Chapitre 4
L'arriver au Capitole est au delà de tout ce que j'ai pu imaginer. Des foules nous acclament alors que nous venons à peine d'arriver en gare. Des drapeaux à nos effigies flottent sur les murs et des confettis tombent du ciel. Le choque de voir tout ce monde nous accueillir ne me donne qu'une envie : faire demi tour et me cacher dans un compartiment. L'enthousiaste des citoyens –mais surtout leur accoutrement- m'effrayent plus qu'autre chose. Trop de couleur, trop de paillettes, si bien que j'ai l'impression de voir des Ezla décliner à toutes les couleurs.
- Souriez, nous glisse ce dernier entre ses dents serrées.
J'obéis et sourit de la façon la moins naturelle possible. Je vois mon visage sur les grands écrans et je me fais presque peur. Ce n'est que quand Mags apparaît dans mon dos que je me déride enfin. Quand les citoyens du Capitole l'aperçoivent, les acclamations redoublent d'intensité et plus personne ne fait attention au salut qu'Hook et moi adressons au public.
Le Capitole aime ses vainqueurs…
Mags nous prend tout les deux par une main et les soulève au dessus de nos têtes. C'est une de ses tactiques pour attirer les sponsors, sa manière à leur de dire : « je mise sur eux, alors vous aussi ». C'est une ovation et, même si je suis un petit peu gênée, je vois le regard d'Hook qui semble si confiant et je me ressaisis. Les Hunger Games ne commencent pas dans l'arène, mais quand on pose un pied au Capitole.
Très vite, nous nous dirigeons vers l'hôtel qui accueille les tributs chaque année. Le hall est spacieux, mais envahit par des journalistes qui obstruent ma vision. Ezla avance comme si rien de lui barrait le chemin et nous chuchote de ne pas répondre aux questions. Je suis d'accord avec ça, sûre d'avoir du mal à répondre à : « Comment on réagit vos parents ? Comment vivez-vous le choix de votre district ? »
Ce n'est qu'en arrivant devant l'ascenseur que je remarque les journalistes se tourner vers une autre source d'attention : les tributs du Deux. Ils ont cet air coriace plaqué au visage et ne semblent même pas impressionnés. Ils ont leur place en ces lieux. Je vois le mentor du Deux saluer Mags d'un hochement de tête et celle-ci plisse les lèvres. Elle n'a pas l'air heureuse de le voir. Je n'ai pas le temps détaillé mes rivaux –assassins- qu'elle nous précipite à l'intérieur. Je lance un regard à Hook, lui aussi à vu l'échange.
- L'hôtel à douze étages et chaque district à son propre étage, nous explique Ezla. On y loge votre escorte, vous avez chacun la votre. Ce sont les personnes qui vont vous pouponnez pour chacune de vos apparitions !
L'ascenseur s'arrête au quatrième étage et les portes s'ouvrent sur une jeune femme –la vingtaine peut être- et la première chose que je remarque chez elle est sa chevelure tigrée. Ses yeux en suite qui ne sont pas sans rappeler ceux d'un chat. Elle a un air hautain quand elle nous toise qui me met fortement mal à l'aise.
- C'est qui celle là ? Grogne Hook.
- Un peu de respecte, s'écrit Ezla. C'est Tigris, l'une de vos stylistes et une étoile montante du Capitole.
D'un signe de main, elle le fait taire et s'avance vers moi –bon sang, pourquoi vers moi ?
- Il n'y a rien à en tirer, critique-t-elle. Tout a fait anodine. Bon sang, je pensais que tout les gens du Quatre avaient un minimum de prestance, c'est pour ça que j'ai demandé à y être mutée. J'aurai mieux fait de demander le Un.
Elle me lâche le menton après m'avoir observé sous toutes les coutures puis se tourne vers Hook. Elle tente de l'approcher mais il recule.
- Ah, là, il y a plus matière à travailler.
Je dois avouer que je me sens vexée. Oui, bon, je n'ai rien d'une reine de beauté, mais delà à dire que je suis un cas désespéré, il ne faut pas exagérer. Dans un soupire, Ezla nous pousse à l'extérieur de l'ascenseur pour nous diriger vers le grand salon où nous attendent six personnes toutes plus colorer les unes que les autres –je commence à regretter les vêtements délavés du Quatre.
