Chapitre 11

J'ai marché toute l'après midi. Enfin non, j'ai tournée en rond.

J'ai marché longtemps pour oublier que j'étais seule, séparée de mes alliés. Peut être la seule rescapée. J'ai marché pour oublier aussi cette petite pensée entêtante. Si je n'ai plus personne à faire gagner, alors que me reste-t-il ? Survivre, me chuchote une petite voix dans ma tête.

Survivre.

Maintenant, j'en suis sûre : nous sommes au sommet d'une montagne. L'arène est moins grande que les années précédentes et délimité par la falaise et le vide. J'ai traversé la forêt –enfin, c'est plus un bois qu'une forêt- et quand le vent m'a plaqué contre un arbre et que le sol à manquer de se dérober sous pieds, j'en suis venue à me demander ce que ça ferait si je me jetai dans le vide. Mais je ne pense pas qu'ils autoriseraient ça.

Je m'éloigne de la bordure de l'arène –pour ne pas dire précipice- certaine que si j'y reste trop longtemps, un piège s'enclenchera.

J'ai croisé peu d'animaux, les feuilles en forment d'aiguilles qui recouvrent le sol craquent sous mes pas, impossible de ne pas se faire entendre. C'est à la fois un avantage et un inconvénient.

J'essaye de me rappeler des conseils de Mags mais tout est embrouillé dans ma tête, quelle était la premier chose que je devais faire, déjà ? C'est ma gorge sèche qui me le rappel : trouver de l'eau. Il faut que je trouve de l'eau. Si Hook est toujours en vie, c'est au point d'eau que nous nous retrouverons.


Au bord du bois, je n'arrive pas à faire le pas qui me mettra à découvert. Je sais que ce sentiment de sécurité –à l'abri sous les arbres- est illusoire, mais je n'arrive pas à me résoudre et avancer. Est-ce que je peux retourner à la Corne, maintenant que tout semble calme ? Ou est-ce qu'un quelconque groupe m'y attend, dans l'espoir de faire couler le sang une dernière fois pour cette –trop- longue après midi.

J'ai l'impression de manquer d'air tant la peur me sert la gorge et je suis obligée de me tenir contre un arbre pour ne pas m'écrouler. Bon sang, ce n'est que le premier jour.

Sentir l'écores –sentir qu'on me retient- m'aide à me calmer. De ce côté de la montagne, la pente est rêche, mais elle me rappelle les falaises du Quatre. Celle qu'on s'amusait à escalader les mercredis quand on avait l'après midi de libre. C'était presque un rite de passage, mais… Cette montagne est beaucoup plus haute qu'une falaise et je n'ai rien qui pourrait assurer ma sécurité.

Pendant que j'observe le meilleur moyen pour atteindre le plateau, ma main glisse le long du tronc sur lequel je suis appuyée et je remarque une chose étrange. Une irrégularité dans l'écorce : quelque chose a été taillée au couteau dans le bois. Un simple trait vertical, à peine visible. Pour tant, il est là, comme pour délivrer un message.

J'observe les alentours, l'arbre juste derrière à la même marque, presque imperceptible, si je ne l'avais pas cherché, je ne l'aurai pas vu. Et encore derrière, sur un troisième. Je tourne le dos au sommet et sans même m'en rendre compte je me mets à suivre la piste. L'idée de me précipiter dans un piège m'effleure à peine l'esprit tant j'ai le sentiment profond qu'il faut que je continue d'avancer.

Je me précipite presque, allant d'arbre en arbre, mes pas font craquer les épines au sol, ce qui me force à ralentir la cadence. Peut être que si je retirais mes chaussures ? Mais je n'ai pas le temps de pousser la réflexion qu'une immense masse se dessine derrière un arbre. D'instinct, je me cache derrière le premier que je vois.

C'est Shaft.

Je ne comprends pas pourquoi je me dissimule. Je ne comprends pas pourquoi à nouveau, j'ai peur. Pourquoi à nouveau, ma main s'assure machinalement que ma flèche n'a pas quitté ma poche. Peut être parce que dans ma tête, le bain de sang n'est pas fini. Parce qu'en réalité, je n'ai pas confiance en lui. Et s'il me tuait ? Nous sommes alliés, nous ? Et s'il avait menti ? S'il avait joué la comédie ? Qu'est-ce que je dois faire ?

Survivre.

