*Chapitre 3 : abattre ses cartes*
Yuan tapa le code de son bureau et soupira tandis que la porte s'ouvrait. Son entrevue avec Kratos l'avait amené à réfléchir, il n'irait pas raconter à Yggdrasill ce qu'il était arrivé... pour l'instant. Il devait avoir des réponses d'abord et choisir ce qu'il allait révéler ensuite. Le beau demi-elfe s'assit dans son fauteuil et observa la pièce en se redressant s'appuyant contre le dossier. La base de ses renégats de Sylvarant était moins confortable que celle de Téthe'alla car il y passait moins de temps, ayant plus de chance de se faire découvrir par les désiants et donc par Yggdrasill. Néanmoins, son bureau était une pièce rectangulaire assez grande avec des murs de pierres, et dans le fond, une porte qui s'ouvrait sur ses appartements privés. Un tapis s'étalait à l'entrée et menait à son bureau fait de bois et finement sculpté. Bureau sur lequel s'éparpillaient divers rapports et papiers.
Yuan essaya de trouver de courage de commencer à les lire, mais l'envie ne vint pas. Il soupira une nouvelle fois, se leva et s'approcha de la bibliothèque qui s'étalait le long d'un mur. Devant celle-ci se trouvait un piédestal de soixante centimètre de diamètre à peu près, une boule de mana flottant au dessus. Cet objet issu de la magitechnologie permettait d'avoir des conversations holographiques. Il tapa à nouveaux un code et l'image d'un de ses lieutenants apparue.
- Botta! Du nouveau sur l'élu de Théthe'alla ? Questionna-t-il.
- Non, sieur Yuan, mine de rien, sa mère, Milène Wilder, nous empêche de l'approcher.
- Il ne faudrait pas que le Cruxis entre en contact avec lui, comme il l'ont fait avec le précédent élu de Théthe'alla... empêchez les d'approcher. Si il le Cruxis ou le pontife trouve le moyen de manipuler Zélos Wilder, se serait une mauvaise chose. Je ne veux pas non plus le tuer, il n'a que trois ans : ce n'est qu'un enfant...mais je ne veux pas qu'il y ait un autre réceptacle pour Martel... Si nous arrivons à le faire faire rejoindre notre camp une fois adulte tous sera différent.
- Bien, Yuan.
L'hologramme de son lieutenant disparut. Cette histoire avec Kratos lui avait même fait oublier certaines de ses affaires en cours. Il réfléchit. Il ne pouvait pas être à la fois aux trousses de Kratos et à gérer ses affaires contre le Cruxis. Or dans l'immédiat ses affaires étaient plus importantes. Il sortit de son bureau et demanda certains de ses hommes. Quand ceux-ci se présentèrent, il leurs confia la mission d'attendre Kratos à l'entrée de Palmacosta puis de le suivre discrètement et de venir lui faire un rapport le plus souvent possible. Puis il rentra à nouveau dans son bureau et se tourna vers sa bibliothèque. Kratos allait à l'est, mais pour quoi faire ? Soupirant pour la troisième fois en une soirée, il attrapa quelques livres et démarra un programme de recherche sur la machine magitechnologique à son bureau : il ne lui restait plus qu'à découvrir quoi.
Quelques jours avaient passé. Yuan continuait ses recherches tout en faisant des pauses régulières, le fait d'être un ange n'empêchant en rien les migraines. Soudain, on frappa à son bureau. Il retira ses lunettes, ferma son livre, et dit à la personne d'entrer. Un renégat pénétra à l'intérieur, enleva son casque et dévoila un visage fin et des cheveux violets mi-longs. Ses yeux plus clairs scrutèrent Yuan et accrochèrent son regard.
- Monsieur, je suis le responsable de la mission 0I822.
Celle responsable de Kratos, donc.
-Je t'écoute, Natulcien. Dit Yuan, soudain plus attentif.
-Ils sont arrivés à Palmacosta, avant-hier, monsieur, et ils ont pris un bateau vers Izoold ce matin.
-Pourquoi avoir tant tardé ?
-Les désiants, ils surveillent les départs.
-Alors comment ont-ils fais pour partir ? Questionna à nouveau Yuan, curieux de savoir comment Kratos s'était débrouillé cette fois. Pots de vins ? Faux papiers ? Embarquement avec les bagages ?
Un sourire de coin se dessina sur le visage de Natulcien.
-Rien de tout cela. Ils ont embarqué sur la plage, un peu au nord de Palmacosta...
Le demi-elfe avait le ton de quelqu'un qui s'apprête à lâcher une grosse bombe.
-...Avec des pirates.
Yuan faisait les cents pas dans son bureau. Non mais à quoi s'amusait Kratos ?! Des pirates ?! Et puis quoi encore ? Lorsqu'il le verrait il lui dirait sa façon de voir les chose et en plus, il...il... se comportait comme son père. Le demi-elfe cessa de marcher et s'assit, avec l'impression d'être épuisé, dans son fauteuil. C'était dans ces moments là qu'il aurait voulu dormir pour se vider la tête... Hélas.
