Chapitre 12

- Ils sont forcément là. J'ai compté 17 points rouges et deux étaient dans ce coin là, j'en suis certain.

- Reste calme, Blade, ils ont simplement dû bouger comme les autres pour ne pas se faire prendre.

Je me réveille directement, sans un sursaut. Il me faut un temps pour comprendre où je suis. Ce n'est pas un lit, ce n'est pas une chambre, ce n'est pas un district. Les rayons du soleil filtrent à travers des racines et les voix se rapprochent. Je me souviens, c'est les Hunger Games.

- Je suis certain que c'était la fille du Quatre, je l'ai vu partir dans la forêt.

C'est la voix de Blade. Je ne fais aucun mouvement. Il me cherche ? Il m'a prit en grippe ? Ah oui, c'est vrai, eux contre nous. J'ose un mouvement vers Shaft, il est réveillé et une mine sévère plaquée sur le visage. Je vois qu'il a empoigné son couteau. Nous n'avons pas besoin d'échanger un regard pour savoir que la meilleure chose à faire, c'est de ne rien faire.

- On devrait retourner à la Corne.

- Elle a raison, on a peut être des vivres, mais sans eau, on n'ira pas loin.

- Non je veux d'abord trouver ces deux prétentieux du Quatre !

Je n'ai même pas le temps de m'offusquer que les pas raisonnent au dessus de ma tête avant de s'arrêter. Je retiens ma respiration tant j'ai peur qu'elle me trahisse.

- C'est toi le prétentieux, tu ne suis même pas les instructions de nos mentors. Dirk nous a dis que la priorité c'était l'eau. Ceux qui ont l'eau, contrôlent les Jeux et il ne fait aucun doute que l'eau est dissimulé, alors arrête de vouloir impressionner les caméras. C'est un jeu de survit, Blade.

Mon cœur bat la chamane, j'ai si peur que même la présence de Shaft ne suffit pas à mes rassurer. Je pris pour que Blade se laisse convaincre.

L'un d'entre eux bouge et de la terre s'écroule sur nous. Ils sont juste au dessus de nous, s'ils baissent les yeux, je suis certaine qui nous verrons. Je ferme les yeux, il faut que je me calme. Il y a un moment de silence où je comprends qu'ils hésitent. A côté de moi, Shaft resserre son étreinte sur son couteau et je le sens déterminer.

J'ai à peine le temps de comprendre qu'il se penche en avant.

Sans doute veut-il jouer d'un effet de surprise pour les attaquer, mais c'est totalement fou comme idée ! Il a beau être là, ils sont trois contre nous. Et je ne peux pas dire que je pèse beaucoup dans la balance. Alors, aussi rapide et silencieuse que je le peux, je plaque ma main sur son torse pour l'empêcher de bouger.

D'un regard insistant, je lui fais comprendre qu'il ne vaut mieux pas tenter le diable.

Rester immobile, ils vont partir.

- Vous avez entendu ?

- Hum ? Non.

- Ca venait de là bas…

- Tu dérailles, Blade.

- Prune, je te dis que j'ai entendu quelque chose ! Shone, tu as entendu toi ?

- Non, et puisque tu me demandes enfin mon avis, je pense qu'on devrait retourner à la Corne.

Il y a encore un instant de silence, mon regard est rivé vers le ciel. La tension est palpable. Ils sont si proches, je pourrais presque voir la veste de Blade. Mon cœur bat la chamade et par un miracle que je ne m'explique pas, j'arrive à ne pas laisser la panique m'envahir. Ils vont partir, je le sais, je le sens.

- On finira bien par tomber sur eux, tempère Prune.

Il y a un instant de silence où il doit sûrement soupeser la situation… Il faut qu'il se laisse convaincre.

- Très bien, vous avez gagné.

Ils tournent les talons et de la terre glisse à nouveau sur nous. On entend encore les pas s'éloigner et, même quand ils semblent loin, je refuse de bouger.

- Ils sont partis, chuchote Shaft –au cas où l'information m'aurait échappé.

J'acquiesce, mais ça ne suffit pas à calmer les battements de mon cœur. Je réalise soudain qu'ils étaient extrêmement proches. Qu'encore une fois, j'y ai échappé de peu. Combien de temps encore le sort me serait-il favorable ? Je prends une grand inspiration pour chasser cette pensée et mes craintes avec.