- Tu exagères, Tigris, Peach a du charme.
- Pas assez. Elle se ferra très vite oublier.
- Tu n'as cas la rendre inoubliable, suggère Mags. A moins que ce soit trop dur pour ton talent.
Tigris se retourner presque automatiquement, ses pupilles ayant prit la forme de fente –maintenant plus de doute possible, elle a bien les yeux d'un chat.
- Tu me sous-estime ? Je peux rendre n'importe qui attractif et attirant.
- Prouvez-le, dis-je avec une autorité sortie de je-ne-sais-où.
Elle me jauge à nouveau en fronçant les sourcils et fini pour sourire.
- Très bien, allons-y, nous avons du pain sur la planche.
Elle me prend par le bras et siffle trois des personnes présentes dans la pièce, ils se retournent et je constate qu'ils sont de parfaites copies les uns des autres –jumeaux, clones, qui peut le savoir ? Ils comprennent qu'ils doivent nous suivre et s'exécutent illico, apparemment effrayés par Tigris . Moi-même je lance un regard paniqué en arrière qui n'est accueillit que par un sourire d'Hook, un salut de la main de Mags et une mine refrognée d'Ezla.
On m'entraîne dans ce que j'ai rebaptisé aujourd'hui : la salle des tortures. Mais qui était en réalité une salle de bain. Sans plus de considération ou de présentation –je ne sais toujours pas qui sont ses trois personnes à ma suite- on me déshabille et m'allonge sur la table. J'ai dépassé le stade la gêne et, alors que j'essaye de cacher les peu d'intimité qu'il me reste, Tigris balaye mes mains d'une tapette. Mes trois inconnus m'inspectent.
- Regardez-moi ça, elle a les ongles tellement abîmés, l'eau de mer les a presque rongés ! C'est un massacre.
Non, ça c'est moi pendant le train.
- Et ses cheveux ! Mon dieu, ses cheveux, ils sont tellement secs, on dirait de la paille ! Ah, elle pèle, c'est immonde. Les crèmes, vous connaissez, chez vous ?
J'hausse les sourcil tellement je suis choquée -et énervée- par le manque tact. Je ne sais pas qu'ils sont, mais ils vont vite comprendre qui je suis.
- Oh, bien sûr qu'on connaît les crèmes, c'est nous qui les fabriquons. Comme la plus par de vos cosmétiques. Vous savez pourquoi on ne les utilise pas ? Parce qu'on sait ce qu'il y a dedans.
Ils me regardent avec de grands yeux intrigués, pas sûr de vouloir entendre la réponse.
- De la graisse de poisson.
C'est un mensonge, mais ça fait du bien de voir leurs mines dégoûtées. A côté, Tigris sourit quelque peu, étonnée, elle semble s'amuser. Elle s'approche et il y a vraiment quelque chose de félin dans son attitude.
- Quelle genre de tribut es-tu ? Me demande-t-elle. Le genre à ne pas voir le soleil ou à le suivre aveuglement ?
Je ne comprends pas sa question et elle balaye –c'est un toc chez elle ou quoi ?- ses interrogations de la main. Elle tourne autour de la table et s'arrête après un moment. On dirait un chat et je suis sa proie.
- Lavez-la, épilez-la et faites lui une beauté zéro.
Je n'ai pas le droit à plus d'explication que des jets d'eaux m'aspergent de tout les côtés. On me lève les bras, les pieds, on me retourne, on s'attaque à mes cheveux.
- Bon sang, s'écrit l'un des trois frères –après avoir observé une légère différence dans leur regard j'en ai conclu qu'ils étaient des triplé. Tu ne t'es jamais coiffée ? C'est pire qu'une crinière.
Je n'ai pas le temps de répliquer qu'un hurlement s'échappe de ma bouche. Je me relève pour voir quel genre de torture est-ce qu'ils ont encore inventé et je découvre une partie de ma toison arracher à l'aide de bande de cire.
- Il faut souffrir pour être belle, déclare Tigris et se recoiffant dans la glace. Et toi, tu vas en baver.
