Chapitre 1

Je ne sais pas ce qui me force à revenir sur cet aspect de ma vie, je préférerais mille fois me rappeler le scintillement du soleil qui se reflète sur la mer, le vent qui s'engouffre sur la falaise, le gout du pain salé –typique de mon district- que j'affectionne tant, de la pêche aux crabes ou encore des mélodies chanter par les faiseuses de filet. Au lieu de ça, je me retrouve à ressasser mes pires et derniers souvenirs. La faim qui m'a vrillé l'estomac, les ecchymoses qui ont fais de chacun de mes mouvements un enfer, le sang sur mes mains, mon sang sur les leurs.

C'est vrai qu'en entrant de l'arène, je ne pensais pas gagner. Cependant, une par de moi espérait que je n'en sortirais pas les pieds devant. Ou au moins que ma mort ne serait pas aussi misérable. En fait, je ne sais plus vraiment ce à quoi je m'attendais en entrant de cette arène.

Sans doute me réveiller de ce cauchemar.

J'avais réussis à en réchapper pendant six ans. Six ans de chance pure et simple et il avait fallut qu'à ma dernière année, je sois choisie. Choisie, pas piochée ou moissonnée, mais bel et bien choisie. Revenir sur les causes qui m'ont poussé à me retrouver ici, dans cette crevasse entre la vie et la mort –mais bien plus proche de la mort- peut sembler ridicule, contre productif ou misérable, mais… C'est la seule chose à laquelle j'arrive encore à me raccrocher.


Ce matin là, il fait frais, le vent nous vient de la mer et il me semble que le soleil combat les nuages gris pour nous montrer sa face. Seuls quelques rayons me parviennent de ma fenêtre. Ma maison, c'est quatre murs, une porte et une fenêtre. C'est pas bien spacieux, mais comme j'y vis seule et ça m'est suffisant.

Aujourd'hui, c'est la moisson. Ou plutôt, les résultats. Enfin, personne ne sait trop comment appeler ça, alors on a gardé le terme d'Expiation. Il y a moins d'une semaine, pour fêter les 25e Hunger Games, le Président Whiff à ouvert l'une des nombreuses lettres d'or où est inscrit les futurs atrocités que réservent les Hautes Têtes du Capitole. L'annonce avait fait du grabuge, il parait, mais si peu d'informations nous viennent des autres districts. Ici, il n'y a rien eut. Pas de protestations, juste de l'indignation et beaucoup d'amertume.

Pour cette première année d'Expiation nous, districts, devions choisir nous-mêmes nos tributs.

Cette annonce me donnait froid dans le dos et je n'osais imaginer à quoi ressembleraient les prochaines Editions. D'ailleurs, ça avait fait fureur au près des jeunes. Pariant sur ce qui attendait les générations futures sans penser au fait qu'il s'agirait sûrement de leurs enfants.

Et si ça avait fait parler beaucoup d'enfants, les rues étaient devenues silencieuses quand il fut temps pour tous de se diriger vers la grande place. Des Pacificateurs encadrent les rues, parce qu'une année, une mère avait tenté de fuir avec ses enfants et ils s'étaient fait abattre. De sang froid, devant un public. Depuis, chaque année, il n'y avait pas un bruit hormis ceux des enregistreuses et des instructions des organisateurs prononcés à mi-voix.

Devant nous sont installés trois sièges, tous occupés. L'un est pour notre Maire, l'autre pour notre hôte –qui, vu son accoutrement flashie, nous vient directe du Capitole- et Mags. Notre unique gagnante. Elle a gagné la Neuvième Edition des Hunger Games alors qu'elle n'avait que 14 ans. Elle est plus qu'un vainqueur ici, c'est presque une héroïne.

Quand chaque enfant est aligné, le silence devient pesant. Je n'ais qu'une envie : qu'on le rompt. Un chant, un salut, un souffle, le vent. N'importe quoi, n'importe qui, du temps que ça masque les battements de mon cœur qui raisonnent bien trop fort dans mes tympans.

Exauçant mon vœu l'horloge sonne deux heures et notre maire s'avance devant le podium. Il pose ses feuilles à plat, attrape son mouchoir dans sa poche arrière, se tamponne le front et commence son discours. Je m'interroge sur les raisons qui pousse notre maire à suer au tant. Ce n'est pas lui qui part au Jeux et je ne crois pas qu'il est d'enfant à perdre ici. Peut être que si son travail ne satisfait pas, le Capitole le fera choir de son piédestal. Ce qui explique pourquoi il agit comme un automate devant les camera, et comme un homme ordinaire derrière. Notre Maire est une personne accessible, qui nous écoute à défaut de pouvoir changer les choses. On vit modestement dans le Quatre, mais c'est vrai qu'on manque rarement de rien.

M'interroger sur notre condition me permet de ne pas à avoir à écouter le discours qui ne change quasiment pas d'année en année. On nous ressasse le passé, l'histoire de Panem, les catastrophes, les Jours Obscurs, toutes ces choses qu'on ne nous laisse pas mettre de côté. L'Histoire est toujours présente. A travers les spots de publicité qui passe aux grands écrans de la grande place –bien que ceux-ci diminue d'année en année- à l'école, au travail, sur les bateaux, sur des pancartes et des affiches et même chez nous.

