Chapitre 5
- Mon dieu, quelle sale mine ! On dirait que quoi que je fasse, tu réussiras toujours à saboter mon travail !
Tigris soulève mon menton et inspecte chaque centimètre de mon visage.
- Mais tu ne les avais pas ces cernes hier !
Impossible de me dérober, cette femme à une poigne de fer.
- Tu veux vraiment t'afficher devant tout Panem avec cette tête ? Tu cherches à me faire honte ?
Je lève les yeux aux ciels, encore une fois, elle en fait des tonnes. Enfin, je ne suis pas la seule à avoir une tête de déterrée : Hook ne vaut pas mieux que moi. En même temps, nous venons de vivre trois jours d'intense entraînement et la tension est plus que palpable.
D'abord parce qu'aujourd'hui, nous défilons. En suite parce qu'il ne nous reste plus beaucoup de temps. Enfin –et des plus étrange- Mags ne semble pas du tout de bonne humeur et ce, depuis qu'elle nous a surprit hier pendant une séance de musculation. Il n'y a pas de quoi avoir honte, d'ailleurs, sur le coup elle n'avait absolument rien dit. Mais elle était devenue froide à notre égard et cela ne lui ressemblait vraiment pas.
Tigris lâche un soupire d'exaspération qui me ramène à la réalité.
- Je sais que j'ai l'habitude de faire des miracles, mais il ne faut pas trop m'en demander.
Elle se tourne vers le côté "superficielle" de la table –qui réunit le styliste d'Hook, Ezla et les membres de notre escorte- pendant que je me penche vers Hook.
- Tu ne trouves pas que Mags agit étrangement.
- Si.
- A cause de nous ?
- Surement.
Son manque d'intérêt m'agace. Mags est notre mentor, si nous ne lui plaisons pas, comment pouvons-nous plaire au Capitole ? Et puis… Je n'aime pas la voir si fermé. J'ai l'impression de la revoir pendant les jeux, alors qu'elle s'était construit une carapace d'insensibilité pour… Survivre.
A la fin du repas je n'y tiens plus et me faufile entre mon escorte pour rejoindre mon mentor.
- Hé, où crois-tu aller ? Me rappelle à l'ordre Tigris mais je l'ignore superbement.
- Mags !
Celle-ci s'arrête et se retourne surprise. J'ai l'impression qu'elle est aux aguets depuis notre arriver au Capitole et l'idée que je n'ai rien à voir avec son comportement étrange m'effleure l'esprit.
- Est-ce que vous… Euh… Ca va ?
Elle plisse les lèvres à nouveau avant de sourire et pendant un instant, elle est de retour.
- Oui.
Mais ça ne dure qu'instant.
- Vous savez je vois bien que ça ne va pas.
Elle soupire et ses épaules s'affaissent.
- Je pense que tu as plus à te soucier de ta propre personne que de moi.
- Moi je ne le pense pas.
J'essaye d'avoir l'air confiante et autoritaire, mais je ne fais qu'arracher un petit rire à mon interlocutrice, qui n'est pas sans me vexer.
- Voilà, montre ce visage aux autres tributs et tu peux être sur qu'ils te craindront au tant que tu les crains.
L'étonnement ce lit sur mon visage et je n'ai pas le temps de lui répondre que Linus, Venus et Clonus –j'ai enfin réussi à obtenir leurs prénoms- m'attrapent pour m'emmener dans la salle des tortures.
Le hall dans lequel nous attendons est impressionnant. Les chariots sont impressionnants. Les tributs sont impressionnants. Car pour la première fois en ses 25e Hunger Games, nous sommes tous réunis. Si certain m'avait donné des frissons, les voir en vrai était tout autre chose. Je réalise enfin que ces gens –ces personne qui ont été arraché à leur district - vont entrer dans l'arène avec moi. C'est avec eux que je viverai mes derniers instants.
- Mon dieu… Et dire qu'il a fallut une tonne de fond de teint pour ça. Heureusement que c'est le Capitole qui régale. Mais… Oui. Oui, on peut dire que je me suis sur passée.
