3.
Mimay déposa un verre de vin devant celui qui était son confident depuis des décennies.
- Joli discours, sur ta planète natale. Mais tu savais déjà quelles étaient les décisions à prendre. Tu les as prises. Je peux être au courant ? Contrairement à ce que tu as affirmé à Kei, tu as déjà visionné le testament de Yama, c'est bien ça, juste après son décès ?
- Oui, mais ça ne clarifie pas du tout notre situation. Il demande des choses impossibles. Cependant, nous n'avons rien à perdre. Je dois vraiment y réfléchir.
- Et, concernant les rumeurs qui nous ont fait revenir, en plus de la maladie de Yama ?
- Je crains qu'elles ne soient avérées. Je le sais, au plus profond de moi.
- Vas-tu enfin tout me dire ?
- Oui… Je dois à la fois tenter de croire aux désormais jeunes dirigeants de Gaïa, et protéger la Terre des Walkyries !
- Pas elles ! Elles sont maîtresses de la matière rouge ! paniqua la Niflung.
- Je sais… Et elles viennent réclamer le sanctuaire renaissant ! Sauf que je préfèrerais de très loin les avoir en face de moi que de devoir dire toute la vérité à Alban !
- Tu t'es toi-même enferré dans une situation inextricable, remarqua Mimay.
- Pourtant, à l'époque, c'était la meilleure chose à faire, à commencer pour la protection de ce nouveau-né. Ensuite, comment expliquer à un si petit enfant notre situation d'errance sans fin, le fait que nous ne vieillissons pas, tous les dangers de notre quotidien ? D'ailleurs, Zéro lui-même n'a jamais compris comment Myna avait pu attendre un enfant de moi, ça doit être là que Yama a pris, sans s'en rendre compte sur le moment, la relève – que ça lui plaisait profondément de le considérer comme sien.
- Et tu as laissé perdurer ce doute, pour tous, poursuivit Mimay.
- Tout paraissait presque normal, un petit mousse à bord, que chacun à sa manière avait pris sous son aile ! Alban s'en est plutôt bien accommodé toutes ces années !
- Mais à présent, il est grand, en âge de se poser toutes les questions, et d'avoir des réponses !
- J'irai le voir ce soir, conclut Albator, lugubre.
Ne pouvant plus différer l'entretien, comme énoncé, Albator s'était rendu à l'appartement occupé par Alban.
- Nous avons à parler… Je ne peux plus ignorer à quel point tu as grandi, et que tu as quasiment ta place d'homme à prendre à ce bord. Tu auras plus de tâches, plus de responsabilités… Mais la première des choses qu'il faut que je t'avoue…
Un léger sourire étira les lèvres du jeune garçon.
- Tu es mon père. Ça, il y a longtemps que je le sais !
- Mais… hoqueta Albator, interloqué comme il ne l'avait jamais été de sa vie !
- C'est Doc qui me l'a dit, il y a quelques années. Je l'avais cependant deviné depuis un bon moment. Mais ça me plaisait assez d'être l'oisillon chéri par tout le monde ! Yama et toi, vous vous ressembliez tellement, c'est comme si vous ne faisiez qu'un, et moi je vous avais à tour de rôle !
- Tu aurais surtout dû avoir ta maman auprès de toi bien plus longtemps, mais elle est tombée au combat, en protégeant Yama. Il ne t'en a que plus aimé par la suite.
- C'est vrai qu'il était bien plus démonstratif que toi, releva l'adolescent.
- Je n'ai jamais été très doué pour dévoiler mes sentiments. Je t'ai vu grandir, t'inspirer du meilleur de chacun à bord, mais je n'avais aucune idée de la façon de m'y prendre avec toi. Il y avait si longtemps que j'étais certain de ne jamais avoir de rejeton ! Ici, sur l'Arcadia, ce n'est pas vraiment une existence pour un enfant, je préférais, quelque part, que tu te sentes libre de toute attache. C'était une mauvaise décision, il m'aura fallu treize ans pour le réaliser !
- Je ne me plains pas. J'ai une très grande famille à ce bord, c'est beaucoup plus que bien des enfants de mon âge ! Par contre…
- Oui, Alban ?
- Maintenant que Yama n'est plus, on pourra un peu plus se connaître ?
- Tout à l'heure, je te parlais de tes responsabilités à venir. Mais, en réalité, il n'est que grand temps que je prenne les miennes ! Je dois cesser de dissimuler ton existence, même si ça va singulièrement te compliquer la vie ! Cependant, au vu de la tournure que risque de prendre les événements, ce sera peut-être malgré tout un bienfait ! J'ai d'importantes décisions à prendre, ça va engager notre futur immédiat, et tu en fais partie intégrante. Je te promets de faire de mon mieux, mais il me faudra me pardonner mes maladresses.
- Nous apprendrons ensemble.
Albator effleura fugitivement la joue du jeune garçon.
- Yama a toujours eu raison : tu es un garçon exceptionnel !
- Je le dois à toute ma grande famille !
