*Chapitre 2 : Cacher son jeu*

Cela faisait désormais plusieurs heures que Yuan arpentait le ciel de ses ailes translucides, à la recherche de Kratos. Chaque individu ayant une empreinte en Mana unique, il laisse ainsi une traînée de dernière lui. Un peu comme des empruntes digitales. Peu de gens étaient capables de la voir et de la remonter heureusement pour lui, Yuan faisait partie de ce petit groupe de personnes. Pourtant cela ne lui était d'aucun recours actuellement, puisqu'il ne parvenait pas à retrouver le séraphin en fuite. Plus lasse qu'épuisé, il finit par se poser près de Luin, petite ville surnommée « cité de l'espoir ».

Quand on songe au nombre de fois où elle a été ravagée et au fait qu'il y a toujours autant de monde, parce que les habitants espèrent que chaque fois soit la dernière, tu m'étonnes qu'on la surnomme ainsi ! Pensa le demi-elfe, cynique.

Il marcha un peu dans la plaine et entra dans la ville par le pont ouest. Il n'était pas venu souvent, préférant Téthe'alla à Sylvarant, mais dans son dernier souvenir, qui ne datait pas de si longtemps (à peine 200 ans), la cité ne ressemblait pas à ça.

La rue pavée autrefois régulière et magnifique était désormais sale et se voyait privée de plusieurs galets, l'allée de demeures, auparavant hautes en couleurs et parée d'hôtels et de commerces, était entachée de maisons calcinées ou détruites. Les habitants se massaient sur les bords de la route regardant les étrangers avec suspicion derrière leurs sourires faussement accueillants.

Que s'est il passé ici ? Yuan regarda aux alentours, il avait bien sa petite idée. Il n'y avait qu'une personne au monde capable d'enlever seulement une ou deux personnes de chaque famille, de détruire tous ce qu'elles possédaient et de les laisser ainsi avec seulement du désespoir : Kvar. Yuan serra les dents, il avait peut être de grandes connaissances sur les exphères, mais il ne pouvait pas le supporter. Autant, avait-il, faute d'affection, du respect pour Forcystus, par exemple autant il haïssait Kvar.

Il poussa un soupir et entra dans une des seules auberges restantes, non pas pour dormir ou manger, mais essayer de trouver des renseignements. Il s'attabla au bar et jeta un coup d'œil furtif autour de lui. L'auberge était une pièce circulaire, faite de lambris. Un feu brûlait dans l'âtre face à l'entrée et des tables rondes étaient disposées, éparses, dans la pièce. Des petits groupes de personnes chuchotaient, autours de boissons diverses, et lui jetèrent un rapide regard avant de reprendre leurs conversations. L'ambiance de la taverne aurait put être chaleureuse si elle n'avait pas était aussi pesante.

-Je vous sers quelque chose ?

Le barman le regardait avec un grand sourire aux lèvres .C'était un homme replet avec une petite barbe bien entretenue et une calvitie arrivante. Il portait un tablier taché d'alcool par-dessus une chemise à carreaux. Un peu caricatural, pensa Yuan. Mais étrangement, la vision de cet homme le fit sourire, il y avait trop longtemps qu'il n'avait pas vu quelqu'un de simple et de désintéressé.

-Un verre de pur feu, je vous pris.

-Tout de suite, répondit le barman. Et que venez vous faire ici ? Ajouta-t-il en préparant le verre.

D'ordinaire, Yuan l'aurait renvoyé en lui disant qu'il n'avait pas à savoir or, le barman venait de lui offrir une chance de se renseigner sur Kratos sans paraître suspect.

-Je suis à la recherche de mes compagnons, mentit Yuan, nous avons été séparé...

-Vos compagnons ? A quoi ressemblent-ils ?

-Et bien, ils sont deux... l'un d'eux est un homme, un mercenaire à vos yeux, il est plutôt méfiant et peu bavard. Mystérieux. L'autre doit être mal en point, faible et amaigrit.

Le barman réfléchit un instant, et Yuan ajouta, songeur :

-Ils se sont sans doute fait discret... ho ! Et il y avait peut être un drôle d'animal avec eux, un chien bizarre...

-Un chien bizarre... dit le barman, blanc et vert, avec de grandes oreilles ?

-Exactement ! Continua tout bas Yuan, en se rapprochant, sentant que son enquête avançait un peu.

