Chapitre 01.
La mélancolie du Héros.
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Le vent souffla dans les rues de Londres. Les quelques feuilles meurtries pas le froid d'automne, gisant à même le trottoir, se soulevèrent pour tomber à nouveau sur leur lit de tombe humide. Les nuages épais de ce matin de novembre ne laissaient pas passer le moindre rayon de soleil levant.
Il commença à pleuvoir, d'abord lentement, silencieusement, comme une légère mélodie qui accompagne un drame à l'eau de rose. Puis, de plus grosses gouttes tombèrent, se fracassant sur les parapluies des quelques passants du matin, et sur les fenêtres des chambres des endormis.
Ginny ouvrit lentement les yeux, le cerveau encore embrumé par quelque rêve heureux improbable. La première chose qu'elle remarqua, fut propre sa main, emprisonnée dans une autre, plus forte, qui la serrait. On aurait dit que la main ne voulait pas la lâcher, de peur qu'elle ne s'envole, l'abandonne. Elle savait déjà où elle était. Les paupières lourdes, les lèvres pâteuses, elle regarda autour d'elle. Elle ne s'était pas trompée, elle était bien avec Harry. Elle poussa un soupir et tenta de se remémorer les évènements de la veille, mais elle en fut incapable. Les jours se ressemblaient, tous aussi tristes les uns que les autres.
Ils avaient emménagé dans la maison de Sirius, au 12 square Grimmaurd, juste après les festivités de la victoire contre Voldemort.
Au départ, c'était juste pour se mettre à l'écart de tous les fêtards qui les importunaient. Mais au fil du temps ils s'y étaient habitués, et depuis lors, quelques changement s'étaient imposés. Le portrait de la mère de Sirius avait été déplacé dans la cave, ainsi que le pied de troll, à côté de toutes ses trésoreries, et la maison fut légèrement re-décorée pour qu'elle soit plus vivable.
Autre changement aussi dans la répartition des chambres cette fois-ci. La chambre que Ginny occupait autrefois avec Hermione, était dorénavant habitée par cette dernière et Ron. En effet, depuis le baiser qu'ils étaient échangés le soir de la bataille, les deux tourtereaux roucoulaient sur leur petit nuage rose, et restaient inséparables, en dehors de leurs études. Georges avait gardé sa chambre, même si Fred n'y était plus, et continuait à y préparer de nouveaux produits pour son magasin de faces et attrapes, qui tournait encore, mais sur commande. En effet, il insistait pour rester au square Grimmaurd pour aider dans la maison, et en cas de besoin, faire quelques courses ou autres.
Luna avait aussi rejoint l'habitation, et son caractère mettait une certaine ambiance dans la bâtisse, de façon à ce que personne ne se lasse d'elle, ni de ses bizarreries et rêveries. Mais elle aussi poursuivait ses études, et sortait donc pendant la période scolaire. Neville, Madame Weasley et son mari venaient de temps en temps pour voir comment se portaient les six adolescents – dorénavant adultes – et apporter des nouvelles du monde extérieur.
Mais, si tout le monde restait ici, c'était essentiellement pour quelqu'un pour qui tout ne se passait pas aussi bien que ce qui aurait dû. En effet Harry Potter était d'une humeur maussade, triste, et même sans écorcher la définition du mot, dépressif.
Ginny avait vite remarqué que malgré son sourire, Harry avait une lumière sombre dans son regard. Elle n'avait pas eut le temps de lui demander ce qui n'allait pas, il s'était rapidement rendu compte qu'elle était devenue plus douce, plus attentionnée avec lui, et tentais de ne pas le blesser ou le contrarier.
Il lui avait tout confié : ses peines, ses regrets sur ce qu'il aurait dû faire pour éviter autant de morts, autant de tristesse dans ce monde. Il se sentait si responsable du malheur des autres. Il croyait que tout était de sa faute. Même jusqu'à renier son existence, et la prophétie liée à sa naissance. Il avait perdu un bon nombre de personnes qui lui étaient cher, Dobby, Lupin, Tonks, Fred... il y en avait tant qu'il aurait aimé connaître plus, avant de les perdre. Il ne voyait pas, malgré la victoire glorieuse contre Voldemort, que tout ce qu'il avait fait était bénéfique à l'existence du monde magique. Mais le voile qui avait été posé sur ses yeux ne pouvait pas s'enlever.
Il en revenait même à renier la magie. Il avait caché sa baguette dans la salle sur demande, espérant qu'il ne reviendrait jamais la chercher. Il ne voulait plus rien savoir de tout cela, il voulait juste tout oublier, et vivre une existence humaine.
Ginny avait écouté mots à mots toutes ses peines, ses faits, ses pensées, elle le comprenait. Mais elle n'en revenait pas : il avait accompli tellement de choses, comment était-ce possible qu'il soit dans cet état? A ne voir que le mauvais côté des faits. En le voyant aussi triste, verser des larmes qu'elle aurait préféré ne jamais voir - car il avait bel et bien brisé l'image de l'homme fort qu'elle s'était faite de lui – elle avait tenté de l'aider. Elle l'aimait plus que tout au monde, et le voir plongé dans une telle mélancolie, lui brisait le coeur. Elle avait donc prit la résolution de lui faire remonter la pente, et le faire sourire à nouveau, même juste une fois.
Ginny se leva, retira avec difficulté sa main emprisonnée dans celle de Harry, et partit faire une toilette rapide, avant de descendre dans la cuisine afin de préparer le petit déjeuner. Elle croisa Ron et Hermionne dans la salle à manger, et les salua brièvement. Les deux amoureux lui répondirent avec un bref sourire, avant de s'informer.
- Comment va-t-il? Interrogea Hermionne.
Bien évidemment, elle parlait là de Harry. La lueur dans son regard montrait bien l'inquiétude qu'elle portait à son ami, tout comme Ron, qui était pendu aux lèvres de sa soeur pour attendre une réponse favorable à son humeur – bien que ce soit quasiment inespéré. Ginny dû les décevoir encore une fois, comme tous les matins.
- Il dort encore, mais ça ne va pas mieux qu'hier. Désolée.
- Ne t'excuse pas, ce n'est pas de ta faute, répondit Ron désolé que sa soeur voie à longueur de journée le visage sombre de Harry.
Elle esquissa un sourire, qu'elle savait triste, comme tout les matins, et entreprit de préparer un plateau pour monter son repas à Harry. Luna arriva à son tour, pour manger en quelques secondes un petit déjeuner copieux. Elle et Ginny eurent le même genre de dialogue, pour peu que la blonde ajouta qu'il fallait qu'elle fasse manger à Harry des betteraves, histoire de lui varier les repas, et lui faire voir la vie en couleur. Ginny commençait à croire aux prédictions de Luna, et nota dans un coin de sa mémoire cette information.
Quelques minutes plus tard, Luna, Hermionne et Ron furent partis. Elle monta alors son plateau à la chambre de Harry, et le trouva roulé en position foetale sous sa couverture, la brosse de Ginny dans les mains. Il la tenait comme un objet précieux, la caressait avec délicatesse, parfois la sentait. On aurait dit un enfant attristé par le départ de ses parents, tentant de retrouver l'odeur réconfortante de ceux qui le protègent. Quand il vit Ginny, il lui accorda un regard qu'elle ne pu soutenir, à cause de la souffrance qu'elle y lisait.
Elle s'approcha et s'assit sur le lit à côté de lui, posant son plateau à même le sol, puis passant sa main dans ses cheveux bruns, avant qu'il ne lui dise la phrase habituelle.
- Tu m'a abandonné. J'ai eu tellement peur que ce ne soit à jamais.
