Chapitre 17.

Crackmolle (ou Alina Stevens)

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Albus Dumbledore lui sourit.
Tristement.

- J'espère qu'il n'est pas trop tard.

- Trop tard pour quoi? Interrogea Ginny connaissant parfaitement la réponse.

- Trop tard pour Harry, pris tout de même la peine de répondre le professeur.

Ginny opina. Elle resta quelques instants immobile devant le tableau, puis parcourut des yeux le rayonnages, avant de reporter son attention à la peinture.

- Que dois-je faire?

- Commence à me raconter.

La jeune fille opina à nouveau. Et se lança dans son récit, qui incluait l'état de Harry, jusqu'à ce que Ginny ne s'en aille, Rose, mais en passant sous silence d'épisode dans le monde moldu, notamment l'aventure avec Drago. Lors de cette longue tirade, Ginny eu l'initiative de bien expliquer ce qu'elle ressentait, donc tout ce qui l'avait menée ici.

Le professeur écouta attentivement sans broncher.

Lorsque Ginny eut fini son récit, elle ravala un sanglot qui lui était au fur et à mesure monté à la gorge, et attendit.

Dumbledore patienta, le temps qu'elle se remettre, avant de lui annoncer.

- Il nous reste, en effet peu de temps. Mais avant tout, je veux que tu sache que tu n'ira le voir que lorsqu'on se sera occupé de toi.

Ginny sursauta sous l'effet de la surprise. S'occuper d'elle?

- Pardon?

- Suis mes instructions. À la lettre. Tu va même les écrire. Quand tu sera prête, tu pourra revoir Harry. Attention, il te faudra du temps, et surtout de la patience, et du courage. Maintenant, prends une feuille et une plume sur le bureau, et écoute moi.

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Ginny se rendit dans la bibliothèque, se faisant interpeller par Madame Pinsec. Elle déclina son identité, et après avoir laissé le temps à la bibliothécaire de ravaler sa surprise, demanda l'autorisation d'entrer dans la réserve, autorisation qui lui fut accordée.

Elle ne mit pas beaucoup de temps à trouver le premier livre que lui avait recommandé le professeur Dumbledore, et en mit un peu plus à trouver le second. Elle s'installa à une table, et se mis à étudier.

Le premier ouvrage, L'art de l'ancienne Magie, par Vladimir Weber, n'était là que pour aider Ginny à comprendre le second livre, Les Sortilèges du Mage Noir, écrit par un Mangemort, où étaient décrits tous les sortilèges inventés par Lord Voldemort. Elle ne manqua pas de s'étonner de trouver un tel livre dans la bibliothèque de Poudlard, même dans la réserve.

Ginny savait qu'elle devait y trouver le sortilège, qui d'après Dumbledore, avait été lancé à Harry.

Mais la tâche s'avérait longue et difficile, car elle ne savait pas vraiment ce qu'elle cherchait. De plus, les ouvrages étaient épais, et l'écriture fine et à peine lisible. Aussi, survola-t-elle les pages, avant de s'arrêter de temps en temps sur quelques paragraphes qui lui semblaient intéressants. Elle ne sortait de la réserve que pour remplir son estomac, effaçant les questions des apprentis sorciers d'un geste de la main, et pour subvenir à ses autres besoins vitaux.

De longues heures elle resta à étudier.

Parfois elle désespérait. Mais reprenait bien vite courage.

Et puis un jour, elle trouva.

S'en suivit une période d'abasourdissement. Elle n'y croyait pas. Et pourtant, c'était si vrai. On avait bel-et-bien jeté ce sortilège à Harry.

C'était déjà... non, le pire, était la façon de le guérir.

Ginny secoua la tête.

Faire les choses dans l'ordre. Toujours.

C'est-à-dire, trouver les deux éléments essentiels à la ''guérison'' – si l'on puisse dire – de Harry.

En premier, la baguette de ce dernier.

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- Excusez-moi, qui êtes vous?

Ginny se retourna, et sourit à Bill, qui était lui aussi de passage au Terrier. Ginny avait complètement oublié qu'elle s'était teinte en brune
Le garçon fit de grands yeux étonnés, car c'était bel et bien sa soeur qui se tenait devant lui. Mais, il était fatigué après un long voyage, et préféra s'abstenir de questions.

Ginny pu retourner à sa tâche.

Le matin était jeune. Elle était arrivée au Terrier quelques minutes plus tôt, et la bâtisse était encore endormie. S'efforçant de ne pas faire de bruit, elle grimpa sur la pointe des pieds les marches de vieux bois verni qui menaient à l'étage, jusqu'à la chambre de Ron, qui l'avais partagé avec Harry à une certaine époque. Elle savait où elle devait chercher.

C'était bête comme le monde.

Si simple. Évident.

Elle souleva le couvercle d'un coffre de chêne large d'un mètre, posé à même le sol, et pinça son nez. L'odeur nauséabonde des vêtements sales laissés trop longtemps, mêlée à une tentative de rattrapage de l'odeur grâce à une sorte de parfum qui empestait, et empirée par un reste de potion qui s'écoulait d'une fiole brisée, le tout était abominable. Mais Ginny n'en avait cure. Elle plongea son bras dans le bazar qui régnait dans la malle, et retira tout ce qui se trouvait sur son passage, jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait. Une boite rectangulaire, sombre, semblable à celle qu'elle avait découvert dans la salle sur demande quelque jour plus tôt. Elle l'ouvrit, pour vérifier que l'objet qu'elle était censé contenir y était.

