre de la confession de Bones puis de sa conversation avec Sully. Il savait exactement comment aurait dû finir l'histoire de Brennan si elle ne l'avait pas arrêté là où elle l'avait fait. Les filles vendues au trafic humain vivaient sensiblement toute la même chose. Elles avaient été vendues par des hommes sans scrupule à la mafia qui elle, les envoyait à Washington. De là, elle se faisait violer à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'elle soit brisée jusqu'au fond de leur âme. Désespérée et meurtrie, elles avaient perdu le goût de vivre.
Avec les années, elles devaient « payer leur dette », c'est-à-dire accumuler assez d'argent pour rembourser le montant que leur proxénète avait payé pour se les procurer. Malheureusement, ceux-ci faisaient tout en leur pouvoir pour que cette dette ne s'efface jamais. Dépendance aux drogues, prix du loyer, extorsion, tout prétexte était bon pour les garder sous leur emprise.
La seule idée que Brennan ait pu vivre cela lui levait le cœur et de savoir que des hommes comme Sully, qui travaillait lui-même dans le domaine, puisse ne pas comprendre était encore pire.
Tentant de se changer les idées, il contemplait la vue sur la Pennsylvania Avenue quand il entendit frapper à la porte de son bureau.
« Agent Booth? Avait demandé la voix douce et suave de la jeune agente Geny Shaw.
- Shaw! Excellent! Dites-moi que vous avez trouvé ce que faisait Margareth dans le coin.
- En fait, si monsieur. Elle était partie visiter un membre de sa famille qui habite Hollywood.
- Hollywood? Mais ça n'a pas de sens! Comment a-t-elle pu se retrouver ici alors?
- Oh! Non! Pas le Hollywood des stars en Californie, mais Hollywood au Maryland. C'est une petite communauté où il y a des fermes maraichères et qui longe la rivière Patuxent. Le membre de la famille en question s'appellerait Arthur McGregor et y résiderait depuis 6 ans avec son fils adoptif Matthew.
- D'accord, la famille de Margareth a été avisée?
- Oui, des agents ont été envoyés chez eux à Chicago pour leur annoncer la nouvelle. C'est eux qui m'ont fourni ces renseignements.
- Les fouines semblent croire qu'elle a été assassinée là où on a retrouvé le corps. Ce que je ne comprends pas, c'est comment une femme qui part de Chicago pour se retrouver à Hollywood, Maryland peut finir assassinée dans un des quartiers les plus pourris d'Amérique du Nord à Washington! »
-0-
La route pour se rendre à Hollywood, Maryland était magnifique. À seulement quelques heures à l'extérieur de Washington, elle longeait les rivières et les lacs de la Chesapeake Bay. Tout le long du chemin se déroulait un diaporama des plus beaux paysages de la Côte Est des États-Unis et les fenêtres baissées, alors qu'il pouvait sentir l'effluve salée de la mer, il contemplait les vieilles maisons, les anciennes plantations et les villages pittoresques qui longeaient sa route.
Il comprenait parfaitement bien ce qui poussait les gens à venir s'installer dans une telle région. Il avait même souvent pensé prendre sa retraite et déménager dans un paradis comme celui, mais les paradis se méritent et il n'avait pas encore fait amende honorable. Pas assez pour s'assurer d'une place dans un endroit pareil.
Il était aussi toutefois au courant que les villages comme celui-ci avait son lot de secrets bien cachés. Y avait-il un meilleur endroit pour se cacher ou pour commencer un réseau de drogue que Hollywood, Maryland? Qui irait les chercher dans cet endroit?
Traversant le parc Greenwell, puis empruntant quelques chemins terreux, il termina ses quelques virages qui le séparaient de sa destination. Une petite maison éloignée de la route surplombait la baie. Du premier coup d'œil, Booth n'avait pas remarqué quoi que ce soit qui sortait de l'ordinaire. Cette maison était exactement semblable à sa voisine, et l'autre maison plus loin et à toutes celles qu'il avait croisées pendant sa route.
Puis, un objet subtilement placé attira son attention. À travers les branches d'un arbre, il aperçut une caméra-vidéo pointant vers l'entrée de la cour de la maison et ainsi, en observant plus attentivement, il vit à quel point cette maison, en apparence banale était bien protégée. Des alarmes, avertisseurs, caméra de surveillance, miroir et autres dispositifs agrémentaient le jardin dans lequel il était sur le point de pénétrer.
S'assurant subtilement que son arme à feu était bien en place et chargée, il s'avança vers la maison, retrouvant rapidement le sentiment d'alerte qu'il avait tenté d'oublier depuis qu'il avait quitté les Rangers. Marchant calmement, pas à pas vers la porte, un mouvement attira son attention du coin de son œil. Un gamin jouait accroupi dans un carré de sable.
Il semblait avoir le même âge que Parker. Il avait peut-être 5 ou 6 ans et c'était avec une attention particulière qu'il remplissait et vidait les sceaux qu'il tenait bien alignés autour de lui.