Tigris me lance un grand sourire –sans doute pour me montrer ses nouveaux crocs qu'elle s'est fait poser la veille.
- Je me suis trompée, tu n'es peut être pas un cas désespérée.
Je le prends comme un compliment. Alors que Linus tentent de dompter mes cheveux –chose qu'il essaye de faire depuis ce matin- je détaille les tenus des autres tributs. Je détaille surtout les autres tributs. Dans ce tas là se trouve peut être mon futur allié et, alors qu'Hook entre dans ma vision, je me dis qu'il y a aussi le futur vainqueur. Sur son passage, certaine tête se retourne. Loin d'être un colosse, c'est vrai qu'Hook attire le regard et sa tenu n'arrange rien : elle rappelle les fonds marins, comme un dégrader et pendant un instant, le scintillement de sa chemise me donne l'impression de voir la mer en mouvement.
- Belle tenue.
- Belle ? BELLE ? S'énerve Tigris. MAGNIFIQUE !
Elle s'éloigne en s'égosillant que nous n'avions pas assez de goût pour reconnaître le talent à l'état brute. Ma robe est blanche parsemée de gris pour lui donner du relief, ouverte sur la gauche, elle s'étale sur mon côté droit, donnant l'impression d'une vague terminant sa course sur le rivage.
Je souris bien malgré moi : je suis l'écume.
Au loin je vois les tributs du Un, auréolé d'or, comme une tiare qui se terminera en manteau incrusté de pierre précieuse, habiller de simple toges blanche. Éblouissant. J'entends Tigris grommeler à côté de moi.
- Ce stupide vantard de Bélénos, il n'en manque pas une pour me voler la-
Elle s'interrompe quand ledit Bélénos s'approche de nous avec ses tributs à sa suite.
- Tigris !
- Bélé !
Ils se font une bise exagérée et je ne peux m'empêcher de lancer un regard moqueur à Hook, qui en fait de même.
- Ca fait plaisir de te voir, tes tributs sont…
Il nous lance un regard en nous désignant de la main avant de faire une grimace.
- Enfin, on ne choisit pas ses tributs. Ah si, cette année, oui !
Ils rigolent et nous nous raidissons, aussi bien nous que ceux du Un. D'ailleurs, ceux ci nous toisent avec beaucoup d'intérêt et au regard d'Hook, je comprends qu'il ne vaut mieux pas ce laisser marcher lui les pieds. Je relève alors le menton pour les regarder d'un air supérieur et ça les fait hausser les sourcils. J'aurai essayé.
- Lux et Shone, se présentent le garçon –Shone.
- Peach et Hook, répondit ce dernier.
- Non mais regardez-les, nos petits tributs adorés, s'écrit Bélénos. Presque copain comme cochon, ça sent la bonne alliance ça, non ?
- Oh, nous verrons bien, qui sait lequel sortira le couteau en premier, répond Tigris dont les sous entendus n'échappent à personne.
Ils rigolent à nouveau et se quittent dans un au revoir d'une fausseté sans pareille. Nous nous contentons de les regardez s'éloigner. Cet échange me laisse vide je ne sais pas du tout quoi en penser, je ne suis même pas effrayée ou fataliste -comme j'ai l'habitude de l'être- mais vide. Je repense à Mags et sa carapace quand on lui parle de ses jeux et je me demande si ce n'est pas ce que je suis entrain de faire : j'érige des murs. Ainsi, peut être, j'éviterai qu'on m'atteigne.
- Un jour je prendrai ta place, feule Tigris avant de se tourner vers nous. Massacrez-les. Ces gens du Un ne vous arrivent pas à la cheville.
Je sens un réel énervement dans sa voix et je me souviens qu'elle avait dit vouloir aller au Un. Peut être que c'est Bélénos qui lui a prit sa place. Mais ça reste encourageant, Tigris semble persuader que nous pouvons leur faire face.
