Chapitre 20.
Harry.
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Je le savais.
Depuis le début, je le savais. Que Lord Voldemort m'avait lancé un sort, contre lequel plus tard je ne pourrais rien.
Depuis le début, quelque chose m'avait soufflé ce qui allait m'arriver. Mais jamais je n'aurait pensé que cela m'affecterais à un tel point.
Au départ, c'est-à-dire pour une durée d'environ un mois, j'étais encore responsable de mes actes. Je ressentais que quelque chose voulait prendre le contrôle de moi même, je savais aussi que je ne pouvais pas lutter contre définitivement, mais je luttais tout de même, afin de retarder l'échéance.
J'ai donc organisé les choses avant que je « plonge ». En effet, je pressentait que ma baguette allait être détruite plus tard par cette mystérieuse entité qui me possédait, alors, je l'ai cachée. J'ai parlé au tableau de Dumbledore de ce qui m'arrivait, peut-être que lui, avait des réponses. Ce n'était pas le cas. J'ai aussi laissé un mot dans la Salle sur Demande, pour Gin'.
Ginny, je ne lui ai pas parlé que de qui m'arrivait, car au départ, je pensait pouvoir le vaincre. Plus tard, quand j'ai décidé que c'était devenu une nécessité de le lui dire, je ne le pouvais plus : la chose avait déjà pris le contrôle, et je ne pouvais plus parler comme bon me semblais. À la place, des phrases, qui même pour moi n'avaient aucun sens, sortaient.
À partir de ce moment là, c'est à peine si moi aussi j'aurais pu être aussi dépressif que mon corps semblait l'être. Je voyais tout. Je voyais le regard inquiet des autres, le mien inchangé et si sombre. Je voyais le regard de Ginny s'assombrir au fil et à mesure que je sombrais. Je voyais mes amis s'occuper de moi, essayer de me faire remonter la pente de la dépression, pour atteindre le soleil. Une pente qu' intérieurement je descendait à petit pas. Mon corps était contrôlé par la chose, moi à l'intérieur je voyais tout. Et tout voir me faisait aussi souffrir.
Mes seuls instants de répit, étaient lorsque Georges faisait une blagues, Luna sortait des remarques 'spéciales', ou lorsque Ginny... Ginny s'endormait à mes côtés en me tenant la main, lorsqu'elle me préparait à manger spécialement à moi, lorsqu'elle murmurait mon nom dans son sommeil, ou lorsqu'elle passait tendrement sa main dans mes cheveux. Elle était si attentionnée. Dans ces moments là, mon vrai moi intérieur souriait, tandis qu'à l'extérieur, rien ne changeait.
Et puis un jour... Ginny est sortie. Il pleuvait, et elle est allée sur le trottoir d'en face. Et elle se mit à parler, toute seule. Depuis la fenêtre de ma chambre, je voyais ses lèvres bouger, son regard se fixer sur quelque chose qui n'existait pas. Puis elle s'est levée, et est partie en tenant quelque chose d'invisible dans la main.
Lorsqu'elle est revenue, ses yeux étaient rougis, pour avoir pleuré.
Les jours qui suivirent, je la voyais sortir sur le trottoir d'en face, fixer quelque chose sur le sol, lever la tête vers le ciel les joues pleines de larmes, et appeler quelqu'un en le cherchant du regard. Ginny était devenue folle. Mon nom qu'elle murmurait dans son sommeil avait été remplacé par un autre ''Rose''. Vraisemblablement, cette Rose la rendait triste, et qui plus est, elle n'existait pas. Ginny était devenue folle, et je ne pu m'empêcher cette fois-ci de penser que c'était de ma faute.
Un jour, j'ai voulu parler, mais vraiment. J'ai voulu hurler la vérité du sortilège qui m'avait été lancé aux autres. J'ai voulu hurler que j'allais bien. J'ai voulu leur hurler d'arrêter de souffrir. Rien n'est sortit. Mon bras a attrapé un couteau dans la cuisine, et comme pour me punir d'avoir voulu hurler, m'a ouvert mon autre bras. J'ai laissé échapper un gémissement, mais, je n'avais même pas mal. Au contraire, ça me faisait du bien. Je me suis alors aperçu que la chose avait un effet sur mon vrai moi, et que si je ne faisais pas vite, j'allais être condamné.
Plus tard, à l'hôpital, après que mon bras soit recousu, je me réveillais aux côtés de Ginny. J'eus un élan d'amour, et passais ma main dans ses cheveux. Ma main? Je la contrôlais. En temps normal, je n'aurais pas bougé. En temps normal, il n'y avait pas de cicatrice sur mon bras. J'eus vite fais un lien entre l'ouverture de mon bras, et ma liberté de mouvement.
