Disclaimer: Hidekazu Himaruya

Personnages: Francis, Arthur et quelques autres.

Rating: K+

Genre: Angst, Family, frienship


Chapitre 4: Une nouvelle vie qui commence


Arthur rêvait, à l'abri dans cette maison, au chaud sous les couvertures. Il rêvait à son passé, à une époque révolue qui ne pouvait plus avoir lieu. Ses songes lui montraient des images et des sons qu'il aurait aimé oublier définitivement. Son enfance qui avait été courte, le temps de son innocence. Le temps où quelqu'un l'aimait comme il était, où quelqu'un n'était pas gêné par ces écailles qui marbraient sa peau pâle. Une époque bénie où il était un enfant comme les autres, où il avait une famille.


«Arthur, mon chéri.» Une femme aux cheveux de feu, qui le tenait sur ses genoux. Qui lui brossait les cheveux avec douceur. Un baiser tendre posé sur son front. «Tu es mon cher trésor.» Elle le berçait et il s'agrippait à sa tenue, écoutant ses paroles avec le sourire. «Tu n'as pas à voir honte de ce que tu es mon chéri. Tu es le plus adorable de tous les petits.»

Un rire.
Une chanson qui résonnait à ses oreilles tandis qu'il était entouré de chaleur et de tendresse.


Il ouvrit les yeux, et sentit quelque chose d'humide qui coulait sur sa joue. Il ne nicha sous la couverture, fermant les yeux avec force. La douleur qu'il ressentait était forte, comme un poison qui se déversait sur une plaie. Il ne voulait pas repenser à ça. Il voulait être en paix. Le passé était derrière lui, et personne n'avait besoin d'y jeter un œil. Il voulait que ces moments de son enfance le laissent tranquille, qu'ils ne viennent plus hanter ses pensées et ses rêves. Il voulait oublier et profiter du présent. Profiter de cette paix qu'il vivait actuellement.

De toute façon, il n'était pas si heureux à l'époque.
Des choses douloureuses se passaient souvent, et personne ne faisait rien pour lui.
Il n'osait pas se plaindre, craignant d'être une gêne.


«Monstre!»

Une ronde d'enfants s'était faite autour de lui et parmi eux ses propres frères. La chanson cruelle se répercutait dans son esprit. Il se boucha les oreilles et s'enfuit, bousculant les autres pour retourner chez lui, à l'abri, là où on l'aimait.

Des pierres furent jetées sur lui et certaines l'atteignirent. Il trébucha et s'étala dans la poussière, sous les paroles acides des enfants.

«Créature du diable!

- Monstre de foire!

- Démon!»

Les rires et les cris étaient pires que les coups et il pleura toutes les larmes de son cœur, blotti sur son lit, refusant d'aller se plaindre. Sa mère lui avait dit qu'il n'était pas un monstre. Sa mère lui avait dit qu'il était beau. D'un pas hésitant il alla jusqu'à au petit miroir et se regarda, larmoyant. Il lorgna les écailles vertes et renifla.

Était-il un monstre?


Il se leva de son lit et alluma sa lampe à huile, attrapant le petit miroir qu'il avait dans sa chambre. Il toucha l'écaille sur sa joue, pensif. Il ne pleura pas cette fois. Il ne pleurait plus depuis des années. Son cœur avait durci, il ne croyait plus au bonheur ou à la bonté des gens. Ce noble avait juste eu pitié de lui et avait soulagé sa conscience en le sauvant et lui offrant une vie. C'était tout. Alors pourquoi avait-il mal à penser ça? Il s'assit et se prit la tête dans les mains. Ses épaules tremblèrent tandis que le souvenir du jour où sa vie avait basculé lui revenait en mémoire.

Jusqu'à ce matin fatidique, il était relativement heureux. Ses frères ne l'aimaient pas mais il avait sa mère. Son père faisait comme si il n'existait pas la plupart du temps mais il était heureux quand même. Il jouait tout seul avec un petit dragon de bois. Il avait appris à lire à 6 ans et sa mère lui avait trouvé un livre de mythologie. Il passait des heures à parcourir ces histoires puis à inventer tout un univers pour jouer. Il restait près de la maison pour que personne ne vienne le frapper ou l'insulter. Il avait appris à être discret et aidait même sa mère dans de multiples tâches.

Il était heureux malgré tout.
Et un jour elle était tombée malade.

Son père devint ombrageux et s'en prit à ses fils qui ne faisaient pas les choses assez bien. Le plus vieux fut envoyé au marché, dut faire la cuisine. Le cadet prenait soin du jardin et du potager. Le troisième prit soin des poules et aida au ménage. Mais lui était trop petit pour participer et passait avec difficulté le balais, sous les reproches de ses aînés qui lui disaient qu'il faisait n'importe quoi.

Mais payer un médecin coûtait trop cher pour leur famille nombreuses. Ils avaient à peine de quoi se nourrir. Il pleurait souvent, malade de peur.

Et puis un jour son père était revenu joyeux et avait dit, en lui ébouriffant les cheveux qu'ils iraient quelque part ensemble le lendemain. Arthur, tout joyeux avait hocha la tête, ravi que son papa s'occupe de lui pour une fois.


Son père le tirait derrière lui, sa grande main tenant la sienne, si petite. Arthur ne comprenait pas. Sa maman était malade. Pourquoi son père l'emmenait-il alors? Pourquoi ne parlait-il pas? Allaient-ils chez l'apothicaire? Il ne comprenait pas et suivait difficilement l'homme, trébuchant souvent mais toujours relevé par la poigne ferme de l'adulte.

N'était-il pas trop tôt pour sortir? Personne ne serait debout à une telle heure. Pourquoi alors? Il voyait pourtant le marché du bord de mer se monter petit à petit mais son père ne faisait jamais les achats pourtant. Il envoyait son grand frère depuis que sa mère était souffrante.