- Bonjour petit, tu sais si ton père est là? Avait-il demandé.
Sans n'avoir aucune réponse, Booth s'avança davantage en parlant un peu plus fort cette fois.
- Petit, tu sais où est ton père?
Encore une fois, aucune réponse. Intrigué par ce qui pouvait captiver autant l'attention de ce petit bonhomme, Booth pénétra dans le carré de sable et se pencha près du gamin.
- Je m'appelle Seeley.
- Il rentre trois fois le volume d'une pyramide dans un prisme qui a le même air à la base et la même hauteur.
- Ah! C'est… euhm… intéressant.
- En additionnant les faces et les sommets d'un polyèdre et en soustrayant deux au résultat, on obtient son nombre d'arêtes.
- Fascinant.
- … et le sinus d'un triangle rectangle est le côté opposé de l'angle divisé par l'hypoténuse.
- Waouh! Tu en connais sur la géométrie pour un gamin de ton âge. Tu sais où est ton père?
- Le volume d'une sphère est la multiplication du carré du rayon avec pi ».
Il sursauta, il ne l'avait pas vu venir.
Un coup de feu!
Bang!
D'un seul réflexe, il dégaina son arme et le pointa sur l'endroit d'où venait le coup se plaçant devant le garçon afin de le protéger.
Il se retrouva face à un homme fin cinquantaine début soixantaine, le regard sévère et son fusil de chasse pointé droit sur lui.
- FBI, lâchez votre arme monsieur!
L'homme ne fit rien, il resta muet et continuait à pointer son arme sur Booth.
- FBI, je vous demande de lâcher votre arme, monsieur.
- Vous êtes chez moi et vous harcelez mon fils. Retournez chez vous! Je ne veux rien savoir du FBI chez moi. Donc sauf si vous avez un mandat, prenez vos affaires et rentrez chez vous!
- Vous êtes présentement en train de pointer une arme sur un agent fédéral ce qui représente une amende de 10 000$ et un an dans un pénitencier fédéral. Alors je vous le demande pour la dernière fois, lâchez votre arme.
Puis, il sursauta de nouveau, mais cette fois-ci ce n'était pas une arme qui l'avait fait bondir. C'était un son aigu. Trop aigu. Si aigu en fait qu'il ne s'était demandé si ses tympans allaient toujours fonctionner lorsqu'il irait se coucher ce soir-là.
Lorsqu'il se retourna vers la source du bruit, il vit l'enfant sur ses genoux, les mains sur les oreilles à crier du plus haut et fort qu'il le pouvait.
« Oh mon Dieu, petit, tu vas bien?
- N'y touchez pas, idiot, vous voyez bien qu'il est en crise, avait répondu l'homme abaissant son arme pour aller joindre l'enfant.
- Mais qu'est-ce qu'il a, qu'est-ce qui se passe?
- Vous voyez ce que vous avez fait. Allez-vous-en!
- Je suis l'agent spécial Seeley Booth du FBI.
- Vous seriez le pape en personne que vous n'auriez pas un meilleur accueil de ma part. Sortez de ma propriété.
- Vous êtes bien Arthur McGregor?
- Vous avez du plomb dans les oreilles ou quoi? Foutez le camp.
- On m'a dit que Margareth Whitesell avait passé quelques jours ici dernièrement.
- Et alors?
- J'ai le regret de vous annoncer que le corps de madame Whitesell a été retrouvé plus tôt cette semaine.
Pour la première fois depuis son arrivé, le vieillard posa sur Booth un regard qui n'était pas complètement empreint d'hostilité, mais plutôt de tristesse et d'incompréhension. Sans ajouter un mot, il se tourna vers l'enfant, s'agenouilla près de lui et tenta de trouver son regard.
« Matthew, il n'y a plus de danger, c'est fini maintenant! C'est terminé, consola-t-il en frottant sa main droite contre sa main gauche, comme s'il parlait le langage des signes avec l'enfant qui poussait toujours des cris subaigus. C'est fini maintenant, Matthew! Regarde, demanda l'homme en remettant son arme à Booth. C'est terminé les fusils! Complètement fini! Grand-père jouait à un jeu avec le monsieur! Holà, tu as vu? Il est deux heures. Que se passe-t-il à deux heures?
- C'est la collation.
- Exactement, c'est la collation et tu ne veux pas être en retard pour la collation n'est-ce pas?
- Pas de retard. Jamais de retard.
- Alors va te laver les mains, dit-il alors que le gamin sembla immédiatement rassuré et se leva pour rentrer dans sa maison. Le vieillard se releva et regarda Booth droit dans les yeux. Vous pouvez me suivre, dit-il en se dirigeant à son tour vers son balcon.
- Qu'est-ce qui vient de se passer? Demanda Booth en suivant l'homme et l'enfant jusque dans la maison où le gamin se précipita vers l'évier afin de se laver ses mains.