De l'espoir, ou du désespoir, me menait à penser que la chose qui me contrôlait avait trouvé logis dans les membres de mon corps. La partie logée dans mon bras gauche avait été chassée. Je m'en réjouis, et regardais mon bras. Pour moi, c'était une joie indescriptible, de penser qu'il y avait encore de l'espoir. Malheureusement, le moi extérieur avait un regard dépité sur mon bras, et c'est ce que vis Ginny à son réveil.
Là... quelle douleur j'ai ressenti à ses mots. La peine que j'ai sentit en elle, envers moi. La colère qui m'a poignardé. Chaque mot me blessant encore plus. Elle ne voyait rien, je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle ne savait pas que j'étais victime d'un maléfice. Mais, Merlin, qu'est-ce que ça faisait mal. Malgré mon amour pour elle, je ne pouvais pas m'empêcher de la haïr, la haïr pour me faire souffrir de telle manière avec ces mots aussi aigus que la pointe des flèches les plus mortelles.
Et elle est partie. Ça faisait encore plus mal. Je n'ai pas pu la rattraper. Je n'ai pas pu lui parler. Ni même lui montrer que j'allais mieux. Je m'en veux tellement qu'il en ait été ainsi.
Cette fois-ci, j'étais extérieurement, et intérieurement triste.
Mais j'ai relevé la tête. Elle avait dit qu'elle ne reviendrait que lorsque j'irais mieux. Alors, j'ai fais de mon mieux en montrant à l'aide de mon bras valide, que j'allais mieux. Malheureusement, c'était le bras gauche, et étant droitier, je ne pouvais pas écrire ce qui m'arrivait, et de toute façon, le reste de mon corps m'en empêchait. Mais je faisait de mon mieux. Et cela a porté ses fruits. Merlin, merci, Luna l'a remarqué, elle en a parlé aux autres, et le jour est enfin arrivé où ils m'ont ouvert l'autre bras.
C'était la meilleure chose à faire : si on savait où se cachait une partie de la chose, l'autre partie pouvait être trouvée aisément. Ils m'ont immobilisé, et Hermione, Merlin sait comment elle a souffert de me faire ça, m'a ouvert le bras. Je sentais sa panique, je sentais sa peur, mais aussi son courage, et sa volonté de m'aider. Malgré la douleur, j'étais heureux. J'allais pouvoir contrôler mes deux bras, et qui sait, revoir Gin'. Cette simple idée suffisait à me rendre joyeux. Intérieurement. Extérieurement, j'étais toujours aussi 'dépressif'.
Mais Ginny n'est pas revenue.
Je l'attendais chaque jour à la fenêtre du vestibule qui donnait sur l'extérieur. Même en proférant les mêmes sornettes sur ''c'est ma faute si tout le monde est mort pendant la guerre'', je l'attendais, pendant un mois tout au plus.
Et puis, ce jour là, elle est revenue. Elle s'était coupé et teint en brun ses cheveux, mais je la reconnaissait. Elle était belle. Si belle. On aurait dit l'apparition d'un ange. De mon ange. Sur le trottoir l'en face, elle attendait, respirait fortement, prenait du courage. Elle avait longuement soufflé, et avait avancé, jusqu'à la porte. Je lui ai ouvert. C'était à prévoir qu'elle crie à la vue de mes deux bras atrophiés. Mais elle était là, c'était l'essentiel. J'étais si heureux – sans rappeler que mon corps était toujours aussi dépressif.
Par la suite j'avais été heureux aussi qu'elle ait connu ce qui m'était arrivé, mais elle ne voulait pas dire comment me guérir. Peut-être était-ce trop dangereux, ou je ne sais quoi, mais à chaque fois que quelqu'un lui en parlait, elle pleurait.
Revenons donc à aujourd'hui.
Elle était là debout dans je couloir, perdue dans ses tristes pensées. Tout le monde la regardait – de loin – errer dans le sombre couloir. Elle ne les voyait pas. Elle était en train de lutter contre elle même. Je voulais la rassurer. La prendre dans mes bras. Lui dire que tout allait bien, juste pour qu'elle sourit.
Alors je l'ai prise dans mes bras. Elle s'est retournée pour mieux m'enlacer. Puis elle leva des yeux humides vers moi.
- Harry...
C'était tendre, désolé, presque suppliant. Alors je ne sais pas pourquoi j'ai répondu.
- Rogue, je n'ai jamais cru en lui. Pourtant, il était toujours de notre côté, il nous aidait, à sa manière certes, mais il nous aidait. Je l'ai laissé mourir sous mes yeux, sans rien faire, je l'ai laissé abandonner la vie comme il a été obligé d'abandonner la femme qu'il aimait, Lily. Tout est de ma faute.