Du haut de ses 7 ans, l'enfant ne comprenait pas.

Ils arrivèrent à un endroit où s'étalaient plusieurs roulottes, qui s'apprêtaient à embarquer pour la France. Un homme attendait. Il les fit entrer dans une des maisons roulantes.

«Alors c'est lui?

- Oui.

- Quel âge a-t-il?

- Sept ans. Il s'appelle Arthur.»

L'enfant n'aima pas le regard de l'homme et se blottit contre son père, espérant rentrer vite à la maison. Il n'écouta pas les paroles des deux adultes, et pensa à sa famille.

«Retire ta tunique Arthur, et montre tes écailles au monsieur!»

Timidement le petit obéit. Il trembla dans l'air froid et resta agrippé à son géniteur, mal à l'aise.

«Incroyable, un véritable Snakeman.

- Je vous l'avais dis.

- Il sera la clou du spectacle...êtes vous certain de vouloir me le confier?

- Ça dépens, vous en donnez combien?»

Arthur fronça les sourcils. Que cela voulait-il dire? Il fut poussé vers l'homme qui l'effrayait tant et vit son père prendre une grosse bourse. Puis ce dernier fit demi-tour sans un mot et partit, laissant le petit derrière lui.

Celui-ci ouvrit de grands yeux «PAPA!» Une poigne de fer se referma sur son épaule. Il se débattit de toute ses forces en criant, jusqu'à ce qu'une gifle bien sentie l'envoie au sol, sonné.

«Tu fais partit de la troupe désormais gamin. Et tu dois m'obéir! Je t'ai payé assez cher pour ça!»

Une sensation glaciale envahit l'enfant. Payé? Son père l'avait...vendu? Ses larmes coulèrent sur ses joues et il se recroquevilla sur lui-même. Ce n'était pas possible. Se redressant d'un bond, il courut vers la porte mais on le saisit par les cheveux et un nouveau coup au visage l'envoya contre le mur de bois. Assommé, il perdit conscience sur une ultime pensée.

Sa mère allait s'inquiéter.


Une nouvelle larme coula sur la joue d'Arthur. C'était sa première trahison. Il en avait conservé une amère souffrance. Vendue par sa famille, il ne savait pas ce qu'elle était devenue. Il avait beaucoup pleuré, avait refusé de manger. Il était resté prostré, sans répondre, sanglotant et appelant sa mère. On avait tout fait pour le faire réagir. On l'avait privé de nourriture, on l'avait appâte avec des douceurs, on lui avait crié dessus, on l'avait secoué. Rien n'avait fonctionné. Finalement après plusieurs jours, cloîtré dans silence désespéré, il avait réagit. Il avait insulté ses geôliers et avait refusé de s'entraîner pour le spectacle.

Il grimaça à ce souvenir. A cette époque, on voulait le faire participer. A cette époque, on le traitait encore de façon correcte.


Une personne du cirque, assez âgée, avait fini par tirer quelque chose de lui, lui parlant avec douceur et compréhension. Il lui avait fait rencontrer les autres personnes, les animaux et les étrangetés. Cet homme était le dresseur des deux lions. Il était doux et patient. Il avait apprivoisé Arthur qui avait, petit à petit, cédé à la curiosité. Il avait fini par accepter de s'entraîner pour un numéro.

On lui avait promis qu'il pourrait retourner chez lui quand le cirque retournerait en Angleterre. A cette époque, il ne pouvait savoir que c'était un mensonge, que le cirque n'y retournerait pas avant des années. La première fois qu'il avait été devant un public, il avait tremblé mais avait fait son numéro avant de se réfugier dans sa roulotte, et refuser d'en sortir.

Il n'avait jamais aimé être le centre d'intérêt.

Cependant il y prit goût. Pour la première fois, on ne le regardait pas avec dégoût. On n'avait pas peur de lui. On applaudissait ce qu'il faisait. Il rougissait et se réfugiait dans les coulisses.

Trois ans passèrent. Il changeait régulièrement de tours. Il s'était acclimaté au cirque mais restait assez secret, hésitant à se lier aux autres. Il pensait moins à sa famille, attendant cependant toujours un retour au pays. Mais on lui disait toujours d'être patient. Ils allèrent en Autriche et en Suisse.

Puis, alors qu'il avait 14 ans, quelque chose changea.


Un goût de bile remonta dans sa gorge. Il avait connu les trahisons et les souffrances de l'abandon mais il n'aurait jamais pensé les subir plusieurs fois dans son existence. Un directeur d'un cirque rival avait un jour prêté une somme importante au sien. Et celui-ci ne pouvait rembourser sa dette, leurs revenus suffisant à assurer juste la subsistance de la troupe.

Et l'homme était venu réclamer l'argent, autoritaire et menaçant.

Il avait eu peur quand il l'avait vu.


«Je ne peux pas payer!» S'écria monsieur Loyal, frappant du poing contre la table. Son ton était désespéré.
Arthur, caché derrière la porte de la roulotte, écoutait avec angoisse. Il avait l'impression que l'avenir du cirque dépendant de cette conversation. Et si celui-ci était dissous, où irait-il? Comment pourrait-il rentrer chez lui? Il ne pourrait pas se débrouiller tout seul, il redeviendrait un être hué et détesté sans la protection de ce groupe.
L'autre répondit, d'une voix de velours «Il y a une autre solution...
- Laquelle?
- Donne moi le garçon.» Cela, Arthur ne l'entendit pas, s'éloignant pour ne pas qu'on le vit écouter. Il enrageait de ne pas avoir entendu la fin de la discussion qui était pourtant si importante.
Quelques heures plus tard, on lui dit de rassembler ses affaires.
Angoissé il avait obéit et avait été amener devant un homme qui était à ses yeux terrifiants, gigantesque. Le cœur battant, il avait voulu s'enfuir mais une poigne terrible avait saisi son bras, le faisant pousser un gémissement de douleur.
«Tu fais désormais parti de ma troupe gamin. Et la première loi chez nous est l'obéissance!»
Ces paroles avait glacé le jeune garçon qui avait été traîné loin de sa seconde famille, espérant jusqu'au bout qu'on vienne le sauver.