Ce n'est pas le moment de se réjouir d'avoir éviter le pire. Cet échange me permet aussi d'en savoir plus sur l'ennemi. Mais, quand a savoir qui a l'avantage sur qui, c'est une autre affaire.

J'inspire. Ils ont le contrôle de la Corne. J'expire. Mais ils n'agissent pas en équipe –pour ne pas dire meute. J'inspire. Ils ont des vivres. J'expire. Personne n'a d'eau. J'inspire. Ils sont à notre rechercher. J'expire. Je sais où ils sont et ce qu'ils ont l'intention de faire.

C'est nous qui avons l'avantage.

- Alors, on fait quoi ?

Je me tourne vers Shaft et perds mon sourire.

Leaf. J'avais presque oublié qu'il ne savait pas pour Leaf…

- Y a pas d'eau au là haut, poursuit-il. Elle doit être dans les bois, on peut la voir si on grimpe à un arbre.

Il penche la tête pour inspecter les arbres environnant et sa soudaine proximité m'oppresse.

- Ils sont trop proche les uns des autres. Ça se fait rapidement, le tour... Mais une journée de marche. Sans eau… Il faut un nid de sentinelle pour voir de haut. Avec une corde… Et… Grimper…

Il m'interroge du regard et fronce les sourcils devant mon air contrit.

- Shaft… Il… Il faut que je te dise quelque chose…

J'ai du mal à soutenir son regard, ses grands yeux étonnés me font hésiter. Comment va-t-il réagir ? Je réalise alors que nous sommes dans un espace beaucoup trop restreint pour l'annonce d'une telle nouvelle. Si un tel colosse se met en colère ici…

Je me faufile entre les racines, suivit de près par mon allié et quand nous sommes à l'air libre j'essaye de garder une distance raisonnable.

- Shaft…

- Grimper.

Il me regard à peine, ses yeux papillonnent d'arbres en arbres, alors je me rapproche de lui.

- Shaft, je dois te dire quelque chose… Leaf, elle…

Il réagit immédiatement à son nom.

- Elle…

Les mots se bloquent dans ma gorge, il ne semble pas comprendre où je veux en venir, alors je baisse la tête, parce que je supporte pas du tout son regard ignorant.

- Elle morte, Shaft... Son visage s'est affiché dans le ciel hier.

Il ne réagit pas. Aucun mouvement. J'ose le regarder et son visage se transforme peu à peu. D'abord, ses épaules s'affaissent, puis ses sourcils se froncent, et enfin, ses lèvres se mettent à trembler. Il m'interroge du regard et j'y vois beaucoup trop de détresse.

- Elle…

Sa voix chavire.

- Elle est…

Il incline la tête, signe qu'il ne comprend pas ou plus tôt, qu'il ne veut pas comprendre.

- Morte ?

Et j'ai vraiment l'impression de faire face à un enfant. J'entends un sanglot, qui m'émue plus que de raison et j'acquiesce en m'approchant, mais il recule.

- Mais elle… Je l'ai vu…

Il pose une main sur sa cicatrice, l'autre sur son cœur. Il doit prendre de grandes bouffées d'air pour respirer et une larme fait son bout de chemin sur sa joue. Il grimace de douleur et me lance un dernier regard avant de s'écrouler en pleure.

- Leaf, sanglot-il.

Sa lamentation m'achève et je m'accroupie à ses côtés. Je veux lui faire comprendre que je suis là. Qu'il n'a pas que des raisons de s'effondrer.

- Je suis désolé, gémit-il avec douleur.

- Non, tu n'as pas-

Mais je m'interromps, parce que ce n'est pas auprès de moi qu'il s'excuse. Il s'excuse auprès de Leaf parce qu'il n'a pas su la protéger.

- Je suis désolé, répète-t-il comme une plainte. Je suis désolé…

Je l'accueil entre mes bras et je ne peux empêcher mes larmes de joindre les siennes. J'en oublie tout le reste. Tout ce qui nous entour. Tous ce qui peut nous blesser. Pour l'instant, il n'y a que Shaft qui a perdu sa précieuse amie.

- Je suis désolée, dis-je tout bas.

Il relève la tête et s'accroche à mon regard. J'espère qu'il y voit tout ma sincérité.

- Je suis désolé moi aussi, répète-je.