Il ne semble pas m'avoir remarqué. Je pourrais le tuer, ce serait plus facile de le surprendre, et ça ferra un ennemi redoutable en moins.

Cette idée me fait rire : comme si je pouvais le tuer. Je n'ai même pas réussis à attaquer la fille du Douze, alors Shaft. Impuissante, je m'effondre contre l'arbre. Je n'ai pas ma place ici. Peu importe à quel point j'essaye de m'en convaincre, je n'ai pas ma place ici. J'aurai du me faire tuer au bain de sang.

- Leaf ?

Je me redresse, paniquée d'avoir signalé ma position. Comme a-t-il pu me remarqué ?!

- Leaf c'est toi ?

J'entends ses pas, le craquement des aiguilles, il se rapproche et je suis tétanisée. C'est mon allié, il ne me ferra rien. C'est mon allié, il ne me ferra rien. Mais j'ai tant de mal à m'en convaincre. Un jour, il finira bien par m'en faire, du mal.

- Leaf !

Son visage se dessine au détour de mon arbre. Il a un énorme sourire à mon égare et je fronce les sourcils. Il me prend pour Leaf ?

- Non, Shaft, moi c'est Peach.

Il perd son sourire le temps d'un instant et je ne peux m'empêcher de penser que j'aurai du jouer le rôle. Ca aurait été une garanti, je suis quasiment certaine qu'il n'aurait pas attaqué Leaf.

Puis une penser s'agrippe à mon cœur, me faisant paniquer : et s'il ne me reconnaissait pas ?

Mais il récupère très vite son sourire en me tendant la main.

- Oui, c'est ce que j'ai dis. J'ai dis Peach.

Il me relève et le temps d'un instant, je me sens soulager. Parce qu'il m'a reconnu, parce qu'il ne m'a pas attaqué, parce que je ne suis plus seule. Je me sens aussi stupide d'avoir été sur mes gardes avec Shaft, après tout, c'est moi qui est insisté pour l'avoir à mes cotés. Mais c'est les Hunger Games.

Il m'entraîne à sa suite, il a un couteau à sa hanche et un sac gris prône par terre un peu plus loin. Il a réussit à avoir un sac de survie et une arme. J'en suis presque ravie.

- Je vous cherchais, m'informe Shaft. Parce que je savais encore que vous étiez mes amis, toi et Hook, alors je savais que je devais vous chercher en premier. Leaf a dit que pour survivre, on devait tous être réunis. Bien sûr, après, elle m'a dit qu'on devra tous se séparer, mais que pour l'instant, le plus important, c'est qu'on agisse en équipe. En meute.

Je prends une grande inspiration. Il a raison. Je ne dois pas laisser les Jeux me perturber au tant. En a peine une après-midi, je doutais déjà, Mags nous avait dit que l'arène nous retournerait le cerveau. Je dois être plus forte que ça. Pour l'instant, je peux compter sur mes alliés, je dois me concentrer sur cette idée. Je ne peux pas songer à la séparation si nous ne sommes même pas tous réunis.

- Et Leaf ? Tu sais où elle est ?

Je crains qu'elle n'ai pas survécu au bain de sang et la mine assombrit de Shaft ne me rassure pas. Il pose sa main sur son front et semble réfléchir intensément.

- Elle… On l'a empêché de me rejoindre mais…

Il frotte sa cicatrice –j'ai remarqué qu'il le faisait à chaque fois qu'il devait se rappeler de quelque chose- puis il s'arrête et sourit.

- Elle est partie dans l'autre sens parce qu'un garçon lui courrait après, mais elle a été plus rapide.

Je soupire de soulagement, certaine que si Leaf a survécu, alors Hook aussi. Et puis je souris stupidement, parce que je commence à croire que nous arriverons peut être à tous nous retrouver. Et j'en oublie que j'ai peur, que ce n'est que le début, qu'il y a des gens redoutable. Pour l'instant, il n'y a que Shaft, Leaf, Hook et moi. Nous avons tous survécus, alors j'oublie que j'ai songé à tuer Shaft, j'oublie qu'il faudra bien le faire un jour. J'oublie que j'ai peur et que le pire reste à venir. J'oublie que j'ai peur et que je ne dois pas avoir d'amis. J'oublie que j'ai peur et que je vais mourir.

Nous avons survécus au bain de sang.

Nous avons survécus.

J'en ai la certitude.