Arthur eut un rire désabusé. La vie dans la rue aurait été préférable à ce qu'il avait vécu ensuite. Neuf ans de souffrances et de solitude. Neuf ans de chagrin et de douleurs.

Il renifla, se frottant les yeux avec rage. Ça avait été le début de l'enfer. Il avait rapidement compris que sa vie prenait un tournant terrible à ce moment-là. Au début ça n'avait pas semblé si terrible. Il avait été enfermé à clé dans une roulotte. Il avait peu à manger et ne sortait que pour aller au spectacle.
Il passait des heures à lire ses livres ou à regarder par l'unique fenêtre. Il s'évadait dans son imaginaire. Il n'avait que ça.

Il souffrait en silence de cette solitude qu'il n'avait jamais désiré. Avant il s'isolait quand il voulait mais là il aurait donné n'importe quoi pour que quelqu'un lui prête attention, lui parle, soit ami avec lui. Toutes ces choses qu'il avait lui étaient retirés. Et c'était injuste et cruel mais il ne pouvait rien faire.

Il alla se poster à la fenêtre pour regarder le jardin sombre. Son cœur lui faisait toujours aussi mal, comme ses souvenirs.
Il était peut-être en sécurité pour le moment mais pour combien de temps? Il trembla. Il regarda ses écailles sur ses bras. Il n'avait jamais été en sécurité nul part. On l'exploitait tout le temps. En quoi ce noble serait-il différent? Fermant les yeux, il tenta de chasser la suite de ses souvenirs, mais sans succès.


Dans l'ancien cirque, il faisait des tâches, participait à la vie active.

Ici, rien. Il était enfermé avec ses maigres possessions.

Il était tout le temps seul. Il s'inventait des histoires et chantonnait à voix basse. Il était malheureux et regrettait l'ancienne troupe où on se souciait de sa santé et de son bonheur. On l'avait certes acheté mais on l'aimait...et pas seulement à cause du succès qu'il avait avec son numéro. Mais on s'était quand même débarrassé de lui sans remords. C'était tout ce que son cœur d'adolescent avait ressenti à ce moment-là, tandis qu'il ruminait le passé. Il ne savait pas quoi faire de son existence. Cet emprisonnement ne pouvait pas durer longtemps. S'il se tenait tranquille, ils le libéreraient non?

Un clown lui dit un jour qu'il avait de la chance de ne pas être dans la tente aux monstres. Et qu'il s'y retrouverait au premier pas de travers.

Il ne comprenait pas ce que cela voulait dire mais il n'avait pas pour autant cessé les injures à l'intention de ses geôliers, se moquant d'eux à la première occasion. Il résistait, refusant d'être réduit à l'état de poupée docile. Il eut envie de faire une représentation catastrophique mais la crainte du fouet l'en empêcha. Son tourmenteur avait été assez clair quand il l'avait enfermé: il serait sévèrement puni à la moindre incartade.

Cependant au bout d'un an, il en avait eu assez et il avait tenté de s'enfuir. Il avait presque réussi mais les chiens du cirque l'avait rattrapé. Leurs morsures avaient laissé des marques dans sa chair. Mais le pire avait été le fouet qui avait mordu la peau de son dos, la déchirant et laissant couler des filets de sang. Il avait toujours des cicatrices de cette punition, même si elles n'étaient presque plus visibles.

Le propriétaire du cirque avait changé son numéro en un autre beaucoup plus humiliant pour lui. Il avait souffert mais avait obéit. Et ne pensait à rien pendant ces moments-là, exécutant sa tâche avec indifférence. Cet air lointain effrayait encore plus les foules.
Il avait renoncé à la fuite...pendant une année environ, préparant méticuleusement la tentative suivante. Il fallait trouver une solution pour éloigner les chiens. Il parlait parfaitement l'anglais, l'allemand et le français, il pourrait trouver quelqu'un pour l'aider. Du haut de ses 17 ans il était prêt à sa nouvelle fuite.


Un rire lui échappa. Sec et amer. Il était idiot. Mais il était décidé. Il voulait être libre, être son propre maître. Il voulait pouvoir courir, rire, faire ce qu'il voulait. Il détestait cette roulotte qui l'étouffait. Il n'avait jamais voulu y être. Personne ne l'aimait, personne ne l'aiderait. A qui aurait-il pu se fier, se confier? Il avait préparé ce plan tout seul et l'avait mit en application.

Il avait fuit, avait réussi à éviter les chiens cette fois.
Mais il n'était pas allé loin.
Cela avait été un échec.
Des policiers l'avaient ramené, malgré ses protestations.
Leurs paroles avaient été plus blessantes que tout. Comme si il n'était pas un être humain avec des sentiments et un cœur.
Comme s'il était un animal en fuite.


La punition avait été terrible. Bâton, fouet, coups de pieds et de poings. Il avait mis un temps fou à s'en remettre, et plusieurs de ses os étaient cassés. Enfermé dans le noir, nourri au pain et à l'eau, il avait été cloîtré ainsi pendant 6 mois. Il avait fini par s'excuser, en larmes, suppliant qu'on le sorte d'ici. Il avait été obligé de ramper devant son tortionnaire pour pouvoir revoir la lumière du jour.

Et on l'avait transféré dans la tente des monstres, dans une cage. Au milieu des autres étrangetés.

Et avait commencé les humiliation. Il avait 18 ans. Il était exposé aux yeux des gens, on le maquillait pour le rendre plus effrayant. Il était brutalisé et fouetté souvent. On le sortait juste pour qu'il se soulage ou qu'il dorme. Sa roulotte était une seconde cage. Il mangeait peu.