Un hologramme s'afficha, alors. Ça n'arrête pas aujourd'hui, pensa-t-il.
-Ici le responsable d'Isélia.
-Soren !
Yuan se leva à nouveau et s'approcha, un demi-elfe lui faisait face. Il avait des cheveux blond et courts et des yeux rouges, il portait la tenue standard des désiants et tenait son casque sous le bras. Il salua.
-Des divisions arrivent en masses par ici, Monsieur, continua Soren. Elles viennent de l'ouest et font un barrage du pont de l'est jusqu'au sud d'Isélia. Forcystus ne veut pas aider les troupes de Kvar, mais nous leur fournissons tout de même le ravitaillement.
Yuan fronça les sourcils, pourquoi un tel attroupement à l'est ?
-Pourquoi de telles manœuvres ?
-Rien ne nous a été dit, monsieur. Cependant, les mots « angélus », « nain », et « grand cardinal » reviennent souvent, parmi les gradés.
-Je vois, dit le chef des renégats. Reste à couvert. Ne fais rien qui puisse te faire démasquer et continue d'observer furtivement ce qui ce passe.
-A vos ordres, monsieur, dit le renégat en esquissant un salut.
L'hologramme disparut. Yuan resta un moment debout devant le présentoir, le regard perdu dans la boule de Mana. Est-ce cela que Kratos recherchait à l'est ? Un nain ? Il été plus descendu sur Sylvarant que Mithos et lui réunis, il était donc fort probable que son vieil ami ai entendu parler d'un dernier nain sur cette terre. Une nouvelle discussion s'imposait, apparement.
Yuan attendit que le pont du bateau soit désert et se posa avec grâce, invisible dans l'obscurité de la nuit. La lune éclairait un bâtiment en bois, beau et bien entretenu. Le vent soufflait avec force dans les voiles et l'homme à la vigie somnolait, bercé par le ballottement du navire. Navire apparemment nommé le « bel air » d'après les mots sculptés dans le bois à l'avant. Un seul homme était éveillé. Il était appuyé au bastingage et avait tourné vers Yuan son regard brun, lorsqu'il avait atterrit. Le demi-elfe fit quelques pas et s'appuya lui aussi sur la rambarde. Ils avaient l'air, de dos, de deux hommes discutant tranquillement. Si on exceptait la tension dans l'atmosphère.
-Kratos, il faut vraiment qu'on parle, dit Yuan.
-Je savait que tu n'abandonnerais pas, murmura Kratos avec l'un de ses rares sourires.
-Alors tu dois aussi savoir que je ne partirai pas avant d'avoir des réponses. Je dirai tout à Yggdrasill, si tu ne réponds pas.
- Et si je réponds ?
-Je ferai le tri, rit Yuan.
-C'est donc la carte que tu abats ? Je croyais que tu t'opposais à Yggdrasill, et là tu joues au soldat bien obéissant.
Cette fois, Yuan ne se lassa pas prendre au piège.
-Disons que nous avons, dans l'instant, des intérêts communs, expliqua-t-il en redevant sérieux. Je gagne plus à lui obéir maintenant. Et puis c'est un excellent moyen de persuasion...
-Si tu fais ça, je peux lui dire pour les renégats.
-Pas si je te discrédite, avant. Il se méfiera alors, certes, mais il ne remontera jamais à moi. J'ai bien couvert mes traces.
-Tu as toujours été tordu.
-Et moi, je te croyais rationnel.
Avec cette phrase Yuan les avait soudain ramenés au sujet de départ. Il y eu un silence et tout deux écoutèrent seulement le bruit mêlé du vent et de l'eau, paix éphémère et poétique de cet instant.
-Je ne sais pas Yuan. La voilà, la réponse. Anna m'est rentrée dedans alors qu'elle avait réussi à s'échapper de la ferme humaine -elle n'a même pas voulu me dire comment elle avait fait, juste qu'elle y était prisonnière depuis suffisamment longtemps pour bien la connaître-. Mais à ce moment là, elle s'est redressée et m'a fait face comme jamais personne ne l'avait fait auparavant. Elle n'est ni un guerrier, ni un soldat, mais elle a plus de courage que beaucoup d'entre eux.
Yuan observa Kratos, il y avait une sorte de passion avec laquelle il parlait d'Anna. Il ne l'avait jamais vu ainsi...Le demi-elfe en fut étonné, il pensait connaître tous les aspects de son ami, mais il ne dit rien, le laissant poursuivre.
