16.
- Mais, on ne peut pas lui tirer dessus ! s'affola Kei. Si on le secoue trop, c'est la vie d'Alban que nous mettrions directement en danger !
- Comme si je l'ignorais, maugréa son capitaine. Il est bien évidemment exclu d'entamer les hostilités avec son Eréthée. Et pas davantage question de l'aborder, ce serait également le remue-ménage à son bord. Mais il doit savoir que je ne le lâcherai jamais !
- Ça, il s'en rengorge déjà, et tout le Conseil de Gaïa avec lui, grinça Yattaran que ses poings démangeaient visiblement.
Le massif pirate baissa soudain légèrement la tête, la détournant complètement.
- Et, non, Yattaran, je ne provoquerai pas la mort d'Alban pour les empêcher de se servir de lui contre moi ! rétorqua Albator dans un sifflement. Il ne faut absolument pas y songer !
- Et s'il envisageait d'ouvrir le feu, avec que les chocs de l'affrontement n'achève notre blessé si fragile ? hasarda Syrelle qu'un Arcadia immobile inquiétait encore plus que rugissant de tous ses canons.
- Aucun risque ! Si c'était le cas, il n'aurait jamais laissé le gosse derrière lui à Miridaï.
Du poing, Vermon frappa néanmoins l'accoudoir de son fauteuil.
- Quel dommage que la station araignée soit si loin, l'occasion était rêvée !
- Ils vont nous pister, il suffit de les amener à sa portée, remarqua la jeune femme.
- C'est prévu, mais pas tout de suite. Le précédent guet-apens est encore trop frais à son esprit !
Vermon fronça les sourcils.
- C'est quoi, ça ? grogna-t-il alors qu'un nuage rouge de mauvais augure apparaissait lentement.
Ferno eut un gloussement satisfait.
- Les voilà donc réunis, les deux plus puissants cuirassés qui existent ! Je sens qu'on va bien s'amuser ! Oale, tu peux enfin leur révéler ce que nous sommes réellement !
- A tes ordres, amirale !
Yattaran eut un véritable rugissement.
- Encore ce maudit nuage rouge ! On va finir par passer pour des enfants de chœur si ça continue ! Mimay, j'espère que tu es toujours prête ?
- Attendez, il se passe quelque chose, c'est différent de toutes les observations précédentes.
- Le nuage se dissipe, murmura Albator.
Mais loin de laisser la place au vide sidéral, la matière révéla alors des dizaines de bâtiments de guerre, aux allures de gros oursins, mais ils ne prêtaient absolument pas à rire !
- L'armada des Walkyries ! s'épouvanta la Niflung. Ce n'est pas un exode, c'est une invasion !
Manoeuvrant précipitamment, manquant de peu se percuter, l'Arcadia et l'Eréthée plongèrent dans un saut de téléportation, loin de la flotte ennemie.
Mimay tremblait comme une feuille, se raccrochant presque désespérément au bras du capitaine de l'Arcadia qui l'avait portée jusqu'à leur appartement.
- La matière noire ne suffira pas, hoqueta la Niflung. Elles sont trop nombreuses !
- Chaque chose en son temps. Il va d'abord falloir réexaminer la question sous ce tout nouvel angle. Quelque part, c'est plus simple : ce n'est pas la matière rouge, ce sont de bons vaisseaux bien concrets, quoique très nombreux !
Albator fronça les sourcils.
- Une invasion. Mais elles n'ont pas détruit la Terre alors qu'elle était à leur portée. La planète est sauve ?
- Je pense. La Terre est un symbole, les Walkyries ont dû finir par le comprendre. Elles ne peuvent pas la réduire à néant.
- Bien, je n'ai donc plus à rôder dans ces parages.
- Quelles sont tes intentions ? souffla Mimay.
- Me replier, réfléchir. Entre leur armada et la flotte de Gaïa, il va faire très mauvais d'être un cuirassé pirate ! On va faire un long voyage !
- Mais, tu reviendras ? insista-t-elle.
- Évidemment ! Je dois récupérer Alban !
Mimay se détendit légèrement alors que sa main se tendait machinalement vers la bouteille d'alcool la plus proche d'elle alors que l'Arcadia s'éloignait très très vite, très très loin de la galaxie et de la Terre.