Et 5 ans avaient passé ainsi.

Il ne les avait pas vu passer.


Arthur appuya son front aux vitres, pensif. Il ne retournerait jamais chez lui, il le savait désormais. A quoi bon? Qu'est-ce qui l'attendait là-bas? Ses frères avaient certainement fait leur vie et ses parents...il ferma les yeux. Retourner chez lui ne servirait à rien, ce n'était même plus chez lui en plus. Il n'avait pas de maison. Cet endroit...il refusait d'avoir un espoir trop fort. Quelque chose pouvait toujours se produire et il souffrirait à nouveau.

«Je ne suis pas si idiot.»

Soudain il remarqua quelque chose. Deux silhouettes sombres qui avançaient vers la demeure. Qu'est-ce que cela voulait dire? Il hésita à quoi faire. Ces personnes étaient-elles là pour lui ou pour le noble? Il grimaça, si ce type mourrait, il se retrouverait seul et sans rien. Le cirque le retrouverait s'il se retrouvait perdu dehors, sans personne. Il eut un frisson à cette pensée. Non. Il n'allait pas laisser quelque chose arriver. Ce type était peut-être pénible mais il l'avait sauvé, abrité et offert une maison et un travail paisible. Il ne souffrait plus grâce à lui. Malgré sa méfiance, il en éprouvait de la gratitude. Énormément. Même s'il ne l'avouerait jamais de son plein gré.

Il sortit de sa chambre, et descendit l'escalier, marchant dans le couloir sombre. Il entendit des voix. Ils étaient devant les chambres des enfants! En avaient-ils après eux? Allaient-ils faire quelque chose à ces petits? Les enlever ou pire? Hors de question que quelque chose comme ça arrive!

Sifflant Arthur se dressa dans l'obscurité, plein de colère et de détermination. Un sifflement plus fort lui échappa, et il y mit toute sa rage et ses menaces. Le son était terrifiant. Un bruit qui glaçait le sang.

L'une des ombre se figea et balbutia, hésitant «Qu'est-ce que c'était que ça?

- T'occupes, on doit emmener les gamins!» Répliqua l'autre, ignorant ou n'ayant pas entendu le son.

L'homme-serpent siffla à nouveau, un bruit plus long, plus fort. Il vit les deux formes sursauter. Et sourit diaboliquement.

«Tu as entendu cette fois?

- Oui! C'était quoi?»

Arthur eut un rire effrayant et siffla «Pauvre fou, quittez cette demeure et n'y revenez plus! Ou vous subirez mon courroux.»

Une lampe à huile fut levé et éclairé son visage parsemé d'écailles. Il déchira sa chemise, dévoilant un torse tout aussi marqué. Il sourit en entendant les cris étouffés des deux brigands.

«Un monstre!»

L'un des deux fit un signe rapide de croix. Le prenait-il pour une créature des enfers venues les emporter dans l'au-delà? Quel chose amusante. Croyant alors qu'il s'apprêtait à faire une chose terrible dans cette maison. Les humains étaient vraiment incompréhensibles.

Arthur eut un petit rire méprisant et cracha «Comment êtes vous entré ici?

- J'ai dérobé la clé monsieur!

- Tais-toi! Et toi pars incarnation du démon!»

Arthur sourit, dévoilant les deux fausses dents qu'il avait enfilé en rejoignant ce couloir. Il ricana d'un air sombre, faisant craquer ses doigts. Il savait qu'il n'avait que peu de chance mais ne pouvait pas rester là avec les deux petits menacés. «Vous méritez une punition!»

Il évita le coup de couteau que le second homme voulut lui porter et se jeta sur le premier, attrapant son avant-bras et lui flanquant un coup de poing dans le ventre, et un coup de genou dans son service trois-pièce. Avoir été souvent roué de coups lui avait au moins fait connaître les endroits les plus douloureux. Il donna un coup de pied dans le visage de celui à terre. Celui-ci porta les mains à son visage, mordant la chaussure du snakeman dans l'action. Celui-ci se dégagea et cogna celui qui revenait à la charge. Il tentait de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les enfants.
S'ils sortaient de leur chambre maintenant...Ce serait terrible. Il ne pourrait pas les protéger, surtout si l'un des hommes en saisissait un et le menaçait d'un couteau.
Inquiet, les sens aux aguets, il se jeta sur les individus et en mordit un jusqu'au sang avant de faire un bond en arrière, s'essuyant la bouche. Là il gloussa et fit, d'un ton terrible «Tu es perdu mon vieux!

- Quoi?

- Je suis un homme-serpent. Je t'ai mordu...tu es empoisonné!» susurra l'anglais, souriant d'un air si sombre et démoniaque que le second individu fit un nouveau rapide signe de croix, pâle comme un linge.

L'autre balbutia «Ayez pitié monsieur...j'ai une famille. Des petits à nourrir! Une femme malade!

- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse? Tu t'apprêtais à t'en prendre à deux petits innocents! Que diraient tes enfants s'ils te voyaient? Ils auraient terriblement honte de l'être répugnant leur servant de géniteur!»

Il était en colère. Comment cet homme osait-il se poser en victime? Il allait commettre un crime en s'en prenant à des êtres sans défense.

L'homme se mit à pleurer, tombant à genoux «Pitié, je ne veux pas mourir!

- Fallait y penser avant d'entrer ici.» Répliqua le serpent en haussant les épaules avant d'ajouter dans un rictus moqueur «Si vous vous jetez aux pieds de mon maître et implorez son pardon, il vous donnera peut-être l'antidote.»

Le second brigand se jeta sur Arthur et lui donna deux coup de couteau dans les cotes. Étouffant un cri, l'anglais lui arracha son arme et le frappa en plein ventre, lui mordant sauvagement le cou jusqu'au sang. Il recula ensuite, l'arme ensanglantée dans les mains. Il se mordit la lèvre pour ne pas gémir de douleur.
Les chambres doivent être insonorisées, se dit-il avec soulagement. Car aucun bruit ne venait d'elles. Les petits dormaient toujours.

