Chapitre 08.
Partie, et pour toujours.
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Les draps à semi faits du lit de Harry étaient indemnes, la brosse contenant des cheveux roux trônant aux côtés de l'oreiller. Le lit de Ginny, comme à son habitude était impeccable, pour cause qu'elle n'y dormais quasiment jamais, mis à part un creux en son centre qui montrais que quelque chose y avait été déposé. Mais ce n'était pas de ce vide là dont Hermione était choquée.
Cette dernière se laissa tomber à genoux sur le pas de la porte. L'armoire, dont les deux battants avaient étés mal fermés à la hâte, laissaient voir le fond de bois. Normalement, une quantité de vêtements empêchait qui que ce soit de ne serait-ce apercevoir le bois verni. Aujourd'hui, on en voyait enfin la couleur, et les différentes teintes, de telle manière, qu'aux yeux de Hermionne, ce fut trop sombre pour être un heureux fait. Des vêtements, pour la plupart masculins, jonchaient le sol. Des vêtements féminins, en petit nombre, apparemment usagés, trop petits ou démodés, étaient visibles par-ci par-là.
Hermionne comprit, au vue de la garde robe complète de Harry, et celle quasi-inexistante de Ginny, que cette dernière... non! Elle ne serait jamais partie sans Harry. Pourtant... Elle ne savait quoi penser. Hermionne voyait qu'elle souffrait. Le regard de Ginny renfermait un tel sentiment de tristesse en voyant Harry. D'ailleurs, ces derniers temps, elle sortait même à l'extérieur pour s'attarder sur le trottoir d'en face, à rien faire. Hermionne ne pensait pas qu'elle souffrait autant. Ou du moins, elle ne pensait pas que cette souffrance allait la pousser à partir vraiment.
Mais Hermionne ne s'inquiétait pas trop.
Elle était convaincue que dans deux ou trois jours,
Ginny reviendrait.
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La porte d'entrée grinça, laissant choir une chevelure rousse ébouriffée par le vent qui s'engouffrait dans la bâtisse. Georges se débarrassa de ses chaussures, puis monta déposer son sac dans sa chambre. Au passage il trouva Hermionne muette devant l'état de la chambre de Harry et Ginny. Il soupira, mais poursuivit son chemin, de toute façon, il leur expliquerais.
Après un brin de toilette, il se résolu à descendre dans la cuisine, où Hermionne et Ron attendaient, tandis que Luna tentait de cuisiner. Il pris une grande inspiration, et s'assit à la table, de façon à être face à tous les autres. Ils attendaient.
Il baissa la tête.
- Gin' est partie.
- Ça on le sait déjà, remarqua Luna pour détendre l'atmosphère.
Georges s'arrêta. Sur le moment il en voulu à la jeune fille de l'avoir stoppé dans son élan. Mais il la pardonna. En effet, Hermionne avait esquissé un sourire, bien vite effacé. Ron intervint.
- Si tu nous disais plutôt ce qu'il s'est passé.
Georges pris une grande bouffée d'air, et se massa les tempes.
- Je pense que vous avez aussi deviné qu'il s'est... mutilé. C'était horrible, il s'est fait une longue et profonde entaille sur le bras. Mais il ne pleurait pas. Gin' non plus, mais... ah, si vous aviez vu. Elle était décomposée. C'est étrange, et ça fait peur.
Il revit dans sa tête l'être détruit qu'est devenue sa soeur à ce moment là. Il se souvint de son air joyeux, de son assurance déconcertante, de sa bonne humeur inébranlable. Mais, c'était avant. Aujourd'hui, même si son état n'était pas pareil, ça s'est empiré. Il réprima un sanglot, pourtant, il n'avait pas l'habitude de pleurer. Ses amis le laissèrent poursuivre, patients.
- Pour résumer, on est allés à l'hôpital. Elle est restée là-bas tandis que moi j'étais parti leur chercher des affaires qui pouvaient leur être utiles. Quand je suis revenu, ( il s'interrompit une brève seconde) je l'ai vu partir en courant. Elle ne m'a pas vu : elle cachait son visage, ses larmes.
- Tu n'a pas pu la suivre? demanda Luna
- Elle a transplané. En plein milieu de la foule. Heureusement, les moldus ne font pas attention à ce genre de choses.
Tous gardèrent le silence sur cette révélation. Georges en profita pour poursuivre son récit.
- Je suis quand même rentré à l'hôpital, et j'ai vu Harry effondré sur le sol de l'accueil. J'ai pas eu le temps de lui parler à ce moment là, parce que les infirmières l'ont traîné jusqu'à sa chambre, lui interdisant les visites. Je suis donc rentré ici, et j'ai attendu Gin'.
- Et elle est revenue? Interrogea Hermionne les yeux remplis d'espoir.
Georges fit oui de la tête. Un oui triste.
- Pour prendre ses affaires.
- Tu lui as parlé?
Il serra la mâchoire. Non, il n'a pas pu lui parler. Il s'expliqua.
- Elle a fait des sorts de protection de façon à ce que je ne puisse ni la toucher, ni l'entendre. Je ne sais pas si elle m'entendait, en tout cas, on dirait pas...
Silence dans la salle. Tous étaient étrangement pendus à ses lèvres, buvant chaque mot comme l'information la plus précieuse du monde.
- Elle a rempli son sac de toutes ses affaires – sauf sa brosse – et elle est partie.
- Où?
Georges jeta un regard assassin à Luna qui signifiait qu'il n'en savait rien. Elle posa donc une autre question.
- Et pourquoi?
- Harry m'a dit qu'elle ne reviendrais pas, pour ne pas dire jamais.
Ginny était le pilier de cette maison. La seule qui s'occupait des tâches ménagères. La seule qui cuisinait quelque chose de mangeable. La seule à sourire, même jaune, à Harry. La seule qui mettait du soleil dans cette maison. La seule... à s'occuper de Harry.
Sans elle, tout cela allait changer.
Sans elle, rien ne serait plus pareil.
Sans elle, Harry n'était rien.
Et elle était partie.
Pour toujours.