J'ignore combien de temps dure encore cette séance "salon de beauté", mais après y avoir survécu je ne suis sûre que d'une chose : on ne m'y reprendra plus !
Habiller d'un simple peignoir, je suis maintenant assise dans une chambre, la mienne sûrement, en face de ma styliste et de ses clones –oui, l'hypothèse des clones est revenu quand ils ont commencé à s'exprimer en même temps. Les quatre réfléchissent sur ce qu'ils vont faire de moi.
- Alors, reprend Tigris en pleine réflexion. Quel genre de tribut es-tu…
- Je pense-
Elle me fait taire d'un mouvement de main –grand bleu, mais c'est des griffes que je vois ?
- Tu n'es pas très belle. Mais il y a peu de belles tributs cette année. Tu fais pale figure sur les écrans, c'est à peine si tu comprends ce qu'il t'arrive…
Oui, bon, d'accord…
- L'écume, dit-elle enfin dans un sourire victorieux. Ton ami est l'océan, calme et imprévisible, mais toi, tu es l'écume qui se forme qu'en tout s'agite au tour de toi. Je parie que tu ne sortais pas du lot avant qu'on te désigne pour les Hunger Games.
J'acquiesce sans vraiment m'en rendre compte. Ces paroles sont imprégnées de vérité.
- Tu es ce qui reste quand la vague a atteint le bord. Tu es l'écume.
Elle se tourne vers mon équipe de préparation.
- Pour le défilé, vous lui ferez une base, non, un trait bleu océan qui s'étale sur du gris, ça mettra ses yeux en valeur. Pas de bronzage pour elle, pour ses lèvres je veux un bleu très pale. Quant à la coiffure, on les éclaircit, ils devront être lâché mais entièrement mit sur la droite. La droite, pas la gauche !
Enfin, elle se tourne vers moi et ses pupilles ont pris cette forme ronde qu'ont les chats quand ils s'amusent.
- Quant à toi, ta robe sera la plus inoubliable. Tu auras intérêt à lui faire honneur.
A table, Ezla nous complimente sur notre mine radieuse. En effet, à nous voir, il est difficile de croire qu'on sort à peine du Quatre et que nous avons passé très peu de nuit à dormir. Hook cependant, ne semble pas du tout ravi de sa séance de torture. Les "poils" sont signe de virilité chez nous et Hook était sûrement le garçon le plus virile que j'ai connu. Pendant le repas, on refait un topo, sur le défilé de char et le centre d'entraînement. Le styliste d'Hook se fait totalement manger par Tigris qui a déjà tout prévu. Je ne veux pas prendre partie, mais je préfère cependant ce que nous propose cette dernière : l'écume et l'océan. Plutôt que "Pirate"… Je ne sais même pas ce que c'est un pirate.
- Ne vous laissez pas impressionnez par les autres districts, si vous vous montrez droit, fier et courageux, alors aux yeux du Capitole, vous aurez au tant vos chances que n'importe quel autre, affirme Tigris en sirotant un cocktail. En plus, je connais les autres stylistes, ils feront encore quelque chose de nul. Tant que vous m'avez moi, tout ira bien de ce côté-là.
Beaucoup trop d'arrogance alors que je ne sais même pas de quoi elle est capable. Je pense que ça la mènera à sa perte. Ou je l'espère… Je ne sais pas encore.
- Pour le centre d'entraînement, reprend Mags. Ne montrer pas tout ce que vous savez faire.
J'ai envie de lui répondre que pour ça, il faudrait que je sache faire quelque chose.
- Et observer bien ceux qui vous entourent. Vous pouvez apprendre d'eux, comme l'a dit Hook. Leur point fort peuvent aussi révéler leur point faible. C'est pendant ces entraînements d'une semaine que ce forme les alliances, ni avant, ni après.