«Non! Il m'a mordu!»

Arthur reprit son souffle, grimaçant de douleur «Vous allez commencez par avoir une boule dans le ventre, puis des sueurs froides, du mal à respirer, votre cœur va s'emballer...

- Tais-toi démon!

- Je ne sens rien! Tout ça, ce sont des menteries!

- Non, mon venin met du temps à agir, c'est tout. Cela devrait commencer d'ici demain je pense...vous finirez par vous videz de votre sang par tout les orifices.» Il avait dit ces mots d'un ton terrifiant, avec un sourire de fou aux lèvres.

Pâle le plus jeune des deux s'effondra, la tête dans les mains «Noonnn je ne veux pas!

- Donnes-nous l'antidote!

- Je ne l'ai pas!

- Je vais te tuer monstre!

- Mon maître ne vous donnera jamais le sérum dans ce cas.» souffla Arthur, une main plaquée contre sa plaie, haletant. Il fallait que quelque chose se passer ou il allait se vider de son sang. Il n'était pas certain d'avoir assez de force pour lutter plus longtemps. «Vous allez agoniser en vous vidant de votre liquide vital, dans d'atroces convulsions...»

Les deux hommes pâlirent encore plus et se jetèrent sur le jeune homme. Celui-ci, évita et heurta le mur, lâchant un petit cri de douleur et reçut un nouveau coup de couteau du second homme. Il cracha un peu de sang et griffa le coupable au visage, le faisant reculer.

«Une aberration de la nature comme toi ne devrait pas exister!»

Arthur gloussa malgré la souffrance et répliqua, froidement «Et une ordure comme toi n'aurait pas du voir le jour. Tu as forcé ta femme à avoir des enfants? Tu bois comme un trou et tu bats ta famille?

- Tais-toi!

- Ou alors tu préfère traîner dans la souillure des déchets de l'humanité plutôt que trouver un travail honorable? Trop stupide pour ça?

- Je vais te faire taire moi.

- Trop idiot pour suivre des directives? Tu enverra tes filles sur le trottoir? Tu enverras tes fils jouer les pickpockets, au risque de les voir finir dans un cachot? Quel père formidable!»

L'homme serra les poings et se jeta sur le serpent, qui donna un coup de couteau, presque à l'aveuglette. Son agresseur tomba en arrière, main crispée sur sa plaie.

«Démon!

- Dit celui qui allait enlever deux enfants innocents pour leurs faire je ne sais quoi.» Répliqua l'homme-serpent en tremblant sur ses jambes, le souffle court.

Soudain la porte à sa gauche s'ouvrit et les jumeaux sortirent. «Pourquoi il y a du bruit?» Alfred le regarda, les yeux ronds «Monsieur Arthur?» Il vit les deux hommes et la peur apparut sur son visage, surtout avec la présence du sang.

Matthieu eut les larmes au yeux en voyant les blessures de l'adulte «Vous avez mal?

- Reculez!» Ordonna le jardinier, paniqué. Il se jeta en avant et plaqua un des deux intrus au sol, le menaçant du couteau. «Allez réveiller Lars! Vite!» ordonna-t-il d'un ton sec et tellement autoritaire qu'il ne se reconnut pas en parlant.

Les deux petits ouvrirent de grands yeux et partirent en courant, effrayés. Le second homme tenta de se jeter à leur poursuite mais l'homme-serpent lui donna un coup de couteau dans la jambe, le faisant tomber avant de menacer à nouveau la gorge du premier. «Pas Bouger!

- Tu perds ton sang immonde créature! Tu vas crever comme un chien!

- Mais vous aussi...je vous l'ai dis mon venin agit lentement...» Il se pencha pour susurrer «Vos souffrances seront terribles!

- Menteur!

- Tu veux prendre le risque? C'est toi qui vois...» Arthur cracha un peu de sang sur les vêtements de son adversaire. Il se jeta en arrière, et s'appuya au mur.

«Je tuerais ton maître et fouillerais la maison jusqu'à trouver l'antidote!» Siffla l'autre homme, la main sur sa blessure.

«Et les autres serviteurs?» Railla le serpent, moqueur. «Vous êtes pathétiques!» Il avait de plus en plus de mal à rester éveillé, luttant contre la noirceur. «Vous allez crever ou finir dans un cachot humide en attendant la corde!» Fit-il, ricanant cruellement.
Il évita un nouveau coup de couteau, vacillant sur ses jambes, une sueur glacée coulant dans son dos. Il avait du mal à respirer et à garder les yeux ouverts. Son corps criait grâce. Ses blessures lui faisaient trop mal. Il luttait pour rester les yeux ouverts, pour rester debout.

Il sauta de côté, le poing de l'homme le frôlant de justesse. Il sentait son cœur battre à toute vitesse. Il avait l'habitude des coups. Il avait l'habitude des blessures et des plaies. Combien de fois l'avait-on laissé perdre son sang, ne le soignant qu'au minimum. Combien de fois avait-il été dévoré par la fièvre, laissé avec une plaie avait une constitution incroyable et guérissait plus facilement qu'un humain normal. Sa résistance était très forte.

«Ce n'est pas normal. Avec tes blessures, tu devrais t'écrouler!

- Je ne suis pas humain, es-tu aveugle?» Railla le jeune homme, un sourire tordu aux lèvres. Une horrible chaleur l'envahissait. Des frissons le parcouraient. Il eut une affreuse grimace.

«Que venez vous faire ici? Enlever les enfants? Pour quoi travaillez vous?

- Cela ne te regarde pas. Ces enfants n'auraient pas été blessés.

