8.
A distance prudente, Kei et Mimay observaient le capitaine de l'Arcadia qui faisait les cent pas devant les portes de l'un des blocs opératoires de l'hôpital du bord.
- J'ai analysé avec Toshiro les enregistrements de cette bataille fulgurante. C'est la tête de la station araignée qui a mis hors service tous nos systèmes électroniques. Ce n'était pas un affrontement, c'était un guet-apens !
- Tu peux m'éviter tes observations, Kei ? Je n'en ai vraiment rien à battre en ce moment ! siffla Albator en s'arrêtant un instant à sa hauteur exhalant des effluves de fumée, de sueur et du sang de son fils.
Yattaran sortant d'une pièce voisine, le Mécanoïde infirmier se tourna vers lui.
- J'ai à m'occuper de vos brûlures, capitaine.
- Fiche-moi la paix, je vais très bien ! D'ailleurs, foutez tous le camp, vous avez sûrement quelque chose à faire !
Non sans un peu de soulagement, tous battirent en retraite.
Le Doc de l'Arcadia ne menait guère plus large qu'eux lorsque, bien plus tard, il réapparut, porteur de nouvelles qui ne pouvaient que déboucher sur une colère noire de son interlocuteur borgne et balafré.
- Je ne peux pas sauver ton gamin, Albator, attaqua-t-il d'entrée, ayant quelque part, lâché le plus gros morceau !
- De quoi ? !
- Le vaisseau se répare, mais les installations sont d'origine. Il en va de même pour mon matériel médical. Et l'état d'Alban nécessite des soins que je ne peux lui prodiguer !
- Il n'y a pas d'autre endroit pour lui, soupira Albator.
- Il faudra en trouver un… Car sans ces interventions particulières, il ne survivra pas ! insista le Doc que l'accablement du grand pirate balafré inquiétait plus qu'un coup de sang.
Mimay eut un petit soupir.
- Il n'y a donc rien à faire pour le sauver ? murmura-t-elle enfin, ramassant et reposant à sa place tout ce que le capitaine de l'Arcadia avait balayé sur son passage à son retour dans l'appartement.
- Nous n'avons que l'Arcadia. En fait, rien n'existe vraiment en-dehors de ce concentré d'univers. Il est devenu impossible pour nous d'avoir une place ailleurs…
- Que va-t-il se passer ? questionna encore la Niflung.
- Doc va faire ce qu'il peut, avec le matériel dont il dispose. Il va lui éviter de souffrir, jusqu'à ce que la fin arrive…
- Prentil, jeta Yama.
- C'est quoi, ça ? gronda Albator.
- C'est qui, rectifia le spectre. On a fait nos premiers pas dans le même bac à sable. Et nous ne sommes séparés qu'au jeune âge adulte, lui pour poursuivre des études de chirurgien et moi tenter de monter sur un certain vaisseau maudit pour y assassiner quelqu'un.
- Je ne vois pas…
- Il a ouvert une clinique privée sur la station spatiale qui accueille la colonie de Miridaï. S'il n'a pas changé, il devrait pouvoir faire discrètement rentrer Alban et s'occuper de lui.
- « s'il n'a pas changé », ironisa le grand pirate balafré. Décidément, ta naïveté me sidérera toujours. A croire que tu n'as rien appris de ces trente ans à ce bord !
- Il faut le contacter, insista Yama qui n'entendait pas plier, et de toute façon, étant mort il ne redoutait nullement les élans furieux d'Albator ! C'est la seule chance d'Alban !
- Et comment on le joint, ton ami des châteaux de sable ?
- Je vais aller lui parler, en espérant qu'il n'ait pas une crise cardiaque car je me souviens qu'il avait le cœur fragile, de façon héréditaire.
- Manquait plus que ça ! ragea le grand pirate balafré. Toi et tes relations foireuses !
- Au moins, j'ai des relations, moi !
Grommelant entre ses dents, Albator quitta l'appartement pour retourner à la chambre d'hôpital d'Alban.
« Comment pourrais-je bien prendre une telle décision ? Je ne peux absolument pas envisager de te laisser derrière moi ! Qui donc veillerait sur toi ? Je n'ai peut-être pas été très démonstration, c'est peu de le dire, mais je n'ai jamais voulu que tu t'éloignes de moi. D'ailleurs, quel avenir pourrait-il bien y avoir hors de l'Arcadia ? Si ta vie doit déjà s'arrêter, je ne veux pas que ce soit loin de moi ! ».
