7.
Mandaté par le Conseil des Sages, le colonel Vermon de la flotte de Gaïa commandait l'Eréthée, un des plus récents cuirassés sortis des chantiers navals.
Peu après son départ, l'escadrille qu'il emmenait avait fait la jonction avec une autre escouade de vaisseaux de guerre.
- Au vu des affrontements précédents, ça ne suffira pas, remarqua Syrelle qui le secondait.
- Voilà pourquoi nous n'aurons l'avantage que de l'effet de surprise, avec un coup de pouce du Gorion.
- C'est quoi ça ? Je pense ne jamais avoir entendu parler de ce cuirassé !
- Sans doute parce que ce n'est pas un bâtiment de guerre, quoique. Il a été pensé et conçu il y a un moment déjà, en vue d'un éventuel retour de l'Arcadia. Depuis qu'il se dirige vers Pluton, le Gorion a également pris cette direction, et l'y attend déjà.
- Tu as plutôt hâte d'en découdre avec ce vaisseau fantôme, fit Syrelle.
- J'ai une réelle chance de l'emporter, je ne vais certainement pas la gaspiller, siffla l'officier de la flotte de Gaïa. Et mon adversaire a commis la plus stupide des erreurs : revenir !
Rapide, invisible, la flottille avait poursuivi sa route vers Pluton.
- On dirait qu'ils ne comprendront jamais qu'en affrontement direct, ils n'ont aucune chance contre les rafales de nos canons ! aboya, non sans satisfaction Yattaran.
- Ils sont obstinés il faut le reconnaître, commenta son capitaine en se saisissant de la barre en bois de son cuirassé.
- Ils ont surtout fait des progrès technologiques, on n'a pas anticipé leur arrivée, gronda Kei qui était loin d'arborer le sourire confiant du massif pirate qui resserrait machinalement son bandana comme avant chaque action.
- On va quand même rappeler à Gaïa qu'il ne faut pas sous-estimer l'un des anciens Deathshadows, siffla le capitaine de l'Arcadia alors que le cuirassé ripostait aux tirs de toutes ses propres pièces.
- J'ai une communication entrante, prévint Toshiro.
- Colonel Vermon de la flotte de Gaïa, se présenta ce dernier. Je voulais que tu saches et que tu mettes un visage sur celui qui avait finalement mis un terme à tes errances !
- Mais bien sûr… Au moins, moi je sais qui je vais envoyer rejoindre ses ancêtres, rétorqua Albator. Les leçons du passé ne vous auront donc servi à rien !
Se glissant entre deux vaisseaux de l'escadrille de Gaïa, l'Arcadia les éventra de ses tirs.
Opérant une sorte de glissade, le cuirassé pirate fit face à celui de Vermon, s'apprêtant à une accélération brutale… mais demeura figé sur place !
- Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? hurla le grand pirate balafré alors que toutes les lumières de la passerelle s'étaient éteintes et que plus un seul appareil n'avait le moindre vrombissement, le soudain silence pesant et inquiétant.
- Tous nos systèmes se sont éteints ! glapit Yattaran.
- Oui, j'avais remarqué.
Une structure spatiale coupa son bouclier d'invisibilité, sorte d'araignée monstrueuse, rassemblant ses pattes démesurées pour projeter un tir unique qui perfora de part en part le cuirassé pirate comme un couteau rentrant comme dans du beurre.
- Ils ont visé la salle des machines ! jeta Kei.
- Bascule sur les batteries de secours, Toshiro, téléportation immédiate, n'importe où, loin d'ici ! aboya Albator. Ça va prendre du temps à l'Arcadia pour se régénérer. Quels sont les dommages à la salle des machines.
- Elle est presque entièrement détruite. Je n'arrive pas à y joindre qui que ce soit, renseigna le Grand Ordinateur.
- Alban… souffla Albator en quittant en trombes la passerelle.
Entre les flammes et les explosions qui s'y produisaient encore, la salle des machines était transformée en vision d'enfer, les robots pompiers s'activant pour maîtriser les sinistres.
- Ne rentre pas là-dedans, capitaine ! gronda en pure perte Yattaran. Bon, je te suis, évidemment.
- Alban ! hurla son père alors que les sirènes d'alarme continuaient de couvrir ses appels.
Le spectre de Yama apparut.
- Les conduites de la section D se sont rompues et abattues au sol. Alban est coincé en dessous…
- Je le dégage de ces débris, et toi tu le sors de là, proposa Yattaran.
Albator adressa un regard inquiet au fantôme.
- Ce n'est pas bon, reconnut Yama. Pas bon du tout.