-Je ne l'ai pas retenue et pas aidé non plus. Je l'ai laissé continuer sa course. Mais elle s'est faite reprendre un peu plus loin... Les soldats qui l'on capturés sont passés juste devant moi, elle se débattait encore, il y avait, et il y a toujours, en elle, une sorte de rage, de volonté de vivre et d'être libre. Nos regards se sont croisés... Elle ne m'a même pas supplié de l'aider, comme si elle ne voulait pas m'imposer le choix de risquer ma vie et de la sauver. Je me suis dis que je ne pouvais pas laisser ainsi. Je ne le voulais pas. Alors je me suis infiltré dans la ferme humaine et je l'ai aidée à s'échapper. J'aurais pu libérer les autres, mais il m'aurait fallu des compagnons, pour réussir : je me suis fais repérer au moment ou je commençais à déverrouiller toutes les serrures. Alors j'ai mis à mal les gardes de l'entrée et nous nous sommes enfuis... en passant par la grande porte, finit-il en esquissant un sourire.
Il se tourna vers Yuan, quittant des yeux l'eau dans la quelle il avait plongé son regard depuis le début de son récit. Son regard brun accrocha celui bleu du demi-elfe.
-Nous avons connu beaucoup de monde, Yuan, en quatre mille ans. Et nous avons apprit à reconnaître les personnes qui valent la peine que l'on se batte pour elles. Je rendrai l'exphère à Kvar, une fois qu'Anna en sera libérée, il peut en faire ce qu'il veut, je m'en fiche.
Le demi-elfe regarda longuement Kratos, être indifférent était un état normal chez lui, le voir presque égoïste était inédit. Pourtant Yuan connaissait cet égoïsme : l'égoïsme que lui-même avait eu lorsque Martel était en vie. Serait il possible que Kratos... ?
-Tu l'aimes ?
-Pardon ?!
Kratos regardait Yuan d'un air ahuri, les yeux grand ouverts, l'air presque déconfit.
-Est-ce que tu aimes cette femme, Kratos ?
-Je...
-Ne me dis pas le contraire, je le voit !
Yuan avait haussé la voix. Il n'en voulait pas vraiment à Kratos d'être tombé amoureux, il estimait que cela n'avait que trop tardé, mais il lui en voulait de pas être honnête avec lui-même. Ils s'affrontèrent du regard. Kratos baissa les yeux, Yuan avait raison. Ils se détournèrent l'un de l'autre, et recommencèrent à se perdre dans le bruit des flots. Yuan réfléchit posément. Ainsi, son vieil ami était tombé amoureux. Une partie de lui voulait l'aider à se cacher. L'autre désirait ardemment en parler à Yggdrasill, pensant à ses plans et à ses renégats : il avait besoin de la pleine confiance d'Yggdrasill, celui-ci ne devait se douter de rien le concernant il ne pouvait donc se permettre de lui mentir et de risquer d'être découvert tôt ou tard. La voix de Yuan s'éleva dans l'air dans l'air après un long silence de réflexion:
- Il y a un barrage à l'Est et au Sud, si tu continue, tu vas te faire prendre. Kvar a comprit que tu cherches un nain. Tu devrais aller dans les montagnes, au Nord-est du désert, les désiants n'y vont jamais à cause de l'Arbre de l'Incité. Vous devriez y rester au moins le temps que les choses se tassent.
Kratos scruta Yuan, surprit, puis son expression se raidit.
-Comme ça tu sera exactement quoi dire à Yggdrasill, si jamais il me cherche.
La voix froide qu'il avait reprit ne suffit pas à masquer son sarcasme.
-J'ai cru que c'était en ami que tu venais me voir, mais tu n'est qu'un manipulateur...tu me dégoûtes ! Dégage, vas t'en ! Va faire ton rapport à Yggdrasill, et va te faire bien voir ! Tu le payera tôt ou tard ce double jeu, Yuan !
-Non, attends...
-Dégage !
Yuan se tenait devant la porte de Vinheim et réfléchissait à toute vitesse. Il était venu, juste après son entrevue avec Kratos, furieux. Comment osait il le prendre comme ça ? il n'avait pas eu de mauvaises intentions en ouvrant la bouche ! La porte s'ouvrit soudain et il entra.
-Yuan !
Mithos le regardait en souriant plein d'espoir, à demi levé de son trône, l'air ravi de le voir.
C'était une occasion en or de continuer de parfaire sa couverture... d'autant plus qu' Yggdrasill avait eu des soupçons sur ses activités ces derniers temps...
-Alors ? Des nouvelles de Kratos ?
Si il lui annonçait un échec...
-Yuan, Tu l'as retrouvé ?
Il devait lui dire, pour ses plans... pour sa couverture...pour le souhait de Martel... Il avait tant de raison de lui dire la vérité en cet instant.
-Non, Mithos, je suis désolé.
Pourtant...
Voilà pour ce 3ème chapitre ! ^^
J'espère que vous l'avez aimé ! On se retrouve dans quelques temps pour la suite !
Merci beaucoup à Marina Ka Fai pour ses reviews qui me font toujours très plaisir !
ps : pardonnez moi ( juste pour une fois) si mes fautes son plus nombreuses que d'habitude, je suis très fatiguée à cause de mes journée de dingue au lycée... désolée.