Quand Mags nous parle d'alliance, j'ai l'impression qu'elle nous fait la morale. Mais quand je vois Hook, Hook qui est l'une des rares personnes en qui je peux avoir confiance, je ne comprends pas comme je pourrais faire si je ne l'avais pas comme allié. Et je sais qu'il pense pareil. Nous quittons la table rapidement, parce qu'il faut habituer nos estomacs à manger peu et chacun va dans sa chambre. Par la fenêtre, le soleil se couche et j'entends au loin des cris de fête et des lumières qui éclairent le ciel. J'en conclu que les districts du Cinq et du Six viennent d'arriver. Après demain, dès que le Onze et le Douze seront là, nous paraderons devant Panem. Une boule se creuse dans mon estomac. Je crains de ne pas être à la hauteur et encore une fois, c'est cette peur qui me dirige vers la chambre d'Hook. Je toque, il me dit d'entrer et j'ai pas besoin de le voir pour savoir qu'il est encore en train de s'entraîner. Des tractions.
Quand nos regards se croisent, il se décale et j'en conclu qu'il veut que je prenne place à ses côtés.
- J'ai pas assez de force dans les bras pour ça.
- Je t'ai vu relever un filet remplit de poissons qui devait faire deux fois ton poids.
J'hésite.
- Si tu ne muscle pas tes bras, tu ne pourras pas grimper aux arbres.
Et encore une fois, Hook arrive à me convaincre de continuer à me battre. Rien n'est jamais perdu avec lui. Je m'avance et saisit la barre –qui retient le rideau de douche à la base- et tire sur mes bras aussi fort que possible. Tremblante, j'arrive à peine à hisser ma tête jusqu'à la barre et me laisse tomber.
- Non, non, non, tu t'y prends mal. Tu tords tes mains et c'est pas ta tête que tu veux soulever ! Plis des bras et prends une grande inspiration pour soulever tes épaules.
Je m'exécute et, même si j'arrive à aller plus haut qu'il y a quelque instant, ce n'est toujours pas fameux.
- N'abandonne pas. Persiste, on ne s'arrêtera que quand tu auras réussis à faire passer ta tête au dessus de cette barre.
Je le regarde et il est sérieux. Ca pourrait prendre toutes la nuit qu'il ne me laissera pas quitter la salle de bain sans avoir réussit cet exercice. Je ne sais pas quoi en penser. Pourquoi est-ce qu'ils essayent tous de me donner mes chances ? Est-ce qu'ils croient vraiment en moi ?
Mais je ne suis que l'écume.
Encore une fois, nous nous exerçons jusqu'à tard dans la nuit, une nuit pour faire une seule traction potable et pour tant, Hook me félicite. Je n'ai plus de bras, c'est le prix à payer de cette petite victoire.
J'ai l'impression que mes jours s'allongent et que ça ne s'arrangera pas en allant. Je ne sais pas ce qui vaut le mieux : s'entraîner à peu dormir –comme nous faisons avec la nourriture- ou tout faire pour être totalement reposés avant le Jour-J. Mais mon cerveau refuse de ce questionner plus longtemps. Je suis trop fatiguée, si bien que le seul lit que j'arrive à atteindre est celui de Hook. Celui-ci arrive et rigole en voyant la pauvre loque que je suis.
- Bon, d'accord.
J'en conclu qu'il accepte ce petit échange de lit pour cette nuit. J'articule un vague « bonne nuit » auquel il me répond avant de sortir pour gagner ma chambre. Je sens tout mon corps se décontracter et ferme les yeux.
Et j'ai l'impression qu'à peine deux minutes se sont écroulés entre cet instant et celui où on me réveille. Je ne comprends même pas pourquoi on me réveille, ce n'est pas comme si nous allions faire quelque chose d'exceptionnelle aujourd'hui. Ce n'est qu'en ouvrant les yeux que je surprends Hook au dessus de ma tête.
- Lève-toi, raie-manta, une journée d'exercices nous attend.
Je laisse tomber ma tête en arrière et soupire grandement. Depuis le train, ça doit être l'une des phrases que j'entends le plus souvent. En reprenant peut à peu conscience de mon corps –ça y est, je les ai mes courbatures- je réalise que je suis plus dans une position étoile de mer que raie-manta. Et je pue.
- Il faut que je me douche.
- C'est au planning. Douche, petite déjeuner, musculation, repas, exercices, douche, repas, musculation.
Je n'ai même pas la force de soupirer : je sais qu'il fait ça pour m'aider.
Je sais que ça m'aidera.