Parce que comme lui je n'ai rien pu faire.

Parce que comme lui je ne peux rien faire.


Je marche à pas de loup, redoublant de vigilance. Je dois faire attention pour deux parce que Shaft ne peut que se contenter de me suivre en silence. Absent, quelque chose de mort dans son regard.

Le bois est silencieux comme jamais, à croire que toute vie a désertée ne laissant que nos pas pour indiquer qu'il y a encore deux tributs à abattre. Je distingue entre les sommets des arbres la montagne et sa cime, la Corne qui reflète les rayons du soleil. Le bois nous protège de la chaleur, mais si nous ne trouvons pas rapidement d'eau je crains que les tributs du 25e Hunger Games ne meurent tous de soif.

Un regard vers le ciel bleu, sans aucun nuage et je sais qu'il n'est pas prêt de pleuvoir.

Shaft continue à marquer les arbres par lesquels nous passons, je n'ai pas le cœur à lui rappeler que Leaf ne nous retrouvera pas. Au moins, c'est une façon de ne pas perdre notre chemin.

Le soleil à quitter son zénith et mon ventre gargouille. Je lance un regard à Shaft -je ne peux pas croire que je sois la seule à avoir faim- et la seconde qui suit, son estomac répond au mien. Je lui souris, c'est à peine s'il me voit.

- Nous devrions peut-être essayer de se trouver à manger ?

Il acquiesce tristement et je comprends que je suis seule sur le coup. Je prends une grande inspiration.

- Je vais chercher de quoi poser des pièges.

Je lui tourne le dos et ferme les yeux. Quels étaient les instructions du centre d'entraînement ? Déjà, reconnaître l'endroit. C'est une forêt d'arbre montagneuse.

- Shaft, il s'agit de quel genre de forêt ?

Il ne me répond pas et je soupire, vaincu. Dommage, s'il y avait bien un point pour lequel il aurait été parfait c'est celui là. Quoiqu'il en soit, je tente de me rappeler des instructions de survie. Je me rappelle que sur se genre de territoire, je peux tomber sur toutes sortes de reptiles, des oiseaux, des lièvres… Des lièvres.

Je m'empresse de rassembler les matériaux nécessaires pour les trois seuls pièges que j'ai retenu et m'empresse de les construire. Ce n'est qu'après un moment que je remarque qu'il me manque le plus important : un appât.

- Il faut partir à la recherche de fruits, baies, n'importe quoi qui pourrait appâter des animaux.

Encore une fois, Shaft ne me répond pas et se contente de me suivre. Je ne veux pas trop m'éloigner de mes pièges, de crainte qu'on tombe dessus et que… Et que quoi ? J'ignore ce que je ferrais si on tombait sur d'autres tributs, là, maintenant. Nous ne sommes pas près.

Un regard vers le ciel et je sens que la fin d'après-midi est proche. Un jour sans boire ni manger. Il se pourrait bien que si je trouve de quoi faire un appât, je l'engloutisse sans y réfléchir.

Une énorme rafale de vent me surprend et me fait perdre quelque peu l'équilibre. Ce-ci ne peut vouloir dire qu'une chose : nous sommes proche des limites de l'arène.

- Les arbres sont étranges, murmure Shaft.

Mais je ne fais pas attention. Je m'approche un peu plus des limites et le vent souffle plus fort. Un frisson me parcourt. Ce n'est pas le froid. Une crainte. Presque un mauvais pré-sentiment. J'essaye de me convaincre que c'est à cause des nombreuses caméras dissimulées qui me mettent mal à l'aise, mais c'est tenace.

Je lève les yeux vers le ciel, les branches les plus proches ne sont pas à ma hauteur, je ne pourrais pas grimper pour avoir une meilleure vue.

Dans mon dos Shaft fait un mouvement en avant et me dépasse, main tendue vers les arbres. Lui pourrait grimper, je pense…

- Les aiguilles de pins.

- Quoi les aiguilles de pins ?

- Il y a de l'eau dedans.

Je me redresse tant l'information me surprend. De l'eau dans ses minuscules aiguilles ? Je ne suis pas sûre de vouloir lui demander confirmation, mais… Est-ce que, dans son état, je peux vraiment lui faire confiance ?

Il se rapproche des branches, la main prête à saisir la plus proche et le vent souffle sur mon côté. Mon cœur se contracte, comme une crampe et à nouveau, je me sens mal.