Il y était.

Sans perdre de temps, elle fourra la boite dans son sac, et, sans prendre la peine de ranger le désordre qu'elle avait installé, sortit de la chambre. Elle préférait passer par la porte d'entrée, pour ne pas se sentir comme une voleuse dans sa propre maison.

Elle descendit de l'escalier, et atterrit dans la salle à manger.

Un objet métallique toucha le sol.

Dans un bruit à glacer les veines de Ginny.

Elle se retourna, et découvrit à son horreur, sa mère, qui s'était mise à préparer le petit déjeuner, et qui en voyant sa fille, qu'elle n'avait pas vue depuis fort longtemps, et qu'elle savait disparue du square Grimmault, débarquer dans l'escalier, avait lâché la cuillère qu'elle avait précédemment saisi.

Trop tard, Ginny était découverte. Il fallait qu'elle parte, elle ne voulait – pouvait – pas donner d'explications à sa mère.

Cette dernière fit un pas vers sa fille, plein d'espoir, et de bonheur, mêlé à une grande surprise. Puis un deuxième. Ginny sortit alors de sa transe d'étonnement, et réagit au moment même où sa mère courait vers elle.

À l'instant où la vielle femme arriva à quelques centimètres de son bras, il fut trop tard, elle n'était plus là.

Elle avait transplané.

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Ginny était de retour à Londres, dans sa chambre d'hôtel.

Après être retournée à Poudlard chercher les quelques affaires qu'elle y avait laissé, et vérifié que la baguette de Harry était toujours en sa possession, elle avait à nouveau transplané, pour se rendre dans la capitale de l'Angleterre, où le ciel avait fini de déverser ses larmes, et les remplacer par des flocons laiteux.
Elle ramassa ses affaires et quitta d'hôtel, pour s'en trouver un autre, légèrement plus luxueux, et proche des endroits qu'elle allait maintenant fréquenter.
Elle se trouva aisément un travail, en tant que bar-women non loin de là où elle logeait, relativement bien payé, soit suffisamment pour payer sa chambre d'hôtel, et aussi...

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En tant que secrétaire du cabinet de psychologie de Mme. Stevens, la jeune femme se devait d'accueillir avec le sourire les patients, et leur poser les questions habituelles, mais (certes) parfois stupides, qu'elle avait appris par coeur. À chaque fois qu'un nouveau patient se présentait, le dialogue était toujours le même.

-Bonjour, que puis-je faire pour vous?

-On m'a conseillé de venir voir madame Stevens.

-C'est pour une consultation?

-Oui.

-Puis-je avoir votre nom, votre prénom, et votre âge s'il-vous-plait?

Et là le patient déclinait son identité, et la jeune femme leur fixait un rendez-vous.

La jeune femme vit arriver la jeune fille, avant que cette dernière ne la voie. Elle était brune, plutôt belle, mais un peu maigre. La secrétaire pensa qu'elle faisait encore partie de ces jeunes complexés par leur physique, ou ayant des problèmes de coeur.

Lorsque la brune se planta devant elle, la secrétaire avait déjà préparé son discours. C'est en souriant qu'elle le lui offrit.

-Bonjour que puis-je faire pour vous?

-On m'a conseillée de venir ici pour voir madame Stevens.

-C'est pour une consultation?

-Une quoi?!

La secrétaire fut coupée dans son élan. Quelle abrutie ne savait pas ce qu'était une consultation? A moins qu'elle ne soit à moitié sourde. C'est lors de ces quelques secondes d'hésitation que décida ladite Madame Stevens d'entrer dans la salle. Cette dernière s'accorda quelque quart de seconde d'analyse de la situation, avant de prendre la parole.

- Laisse Brigitta, je vais m'en occuper. (elle se tourna vers la femme brune qui portait encore son manteau) Bonjour je suis Alina Stevens, vous pouvez m'appeler Alina. Désirez-vous entrer dans le bureau?

La jeune femme acquiesça. Timidement.

Sur ce, Alina s'écarta et laissa entrer la jeune femme.

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Alina Stevens semblait être une femme sympathique, et probablement digne de confiance. Ginny décida alors de lui faire confiance. Pourtant elle n'osa pas lancer la conversation. Ce fut donc à Alina de commencer.

- Je ne me souviens pas de votre nom.

- Vous ne me l'avez pas demandé.

- Alors quel est-il?

- Je m'appelles Meg Smith.

- Eh bien Meg, qui vous a conseillé mon cabinet?

- Albus Dumbledore. Connaissez-vous ce nom?

Alina se tut. Oui elle connaissait ce nom, car elle l'avait maintes fois entendu dans son enfance.

- Oui, cependant, je suis une crackmolle.

- Peu importe, l'essentiel est que vous connaissez au moins le monde magique, et les derniers événements.

- Si vous faites allusion à la guerre face au mage noir, je suis effectivement informée, mais je n'en connais pas les détails, si ce n'est que cette guerre est dorénavant finie. Pourquoi êtes vous ici?

Meg hésita quelques secondes, puis :

- Avant tout, je voudrais que vous m'assuriez que vous pourrez m'écouter jusqu'au bout, que vous m'aiderez. Ne vous inquiétez pas, je pourrais payer les séances. Tout ce que je vous demande, c'est de garder le secret sur moi, et tout ce qui m'est arrivé. Vous engagez-vous à cela?

- Oui, répondit Alina sans trace d'hésitation dans sa voix.

- Bien, alors, avant tout, je ne m'appelles pas Meg, mais Ginny Weasley.