En fait, si, je sais, c'est à cause de ce fichu sortilège qui contrôle même mes paroles. Ce n'étais pas ce que j'ai voulu répondre j'aurais aimé lui dire que je l'aimais, que j'étais là pour elle. Que rien ne nous séparera quoi qu'il arrive. Mais je ne peux pas parler.
Je remarque son regard. À la fois triste et décidé. Elle viens de prendre une décision. Peut-être allait-elle lever le maléfice qui m'empoisonne.
- Pardon de te faire ça Harry...
Incompréhension trône dans mon esprit. Pardon de me faire quoi? Elle n'a rien fait, et si elle lève le sort, elle n'a rien à se reprocher. Je vois du coin de l'oeil les autres aussi plongés dans l'incompréhension. (Bien évidemment, mon visage indique que j'en ai rien à faire de tout ça). Elle sort une baguette de je ne sais où. Ma baguette. Oui, elle va lever le sort. C'est le seul moyen, en utilisant ma baguette. Elle la pointe dans ma nuque, et je pressent que je vais être sauvé. Si elle lève le sort, je serais enfin heureux. J'aurais aimé sourire, mais mon visage en est incapable. Bientôt, il le sera.
Elle ouvre la bouche, et je suis prêt. Je suis prêt à vivre.
- Avada Kedavra.
Un quart de seconde. C'est le temps qu'il faut au sortilège pour se former et pour m'atteindre. C'est suffisant pour que je me rende compte de ce qu'elle fait. Avada Kedavra. Elle me tue. M'assassine, aussi bien corps et âme. Quel choc! Pourquoi fait-elle cela? Ne m'aime-t-elle donc pas? Le désespoir m'envahit. Je ne suis plus rien. Je suis mort. J'en suis déjà convaincu.
J'entends à peine Hermione et Luna crier le nom de Ginny, elles aussi choquées, et le sort m'atteint. Je ne peux rien faire. Il brûle déjà ma peau, entre en moi pour tuer...
Je m'attends à une onde de choc, à moins que la mort ne fasse rien. Elle m'a déjà tué intérieurement en lançant de sort, il ne reste plus que le reste.
Le sort est en moi. Le temps me paraît si lent. N'est-on pas censé voir sa vie qui défile pendant ce ralentit? Moi je ne vois rien, juste la trahison de la femme que j'aime.
Et là. La douleur.
Comme si on arrachait mon âme à mon corps. Pire que le baiser d'un détraqueur. Pire que le souffle de la mort. La séparation de deux parties de moi. Celle qui était là depuis ma naissance, et celle qui a pris le contrôle. La chose avait planté ses crocs si profondément dans mon corps que mon âme en a été affectée. Le sentais ces mêmes crocs se resserrer, pour ne pas partir. Me blesser. Me faire mal, souffrir, crier. Hurler ma douleur.
La chose, devenue maîtresse de mes gestes, sentait peut-être sa fin arriver pour qu'elle lutte de telle manière. Mais moi aussi je devais lutter. Lutter pour qu'elle s'en aille. Lutter pour vivre.
J'entendais Ginny me murmurer du courage, tout en s'excusant. Je comprends maintenant. Mais ne pas plus réfléchir à cela : lutter. La chose s'accroche, mais je sais que si je l'attaques, elle ne pourra que partir. Alors je rassembles mes souvenirs heureux, comme lorsque l'on doit créer un patronus, sauf qu'il faut que ce souvenir soit suffisamment fort. Il faut quelque chose qui réchauffe à en brûler le coeur.
Je cherches dans ma tête et ne trouves que des souvenirs embrunis par la réalité de la guerre. Rien de suffisamment fort.
- HARRY!
Une claque. Qui a le don de me réveiller. Et de me faire ouvrir les yeux. Elle est là. En face de moi. Elle me sourit, sincèrement, amoureusement. Elle sait que je lutte. Elle sait. C'est suffisant. Son sourire est si beau, si radieux. Comment j'ai-je pas pu voir cela plus tôt. Son sourire les la seule lumière qui m'aider à chasser cette chose sombre en moi.
La chose est devenue trop faible. Elle se rétracte. Le sens ses tentacule partir de mes membres, remonter le long de mon dos en un déchirement cinglant. Elle est maintenant unie dans ma nuque. Le sort de mort qui n'attendait que cela l'atteint enfin.
La chose est frappée de plein fouet. Elle n'est plus.
Un frisson me parcourt. Je ne vois plus rien. Les forces m'abandonnent.
Puis plus rien.
Juste le murmure de mon coeur.
