15.
- Toc toc !
- Ça va, Yama, je reconnais assez le courant d'air que tu provoques pour annoncer ta venue. Qu'y a-t-il ?
- L'Arcadia sera bientôt là. Mon capitaine voudra voir ton patient.
- Je ne pourrai rien lui dire de plus que tu ne lui as déjà transmis. L'opération que j'ai pratiquée pour sauver sa jambe droite l'a au contraire amené encore plus près des portes de la mort… Il n'y a pas de bonne manière d'annoncer cela à un père !
- Ah, tu as deviné… souffla le spectre.
- Je ne suis pas idiot, Yama ! Je n'ai peut-être eu qu'une communication verbale avec ton capitaine de l'Arcadia, mais la façon dont il me parlait du blessé était éloquente – tout comme sa menace de me trucider si je ne le sauvais pas ! Et, si ça avait été ton enfant, tu me l'aurais par ailleurs également déjà dit ! Ainsi, le pirate le plus redouté et le plus recherché gardait jalousement un grand secret à bord de son vaisseau fantôme !
- Oui.
- Je suis désolé pour ton ami, mais il fait le voyage pour rien. Sans compter que c'est extrêmement dangereux pour lui de quitter le sol sûr de son cuirassé !
- Comment cela.
- L'Eréthée du colonel Vermon devrait arriver en même temps que l'Arcadia. Qui sera le premier, je l'ignore. En revanche, j'ai déjà reçu la sommation de remettre mon patient au cuirassé de Gaïa !
- Ce n'est pas vrai… Tu vas…
- Je n'ai pas le choix. Je suis aussi sous le coup d'une arrestation et je serai moi aussi transféré sur Mars pour y être interrogé !
- Je suis désolé.
- Je ne risque rien. Je n'ai fait que remplir mon devoir de médecin, comme tu le rappelais quand tu es venu me demander de le prendre en charge. Tu ne m'as rien confié, je ne pourrai donc rien trahir ! Par contre là, je ne pourrai plus rien pour le garçon.
- Albator ne peut pas faire plus vite… Je vais quand même le prévenir !
Au récit de Yama, Kei avait rapidement procédé à quelques calculs.
- Nous n'arriverons pas à temps, conclut-elle. Le seul espoir est que Vermon ne sache pas vraiment qui il a dans ses filets.
- Il est fort possible qu'il le sache parfaitement, glissa Mimay. Sinon comment expliquer son empressement ? Il doit jubiler !
- Et pas qu'un peu, grinça Albator. Entre ses mains, Alban représente sa meilleure arme contre moi. Il me faudra donc le lui reprendre au plus vite !
- Hors de question, jeta Yama. L'état d'Alban nécessite beaucoup trop d'attentions et de soins, et Doc a parfaitement reconnu n'être pas équipé pour cela. Récupérer le petit, certainement, mais pas avant longtemps ! Aie au moins cette assurance, Albator : ils vont très bien s'occuper de lui !
- Oui, c'est bien la seule assurance…
Devinant qu'il n'avait pas de temps à perdre, Vermon s'était rendu au cabinet de Prentil.
- Les médecins de mon bord ont reçu le dossier médical que vous avez enfin transmis. Ils sont prêts à réceptionner cet Alban. Je peux vous assurer qu'il ne manquera pas de soins. Cet enfant est infiniment précieux !
- Oui, il paraît, fit prudemment Prentil.
- Il n'y a aucun risque à le transférer à notre bord ? insista Syrelle.
- Si, toujours. Il ne devrait pas subir ces nouvelles contraintes. Les manipulations, même les plus délicates seront autant de traumatismes pour son corps. Le coma artificiel protège juste son esprit.
- Vous continuerez donc de surveiller votre patient jusqu'à notre arrivée sur Mars, conclut le colonel de l'Eréthée. Nous partons immédiatement. J'espère que vous êtes prêt ?
- Je me suis conformé à vos instructions.
Prentil s'étant absenté quelques instants pour prendre un manteau et la trousse médicale qui ne le quittait jamais, Vermon ne put retenir un clin d'œil à l'adresse de sa seconde.
- Le vent a tourné, Syrelle. Nous avons à présent entre les mains la seule chose qui fera plier Albator !
- Le Conseil te félicitera.
- Je pense que nous pouvons être optimistes pour l'avenir, sourit l'officier de la flotte de Gaïa.
L'Eréthée s'apprêtait à relancer ses réacteurs quand l'Arcadia se matérialisa devant lui.