- Vraiment?» L'anglais plissa les yeux, méfiant. L'autre ne mentait pas. Cependant ne pas les blesser ne voulait pas dire ne pas leur faire de mal. Les enfermer quelque part, loin de leur père, était une souffrance mais pas une douleur physique. «Donc vous deviez les amener à quelqu'un?

- Tu as deviné ça tout seul?» Ricana le plus grand, moqueur «Comme quoi l'animal que tu es sait réfléchir!»

Arthur eut un rictus haineux mais ne répondit pas. Il était tendu, méfiant. Il ne savait pas s'il pourrait éviter un nouveau coup. Il luttait contre l'inconscience. Ses poings se serrèrent, ses ongles déchiraient sa peau. Il respirait lentement. «Hum...» Qui pourrait vouloir ces enfants? Et ne pas leur faire de mal? Était-ce...il avait entendu que Francis (il l'appelait comme ça pour ne pas le nommer maître!) avait toujours ses parents qui voyaient régulièrement les petits. Ils lui laissaient une certaine liberté et l'avait laissé se marier comme il le désirait. Alors...Il eut un sourire mauvais et un petit rire terrible «Je vois...Le beau-père de Bonnefoy n'est-ce pas? Il veut récupérer ses petits-enfants et quitter le pays avec eux.

- Comment as-tu deviné démon?»

L'homme-serpent se décolla du mur et se jeta avec colère sur l'individu, lui portant un ultime coup de couteau. Le cri de douleur qui lui parvint lui fit comprendre qu'il avait atteint son but. Il tomba sur un genou. Les enfants devaient être arrivé à la chambre des serviteurs. Il avait réussi à les protéger autant qu'il pouvait.
Des bruits de courses lui parvinrent et il rouvrit les yeux, haletant. Trois silhouettes surgirent de la nuit, la troisième brandissant une lampe. Lars, Marco et Antonio venaient d'arriver. Ils se jetèrent sur les deux intrus. Et les maîtrisèrent en quelques minutes, les ligotant rapidement.

Le dernier éclaira Arthur et chuchota «Tu vas bien?

- J'ai l'air d'être en pleine forme?» Cracha le plus jeune avec un ton rauque. Il s'écroula sur le tapis du couloir, sombrant dans la noirceur, une étrange satisfaction l'envahissant en même temps.


Arthur ouvrit les yeux, fixant le plafond blanc. Il était dans son lit, couvert par une couette bien chaude. Il avait l'impression d'être dans un cocon de chaleur. Il gémit, levant une main tremblante pour la poser sur son visage. Il prit une grande inspiration, il grimaça en sentant une légère douleur dans les côtes. Il tenta de rassembler ses idées. Que s'était-il passé déjà? Ha oui il avait combattu des gens venus enlever les enfants et avait été blessé.

«Réveillé?» fit une voix douce près de lui, le tirant de ses pensées. Il grogna, reconnaissant la personne à qui elle appartenait. Il tourna la tête vers la gauche et vit le maître de maison, assis dans un fauteuil, un livre sur les genoux. Il voulut se redresser mais gémit. «Non, ne bouge pas, tu as été blessé! Deux coups de couteau dans les côtes, tu as beaucoup de chance.»

Arthur regarda l'autre blond et balbutia, les événements lui revenant en mémoire «Les enfants...

- Ils vont bien. Juste un peu secoués. Ils n'ont pas arrêté de me demander de tes nouvelles!» Francis sourit et désigna quelques feuilles sur la table de nuit. «C'est pour toi. Ils ont fait ça pour te remercier d'avoir été leur héros!» il prit un air plus sévère «Tu nous as fait peur, tu sais?

- Vraiment?» Répondit le plus jeune d'un ton bas, n'y croyant pas trop. Ça faisait si longtemps que personne n'avait prit soin de lui. Ça faisait si longtemps que personne n'avait été inquiet pour lui.

Une main se posa sur son front et il se tendit, instinctivement. Il serra les dents. L'autre allait le frapper? Il fut surpris de ne voir rien arriver. Il lança un regard étonné à son employeur.

Celui-ci sourit doucement «Tu n'as presque plus de fièvre! Je suis soulagé!» Il retira sa main, délicatement. «Ça va aller de mieux en mieux! Un peu de repos, un bon repas et du sommeil et tout ira bien à nouveau!»

Le blessé cligna des yeux, perdu et répéta:«De fièvre?

- Tu en as eu plusieurs jours, tu alternait entre réveil et sommeil, on a eu du mal à te faire avaler quelque chose. On se relayait à ton chevet.

- P...Pourquoi?» murmura Arthur. Personne n'avait jamais fait ça pour lui. Du plus loin qu'il se rappelait, on ne laissait seul dans son lit. On venait juste voir si il allait bien. Sa mère devait veiller sur lui avec tendresse. Le vieux dresseur du premier cirque aussi. Mais depuis il était seul pour récupérer des maladies ou des blessures. Il se traînait jusqu'aux plateau de nourriture, tremblait sous la trop fine couverture, pleurait tout seul dans son lit miteux.

«Parce que tu allais mal.» Francis prit un verre rempli d'un liquide coloré «Tiens, bois ça!» Il souleva l'homme-serpent, le soutenant lui portant le récipient à ses lèvres.

Arthur but, faiblement. Il retomba ensuite sur ses oreillers, mal à l'aise devant la douceur dont l'autre faisait preuve avec lui. Il avait peur de se réjouir, peur de savourer. Il prit une inspiration et fit «Que sont-ils devenus? Les intrus je veux dire...
Ils ont prit une raclée...et on les a livré à la police.

- Qui les a envoyé?

- Mon beau-père. Il n'a jamais accepté mon mariage avec sa fille. Il trempait dans ses affaires louches alors je n'ai jamais accepté qu'il rencontre ses petits-enfants. Qui sait ce qu'il aurait pu faire.