Tout pour ne pas oublier que le Capitole nous aime et que nous devons l'aimer en retour.

Tout pour justifier la présence des Hunger Games.

J'ignore comment ils ont réussis à les rendre si attractif, si spectaculaire. Peut être la récompense ? Une vie prospère à l'abri du besoin, une vie "heureuse". Pour tant, quand je regarde Mags, rien ne témoigne d'un quelconque bonheur. Son regard est éteint.

Enfin, le discours touche à sa fin. Notre maire toussote, regarde la foule avec un mince sourire –une vague grimace désolée, même lui n'y croit pas, est-ce qu'on y croirait un peu plus dans quelque année ?

Il se recule pour nous présenter notre hôte, tout de fluo bleu vêtu et le calme que j'avais réussis à récupérer s'envole en éclat.

Ezla tient dans sa main deux enveloppes ornementées d'or qui ressemble à des vagues où est écrit : "tribut mâle" et "tribut femelle". Dans l'une de ses lettres, il y a mon nom, mais je ne le sais pas encore.

A mes côtés, une cinquantaine de filles toutes plus paniquées les unes que les autres. A quelque mètre, une cinquantaine de garçons, tout aussi stressés. Nous sommes, quoi, une centaine au total ? Ni ne sommes ni les plus, ni les moins nombreux Je demande comment ça se passe dans les autres districts, si c'est plus facile de voter contre un enfant quand il y en a plus ou quand il y en a moins. Ce sont les adultes qui ont décidé, ils ont condamné deux enfants. Comment ont-ils choisit ? Quels étaient critères ? Tout, sauf ses propres enfants ? Comment on réagit les parents, quand ils se sont vu voter contre l'enfant du voisin en sachant que celui-ci faisait de même ? Et moi, qui n'est pas de famille, quel vote aurait pu faire basculer la balance en ma faveur ?

- Joyeux Hunger Games ! Mais surtout, puisse le sort vous être favorable.

Soudain, je réalise qu'il va ouvrir les lettres. J'ai encore raté tout le charabia sur l'honneur et la joie de participer aux Hunger Games. Oui, c'est vrai, quelle joie et quel honneur pour cet homme qui ne risque pas d'y participer un jour. Mes mains s'agrippent automatiquement à ma robe, elles sont moites et, même si j'essaye de rester calme, je n'ai qu'une envie, me rouler en boule et pleurer.

C'est les garçons qui sont moissonnés en premier ici. Ezla saisit l'enveloppe "tribut mâle" et l'ouvre avec lenteur et délicatesse. Je le soupçonne de le faire expert, quant à savoir si c'est pour faire durer le plaisir –faire son show devant les caméra- ou pour retarder l'inévitable, c'est une autre histoire. Il sort le bout de papier, le déplie, plisse les yeux et relève la tête avec un sourire forcer. Que penserait le Capitole si même les hôtes n'approuvaient pas l'Expiation ?

- Hook.

Pas de nom. Tout le monde sait qui est Hook.

Un orphelin –comme moi- qu'on a trouvé voguant au loin sur une planche brisée. Personne n'a jamais su d'où il venait, qui était ses parents et qu'est-ce qu'il faisait au large du district. Il y avait eut beaucoup de rumeurs à son sujet, sur ses origines, son histoire. Comme quoi, ses parents avaient un jour tenté de fuir par la mer et s'étaient trouvés exterminés –une tempête ? le Capitole ? – laissant pour seul survivant un enfant (presque un bébé) qui avait perdu la mémoire. D'autres avaient émis l'hypothèse qu'il s'agissait d'une famille du Capitole, qui avait décidé de faire un tour en hovercraft et qui s'était mal fini. Il y avait aussi eut l'enfant-rejet des vagues et d'autres encore plus loufoque.

Hook s'avance jusqu'à l'estrade la tête haute. Dans un sens, ça ne m'étonne pas de l'y voir. En grandissant, Hook était devenu une teigne, une brute qui volait et flânait toute la journée. Les adultes avaient du pensé qu'il ne serait jamais quelqu'un de bien. Que ce n'était pas si grave de le sacrifier, lui.

A son regard impassible, dur et froid, j'en déduis que lui non plus n'est pas étonné.

Ezla le salut et le maire lui tend la main qu'il sert dans une poignée forte et ferme. Après un hochement de tête, notre hôte saisit la dernière enveloppe. On n'a pas le temps de se réjouir que ça recommence. Je crois que je tremble, ma tête me tourne, je le sens mal. Je ne sais si c'est parce que j'ai l'impression que j'y ai échappée trop longtemps ou parce que ce sera la dernière fois que je ressentirai l'angoisse de la moisson.

Parce que l'année prochaine, je me tiendrais derrière le cordon. Je m'accroche à cette idée pendant qu'il ouvre l'enveloppe.

L'année prochaine, je serais derrière le cordon. Ezla plisse les yeux et lève ensuite sa tête vers la foule. L'année prochaine, je serais derrière le cordon. Je sens son regard sur moi –alors qu'il pourrait très bien regarder derrière moi ou devant, après tout, on ne se connait pas. L'année prochaine, je serais derrière le cordon. Il sourit faiblement.

L'année prochaine, je serais derrière le cordon, derrière le cordon, derrière-

- Peach Ripple.

L'année prochaine, je serais derrière le cordon.