- Matthew est atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme et vous, étant l'idiot que vous êtes, lui avez flanqué un flingue en plein visage. Il ne supporte pas l'imprévisible, il est très anxieux et les grandes émotions lui font perdre le contrôle. Il est extrêmement intelligent, mais est totalement inflexible sur certains aspects de sa vie. S'il est deux heures, il doit manger sa collation et non se faire traumatiser par le premier flic qui passe par là.
- Je suis désolé, je ne voulais pas…
- Évidemment que vous ne vouliez pas, mais vous l'avez fait! Vous, mieux que quiconque savez que les intentions ne comptent pas! Disait-il en plaçant un bol de salade de fruits devant le garçon qui venait de s'assoir au comptoir. Mange, Mattie, grand-père et M. FBI allons discuter dans le salon.
- Vous le laissez seul.
- Il est autiste, pas stupide! Alors… qu'est-il arrivé à ma nièce?
- C'est ce que nous cherchons à découvrir. Que connaissiez-vous concernant Mademoiselle Whitesell?
- Maggie était une jeune fille brillante, énergétique, passionnée par l'histoire en général, mais celle de Benjamin Franklin en particulier. Elle serait une descendante directe du Père fondateur et aurait cherché à retrouver chaque personne qui puisse le compter parmi leurs ancêtres. C'est pourquoi elle était ici.
- Pour retrouver tout descendant vivant de Ben Franklin?
- Exactement.
- Pourtant, on a vérifié les liens de parentés et il n'y a aucun lien direct entre vous et elle.
- Il y a une époque lointaine, je partageais ma vie avec sa vraie tante et elle cherchait à savoir si des enfants étaient ressortis de notre union.
- Vous ne vous connaissiez pas beaucoup alors.
- Nous sommes des amis Facebook, si c'est ce que vous demandez, mais non, c'était la première fois qu'on se rencontrait.
- Elle est restée plus d'une semaine ici.
- La gamine s'est présentée à la porte après deux jours de voiture pour venir me poser quelques questions sur une femme que j'ai connue il y a 20 ans. Je ne vais tout de même pas me mettre à la jeter dehors sans même lui donner un repas chaud. Je l'ai accueilli pour quelques jours.
- Savez-vous ce qu'elle aurait pu faire dans le quartier Northwest de Washington.
- Vous parlez DU Northwest? Comme dans : « Bonjour, bienvenus au journal de 11 heures. Ce soir, un autre meurtre dans le Northwest? »
- Exactement.
- Est-ce là que vous l'avez retrouvée?
- Sur la Northwest Avenue pour être plus précis.
- Mince… je lui avais dit de ne pas aller là, que c'était dangereux.
- Elle n'en a fait qu'à sa tête?
- Vous ne seriez pas ici aujourd'hui si ça n'avait pas été le cas.
- Vous savez ce qu'elle aurait pu faire dans ce coin de la ville?
- Elle parlait de se rendre dans ce quartier, mais j'ignore pourquoi.
- Y avait-elle de la famille? Des descendants de Franklin.
- Je l'ignore, mais avec la détermination de cette gamine, si elle s'était douté qu'un descendant de Franklin restait dans ce quartier, elle aurait fait des pieds et des mains pour le rencontrer. Alors, vous croyez que Maggie a été assassinée?
- Nous en sommes certains, oui.
- Mince…
- Toutes nos condoléances. Savez-vous autres choses concernant Maggie?
- Non, je ne crois pas. Je ne suis pas certain d'être d'une grande aide.
- Vous en avez déjà fait beaucoup. Je vous remercie énormément! Désolé pour le… avec Matthew.
- Nous ne sommes simplement pas habitués d'avoir des invités ici et avec la visite de Maggie ces derniers jours, la routine de Mattie a été complètement bouleversée!
- Je peux comprendre, mais la prochaine fois, demandez donc le nom de la personne qui vous visite avant de lui tirer dessus.
- Merci pour le conseil Agent Booth, avait-dit sarcastiquement l'homme retournant vers le gamin qui achevait de manger son bol.
- Au revoir M. Booth, avait souligné le petit alors que Booth était à la porte.
- Au revoir, fiston… » avait-il répondu tout en souriant au gamin qui se concentrait sur le jus de son bol.
Ce n'était qu'une fois assis dans sa voiture que Booth commençait à réaliser à quel point se complexifiait son enquête. Si McGregor avait dit vrai et que Margareth n'avait rien à voir avec le monde criminel, personne ne souhaitait sa mort. Et si personne ne souhaitait sa mort, seulement deux possibles motifs se dessinaient pour son meurtre : le vol ou l'erreur sur la personne. Le premier rendait pratiquement impossible de retrouver le coupable et l'autre, pensant à la seule personne pour qui Maggie avait pu être confondue, lui donnait des frissons dans le dos.
À suivre