- Normal. J'aurais agis de même.» Répondit l'anglais en hochant la tête, comprenant parfaitement les actes du noble. Bien évidement qu'on ne présentait pas des petits innocents à une personne louche. Il voulut se redresser une nouvelle fois et grimaça de nouveau, et abandonna, restant allongé. Il écouta la suite avec attention, curieux de savoir ce qui s'était réellement passé.

«Il me harcelait depuis un moment. Et il a décidé de faire enlever mes fils et de s'enfuir en Suisse avec eux. Tout était prêt à son départ, sa femme était déjà là-bas et il avait même engagé une nourrice. Ils avaient même monté une belle histoire bien triste pour justifier le fait qu'ils élèvent deux jeunes enfants à leur âge.

- Quels imbéciles.» grogna l'homme-serpent, levant les yeux au ciel. Cependant le plan aurait marché...s'il n'avait pas été là. Il avala sa salive et frissonna, angoissé.

«Il a avoué. Il est en prison et attends son jugement. Il avait payé ces gens pour me tuer en plus d'enlever mes enfants.»

Arthur ressentit une bouffée de haine envers cet homme. Comment osait-il détruire une famille si heureuse, si paisible? Il rougit à cette pensées et détourna la tête, mal à l'aise. «Tout se finit bien dans ce cas?

- Effectivement.»Francis eut un rictus moqueur et ajouta «Et j'ai raconté une belle histoire moi aussi. Je lui ai dit que sa précieuse fille ne pouvait pas avoir d'enfants et que les jumeaux étaient le fruit d'une union avec une maîtresse qui n'avait pas survécu à la naissance. Et que nous les avions fait passé pour nos petits à tous les deux. Tu aurais vu sa tête. Il allait s'étouffer et s'est magistralement trahi en disant, d'un ton indigné, qu'il allait prendre en charge des petits bâtard qui n'étaient même pas de son sang?»

L'autre ricana, imaginant parfaitement la scène. Cependant il ne put s'empêcher de se demander si l'histoire de Francis était vraie. «Et ton récit à toi...c'est la vérité?

- ….Oui.» Répondit le noble après un long silence, d'un ton triste. «Ma femme dépérissait de ne pas avoir d'enfants. J'ai alors rencontré une amie qui nous a proposé de mettre au monde des enfants dont je serais le père et que nous ferions passés pour les nôtres. Elle a assuré que ça ne la dérangeait pas. Elle s'apprêtait à prendre le voile et voulait rendre le sourire à ma femme qu'elle aimait beaucoup. Mais elle n'a pas survécu à la naissance. Mon épouse a entouré les jumeaux de beaucoup de tendresse mais elle a succombé à une maladie peu après.» Il eut un regard lointain et finit par sourire avec beaucoup de douceur. «Je te remercie d'avoir protéger les jumeaux Arthur. Sans toi, ils auraient réussis leur tâche.

- Ce n'est rien...» Il se tourna vers le mur, dévoilant un dos nu couvert de cicatrices causée par le fouet et reprit, d'un ton bas «C'est normal, je suis à ton service maintenant...j'ai fais mon devoir.»
Francis eut un sourire attendrit et posa une main sur l'épaule du plus jeune en chuchotant d'un ton doux «Quand bien même, je te remercie!»

L'autre rougit et fit «Aide moi à m'asseoir!» Il en avait assez de rester couché, de ne pas bouger comme ça, il voulait avoir plus de liberté de mouvement.

Le plus vieux obtempéra en riant. «Tu es fort!

- Je suis habitué!» Corrigea le serpent dans un pauvre sourire, ne voulant pas en dire plus. On lui apporta son repas. Il engloutit la soupe et le morceau de brioche à la viande. Il savourait ce repas délicieux. Là-bas il avait souvent le droit à du pain, parfois sec, à un peu de viande salée, à un bouillon ou à quelques légumes trop cuit. Parfois à quelques pommes de terres mais jamais rien de fabuleux ni de délicieux. Il n'avait jamais mangé de gâteaux ou de biscuits. Il savoura donc son dessert avec un sourire heureux.

«Tu as vraiment besoin de te remplumer un peu!

- Sans doute. Je ne mangeais pas beaucoup..avant.» Il vit la colère dans le regard du noble et en éprouva une certaine joie, une boule de chaleur dans le ventre. Personne ne s'était insurgé de son traitement avant. Heureux et souriant bêtement il but son verre de lait, cachant ses légères rougeurs. Puis il attrapa les dessins. Et ils les examina avec un intérêt fort et une certaine tendresse.

Un homme avec des taches verts (ses écailles sans doute) combattant un méchant sorcier pour sauver deux petites silhouettes.
Un homme avec des tâches vertes au milieu de plein d'animaux, dont un dragon.
Lui avec pleins de fleurs.
Lui avec une épée combattant deux formes sombres avec un magicien aux cheveux blonds (le noble sans doute)

Il eut un sourire. Ce cadeau lui faisait très plaisir. «Ils sont doués.» déclara-t-il, trouvant qu'ils se débrouillaient bien pour leur âge.
L'autre rit doucement «N'est-ce pas? Surtout Matthieu.» Il avait prit un air tendre et si doux que Arthur eut un pincement au cœur. Personne n'avait jamais parlé de lui comme ça. Il enviait un peu ces deux petits d'être tant aimé.

«Ils disent que tu es un héros.»

Le serpent s'agita, mal à l'aise. Il n'en était pas un, il ne le serait jamais. Il était un être qui attirait la curiosité, la peur, la fascination mais pas un héros. «Ils ne le connaissent pas alors...

- Ne te dévalorise pas Arthur.» Francis lui prit la main et la serra doucement, souriant. «Tu es un personne fantastique et courageuse. Tu n'avais que peu de chance contre deux personnes armées d'un couteau et pourtant tu les as affronté.