- Mais les arbres sont étranges.

J'observe Shaft, inquiète sûrement sans raison. Les arbres, étranges ? Qu'est-ce que cela signifie ? Je regard les sommets des arbres et les branches se balance au rythme du vent. J'entendrai presque le tintement des aiguilles qui s'entre choquent.

Le tintement.

A peine ais-je compris que Shaft saisit la branche et un sifflement survient. Instinctivement, je me jette sur lui pour lui éviter tout danger et j'ai l'impression que le vent s'est arrêter de souffler. Tout est si rapide ! Je percute Shaft, nous tombons à la renverse et à peine touchons-nous le sol qu'une multitude de véritables aiguilles s'abat sur moi. Je roule pour me mettre à l'abri et certaines aiguilles manquent de perforer de peu.

Je reste un instant au sol, la respiration lourde, pas sûre de comprendre ce qu'il vient de se passer. Je tourne la tête vers ma droite où prône une cinquantaine d'aiguilles plantées dans le sol. Elle aurait pu me tuer et si je n'avais pas sauté, tuer Shaft. L'adrénaline se dissipe peu à peu. J'ai failli mourir.

Mais j'ai survécu au premier piège de l'arène.

- Ça va ? Me demande Shaft en se penchant sur moi.

- Et toi ?

- Tu m'as sauvé.

Et j'en suis la première surprise. Mais au lieu d'afficher ma perplexité, je lui souris en me redressant.

- Nous sommes une équipe. La vague déferlante des 25e Hunger Games.

Nous ricanons doucement et je pose une main sur son épaule.

J'ai encore du mal à respirer calmement. J'ai mal à l'épaule –je me suis mal réceptionnée-, j'ai faim, soif, je suis fatiguée et le soleil comment à peine à descendre. Je soupire. Mon sentiment d'être tirée d'affaire s'envole aussi vite qu'il est apparu.

- On fait quoi maintenant ?

Je m'apprête à lui dire qu'il faudra trouver un endroit où dormir en "sécurité" quand un hurlement retentit plus loin dans la forêt suivit d'un coup de canon.

Je n'ai pas besoin de demander que mon instinct me souffle la réponse : un tribut n'a pas survécu au piège...


La nuit est sombre et fraîche et c'est encore plus dur à supporter le ventre vide. Nous n'avons pas trouvé d'endroit où nous abriter et j'ai été incapable de retrouver la souche d'arbre de la veille. J'ai ramassé les aiguilles et les ait enfoncées dans le sol, pique vers le haut, au tour de nous pour constituer un semblant de sécurité. Demain, si on a de la chance, les pièges que j'ai posés auront attrapé à manger. Quant à l'eau… J'ai bien peur que nous ayons bientôt à devoir quitter les bois et cette idée me terrifie.

C'est le visage de la fille du Douze qui apparaît dans le ciel. Abattu par l'arène et je me souviens que nous nous sommes fait face ici même, dans ses bois. J'avais faillis lui sauter à la gorge, mais je l'avais laissé partir parce que je mettais vu en elle.

Son visage s'efface pour laisser place à la fameuse carte qui indique nos positions, mais c'est le regard de cette fille du Douze qui reste encré dans ma mémoire.

Je ne sais combien de fois je me répète que ça aurait pu être moi.

Et le deuxième jour s'achève.


Désolée, désolée et encore désolée !

Beaucoup de retard je sais, mais grosse peine de motivation. Ca a été vraiment dur d'écrire ce chapitre parce que je ne me sentais pas "dans l'arène". Je voulais que Peach soit légèrement désemparer sans être une potiche et j'ai du mal à choisir les moments où Shaft doit être lui même et quand il est perdu (j'ai toujours peur que ça face plus schizophrène que troubles mentaux). M'enfin, j'espère que ce chapitre vous a plus et j'attends vos critiques :)

La suite va (malheureusement) mettre aussi un peu de temps à venir (pas au tant que pour ce chapitre, mais quand même un peu). Je me suis légèrement échappée de l'univers de Suzanne Collins et il est temps que je me replonge dans les livres.

Je remercie (avec beaucoup de retard) Peetniss, Guesto et Aidan-D pour leurs commentaires et encouragements, j'espère ne pas vous décevoir :)

Voilà voilà !