- C'est un codage au Sept, m'explique Shaft. Pour signaler quel arbre il faut abattre. Avec Leaf, on a décidé que ce serait notre signe de ralliement. Si l'un de nous voit ce trait, alors on sait que l'autre n'est pas loin. J'en ai fait sur tout les arbres par lesquels je suis passé. Et puis ça t'a mené à moi.

Il me lance un grand sourire auquel je réponds de bon cœur. Mais mon attention est porté sur le sac de survie : un couteau, une corde, un piolet, une gourde vide, une boite vide –dont je n'ai pas encore saisis l'utilité- et un mousqueton. Que du matériel d'escalade.

- Il y avait d'autre sac, plus coloré mais celui-ci me paraissait mieux.

J'acquiesce, au moins, on en a un. Je me demande alors ce qu'il peut y avoir dans les autres sacs. Des armes ? De la nourriture ? D'autre accessoire ? Et les autres tributs, combien ont réussis à s'en procurer ?

- Il y avait encore beaucoup de personne quand tu es descendu du plateau ?

- Non, ils ont quasiment tous désertés.

- Et ceux du Deux ?

- Ils… Je … Je sais pas…

Son regard se perd et je m'empresse de poser une main sur son épaule pour le rassurer.

- C'est rien, moi non plus je n'ai rien vu.

Je range tout ce que j'ai sorti dans le sac et j'hésite à garder le piolet en main. Il sera surement beaucoup plus efficace que ma flèche pour me défendre.

- Il y avait pleins d'armes à la Corne.

- Oui, c'est normale, c'est son but.

- Beaucoup n'ont pas été prises, parce qu'elles semblaient inutiles.

J'acquiesce sans y porter grande attention, quel intérêt ? Je me relève et Shaft m'imite : pour l'instant, nous devons partir à la rechercher d'un point d'eau. Les armes inutiles de la Corne ne nous serviront pas à survivre ici. Puis soudain je m'arrête, parce qu'encore une fois, j'ai réfléchis trop vite : bien sûr qu'il s'agit d'une information importante !

- Shaft, est-ce que tu te souviens des armes qui ont été prises ?

- Euh, pour la plus par, oui…

Il grimace un peu, sur le coup de la réflexion, je crains de trop lui en demander.

- Tous les couteaux, un arc, une arbalète, les lances aussi…

Il vacille.

- Est-ce qu'il y avait des épées ou des haches ?

- Non, non, parce que Leaf m'a dit que s'il y en avait, je devais en prendre. Il y avait des masses ! Et des poids.

- Des poids ?

- Oui, et une bobine d'un fil très fin et presque invisible. Ça, personne les a prit.

Des poids et une bobine de fil ? Je fronce les sourcils… Pourquoi ont-ils mis les deux objets que j'avais utilisés pour ma démonstration ? Est-ce qu'ils… Est-ce qu'ils sont là pour moi ?

- On doit retourner à la Corne ?

J'hésite. S'ils ont mis ses objets-là pour moi, ça veut dire qu'ils veulent que j'aille à la Corne, que je me batte pour les récupérer… Et peut être voulaient-ils que je meurs en essayant de les prendre…

- Non, notre priorité, c'est de trouver un point d'eau.

Il acquiesce et semble vouloir ce mettre à ma suite. Problème : je n'ai aucune idée d'où aller. Même avec Shaft à mes côtés, aller explorer la montagne ne m'inspire vraiment pas.

- Nous pourrions explorez les bois, ça me semble assez judicieux.

- Il est petit, il ne doit pas faire plus d'un hectare.

- Combien de temps on mettrait à trouver un point d'eau ici ?

Il hausse les épaules, fronce les sourcils et pose une main sur sa cicatrice.

- Euh… Une… Peut être deux journées…

- Alors nous allons traverser ce bois à la recherche d'eau et si nous ne trouvons pas, nous irons au plateau. Ça te va ?

- Et pour Leaf et Hook ?

- Nous les retrouverons, fais moi confiance.

Il hoche de la tête avec un grand sourire. Il me fait vraiment confiance et j'ai de la peine pour lui. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Mais c'est une réflexion stupide : qui comprend vraiment pourquoi nous sommes là ?


Le soleil s'incline en silence et je ne peux pas m'empêcher de me sentir rassurer.

Mes yeux me brûlent tant j'ai envie de pleurer. J'essaye de récapituler ma journée, rationaliser les faits : je suis entrée dans l'arène, j'ai survécu au bain de sang, j'ai retrouvé un de mes alliés, je n'ai pas trouvé d'eau, je suis fatiguée, je suis terrifiée et tous ça ne fait que commencer.