- J'étais en colère.» Ils allaient détruire sa nouvelle existence en accomplissant leur sale boulot et ils allaient s'en prendre à deux enfants innocents surtout. La rage l'avait envahit et il n'avait pas réfléchi aux conséquences ou aux risques de son attaque. «Je déteste ce genre de personnes.» Il se rallongea, sentant la fièvre le faire à nouveau sombrer dans une douce torpeur.

Une main douce et fine prit la sienne et la serra doucement «Dors, je serais là quand tu te réveilleras Arthur.»

L'homme-serpent voulut dire que ce n'était pas la peine, qu'il n'était pas un gamin mais une étrange joie l'envahit et il s'endormit le sourire aux lèvres.


Deux jours plus tard, il sentit qu'on grimpait sur son lit et fut nez-à-nez avec les jumeaux. Matthieu tenait des fleurs dans les mains et Alfred un jouet.

«Tu dors plus!

- Non.» fit l'adulte en riant, se redressant en position assise, amusé par la visite.

Les deux petits sourirent. «On est venu te voir!» Fit celui aux cheveux longs, d'un ton timide, serrant le bouquet contre lui. Il s'avança et lui tendit les cinq fleurs en balbutiant «Tu es vraiment un héros alors on est venu te faire un cadeau!»

Arthur prit le petit bouquet avec une étrange sensation en lui. Il huma l'odeur des plantes avec un sourire. Il dit «J'espère que vous vous êtes bien couvert avant de sortir, il pleut!

- Oui! Et on a prévenu Lars aussi!

- C'est bien!» Après tout, ils avaient failli être enlevé. Il fallait être prudent, surtout que la femme du coupable était toujours en liberté quelque part.

Alfred tendit son jouet, une sorte de poupée de tissu rembourré toute douce. «Tiens je te donne une de mes peluches pour...pour que tu ne te sente pas seul la nuit! Si tu fais un cauchemar elle te rassurera!» C'était une poupée en sorte de lapin blanc et brun. L'enfant semblait certain que c'était un bon cadeau et croisa les bras. «Voilà! Même les héros ont besoin de réconfort!»

Arthur rit et ébouriffa les cheveux blonds du petit. «Merci, c'est très gentil!»

Matthieu grimpa sur le lit pour rejoindre son frère et fit «Tu as mal?

- Je suis presque guéri! Je suis fort!» Rit l'homme-serpent.

Il posa son livre sur la table de chevet et ajouta, amusé «J'ai eu vos dessins aussi. Ils sont très beaux. Vous êtes doués tout les deux!

- Merci!» Chuchota celui aux yeux violets, rougissant de joie sous le compliment. «Papa dit tout le temps que je serais un...un...archiste!

- Artiste!» Corrigea Arthur en gloussant. «Il n'a pas tord, tu es vraiment doué!

- Les miens sont biens aussi!» Signala Alfred d'un ton sans réplique.

«Bien entendu!

- Mais je préfère monter sur mon poney» reprit le petit avant d'écarter les bras avec joie «Papa dit que je suis doué pour ça!» il prit un air fier «Marco n'a même pas besoin de me tenir! Il tient juste la bri...bri...

- Bride!» Fit son frère à son oreille. «Moi j'ai besoin que Antonio me tienne pendant que Marco la tient! Je suis pas à l'aise! Mais je fais des efforts!»

L'homme-serpent sourit. Qu'ils étaient mignons. Il se demanda si ses frères avaient des enfants aussi. Sucement puisqu'ils étaient plus âgés que lui. Ils avaient atteint un âge où on était père d'au moins un ou deux enfants, voir plus.

«Papa t'aime beaucoup!» fit soudain Alfred «Il est resté là tout le temps où tu étais malade!

- Ha bon?

- Mais quand on est malade, il le fait aussi.» Répliqua l'autre, et il sourit «Donc papa fait comme si tu étais de la famille!»

Arthur sentit une douce chaleur l'envahir à ces mots. Il pensait être un simple serviteur, mais il découvrait qu'on tenait à lui.

L'enfant aux yeux bleus s'exclama alors «Tu rougis!

- Non!

- Siiiii!» chantonna Alfred en tapant dans ses mains, ravi. «Tu rougis! Tu aimes bien papa aussi!»

Arthur pinça la joue du petit en articulant «Je n'aime personne!

- Même pas nous?

- Heu..» Devant les moues des enfants, il s'empressa de dire «Sisi je vous aimes bien!» Il rit d'un air gêné et fit «Je ne connais pas encore très bien les gens ici!»

Les jumeaux se regardèrent et firent, amusé «Bah on va t'expliquer.

- Antonio et Marco sont frères.

- Lars et Jolien aussi.

- Antonio est le meilleur ami de papa.

- Il se dispute souvent avec Lars parce qu'il est amoureux de Jolien!»

Arthur pouffa de rire.

Après tout il pouvait apprendre à connaître les gens ici. Il pouvait s'habituer à cet endroit qui semblait si paisible et tranquille. Il pouvait peut-être enfin se faire des amis. Un endroit où on ne le regarderait pas comme une bête, comme un monstre. Un endroit où on ne le frapperait pas, où on ne l'humilierait pas. Un endroit où on le traiterait comme un membre d'une famille.

«Hé pleures pas!»

Il s'essuya les yeux, ému malgré lui. Il était temps de mettre le passé derrière lui et de donner une chance aux gens qui lui tendaient la main.

Il serra les deux petits contre lui. «Merci, grâce à vous je me sens beaucoup mieux!

- Tu as besoin d'un câlin?

- Oui.»

Arthur rouvrit des yeux humides de larmes.

Il était temps...enfin...de vivre.
D'être heureux.
Et de trouver sa vraie place.
Ici, dans ce manoir, au milieu de ces gens qui étaient prêt à l'aimer.

Il se mit à pleurer, submergé par une vague de bonheur.

Il pouvait enfin vivre heureux.


FIN