L'homme qui lui faisait face regarda à droite puis à gauche, et murmura enfin,

-Pouvez vous me jurer que vous êtes bien un de leurs amis ?

Yuan réfléchit, il devait ramener Kratos au Cruxis, et le cobaye à la ferme humaine : il n'était pas vraiment plein de bonnes intentions dans le fond...

-Je vous le jure, dit il, pourtant.

-Un homme et une femme sont venus ici, il y a quelques jours. Ils avaient cet étrange chien, il a attendu à l'entrée de la ville. L'homme était habillé en violet, il ne m'a pas parlé beaucoup, mais il avait l'air un peu pressé et aux aguets... la femme avec lui, ha ! Qu'elle aurait pu être belle ! Soupira le barman, mais elle était vêtue de loques grises et déchirée d'une maigreur, je vous raconte pas. Effrayant. Je l'ai pas reconnue mais son visage me dit quelque chose pourtant...

Il se figea, essuyant un verre, son regard fixant un point au-dessus de Yuan sans le voir. Lequel claqua des doigts devant le visage du barman pour le faire revenir à la réalité.

-Et donc ? Questionna-t-il.

-Ils n'ont passé qu'une heure ou deux en ville, reprit il, le temps d'acheter des vêtements pour la demoiselle à l'échoppe d'en face et de quoi manger, ici, à l'auberge, puisque personne n'a reprit la boutique depuis la dernière attaque, il y a deux ans. Il sont reparti juste après. Ils m'ont semblé un peu en détresse alors, je leur ai fait un prix pour les victuailles.

-Vous ont-il dit où ils allaient ?

-Non, pas vraiment, mais ils voulaient aller sur l'autre continent. Actuellement, c'est impossible par le pont à l'est, les désiants y font un barrage. J'imagine donc qu'ils vont aller à Palmacosta et prendre un bateau vers Izoold. Ils doivent juste avoir franchit le pic, si ils voyagent à pieds comme c'est a priori le cas. Vu l'état de la femme, ils doivent sans doute faire des pauses fréquentes... Si vous vous dépêchez, vous pourriez peut être les rattraper à la maison du salut qui est sur la route de Palmacosta...

Yuan se leva, remercia le barman, paya le verre, tout en lui donnant un bon pourboire.

-J'espère que vous retrouverez vos compagnons, lui chuchota t il en le raccompagnant vers la porte.

Le demi-elfe était songeur. Ainsi, ils allaient à l'est... Mais pourquoi faire ? Encore une question à élucider se dit il. Il sorti de la ville et parcouru quelques kilomètres sur la plaine avant de déployer ses ailes. L'analyse du barman était très juste, seulement il y avait un point qu'il n'avait pas prit en compte : le fait que le protozoaire puisse porter quelqu'un. Cela faisait que Kratos et la femme avaient sans doute prient une bonne avance sur le pronostic. En fait ils seraient sans doute à la maison du salut ce soir, si ils n'y étaient pas déjà. Donc le demi-elfe n'avait clairement pas de temps à perdre. Car il lui serait très difficile de les retrouver une fois ceux-ci dans la plaine de Palmacosta, il y avait bien trop de monde qui y passait, faisant des allées retours et elle était bien trop vaste si on cherchait une personne en particulier.

Yuan observait la maison du salut depuis plus de deux heures et se demanda une énième fois comment aborder Kratos. Il les avait vu entrer, lui et la femme qui l'accompagnait, dans le bâtiment et s'était dit qu'il attendrait que Kratos sorte. Sauf que si d'ordinaire, le temps semblait passer vite pour lui, aujourd'hui attendre quelques heures lui était insupportable. Soudain la porte s'ouvrit. Yuan se faufila derrière un arbre et regarda discrètement de qui il s'agissait. Une jeune femme se tenait sur le seuil de la porte, elle avait des cheveux bruns, longs et fillasses. Ses yeux étaient noisettes et semblaient éteints. Elle aurait sûrement été jolie si elle n'avait pas été si squelettique et si marquée par des années de souffrances et de labeur à la ferme humaine. A sa main droite brillait une exphère bleue, non sertie. Elle regarda les alentours et frissonna. Une autre présence survint à ses côtés et Yuan se redressa contre l'arbre, ne faisant qu'écouter cette fois.

-Kratos ?

Elle avait la voix cassée des gens n'ont pas parlé depuis longtemps.

-Rentre, dit le mercenaire de son habituelle voix froide et détachée.