Une sorte de gong retentit dans le hall et chacun lève la tête pour voir d'où sort ce bruit.
- C'est l'heure, nous prévient Ezla. En piste.
Il nous sourit et nous montons sur le chariot.
- Non, non ! Tu dois être à droite, Peach ! A droite !
Je lève les yeux au ciel en soupirant et nous échangeons de place. Alors que chacun retourne à sa place, nous attendons le top départ quand des cris surviennent dans notre dos.
- Ce n'est qu'un cheval, Shaft ! Un putain de cheval ! Il va pas te bouffer !
C'est un spectacle impressionnant. J'ai du mal à les reconnaître avec cette distance, mais c'est bien la fille du Sept qui cri sur son colosse de compère. Le balafré.
Il est encore plus imposant que ce que j'avais imaginé. Mais il y a dans son attitude quelque chose de… presque enfantin . De nettement moins effrayant que ce que j'avais cru voir lors de sa moisson. Peut être parce que je ne m'étais pas attendu à ce qu'il craigne quelque chose et encore moins les chevaux.
Mais ce qui attire le plus mon regard, c'est sa cicatrice. Même à cette distance, elle reste visible tant elle marqué sur son visage. Quand je croise son regard par inadvertance, il semble si malheureux.
- Il a l'air moins coriace que ce que tu m'as dis, chuchote Hook –et je ne peux qu'être d'accord.
« Que les tributs se mettent en place, le défiler va commencer. »
Ni une, ni deux, nous nous mettons les uns derrières les autres, par ordre de district et mon cœur s'emballe. Je vais parader devant Panem. Ce n'est le genre de chose que l'on imagine aisément.
- Montrez leur qu'ils peuvent avoir confiance en vous, vous n'êtes pas obligé de sourire, mais saluez-les tous. Et quand le président Whiff fera son discours, ayez l'air concerné.
Je m'imprègne de conseil d'Ezla et notre chariot ce met en marche. Le stress monte à mesure que nous approchons des grandes portes et je ne peux m'empêcher de poser ma main sur mon cœur. Je sais que ma respiration est lourde parce que je n'ai pas l'habitude de faire face à une mer de gens.
Quand nous entrons dans la lumière je crois que je cesse de respirer. Ce n'est que la main d'Hook qui me permet de reprendre mon souffle. Il me sert l'épaule et me ramène sur terre, là où il me reste encore des choses à faire. Je salut d'abords, timidement, puis une phrase de Tigris me revient en mémoire : je suis l'écume qui se forme quand tout s'agite au tout de moi. Je lève alors le bras bien haut, la main d'Hook sur mon épaule me donnant assez de force pour criez au monde que je suis là.
Je suis là pour les Hunger Games.
J'ai le souvenir des acclamations qui se tarissent quand le Président levait ses bras en signe d'apaisement. Je le vois, tout en haut de son estrade, souriant et pour tant, si différent de sur les écrans. Je n'entends pas son discours sur l'honneur et la gloire éternelle. Je ne vois que son tient blafard et ses cernes creusées.
A ses côtés se tient Coriolanus Snow aussi raide qu'un chien de chasse au aboie. Le bras droit du Président, son homme de main, son confident, son apprenti enfin, peu importe comment ils l'appellent au Capitole, chez nous, on le surnommait l'Ombre. Les peuples de Panem avait toujours connu le Président Whiff et n'imaginait pas un jour voir quelqu'un prendre sa succession, encore moins Snow. Pas moi. Snow est un opportuniste : il avait la tête froide et le regard d'un conquérant. Il ne fait aucun doute qu'un jour, il sera à la tête de Panem, et ma seule réjouissance est de savoir que je serais morte avant de voir ça. Il y a quelque chose de perfide chez cet homme, quelque chose qui me faisait le craindre plus que le Président lui-même.
Merci à Lou Celestia, Laura et Peetniss pour leurs reviews. Ca fait toujours plaisir de voir qu'on est suivit :)