Le bâillement de Shaft attire mon attention. Nous avons fini par trouver une crevasse, dans les racines d'un arbre couché, où nous pourrions nous dissimuler à deux. C'est exiguë, étroit, mais on y tient à deux et nous sommes à l'abri des regards. Je me penche pour rejoindre Shaft, il lutte contre la fatigue plus que moi.

- Endors-toi, je prends la première garde.

Il me sourit et je lui réponds avant de m'installer à ses côtés, je remonte quelque aiguilles de pins, espérant qu'elles nous tiennent chaud ou au moins, parfaire notre camouflage. Il n'en faut pas plus au géant pour s'assoupir, laissant sa tête retomber sur ses genoux.

Je me sens tellement mieux depuis qu'il est à mes côtés et je ne sais pas si c'est une bonne chose. Je n'irais pas jusqu'à dire "en sécurité" mais il accroît mes chance de survivre...

Dans d'autre circonstance, j'aurai adoré l'avoir comme ami. Mais je ne dois pas oublier que c'est un tribut.

La nuit finie de tomber et après un instant de flottement, cette foutue journée se termine enfin.

L'hymne de Panem retenti alors, manquant de réveiller Shaft, mais il se contente de grommeler, puis le sceau du Capitole s'affiche. J'ai du mal à voir clairement le ciel à cause des branches, mais l'image est si grande que je ne me mets pas plus à découverts.

J'ai le cœur au bord des lèvres, parce que l'instant de vérité est enfin arrivé et je ne supporterai pas de voir le visage d'Hook s'afficher dans le ciel.

Mais c'est d'abord la fille du Un, Lux, qui apparaît et j'en suis vraiment surprise. Puis vient celui du Trois, les deux du Cinq et je peux enfin respirer car j'en conclu qu'il n'est rien arrivé à Hook. Ce que je ressens est au-delà du soulagement et j'en oublie presque de continuer à regarder. Le gars du Six, Ory, y est passé aussi, dommage, Hook le voulait vraiment comme allié. Alors que l'hymne touche à sa fin, deux derniers visages éclairent le ciel noir de l'arène. Les joues creusées, le tient pâle, le regard sévère… Leaf, reconnaissable entre mille, et le gars du Dix.

Elle n'a pas survécu au bain de sang.


J'hésite à réveiller Shaft, pas sûre de pouvoir gérer sa réaction. Je n'ai aucune idée de la façon dont je pourrai lui annoncer. Je songe à ne rien lui dire, espérant qu'il n'y pensera pas. Mais je ne crois pas être capable de lui cacher une telle information. Et s'il oublie ? Ou qu'il ne l'accepte pas ?

Attendre. Je vais attendre qu'il se réveille et espérer que les choses se passent bien.

- Chers tributs des 25e Hunger Games.

La voix me fait sursauter, m'arrachant à mes terribles réflexions et je relève la tête vers les étoiles où tournoie le sceau du Capitole.

- En ces jeux très spéciaux, nous avons décidé de faire des choses spéciales.

C'est la voix de Jolly Rog, le Haut Juge. Il manque de réveiller Shaft, ce qui me fait plus peur que l'annonce. C'est bien la première fois qu'un organisateur parle aussi tôt dans les jeux.

- Pour pimenter vos retrouvailles, nous avons décidé de vous donner un coup de main, dit-il d'une voix lasse.

Une carte apparaît dans le ciel, je reconnais sans peine notre arène. Le bois est vraiment petit et il y a des endroits que j'ai du mal à déterminé, mais je ne vois aucune source d'eau. Puis, sans crier garde, des points rouges apparaissent sur la carte. Une poignée dans les bois, trois au plateau, le reste dispersé dans la montagne. Peu de point sont regroupés et quand j'en vois deux côte à côte situer là où nous sommes sensés nous trouver Shaft et moi, je n'ose comprendre.

- Vous voici. Toutes les nuits, après le récapitulatif des morts.

Jolly Rog se racle la gorge.

- Je veux dire, des tributs tombés, nous vous indiquerons où vous vous situez sur cette carte. Bon chance et…

Il a un soupire ennuyé.

- Puisse le sort vous être favorable.


Merci à Peetniss et Laura pour leurs commentaires qui me motive toujours plus à écrire :)