-Mais...

Il lui lança sans doute un regard lui disant de ne pas protester, car Yuan entendit son pas léger rentrer dans la bâtisse et s'éloigner. Il entendit soudain le pas de Kratos se diriger exactement vers l'arbre derrière lequel il était. Grilléééééé ! Lui dit une petite voix. Bon, puisque apparemment il était découvert autant prendre l'initiative. Il sorti de derrière l'arbre.

-Bonsoir, Séraphin Kratos Aurion, dit il.

Kratos, comme à son habitude, fut nettement moins diplomate.

-Qu'est ce que tu veux, Yuan ?

Il y avait, derrière la froideur une certaine lassitude dans sa voix, comme si il savait que tôt ou tard il se retrouverait dans cette situation. Ses cheveux dissimulaient une partie de son visage, mais ses yeux bruns fixaient Yuan sans le lâcher. Kratos, de par son attitude mature et protectrice, avait toujours plu aux femmes. Il avait aussi un physique avantageux et un beau visage, ce qui l'aidait un peu. Pourtant, si Yuan et Mithos avaient, durant ces quatre milles dernières années, eu quelques aventures. Kratos n'avait jamais rien eu de tel. Pas une seule fois. Et de ce fait Yuan ne su pas trop comment s'y prendre pour savoir ce qui se passait dans la tête de son vieil ami.

-Je viens de la part de Mithos. Il est disons... frustré, que tu ais disparu en attaquant une ferme humaine et en prenant un cobaye au passa...

- N'utilise pas ce mot ! Murmura Kratos. Il n'avait pas élevé la voix, mais il semblait en colère.

-Et en prenant un des pensionnaires de Kvar au passage, reprit Yuan. Là, ça te va comme ça ?

- Et donc tu as accouru à ma recherche comme un vaillant chien, pour pouvoir lui faire un rapport ? Comme c'est mignon. Dit Kratos, sans répondre à la question.

Yuan serra les dents, Kratos savait taper là ou ça faisait mal quand il voulait. Il savait très bien que ce n'était pas ça, mais il venait de faire remarquer à Yuan qu'il avait obéit bien sagement à Mithos alors qu'il s'était soit disant opposé à lui. Le demi-elfe rassembla ses cheveux sur son épaule et resta impassible.

-Oui...et non. Dit Yuan. Il n'exposa pas ses raisons, préférant cacher son jeu. Disons, que je veux savoir ce qu'il t'a pris... Entre autres.

Kratos garda le silence et Yuan eut l'impression qu'il ne le savait pas lui-même.

-Va t'en. Dit il, enfin. Va faire ton rapport, dis que tu m'as retrouvé et surtout, oublie moi !

Quelque chose, dans la question de Yuan avait énervé Kratos. Celui-ci détestait être indécis. Si il ne connaissait pas la raison de ses actes, et vu les conséquences de ceux-ci, alors il devait avoir un gros cas de conscience. Le demi-elfe comprit qu'il n'obtiendrait pas de réponses pour l'instant.

-Très bien, capitula Yuan.

Il retourna et fit quelques pas, sa cape voltigeant derrière lui. Mais il s'arrêta soudain à quelques mètres de Kratos et murmura :

-Au fait, fais attention, à Palmacosta. Les cardinaux se sont sans doute fais passer le mot sur le fait que cette femme porte l'exphère du projet Angelus. Celui qui la remettra à Yggdrasill dirigera les autres. Il ne pouvait pas leur donner une meilleure motivation. Tu n'as pas seulement Kvar à tes trousses, tu les as tous. Forcystus. Magnus. Rodyle.

Il se retourna tout à fait, et regarda Kratos droit dans les yeux:

-Tous ça finira mal, Kratos, crois moi.

Sur ces paroles, il sorti ses ailes et s'envola, laissant la silhouette de Kratos rapetisser petit à petit et se disant qu'ils se reverraient très bientôt, Yuan voulait des réponses. Et lorsqu'il voulait quelque chose, il l'obtenait. Par n'importe quel moyen.

Voila, pour ce deuxième chapitre ! ^^

La « confrontation » Yuan/Kratos est très courte par rapport au chapitre dont la longueur m'a surprise pendant que j'écrivais. Je doute que les prochains chapitres soient aussi longs... mais ils seront plus centrés sur Yuan et Kratos, c'est promis ! ^^ D'ici là, merci d'avoir lu !