22.
S'agenouillant, Alban effleura de la main les fleurs qui recouvraient entièrement la tombe de Yama.
- Il fait partie intégrante de la Terre. Je crois que c'est ce qu'il a toujours voulu.
- Je pensais avoir plus de temps, fit le spectre qui se tenait derrière le jeune garçon et son père. La boucle est bouclée. Mais les Walkyries sont en place, elles vont passer vraiment à l'action, sachant que nous n'ignorons plus rien d'elles et de la puissance de leur armada.
- Elles ont voulu que nous marinions, dans l'attente qu'elles réapparaissent. Nous sommes prêts, au pire, fit Albator. Elles ont face à elles Gaïa et nous. Finalement, peut-être que contre notre propre gré, nous allons nous battre du même côté.
- J'avais donc raison dans mon testament, sourit Yama. Tu peux battre ta coulpe, Albator !
- Jamais de la vie ! En revanche, tu ne te trompais effectivement pas sur un autre point.
- Ah, lequel.
- Nous confions la Terre, la vraie Gaïa, en héritage à Alban. C'est lui qui la verra entièrement renaissante.
- J'ai à la protéger, c'est ça ?
- Le flambeau te revient. Je l'ai détruite, involontairement. Tu vas lui rendre sa splendeur.
- Ce sera beaucoup de boulot…
- Je serai à tes côtés. Yama aussi, à sa façon. Notre immortalité a peut-être finalement du bon. Mais c'est une sacrée tâche qui est devant nous. Les Walkyries ont des ressources insoupçonnées.
- Ce n'est pas là le genre de détail qui t'arrête, glissa Yama avec un petit sourire en coin.
- Il n'empêche que ça reste un très gros morceau, admit le capitaine de l'Arcadia. Pourtant, il faudra tout tenter pour empêcher qu'elles ne s'installent sur le sanctuaire qui nous revient.
Albator posa son regard sur Alban.
- Si tu croyais que Kei, Yattaran et moi t'entraînions, ce n'était rien à côté de ce qui t'attend. Le temps manque à présent. Nous devons faire de toi un homme et un guerrier avant même que tu ne fêtes tes quatorze ans !
- Tu me prépares en ce but, depuis toujours. Oui, je serai bientôt un homme accompli.
- Je suis très fier de toi, Alban. Tu es magnifique ! se réjouit Albator en faisant doucement glisser le cuir de son gant sur la cicatrice qui marquait la joue gauche de l'adolescent.
Alban leva ses prunelles vertes sur son père.
- Je serai digne de toi.
- Je crois que tu n'ignores pas que tu l'es déjà, sourit le grand pirate balafré en étreignant les épaules de son fils.
Alban tressaillit violemment, gémit, yeux clos.
- Son chocolat m'a tellement donné envie de dormir. Mais il n'a pas pu attendre, j'ai senti ses baisers, ses mains sur ma peau. Est-ce cela que tu redoutais, ce pour quoi tu questionnais Doc de façon si insistante ?
- Oui. Tu étais bien trop jeune pour endurer cela. Tu es bien trop petit, pour tant de choses, mon pauvre enfant ! Je t'ai fait venir dans un bien triste monde. Pardonne-moi.
- Nous avons tous pris cette décision, rappela Yama. Nous étions tellement heureux de la promesse de vie que portait Myna.
- Une lueur dans les ténèbres, admit Albator. Une chance d'avenir que nous n'espérions plus… Et tes premiers cris à la naissance ont résonné dans l'Arcadia, ranimant le cœur de tous. Tu nous as sauvé, Alban, et c'est nous qui ne t'en serons jamais assez gré !
- Je suis juste venu au monde, objecta l'adolescent.
- Oui, en effet. Un véritable miracle. Tu es notre porte-bonheur. Je t'aime, Alban, je peux enfin te l'avouer, à la face de tous. Je n'ai plus peur d'avoir une famille, c'est une bénédiction et non la faiblesse que je redoutais. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Je veux t'honorer, Alban, pour tout ce que tu m'apportes.
De l'étui à sa cuisse droite, Albator tira le pistolet à crosse de bois.
- Je suis en train de faire forger le tien. Mais d'ici là, je veux que tu le portes. Je n'ai plus d'ancêtre depuis longtemps. Mais je veux que cette arme soit celle de notre dynastie pour l'avenir.
- Mais c'est ton arme, papa ! protesta le jeune garçon, néanmoins fasciné par la lourde arme entre ses mains.
- Qui d'autre pourrait donc la détenir ?
Alban caressa doucement le métal du cosmogun.
- Tu n'aurais pas dû faire ça, papa.
- Tu es grand, tu es jeune, mais le monde dans lequel tu grandis le nécessite.
- Non, je crois que tu ne comprends pas, sourit l'adolescent. J'ai été programmé pour ça !
Braquant son père, Alban lui tira en plein cœur.
FIN
